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« Bistrot de pays® » de l’Ardèche et bidonnage

Publié le 7 novembre 2009

Maj le 9 novembre 2009

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As-tu déjà entendu parler du label « bistrot de pays® » (jette un œil ici) ? Non ? Dommage car tu as raté alors une bonne occasion de te bidonner ! « Bistrot de pays® » (ha ils le veulent leur « ® », ils ont payé pour, et bien ils vont l’avoir !) est encore un de ces labels de propagande chargé de nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Observons le cahier des charges et la volonté qui s’y affiche de maintenir de « l’activité » sur les « territoires ruraux » :

- le rade doit être placé dans une com­mune de moins de deux milles âmes
- il doit cons­ti­tuer le der­nier, ou l’un des der­niers, com­merce du vil­lage
- pos­sé­der une licence 4
- être ouvert toute l’année
- orga­ni­ser des ani­ma­tions (au moins trois par an)
- pro­po­ser au mini­mum une res­tau­ra­tion de type casse-croûte à toute heure, basée sur des pro­duits régio­naux
- si une res­tau­ra­tion com­plète est assu­rée, pro­po­ser des repas où les recet­tes et les pro­duits du ter­roir tien­nent une place pré­pon­dé­rante pro­mou­voir les pro­duits de ter­roir
- dis­po­ser des prin­ci­paux docu­ments d’infor­ma­tions tou­ris­ti­ques loca­les offrir quel­ques ser­vi­ces de base (épicerie, pain jour­naux...)

C’est mar­rant parce que quand on regarde ce pro­gramme, on voit tout de suite l’ima­gi­naire qui va avec. En gros, c’est le vil­lage de l’immé­diate après-guerre, dans lequel l’accultu­ra­tion qu’entraîne l’arti­fi­cia­li­sa­tion de la vie moderne n’est pas com­plè­te­ment inté­grée dans les esprits d’indi­vi­dus qui ont donc encore des réflexes col­lec­tifs (en gros : soli­da­rité et convi­via­lité). Une sorte d’ima­gi­naire à la Amélie Poulain, car il faut bien se mettre ça dans la tête : les orga­ni­sa­teurs du bétail humain – géné­ra­le­ment des bac+5 – sont désor­mais com­plè­te­ment incultes.

