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Lyon, 9 avril 1834, début de la 2e révolte des canuts... et de la semaine sanglante

Publié le 9 avril 2011

Maj le 6 avril 2011

Le 9 avril 1834, à Lyon, débute la seconde insurrection des Canuts. Après l’échec des grèves de février puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des « meneurs » de février, en fait des mutuellistes, ce 9 avril, met le feu aux poudres.

« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant »

L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les pre­miè­res fusilla­des éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désar­mée. Aussitôt, les rues se cou­vrent de bar­ri­ca­des. Les ouvriers orga­ni­sés pren­nent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se bar­ri­ca­dent dans les quar­tiers en en fai­sant de véri­ta­bles camps retran­chés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ».


De nou­vel­les fusilla­des ont lieu avec la troupe. Les insur­gés s’empa­rent du télé­gramme, du quar­tier de la Guillotière, puis de Villeurbanne où les caser­nes sont prises. Le dra­peau noir flotte sur Fourvière, St Nizier et l’Antiquaille.

Le 11 avril 1834.
Les com­bats se pour­sui­vent. Le quar­tier de la Croix Rousse est bom­bardé par la troupe qui a reçu des ren­forts, mas­sa­cre de tous les habi­tants de l’immeu­ble de la rue Transnonain. Tentatives d’insur­rec­tion à Saint Etienne et à Vienne.

Le 12 avril 1834.
La troupe atta­que et prend le quar­tier insurgé de la Guillotière, après avoir détruit de nom­breu­ses mai­sons avec l’artille­rie.

Le 14 avril 1834.
L’armée reconquiert pro­gres­si­ve­ment la ville et atta­que pour la troi­sième fois le quar­tier de la Croix Rousse, mas­sa­crant de nom­breux ouvriers.

Le 15 avril 1834.
Fin de la « Sanglante semaine ». La deuxième grande insur­rec­tion des Canuts est matée dans le sang. Plus de 600 vic­ti­mes sont à nou­veau à déplo­rer. 10.000 insur­gés faits pri­son­niers seront jugés dans un « procès mons­tre » à Paris en avril 1835, et condam­nés à la dépor­ta­tion ou à de lour­des peines de prison.

- Sur la pre­mière révolte :

Le 22 novem­bre 1831, à Lyon. Les ouvriers pren­nent pos­ses­sion de la caserne du Bon Pasteur, pillent les armu­re­ries. Plusieurs corps de garde de l’armée ou de la garde natio­nale sont atta­qués et incen­diés. Les ouvriers se ren­dent maître de la ville, qui est évacuée par les auto­ri­tés. La bataille est rude. Environ 600 vic­ti­mes dont envi­ron 100 morts et 263 bles­sés côté mili­taire, et 69 morts et 140 bles­sés côté civil.

Le 23 novem­bre 1831, à Lyon. Les ouvriers occu­pent l’Hôtel de Ville. Une ten­ta­tive de gou­ver­ne­ment insur­rec­tion­nel voit le jour. Mais, soit par manque de projet poli­ti­que, soit par la ruse des auto­ri­tés, ces der­niè­res repren­dront le contrôle de la ville à partir du 2 décem­bre 1831. Une armée de 26 000 hommes, 150 canons com­man­dée par le fils du roi et le maré­chal Soult, mate la rébel­lion. Il y a 600 morts et 10 000 per­son­nes sont expul­sées de la ville.

- À l’ori­gine de ces révol­tes... :

Vers 1825, un indus­triel pro­prié­taire d’une fila­ture pos­sède des métiers à filer du modèle A qui fabri­quent 100 bro­ches à l’heure. Admettons, le sala­rié qui s’occupe de cette machine est payé 10 F de l’heure, soit 10 cen­ti­mes par broche.

