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À souhaiter le vélo’v.... on obtient la bicycl’hate

Publié le 14 mars 2006

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Pourquoi le vélo’v est une mauvaise réponse à une bonne question : comment développer l’usage du vélo en ville ?

À sou­hai­ter le vélo’v.... on obtient la bicycl’hate (pro­non­cia­tion à l’anglaise) : ou pour­quoi le vélo’v est la mau­vaise réponse à une bonne ques­tion : com­ment déve­lop­per l’usage du vélo en ville ?

En novem­bre 2004, le Grand Lyon signe un contrat avec la société JCDecaux qui pré­voit la mise en place de vélos en libre-ser­vice. En contre­par­tie, Decaux se voit attri­buer le marché du mobi­lier urbain pour 13 ans.

Contre argu­ments à la fièvre vélo’v (que je pré­fère nommer bicycl’hate)

- On n’incite pas à faire du vélo avec un vélo lourd : l’objet vélo’v déve­loppé par la société JCDecaux se doit d’être résis­tant pour per­met­tre ce sys­tème de prêt/loca­tion. Ainsi il est doté de nom­breux équipements qui le ren­dent lourd et impo­sant. Un vélo’v pèse 22kg. Ceci pose des pro­blè­mes d’équilibre, de rapi­dité d’accé­lé­ra­tion dans des croi­se­ments dan­ge­reux et exclut l’accès à cer­tains quar­tiers de la ville (à Lyon les dif­fé­ren­tes col­li­nes) malgré trois vites­ses (sans gran­des difé­ren­ces d’ailleurs).

- On crée un danger pour les pié­tons à géné­ra­li­ser les vélos lourds : un piéton ren­versé par un vélo’v (bicycl’hate) a peu de chance de s’en sortir sans dom­mage. Non au 4X4 à vélo !

- On n’incite pas à faire du vélo avec un vélo ina­dapté : les vélos étant tous cons­truits à l’iden­ti­que, seule la hau­teur de la selle permet de l’adap­ter à l’usager. Peu d’uti­li­sa­teurs se sou­cient pour de cour­tes dis­tan­ces du confort. Pourtant un vélo ina­dapté à sa taille est source de maux (dos, nuque, genoux, etc.) Il serait pré­fé­ra­ble un sys­tème de prêt/loca­tion de vélo per­son­na­lisé dans des points d’accueil per­son­na­lisé (maison roue libre à Paris, loca­tion à Toulouse, Vélocation à Strasbourg, etc.)

- Une qua­lité inexis­tante : l’objet, passé entre d’autres mains (par­fois peu res­pec­tueu­ses) est sou­vent en mau­vais état. À rouler régu­liè­re­ment avec un vélo en mau­vais état, on en regrette le confort de sa voi­ture ou la sim­pli­cité des trans­ports en commun. Quelqu’un n’ayant pas de pra­ti­que récente du vélo - le vrai - risque d’en tirer une mau­vaise expé­rience. Cela est ren­forcé par la lour­deur du vélo : les gad­gets tech­ni­ques néces­sai­res au « libre-ser­vice » sont inu­ti­les sur son vélo indi­vi­duel, donc plus léger, mobile et réac­tif. Rappelons que les vélos « dor­ment dehors » sous la pluie. Comment l’inven­teur de l’abri­bus n’a pas créé d’abris pour ses vélos ? Patience, sans doute que cela vien­dra et avec à nou­veau plus de pubs sur les abris... en jus­ti­fiant cela auprès des élus dans un souci de pro­té­ger le maté­riel. Plus facile de faire passer la pilule en deux fois.

- Un sys­tème non-écologique : un vélo avec de très nom­breux com­po­sants, 22kg, un cadre d’acier, du plas­ti­que non-recy­cla­ble inu­tile (garde boue immense et cof­frage du guidon). À cela on doit rajou­ter les dépla­ce­ments nom­breux de camions char­gés de réap­pro­vi­sion­ner les sta­tions man­quant de vélo. Ces camions sta­tion­nent en double file à proxi­mité des sta­tions, ou sur le trot­toir. On peut se poser la ques­tion du coût envi­ron­ne­men­tal d’un tel objet et du bilan écologique global d’un tel sys­tème : fabri­ca­tion, sta­tions, camions...

- Un sys­tème imposé en plus de la voi­ture et non en oppo­si­tion. les pre­miè­res enquê­tes prou­vent que seu­le­ment moins de 7% des uti­li­sa­teurs ont choisi ce mode de trans­port plutôt que leur voi­ture. Cela ne veut pas dire que les uti­li­sa­teurs ont renoncé à la voi­ture, non, ils l’ont juste lais­sée de côté à l’occa­sion de ce dépla­ce­ment. Moins de 7% est un chif­fre ridi­cule. Ce n’est pas ainsi que la voi­ture va rester au garage. Au regard de l’impact envi­ron­ne­men­tal de la mise en place d’un tel sys­tème, ce gain est inexis­tant pour nos pou­mons et pour la pla­nète. La preuve que l’objec­tif n’est pas de lutter contre la voi­ture, c’est que les points de loca­tion ne sont pas ins­tal­lés sur la voie­rie mais sur les trot­toirs (pour envi­ron 80%), et Lyon Parc Auto conti­nue de cons­truire des par­king dans chaque quar­tier.