Bon, tout d’abord, une mise au point : c’est lâche, me diras-tu, de s’atta­quer à une cible facile ayant fait moult fois montre de son... immense com­pé­tence mais qu’y puis-je si c’est encore la sémillante équipe du Pays de l’Ardèche Méridionale qui, une fois de plus, plante le décor ? Un mot pour celui qui ne la connaît pas. Lis la lit­té­ra­ture de pro­pa­gande du Pays de l’Ardèche Méridionale et tu verras s’exhi­ber le culot de ces tech­ni­ciens petit-bour­geois qui n’ont pas peur de se payer de mots : un « ter­ri­toire soli­daire », « ouvert et accueillant », « pro­duc­tif », « un ter­ri­toire d’excel­lence de vie, d’inno­va­tion », etc., etc. Toutes les tartes à la crème du déve­lop­pe­ment, tous les mots de la nov­lan­gue des ins­ti­tu­tions bour­geoi­ses sont pré­sents. Mais soyons juste, que l’on regarde les pla­quet­tes de pro­pa­gande du Conseil Régional, du Conseil Général, des com­mu­nau­tés de com­mu­nes, c’est tou­jours la même lita­nie, la même obses­sion de pré­sen­ter aux citoyens une pensée posi­tive alors que ces mêmes orga­ni­sa­tions sont à la base de la des­truc­tion des terres et des peu­ples qui les habi­tent. Ainsi, par exem­ple, la pro­pa­gande de la Région Rhône-Alpes annonce : une « terre d’excel­lence » (super ori­gi­nal...), une région « Rhône Alpes citoyenne », « dési­ra­ble » (si si ! Je te dis que c’est vrai, véri­fie toi-même lec­teur), « enga­gée », qui « tisse des liens entre ses ter­ri­toi­res », etc. Je t’épargne tout le reste, on s’en branle.
Le Pays de l’Ardèche Méridionale, pour reve­nir à lui donc, est une struc­ture de gou­ver­nance locale, c’est-à-dire que l’on ras­sem­ble ce que le lexi­que néo-fas­ciste de la gou­ver­nance nomme les acteurs (mot qui annonce un indi­vidu, scindé, schi­zo­phrène [1]), on leur fait croire qu’ils dis­cu­tent de choses sérieu­ses et, au final, on leur fait accep­ter – géné­ra­le­ment à l’una­ni­mité (signe que les votes se pas­sent sans pres­sion aucune et que nous sommes en démo­cra­tie et non, comme cer­tains aigris le lais­sent enten­dre, dans une oli­gar­chie avec des struc­tu­res dignes du polit­buro sovié­ti­que [2]) – les pro­jets pré­pa­rés à l’avance par des tech­ni­ciens sans âmes qui fonc­tion­nent dans l’idéo­lo­gie domi­nante. Ca s’appelle du mana­ge­ment poli­ti­que c’est-à-dire de la gou­ver­nance. Évidemment, il fal­lait que ce machin qu’est le Pays, qui tombe dans tous les pan­neaux du déve­lop­pe­ment ter­ri­to­rial, tombe également sur cette cari­ca­ture que sont les « Bistrots du Pays® » et fonce dedans. En effet, le Pays de l’Ardèche Méridionale est une ins­ti­tu­tion ardé­choise vrai­ment typi­que du vide d’idées qu’entraîne l’ado­ra­tion de l’idéo­lo­gie domi­nante. Mais ne soyons pas injuste : le Pays n’est pas seul dans ce projet auquel par­ti­ci­pent également le Conseil Général de l’Ardèche (alors là, il fau­drait une thèse pour dénom­brer les catas­tro­phes dues à ce truc) et la Chambre de Commerce et d’Industrie de l’Ardèche Méridionale (eux, on ne les pré­sente pas : leur seule obses­sion est d’exploi­ter tout ce qui est faible et qui tra­vaille).