Deux ans plus tard, l’évolution tech­no­lo­gi­que met sur le marché des métiers à filer qui pro­dui­sent 200 bro­ches à l’heure. Les gains de pro­duc­ti­vité du capi­tal tech­ni­que sont impor­tants et les indus­triels qui ne pos­sè­de­ront pas ces nou­veaux métiers seront iné­vi­ta­ble­ment battus par ceux qui les uti­li­se­ront. L’indus­triel, pour se déve­lop­per, doit donc être parmi les pre­miers à pou­voir ache­ter ces nou­vel­les machi­nes s’il n’est pas capa­ble de fabri­quer lui-même des machi­nes inno­van­tes. De manière à conser­ver cette capa­cité à inves­tir et à suivre le pro­grès tech­no­lo­gi­que, il va impo­ser le calcul sui­vant :

- La machine va pro­duire 200 bro­ches mais le sala­rié n’a rien à voir dans ce pro­grès tech­no­lo­gi­que, il va conti­nuer à être payé 10 F de l’heure mais rien ne pourra l’empê­cher de cal­cu­ler son nou­veau tarif aux pièces : celui-ci sera divisé ici par deux, il pas­sera à 5 cen­ti­mes par bro­ches. Ce nou­veau tarif sera injus­te­ment appré­cié au regard des mani­pu­la­tions qui vont dou­bler et fati­guer d’autant le sala­rié. Les canuts vont se révol­ter en lan­çant ce slogan qui sera repris tout au long du XIXe siècle : « le tarif ou la mort ».

Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !

Histoire

Les canuts sont des arti­sans de la soie ayant une grande qua­li­fi­ca­tion pro­fes­sion­nelle et dont le métier est reconnu par l’aris­to­cra­tie qui porte les résul­tats de leurs tra­vaux. Ruinés par les nou­veaux ate­liers indus­triels ins­tal­lés dans la ban­lieue de Lyon qui pro­dui­sent plus et à moin­dre coût et la crise économique de 1830, ces arti­sans n’ont plus comme choix que de s’embau­cher comme ouvrier dans ces nou­vel­les usines ou rester chez eux à tra­vailler 18 heures par jour. Devenir sala­rié et ne plus être son propre patron pas­se­rait encore s’ils étaient asso­ciés au déve­lop­pe­ment de leurs usines mais l’appli­ca­tion de ces règles du calcul du salaire au pièce ou du tarif horaire va leur faire com­pren­dre la nature exacte des règles de ce nou­veau sys­tème indus­triel.

Suffisamment ins­truits en calcul de ges­tion, ils vont refu­ser ce sys­tème et se révol­ter comme cela se pas­sait quel­ques décen­nies plus tôt sous la Révolution. Le tarif sinon il vaut mieux pré­fé­rer mourir que d’accep­ter cette spo­lia­tion du tra­vail : la reven­di­ca­tion ne pou­vait pas être plus légi­time, jus­ti­fiée qu’elle était par l’aug­men­ta­tion des caden­ces.

La monar­chie va répri­mer cruel­le­ment cette révolte. Les frères de Louis XVI et les nobles ont là une occa­sion de pren­dre leur revan­che. Ils vont appli­quer le droit de pro­priété indi­vi­duelle de 1789 et en cela ils vont res­pec­ter ce droit fon­da­men­tal obtenu par le peuple fran­çais mais ce droit va servir main­te­nant à fonder leur mono­pole sur la pro­priété des moyens de pro­duc­tion et les pro­fits tirés des gains de pro­duc­ti­vité. Une armée royale de 26 000 hommes mettra fin à la pre­mière révolte de 1831. En 1834, lors de la seconde révolte, l’armée devra tirer au canon pour réduire les insur­gés.

Le capi­ta­lisme vien­dra sys­té­ma­ti­ser ce mode de calcul : la fixa­tion du salaire doit être libre en fonc­tion du marché afin de res­pec­ter le droit de pro­priété indi­vi­duel des entre­pre­neurs. Alors que l’exode rural s’ins­talle au profit des usines et des villes, ceux qui refu­sent la dimi­nu­tion du tarif doi­vent s’en aller et lais­ser place aux pay­sans qui se pré­sen­tent aux portes des usines et qui eux seront bien obli­gés d’accep­ter le nou­veau tarif, sur­tout s’ils ne connais­sent rien au monde de l’usine.

L’épreuve de force de 1831 menée par les indus­triels ne réus­sit que par la peur de la Monarchie de revoir les révol­tes popu­lai­res ins­tau­rées une nou­velle répu­bli­que capa­ble de pro­té­ger la pro­priété du tra­vail des citoyens et remet­tre en place une pro­priété col­lec­tive orga­ni­sée par la com­mu­nauté des ouvriers.