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Rare station sur la voierie... par la suppression de places « handicapé »

- On n’incite pas à renon­cer à la voi­ture et à faire du vélo avec un sys­tème pas fiable : il est sou­vent dif­fi­cile voir impos­si­ble à cer­tains moment de trou­ver un vélo en bon état sans faire plu­sieurs sta­tions. Ce sys­tème n’est donc pas fiable pour les dépla­ce­ments impor­tants (horaire à tenir pour aller à un rendez-vous, aller tra­vailler ou pren­dre un train) ; soit il n’y a plus de vélos à la sta­tion, soit ils sont inu­ti­li­sa­bles (cassés, crevés). Ce sys­tème ne peut donc pas être un vrai outil de trans­port mais sim­ple­ment un ser­vice, en plus.

- Un sys­tème de prêt/loca­tion excluant : Ce sys­tème n’est pas ouvert à tous puis­que pour l’uti­li­ser, il est néces­saire de pos­sé­der une carte bleue ou d’effec­tuer des démar­ches d’adhé­sion . De plus, les tarifs favo­ri­sent un type de citoyen, ceux qui pos­sè­dent un abon­ne­ment de trans­port en commun (donc des gens déjà très mobi­les).

- Un fli­cage de tous les ins­tants : pour emprun­ter, il faut dis­po­ser d’une carte, donc s’iden­ti­fier à l’achat de la dite carte. De la tra­ca­bi­lité à la sur­veillance, il n’y a qu’un pas. Ceci permet de cal­cu­ler les flux et les types de dépla­ce­ments mais d’autres ana­ly­ses peu­vent être faites : « Telle per­sonne vient d’effec­tuer tel par­cours de telle heure à telle heure ». Précisons que c’est une société privée, JCDecaux SA, qui gère vos don­nées per­son­nel­les... Lire aussi : Vélo’V : sur­veillance et notion de par­tage...

- Un sys­tème fai­sant l’apo­lo­gie de la bagnole et de la des­truc­tion de la pla­nète : ce sys­tème est financé par la pub et donc sou­lève le pro­blème du mes­sage véhi­culé par la publi­cité, celui de la sur­consom­ma­tion. Rappelons aussi que la publi­cité est à la base de la société auto­mo­bile.

- Un sys­tème qui méprise le piéton : en contre­par­tie du marché publi­ci­taire, JCDecaux s’est engagé à mettre en place ses bicycl’hate en libre-ser­vice. Aussi, les pan­neaux publi­ci­tai­res aujourd’hui sont plus nom­breux que sous le pré­cé­dent contrat alors que la ten­dance en France est à la réduc­tion de la signa­lé­ti­que publi­ci­taire en ville. Les pan­neaux publi­ci­tai­res (+ 40 % envi­ron) enva­his­sent les trot­toirs sans aucun res­pect de l’ali­gne­ment urbain. Ils sont dis­po­sés afin d’être vus, sans aucune règle visant à res­pec­ter les pié­tons, les aveu­gles, les per­son­nes à mobi­lité réduite ou avec pous­set­tes. Ils gênent sou­vent la vue à des car­re­fours ou des sor­ties de place de sta­tion­ne­ment pour les auto­mo­bi­lis­tes ou cou­pent la flui­dité d’une cir­cu­la­tion sur un trot­toir. Lire aussi : Vélo’v : l’envers du décor

- Un mépris de l’envi­ron­ne­ment et du patri­moine : ces nou­veaux pan­neaux sont grands consom­ma­teurs d’électricité. Illuminés, ils pos­sè­dent un petit moteur pour offrir aux annon­ceurs un pan­neau publi­ci­taire dérou­lant. Plus nom­breux qu’aupa­ra­vant, ils néces­si­tent plus de dépla­ce­ments des camions JCDecaux pour chan­ger les publi­ci­tés, le net­toyage ou la main­te­nance. Plus de dépla­ce­ments pol­luants donc et bien sûr de la part des conduc­teurs de ces camions, un sta­tion­ne­ment sau­vage sys­té­ma­ti­que. Pollution visuelle, pol­lu­tion des esprits, pol­lu­tion atmo­sphé­ri­que, gas­pillage énergétique ; tout ceci en zone urbaine et dans un site classé patri­moine de l’UNESCO.

- Un CDD qui cache un CDI : dur pour une ville arri­vant à échéance de son contrat sur le mobi­lier urbain de ne pas redon­ner le contrat au même opé­ra­teur. Dur de jus­ti­fier le retrait des vélos en libre-ser­vice auprès des usa­gers. Pour une muni­ci­pa­lité, ce n’est donc pas qu’un contrat de 10 ans (13 ans à Lyon) qui est signé mais bien un CDI. Et pour JCDecaux l’assu­rance de ne pas être inquiété dans son mono­pole.