Avant de com­men­cer la des­crip­tion de la pan­ta­lon­nade que repré­sente cha­cune des inau­gu­ra­tions de ces rades (qui ont eu lieu en 2008), rap­pe­lons que l’opé­ra­tion Bistrot de Pays® coûte 57 000 € au Pays de l’Ardèche Méridionale. Belle somme, n’est-ce pas ? Pour sûr elle va être bien uti­li­sée par ces ins­ti­tu­tions qui se disent si préoc­cu­pées de l’uti­li­sa­tion ration­nelle des fonds publics... Alors ça donne quoi les inau­gu­ra­tions de ces pau­vres bars sou­dai­ne­ment trans­for­més en clin­quant Bistrot de Pays® ? Chaque inau­gu­ra­tion d’un des 15 Bistrots de Pays® de l’Ardèche Méridionale donne lieu à une ani­ma­tion et sur­tout à un buffet avec petits fours et bois­sons alcoo­li­sées : ceux qui connais­sent le monde des oli­gar­ques [3] vont pou­voir ima­gi­ner l’engoue­ment de ces der­niers. On n’a pas idée de la tor­ture que repré­sente de tels événements pour les gosiers des oli­gar­ques locaux, obli­gés d’atten­dre la fin des dis­cours tota­le­ment vides de leurs confrè­res mus par la seule volonté de briller en société, puis sommés d’atten­dre la fin d’une ani­ma­tion artis­ti­que dont tout le monde se contre­fout avant de pou­voir se jeter sur la bouffe et l’alcool. Notons que si les oli­gar­ques sont bien obli­gés d’écouter leurs pairs, à qui ils ne veu­lent pas déplaire au risque de se voir retour­ner un jour la pareille, il en va tout autre­ment des inter­mit­tents du spec­ta­cle qui, eux, auront beau­coup plus de mal à se venger d’un éventuel affront et, par consé­quent, ne méri­tent visi­ble­ment pas le res­pect. C’est pour­quoi le rush com­mence alors que les artis­tes essayent de bien faire pour ne pas déplaire à leurs obèses majes­tés. De l’avis de plu­sieurs artis­tes inter­ro­gés, les spec­ta­cles sont plutôt nuls (coupés, retra­vaillés pour la cir­cons­tance). Mais les tech­ni­ciens de Pays en sont très contents. Dans ce monde tech­nico-scien­ti­fi­que, la marque du goût s’appa­rente à la capa­cité de dis­cou­rir sur l’art. Et l’on voit fleu­rir des dis­cus­sions dans les­quel­les chacun essaye de se faire mous­ser : les tech­ni­ciens affir­mant que les spec­ta­cles sont très cohé­rents avec l’événement, les oli­gar­ques voyant là l’occa­sion de se mon­trer sous un jour posi­tif - cela est d’ailleurs la prin­ci­pale acti­vité de leurs man­dats - bref tout le monde est content. Et l’on voit cette situa­tion digne de romans de science-fic­tion dans laquelle une oli­gar­chie d’obèses, secondée par de jeunes tech­ni­ciens lèches-cul aux dents lon­gues qui essayent de faire car­rière et rêvent d’être, peut-être un jour, calife à la place du calife ; une oli­gar­chie donc qui se gausse, pouffe, bouffe, picole, obser­vée par un pro­lé­ta­riat artis­ti­que exploité qui la méprise autant qu’il se sent méprisé.
Un monde à la Bilal.
Attention, n’oublions pas l’acte de pro­pa­gande, c’est-à-dire l’objet prin­ci­pal de tout ce micmac. Les jour­na­lis­tes, non moins lèches-cul que les tech­ni­ciens, sont pré­sents. Pour l’inau­gu­ra­tion du Bistrot de Pays® dont il est ques­tion ici, ton ser­vi­teur a retrouvé et ques­tionné des acteurs pré­sents qui affir­ment – et je les crois volon­tiers – qu’on a monté une scène de toute pièce devant les camé­ras de France3 pour faire croire que le moment était vrai­ment convi­vial (c’est la scène de bouffe où le patron sert des assiet­tes faites à la hâte pour de faux clients). On en est là : des actes de pro­pa­gande au quo­ti­dien digne de la grande époque de l’Union Soviétique (en fait, je suis sûr que la pro­pa­gande n’était pas aussi sys­té­ma­ti­que sous Staline, les moyens tech­ni­ques n’exis­taient pas et sur­tout, j’ai du mal à ima­gi­ner que l’embri­ga­de­ment idéo­lo­gi­que était autant incrusté dans les indi­vi­dus). Enfin, les patrons des rades en ques­tion sont dégout­tés parce que les petits fours et l’alcool sont à leurs frais. Ils ont donc eu l’hon­neur de débour­ser pour voir la clique élue accom­pa­gnée de sa cour s’en foutre plein le bide pour pas un rond. Et là, com­ment ne pas citer quel­ques lignes de la Tribune sur une de ces inau­gu­ra­tions, qui mon­trent bien que la presse locale n’est pas un sombre organe de pro­pa­gande néo-fas­ciste comme cer­tains jaloux l’affir­ment :

« Jean-Paul Laffont et sa com­pa­gne Florence avaient convié à cette sym­bo­li­que et convi­viale mani­fes­ta­tion les habi­tants du vil­lage et leurs amis. [4] »