L’armée devint ainsi, mieux que la reli­gion catho­li­que, le véri­ta­ble défen­seur du sys­tème de pou­voir. En pré­fé­rant se repo­ser sur les sol­dats plutôt que sur les sala­riés, le pou­voir s’enga­gea aussi dans une voie cri­mi­nelle qui allait lui per­met­tre de sacri­fier de plus en plus de sol­dats pour confor­ter son sys­tème.

La révo­lu­tion de 1848 ins­tau­rera les Ateliers Nationaux, véri­ta­ble retour à une pro­priété col­lec­tive pour les ouvriers mais les lois économiques et la concur­rence du sys­tème capi­ta­liste, le manque d’esprit d’entre­prise parmi la popu­la­tion depuis le départ des pro­tes­tants, ne per­met­tront pas à cette révo­lu­tion d’abou­tir à un réel pro­grès.

Plutôt que de voir le retour de la Monarchie, le peuple et l’armée pré­fé­re­ront le retour à un pou­voir napo­léo­nien. La répu­bli­que bour­geoise de 1871 pour­sui­vra cette voie et sans scru­pule mas­sa­crera la Commune de Paris et toute dis­cus­sion sur son sys­tème de pou­voir au ser­vice des capi­ta­lis­tes.

Le paroxysme de ce sys­tème fut atteint dans les années 1916-1917 avec le mas­sa­cre de cen­tai­nes de mil­liers de sol­dats en quel­ques semai­nes lors de la guerre des tran­chées durant la Première guerre mon­diale. Ce ne sont pas les roman­ti­ques, écrivains, pein­tres et musi­ciens, qui, en célé­brant le temps des cathé­dra­les et les che­va­liers, les peu­ples celtes, égyptiens et autres, purent réin­tro­duire des réseaux de résis­tance et de soli­da­rité pro­té­gés par de nou­veaux che­va­liers en armes.

Les gains ainsi déga­gés au profit des pro­prié­tai­res des moyens de pro­duc­tion ser­vent à tou­jours pou­voir ache­ter les machi­nes les plus moder­nes, les plus pro­duc­ti­ves. Force est de cons­ta­ter que depuis 1831, la France a su deve­nir le pays indus­tria­lisé pour lequel les gains de pro­duc­ti­vité sont essen­tiel­le­ment dus au capi­tal tech­ni­que, le pays où l’auto­ma­ti­sa­tion à été la plus vaste alors que la for­ma­tion des per­son­nels est restée très en deçà des besoins pro­vo­qués par cette évolution tech­no­lo­gi­que. La pré­do­mi­nance de l’image de l’ingé­nieur dans l’ima­ge­rie popu­laire fut bien le vec­teur de cette culture élitiste qui mit la tech­no­lo­gie au ser­vice des capi­ta­lis­tes.

Et la tech­no­lo­gie, plus sûre­ment encore que le ratio­na­lisme scien­ti­fi­que quel­que peu fumeux, étouffa davan­tage la spi­ri­tua­lité source de l’alter­na­tive orga­ni­sée en réseau. Viendra ensuite le temps des catas­tro­phes tech­no­lo­gi­ques : indus­triel­les, nucléaire, les marées noires. Les citoyens comme les diri­geants de ces indus­tries devront avouer leur stu­pé­fac­tion et leur effroi devant des consé­quen­ces que leur esprit scien­ti­fi­que n’avait pu ima­gi­ner. La menace ter­ro­riste, en s’empa­rant des tech­no­lo­gies pour détruire les cen­tres de la société indus­trielle et finan­cière, achè­vera cette remise en cause du sys­tème de l’économie libé­rale. Un autre mode de pro­priété de ces riches­ses et de ces moyens de pro­duc­tion doit être res­tauré. Cette évolution passe par une actua­li­sa­tion et de la pro­priété indi­vi­duelle et de la pro­priété col­lec­tive, celle des états comme celle des com­mu­nau­tés.

Et aujourd’hui, on pour­rait dire plutôt :

« Mourir en tra­vaillant ou vivre libre en com­bat­tant »

P.-S.


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