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Amazighs (Berbères) : « Rendez-vous ou crevez ! »

Publié le 22 octobre 2008

Maj le 25 octobre 2008

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Le 17 octobre 2008, le verdict de l’affaire des dix détenus amazighs est tombé au tribunal de première instance d’Ameknas (Maroc). En effet, Ousaya Mustafa et Ouadouch Hamid écopent chacun d’une peine de 12 ans de prison et devront s’acquitter d’une amende de 80.000 dirhams. Alors que les huit autres détenus, quant à eux, ont été libérés, après avoir croupi plus d’un an en prison. Ils doivent, toutefois, verser une amende de 1000 dirhams. La défense envisage de faire appel du « jugement ».

Ce procès, tant attendu (et redouté) par les détenus et leurs familles, survient après les évènements qui avaient secoué les universités marocaines en 2007. Des groupuscules arabo-baathistes et islamistes s’étaient emparés des lieux, semant le trouble dans les campus universitaires. Mais, on le sait, ce « procès » est une mascarade parmi d’autres.

Ait Elbacha Youssef, Hajja Younes, Echami Mohamed, Ait Elqayd Yidir, Taghlaoui Omar, Ennouari Mohamed, Zeddou Yidir et Amer Ouddi sont désor­mais libres. Avec les deux grands mal­heu­reux de ce procès, Ousaya et Ouadouch, ils avaient été incar­cé­rés dans la prison de Sidi Said à Ameknas depuis le 22 mai 2007, après avoir été placés arbi­trai­re­ment en « déten­tion pré­ven­tive ».

Grèves de la faim, tor­tu­res, viols à la bou­teille, trai­te­ments inhu­mains, propos racis­tes, c’est ce qu’ont subi ces dix jeunes durant leur séjour en prison. C’est-à-dire pen­dant envi­ron un an et demi !

A l’exté­rieur, non plus, les ins­tants de leurs pro­ches n’étaient pas de tout repos. Le comité de sou­tien des déte­nus poli­ti­ques d’Ameknas, qui suit cette affaire depuis son début, en a vu de toutes les cou­leurs. Le makh­zen a, à plu­sieurs repri­ses, reporté l’audience, agressé les famil­les, inter­dit les sit-in prévus pour mani­fes­ter contre « l’injus­tice de la jus­tice maro­caine » et pour la libé­ra­tion de leurs fils.

Après de mul­ti­ples pro­vo­ca­tions de la part des auto­ri­tés makh­zé­nien­nes, le ver­dict est tombé. Les huit libé­rés doi­vent s’acquit­ter d’une amende de 1000 dirhams, en plus d’avoir résisté plus de 17 mois en prison (la peine encou­rue est d’un an). Ouadouch Hamid et Ousaya Mustafa ont écopé de 12 ans de prison ferme et d’une amende de 80.000 dirhams pour indem­ni­ser la famille de la vic­time. La vic­time, ici, est un étudiant de l’uni­ver­sité d’Ameknas, tué en mai 2007. Sans aucun doute, il n’a pu être assas­siné que par des cri­mi­nels san­gui­nai­res, rem­plis de haine et assoif­fés de sang. Je parle des mili­ces arabo-islamo-baa­this­tes envoyés par le makh­zen pour ensan­glan­ter les uni­ver­si­tés, de manière à faire des mili­tants paci­fis­tes du MCA le bouc émissaire du drame. Car ces jeunes étudiants, issus du MCA, ont hérité des valeurs humai­nes per­pé­trées par leurs ancê­tres. Alors que les gue­riller­ros ara­bis­tes de la pseudo « Voie Démocratique » veu­lent à tout prix expor­ter la vio­lence irako baa­thiste à Tamazgha. Un aperçu de cette vio­lence peut-être visi­ble sur les photos des étudiants bles­sés à Ameknas en avril/mai 2007.

En effet, les vraies vic­ti­mes, dans cette affaire, sont ces jeunes étudiants ama­zighs qui n’ont commis aucun crime si ce n’est celui de défen­dre coûte que coûte leur ama­zi­ghité. Le « juge » d’ins­truc­tion n’y est pour rien dans le ver­dict. Ce n’est qu’une marion­nette télé­gui­dée par le « minis­tère de la Justice », lui-même télé­guidé par les hautes ins­tan­ces…On a jugé ces étudiants comme des voyous et des cri­mi­nels d’où les peines pro­non­cées. Alors qu’on sait tous, et le makh­zen en pre­mier, que ces étudiants ont été jetés en prison pour des rai­sons poli­ti­ques. C’est le fond du pro­blème. La cause ama­zi­ghe est éminemment une cause poli­ti­que en plus d’être cultu­relle, lin­guis­ti­que et sociale. N’en déplaise à ceux qui pas­sent tout leur temps à orga­ni­ser des fes­ti­vals ama­zighs comme, par exem­ple, le pré­si­dent du Centre Tarik Ibn Ziyad, situé à Ameknas, M. Aourid.