À cette inau­gu­ra­tion-là, je n’y étais pas mais pour le « avaient conviés », com­pre­nez que les patrons raquent et les oli­gar­ques débar­quent parce que c’est le pro­gramme imposé. Merveilleux jour­na­lis­tes, pas du tout au garde à vous devant la clique. Je pro­pose à la Tribune de se renom­mer La Vérité [5], tant ce jour­nal démon­tre avec une pas­sion toute pro­fes­sion­nelle que dans le sys­tème tota­li­taire, un mot veut dire son contraire et que la vérité, on s’en fout puis­que c’est les entre­pri­ses et les ins­ti­tu­tions, sys­té­ma­ti­que­ment à leurs bottes depuis la révo­lu­tion fran­çaise, qui la font et ce quel­que soit la réa­lité.
Pour reve­nir au Bistrot Machin®, pré­ci­sons qu’en plus, on va faire chier les patrons avec des for­ma­tions qui, soyons en sûr, vont faire hon­neur au monde de la for­ma­tion déjà réputé pour ne pas être du tout une nébu­leuse de fumis­tes qui pom­pent des salai­res pour appren­dre aux gens ce qu’ils savent déjà ou ce qui ne leur ser­vira jamais. Non, le monde de la for­ma­tion n’est pas un rite de pas­sage entiè­re­ment sym­bo­li­que qui rem­plit une fonc­tion tota­le­ment dif­fé­rente de ce qui est annoncé offi­ciel­le­ment.

Au delà de l’aspect ubues­que de ce genre de mani­fes­ta­tions de merde, essayons de com­pren­dre dans quel monde nous péné­trons. En gros, une fois de plus, les ins­ti­tu­tions ten­tent de nous faire croire que, bien que leur rôle soit d’impo­ser le sys­tème qui détruit la pla­nète sur toutes les terres qu’elles contrô­lent, elles sont capa­bles de sauver les tra­di­tions, c’est-à-dire les us et cou­tu­mes élaborés de façon auto­nome par les mil­liers de géné­ra­tions qui nous ont pré­cé­dés. En main­te­nant cet appa­rat de tra­di­tion qu’est cette fausse convi­via­lité et ce ser­vice [6] qui n’en est pas un puis­que d’une part il rentre dans un échange moné­taire et que d’autre part, il est voulu par une auto­rité exté­rieure, les ins­ti­tu­tions exhi­bent une image dégra­dée de la tra­di­tion. Ainsi, elles effec­tuent une double tra­hi­son. Tout d’abord, elles confir­ment aux gens de gauche que la tra­di­tion est un fait asser­vis­sant (ainsi, bien que contes­ta­tai­res vis à vis de l’auto­rité, ils acquies­ce­ront aux stra­té­gies du pou­voir cen­tral des­ti­nées à nous faire ren­trer dans sa moder­nité). Ensuite, elles trom­pent les gens de droite, qui s’en accom­mo­dent d’ailleurs fort bien, en leur fai­sant croire que la tra­di­tion ne peut vivre que par elles. Pour toute une partie de la popu­la­tion, la tra­di­tion est liée aux idées d’auto­no­mie, de convi­via­lité, et c’est cette strate du peuple qui, mépri­sée par les indi­vi­dus dits « de gauche » qui n’enten­dent rien à la tra­di­tion et sont par consé­quent moder­nis­tes, se retrouve dans les bras de la droite. Nous avons donc des ins­ti­tu­tions qui ven­dent pour leur plus grand profit une idée dégra­dée de la tra­di­tion, un folk­lore, un truc com­plè­te­ment réac­tion­naire, alors que dans les faits, la tra­di­tion n’est pas un sys­tème en tant que tel (bien qu’elle puisse en fonder) mais juste la manière dont les humains sont ensem­bles, en com­mu­nauté, en se sou­ve­nant du passé [7]. Il n’y aura jamais de convi­via­lité sans auto­no­mie. Or les ins­ti­tu­tions altè­rent toute auto­no­mie. Il suffit de nous regar­der tous dans la rue : tout le monde tire la gueule, nous res­sem­blons à une com­mu­nauté de gens qui n’ont pas envie d’être ensem­ble.