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Quand le mobilier urbain ne respecte pas les vélos il ne faut pas s’attendre à ce que les cyclistes respectent le mobilier urbain

- Un argu­ment pour ne rien faire en faveur du vélo : la Bicycl’hate, c’est à l’ori­gine 2 000 vélos lancés dans une ville qui ne dis­pose d’aucun amé­na­ge­ment cycla­ble digne de ce nom.
À Lyon, seules deux pistes bidi­rec­tion­nel­les sécu­ri­sées exis­tent : rue de la Part-Dieu et quai de Saône. Mal pen­sées, elles sont plei­nes d’obs­ta­cles (mobi­lier urbain ou arrêts de bus, chi­ca­nes non fluide) avec un revê­te­ment défec­tueux ou sans sys­tème d’évacuation d’eau, les trans­for­mant en pis­ci­nes urbai­nes les jours de pluie et les jours sui­vant. Le reste des amé­na­ge­ments n’est que coups de pein­ture (sou­vent bien effa­cés) dans des rues qui n’enga­gent à rien : pas de réduc­tion du nombre de voies pour les auto­mo­bi­les.
Ainsi, les nou­veaux uti­li­sa­teurs du vélo ont ten­dance à se réfu­gier sur les trot­toirs au grand regret des pié­tons. À Lyon, des asso­cia­tions de pié­tons ont fait appel aux pou­voirs publics pour ren­for­cer la répres­sion (ver­ba­li­sa­tion) contre les cyclis­tes. Est-ce par l’amende que l’on veut déve­lop­per le vélo ? Est-ce en oppo­sant pié­tons et cyclis­tes ou plutôt cir­cu­la­tions douces et cir­cu­la­tions pol­luan­tes ? Lire aussi Faut-il passer les cyclis­tes lyon­nais au kär­cher ?

- Comme par hasard on trouve de l’espace pour ces atta­ches vélo : Pour favo­ri­ser l’usage du vélo, il faut aussi rendre facile son sta­tion­ne­ment. On regrette que qua­si­ment aucune place dans des lieux sur­veillés ne soit dis­po­ni­ble. Dans la rue, à Lyon comme dans beau­coup de villes, les « arceaux » ou autre mobi­lier pour atta­cher son vélo sont rares et tou­jours situés sur la chaus­sée, sans pro­tec­tion contre d’éventuel accro­chage invo­lon­taire de voi­tu­res recu­lant pour sta­tion­ner ou se dépor­tant sur le coté : cela abou­tit par­fois à des roues voi­lées...

- Un sys­tème qui n’est pas gra­tuit : JCDecaux paye son mobi­lier urbain, paye une rede­vance à la ville, paye la fabri­ca­tion/entre­tien des velo’v. Il réper­cute les frais sur l’annon­ceur qui paye la publi­cité qu’il confie à mettre sous verre par JCDecaux. L’annon­ceur dégage un budget de pub en aug­men­tant le prix de ses pro­duits. Nous ache­tons des pro­duits dont une part non négli­gea­ble n’a rien à voir avec le coup de fabri­ca­tion mais plutôt les frais publi­ci­tai­res de la marque. En ache­tant, nous finan­çons la pub. En ache­tant, nous finan­çons ce sys­tème sur lequel repo­sent ces faux « vélo’v gra­tuit ».

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Mensonge : la bicycl’hate n’est pas gratuite

- Une muni­ci­pa­lité com­mu­ni­que à peu de frais sur les trans­ports doux : ce sys­tème qui ne lui coûte rien, est visi­ble et ouvre ainsi la porte à toutes les auto­sa­tis­fac­tions poli­ti­ques dans les domai­nes des trans­ports ou de l’envi­ron­ne­ment. C’est le cas à Lyon. Plus aucune cri­ti­que n’est accep­tée par la majo­rité PS-Verts et plus aucun projet réel­le­ment au ser­vice d’une alter­na­tive à la voi­ture n’est une prio­rité poli­ti­que.

Pourtant, ce ne sont pas les chan­tiers qui man­quent pour déve­lop­per l’usage du vélo en ville. Il serait sou­hai­ta­ble de déve­lop­per tous les amé­na­ge­ments faci­li­tant la vie des cyclis­tes (et des pié­tons) : pistes cycla­bles, rues calmes, par­kings à vélo, espa­ces cou­verts et sur­veillés à proxi­mité des gares, inter­mo­da­lité, croi­se­ments pro­té­gés, etc.

- L’avenir des cir­cu­la­tions douces doit-il réel­le­ment passer par le déve­lop­pe­ment de la publi­cité ?
- Plus de pubs pour moins d’autos, est-ce la seule alter­na­tive des poli­ti­ques et des amé­na­geurs urbains aujourd’hui ?
- Protéger l’envi­ron­ne­ment en défi­gu­rant nos villes, est-ce la seule solu­tion ?

Si les ques­tions sont idio­tes, c’est sans doute que la réponse pro­po­sée par le Grand Lyon l’est aussi.

Steve


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