Le fait que des jeunes qui n’ont été formés que par eux-mêmes expri­ment des reven­di­ca­tions poli­ti­ques en tant qu’Amazighs incite les auto­ri­tés makh­zé­nien­nes à revoir leur poli­ti­que d’ara­bi­sa­tion. Mais pour abat­tre le MCA, le régime a besoin d’alliés, en plus de se mettre la « jus­tice » de son côté, qu’il va cher­cher sur le ter­rain. Comme, Hassan Aourid, ex-porte-parole du palais royal et ami du Roi faut-il le pré­ci­ser. Cet esclave « Amazigh » connaît par­fai­te­ment la situa­tion du MCA et offre régu­liè­re­ment ses ser­vi­ces à l’état pour mater la rébel­lion ama­zi­ghe. Et pour saper les fon­de­ments du MCA, quoi de plus facile que de recru­ter des gang­sters arabo-sah­raouis avec pour mis­sion de raz­zier les uni­ver­si­tés maro­cai­nes, et au pas­sage, com­met­tre un ou deux crimes. L’objec­tif étant clair : souiller l’image du MCA pour décré­di­bi­li­ser les reven­di­ca­tions ama­zi­ghes. D’ailleurs, le ver­dict pro­noncé par le « juge » est un mes­sage clair lancé par le pou­voir aux Amazighs qui résis­tent encore à l’ara­bi­sa­tion : Rendez-vous (c’est-à-dire « Vendez-vous ! ») ou Crevez !

Se rendre ou mourir : ainsi est la jus­tice maro­caine. A titre d’exem­ple, on sait que le Maroc s’est engagé dans la lutte contre le ter­ro­risme. Alors que c’est bel et bien la poli­ti­que d’ara­bi­sa­tion menée par le régime de Rabat qui a fait de ce pays le nid des barbus entur­ban­nés et des can­di­dats au sui­cide explo­sif. Si on com­pare les ver­dicts anti-ter­ro­ris­tes et les ver­dicts anti-ama­zighs, on décou­vre, en fait, que les ter­ro­ris­tes, ce sont les mili­tants du MCA, les pre­miers à avoir tiré la son­nette d’alarme sur les dan­gers du pro­ces­sus d’ara­bi­sa­tion.

Nombreux sont les dis­cours du Roi qui évoquent le carac­tère prio­ri­taire et fon­da­men­tal de la « réforme de la jus­tice ». Mis à part le mil­liard de dirhams dédié au reloo­king de 22 salles d’audience (10.000 ordi­na­teurs sup­plé­men­tai­res, ins­tal­la­tion de bornes inte­rac­ti­ves…) et des juge­ments inap­pro­priés, on n’a rien vu d’autre ! On sait bien que la jus­tice, au Maroc, est tout sauf indé­pen­dante. Le minis­tre maro­cain de la Justice, Abdelwahed Radi aime bien répé­ter que « la jus­tice est indé­pen­dante vis-à-vis du pou­voir poli­ti­que » Et com­ment, on aime­rait bien y croire ! Malheureusement, le cas des déte­nus poli­ti­ques ama­zighs démon­tre le contraire. Les Amazighs déran­gent, les juges sont donc appe­lés à contri­buer, eux aussi, au déman­tè­le­ment de leur mou­ve­ment. Tous les moyens sont bons pour liqui­der le MCA.

Ameknas, c’est la ville où auront (peut-être) lieu les 5èmes assi­ses du Congrès Mondial Amazigh. C’est aussi une ville qui a su pré­ser­ver son authen­ti­cité ama­zi­ghe de par son Histoire. C’est à l’uni­ver­sité d’Ameknas où des bandes ara­bis­tes ont jux­ta­posé les dra­peaux ama­zigh et israé­lien pen­dant la période noire de 2007. C’est également cette région ama­zi­ghe du Moyen Atlas qui est pré­si­dée par l’anti-ama­zigh Aourid. Nombreux sont les enjeux qui se cachent der­rière cette région et son actua­lité… Toujours est-il que le silence des asso­cia­tions (véri­ta­ble­ment) ama­zi­ghes concer­nant le ter­ri­ble ver­dict du 17 Octobre est inquié­tant.

Soutenons Ousaya et Ouadouch et tous les autres déte­nus poli­ti­ques ama­zighs qui pré­fè­rent crever que de se rendre !

Fatima Alahyan

P.-S.

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