Le déca­lage entre la des­truc­tion de toute forme d’huma­nité et la pro­pa­gande gen­ti­ment débile des ins­ti­tu­tions ferait rire si les enjeux n’étaient pas aussi immen­ses. Ainsi le label Bistrot de Pays®, avec tout son folk­lore ridi­cule, est en réa­lité une marque dépo­sée [8], tu l’auras com­pris. Tout est par­fai­te­ment orga­nisé pour faire croire au péque­not lambda qu’il baigne dans de l’authen­ti­que. En réa­lité, tout est struc­turé, mesuré, évalué, contenu par des tech­ni­ciens. Il n’y a plus rien d’auto­nome là-dedans. C’est un peu le même prin­cipe que Disneyland : on crée un monde enchanté pour pré­ve­nir toute pos­si­ble prise de cons­cience de l’arti­fi­cia­li­sa­tion du monde qu’entraîne l’action de ces mêmes ins­ti­tu­tions. Dans les dis­po­si­tifs que met­tent en place ces der­niè­res, il y a un double men­songe. Tout d’abord, bien que tota­le­ment inef­fi­ca­ces, ils sont, si on prend la pro­pa­gande au sérieux, en fait des­ti­nés à atté­nuer les effets des poli­ti­ques que le pou­voir cen­tral, donc les ins­ti­tu­tions, met en place (ainsi, les ins­ti­tu­tions ren­for­cent-elles les ten­dan­ces oli­go­po­lis­ti­ques des mar­chés en désen­cla­vant - encore un mot de pro­pa­gande – les terres trans­for­mées en ter­ri­toi­res, c’est-à-dire en zones fonc­tion­na­li­sées. Par consé­quent, elles dévi­ta­li­sent les aires les plus sen­si­bles, aires qu’elles annon­cent ensuite vou­loir revi­go­rer avec des pro­jets bidons comme Bistrots de Pays®. Les ins­ti­tu­tions créent les pro­blè­mes et leurs solu­tions : elles se ren­for­cent des catas­tro­phes qu’elles pro­vo­quent). Ensuite, second men­songe, la vraie effi­ca­cité de ces dis­po­si­tifs tient en l’impos­si­bi­lité dans laquelle ils met­tent la popu­la­tion de cons­cien­ti­ser col­lec­ti­ve­ment l’affa­dis­se­ment de la vie. Voici le nou­veau visage du fas­cisme. Ne t’attends plus à voir un malade haran­guer les foules en leur pro­met­tant la Solution Finale. Non, le néo-fas­ciste est un mana­ger, un tech­ni­cien sympa qui parle posi­tif pen­dant que le sys­tème arti­fi­cia­lise la vie et le monde. Au final, c’est bien dans les petits événements quo­ti­diens que se lit le mieux la gigan­tes­que tra­gé­die que repré­sente la Modernité.

totof

Notes

[1] Dans le management politique, c’est-à-dire la gouvernance, la notion d’acteur est primordiale car elle implique que l’individu accepte les règles managériales (évaluations, modules de réflexion, médiations, etc.) mais aussi et surtout le fait que le marché gère toutes les activités humaines. Soumis à ces contraintes indépassables, l’individu est scindé, il est quelqu’un d’autre que lui-même et joue un rôle : il est un acteur. La gouvernance gère le marché total avec des individus soumis, scindés par la coupure entre la vie réelle et ce qui est possible dans les institutions bourgeoises.

[2] Ainsi, pour la petite histoire, la charte du Pays de l’Ardèche Méridionale, a été votée à l’unanimité. L’histoire de ce vote à main levée (comme ça, tout dissident est soigneusement identifié, comme nous allons le voir) est passionnante car en réalité, il y eut lors du vote, une voix discordante qui vota contre la charte : le représentant du Réseau Education Nature Environnement. Et bien figure-toi que, comme par magie, au bout de quelques jours, le Réseau Education Nature Environnement changea son vote et que l’on n’entendit plus jamais parler du pauvre hère qui avait voté contre : disparu, volatilisé... Étrange, non ? Tout cela sent les pratiques on ne peut plus démocratiques. Donc sur environ 80 votants, personne (moins une personne donc mais qui s’est volatilisée) n’a rien trouvé à redire à une charte typique de l’idéologie néo-fasciste actuelle dans sa déclinaison développement durable. Encore bravo à tous ces acteurs locaux qui ont brillé pour leur courage.

[3] Un oligarque est un représentant élu (Cf. ARISTOTE, Les politiques, IV, 9, 1294b4). Un oligarque est nommé, dans la novlangue officielle, un « élu ». Ainsi, le langage est détourné pour empêcher le crime de la pensée et une possible prise de conscience du fait que représentation politique et démocratie sont incompatibles. Sur cette question de l’antinomie de la représentation et de la démocratie, cf. Cornélius CASTORIADIS, Domaines de l’homme – Les Carrefours du labyrinthe 2, éditions du Seuil, 1986, pp. 358-364.

[4] La Tribune, Chez Barratier, n°42, 16 octobre 2008, p.19.

[5] La Pravda, en russe.

[6] Le terme service est un mot irrémédiablement mutilé. Des services publics aux services à la personne, ce mot a été vidé de sa substance par la monétarisation et le déséquilibre en terme de don que son acceptation moderne implique. Soyons exigeant avec les mots, n’acceptons aucune dégradation ! Bordel, réveillons-nous !

[7] Cher citadin, je te vois déjà tirer la gueule du fait que je ne flingue pas la tradition. Mais la tradition que nous connaissons depuis deux cents ans est une tradition dégradée par la désorganisation que le pouvoir central impose aux sociétés traditionnelles pour éliminer toute autonomie en vue d’asservir les populations au profit d’une classe sociale. Il n’y a pas à tortiller du cul : c’est la tradition ou la Modernité. En d’autres termes, c’est l’autonomie de gens qui décident de façon autonome la manière dont ils vivent, avec leurs propres références, ou c’est la domination, avec présentement une oligarchie républicaine qui fait elle-même ses traditions et mène droit au totalitarisme (nous y sommes désormais). Comme je vois que tu t’étrangles, ami citadin, parce qu’il est interdit de dire que la tradition c’est bien, je précise qu’il faut faire attention et que la tradition ne protège pas forcément de l’ injustice (il y aura toujours un rapport de force pour tendre vers plus de justice) mais évite en tous cas la tragédie de masse qu’engendre la dialectique de la raison au sein de la modernité.

[8] marque déposée à l’Institut National de la Propriété Industrielle sous le numéro 93489688. Super poétique, super convivial ces Bistrots de Pays®, pas vrai ? Et tellement spontanés...

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  • Le 26 août à 15:10, par lodge

    Intéressant votre article, réflexions justes, drôles, très proches de la réalité dans un style littéraire un poil caricatural.
    Mais le fond de tout ça c’est quoi ? une opération marketing et des méthodes énervantes certes, mais au final, cet outil n’est il pas le moyen de faire survivre des commerces qui ne s’en sortiraient pas autrement, en vendant un peu leur âme à la tendance bling bling de l’autentiquement créé et de l’eternel terroir, permettant aux « locaux » de conserver une activité de proximité local en ces temps de désertification ?
    « Rien n’est parfait » comme disait le renard.
    Merci qu’en même pour ce bon article

  • Le 10 janvier à 18:11, par sylvie

    Bonsoir,
    je tombe sur votre site par hasard et sur votre papier bidonnant. La classe ! malgré votre effort pour parler chartier. Bravo vous me donnez envie de faire pareil avec ceux que j’ai dans mon coin (Haute-Loire).
    On construira après, ou en même temps.
    Ruines contre ruines.

  • Le 19 novembre 2009 à 00:59, par totof

    salut,

    Bon, honnêtement, chère « serviteuse », je ne sais pas si ton commentaire nécessite une réponse. Pour ce que j’en ai compris, je te renvois à l’article lui-même qui répond, quand il est lu correctement, à peu près à tout ce que tu écris. Car quand je lis :

    « L’artificialisation de la vie à cause d’un logo »

    Je me dis que si c’est ça que t’as compris de l’article, reprends-en la lecture mais lentement et sans t’énerver.

    Quand même, il ne s’agit pas de dire aux gens s’ils doivent aller dans tel troquet ou dans tel autre pour voir si la bière est meilleure, il s’agit d’indiquer que le label bistrot de pays est une arnaque qui s’inscrit dans une stratégie institutionnelle globale destinée à nous aliéner, à nous rendre étranger à notre propre monde.

    Tu dis que l’article prend tout le monde pour des cons. C’est faux, je ne dis rien contre les patrons des bistrots et me trouve même plutôt sympa avec les gens de droite et aussi finalement avec ceux de gauche. Je nous considère tous comme trahis par des idées. C’est pas parce qu’on est trahis qu’on est un con. Faut pas tout mélanger.

    Tu dis que fourrer son nez dans la réalité « qui pue » et dire ce qu’on a vu, c’est prendre les gens pour des cons... Ben, je sais pas... Les auteurs des bouquins politiques de ton pote bistrotier que t’encensent habitaient-ils sur une autre planète ? Ne sont-ils pas allés la voir la réalité pour écrire leurs livres ?

    Tu écris :

    « Penser que le peuple, de gauche et de droite, est trop bête, le cafetier y compris, pour savoir que ce type de »promo« est autre chose que de la promo dans des coins qui se cassent la gueule ? »

    Heu je ne comprends pas tout là mais veux-tu dire que tout le monde a le point de vue que l’article adopte sur les bistrots de pays ? Si c’est ça, faut te réveiller je crois... Sinon, ben l’article a toute sa raison d’être.

    Ensuite... le premier paragraphe de ton « 2) » me confirme que tu n’as pas compris grand-chose à l’article donc je passe. Ne compte pas sur moi pour te mâcher le travail de lecture.

    « Que des cons pourris » Mais pourquoi écris-tu une chose pareille ? Quels passages te font penser à ça dans l’article ? Ton pote qui tient un bistrot du côté de Huelgoat est peut-être très sympa mais il s’est fait avoir par une stratégie institutionnelle. Si tu refuses de voir ça au nom, peut-être, d’une amitié, et bien tu commets une faute et tu ne rends pas service à ton ami.

    Et en te relisant, je chope ta première phrase :

    « Les gentils artistes brimés rémunérés pour réaliser une inauguration, et les vilains techniciens méchants rémunérés pour organiser l’inauguration ? »

    Si je comprends bien le sens, c’est quand même assez grave. Ca veut dire qu’on ne peut plus juger les places qu’organise le mode de production et les stratégies, souvent collectives, que les agents développent en fonction de ces places. Typique de cette soupe idéologique qu’on nous sert actuellement où l’on est intellectuellement bloqué par l’interdiction de juger les gens en fonction de leurs actes. Comme si plus rien ne portait à conséquence : le règne de l’insignifiance, quoi. Dans cette idéologie de l’entre-deux, dès qu’on juge un truc bon ou mauvais, on est « manichéen ». Encore un mot dégradé qui, à l’image du « nihilisme », n’est plus qu’une caricature qui nous rend impuissant. Donc, tes « gentils » et tes « vilains »... Si tu vois ce que je veux dire...

  • Le 17 novembre 2009 à 22:08

    1) Les gentils artistes brimés rémunérés pour réaliser une inauguration, et les vilains techniciens méchants rémunérés pour organiser l’inauguration ?

    L’artificialisation de la vie à cause d’un logo, dont l’usage permettra aux bistrots de travailler en groupe ( ouais, peut être bien même de la collectivisation par la suite...) , et le salvateur fourrage de nez dans la réalité qui pue à destination de gens tous trop cons pour choisir un bistrot parce que la bière est bonne et les discussions intéressantes ?
    Penser que le peuple, de gauche et de droite, est trop bête, le cafetier y compris, pour savoir que ce type de « promo » est autre chose que de la promo dans des coins qui se cassent la gueule ?

    Ceci n’est pas une pipe, mais bien une artificialisation de la connerie des gens, non ?

    2) Ceci dit, me rendant parfois dans les bistrots de Pays, c’est vrai que c’est beaucoup de changements : les mecs, au lieu de proposer des plats avec des trucs du coin, de rajouter de la binouse locale dans leurs fûts, et d’avoir un soutien pour essayer de faire des animations culturelles, ils rajoutent des toboggans en plastique jaune qui brille, ils se font faire des comptoirs plaqués or, ils branlent plus rien en attendant assis à l’entrée de leur bouge que les touristes se fassent tatouer un par un un numéro pour aller profiter du grand centre aqua-ludique installé par bistrotdepays (j’arrive pas à faire le petit r).

    Que des cons pourris...en attendant, si vous allez en bretagne, passez à « l’autre rive » du côté de Huelgoat. Café librairie à la solde des technocrates et du grand capitalisme, puisque bistrot de pays, il se fait chier à avoir le meilleur rayon politique que j’ai jamais vu, dans le grand nomansland du centre bretagne. Il a même « barricada », c’est dire, et il vous expliquera certainement comme il se fait bouffer par des techniciens bac+5 avec des dents qui rayent le plancher.

    Tout ca pour dire que c’est certainement un peu bidon, « Bistrot de Pays », mais finalement comme un peu tout, ceci ne devant pas amener à mélanger les torchons et les soviets ( et à prendre les gens pour des cons)

    Votre serviteuse


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  • Rapports sociaux de genre

    Soirée de soutien au livre du CLAS à propos du viol

    Vendredi 1er octo­bre à 19h au « Z » - RN 86 à Soyons 07 (proche valence) - Entrée 5 euros.

  • Migrations - sans-papierEs

    Face au racisme et à la xénophobie d'État : La solidarité de classe, pas l'hypocrisie républicaine

    Tract CGA manif 4 sep­tem­bre :
    - Une suren­chère répres­sive et raciste
    - Une his­toire qui ne date pas d’aujourd’hui
    - Libéralisation de la parole raciste et stra­té­gie de divi­sion
    En se posant en ges­tion­nai­res de l’État et du capi­ta­lisme, les cou­rants poli­ti­ques de gauche qui font mine de s’émouvoir de la poli­ti­que actuelle, ont depuis des années apporté leur pierre à l’édifice d’une répu­bli­que raciste et xéno­phobe.


31 août


26 août

  • Education - partage des savoirs

    Appel à actions anti-bizutage/usinage à l'ENSAM, site de Cluny (pour commencer...)

    Une grande école publi­que abrite tou­jours un bizu­tage mental appelé « usi­nage » durant près d’un tri­mes­tre. Nous avons nommé l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), établissement com­posé de 8 cen­tres dont un près de chez nous, à Cluny, à 20 km de Mâcon. Un col­lec­tif local anti-usi­nage s’est créé et invite à une pre­mière action le 31 août où nous nous espé­rons nom­breux...


25 août

  • Discriminations

    « 100 villes contre la lapidation » : Rassemblement du 28 août à Lyon

    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

  • Migrations - sans-papierEs

    cartes postales à l'Elysée

    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

  • Résistances et solidarités internationales

    « Moi aussi, je boycotte ! » déclare le Président du tribunal correctionnel de Mulhouse

    Le Collectif 69 Palestine appelle à sou­te­nir les cinq mili­tants du Collectif Boycott 68 assi­gnés en cor­rec­tion­nelle le 13 sep­tem­bre, pour avoir appelé au boy­cott des pro­duits israé­liens à Carrefour de Mulhouse le 26 sep­tem­bre 2009. Des actions ont eu lieu à Lyon le 13 jan­vier et le 29 mai 2010.