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Contre-sommet de Vichy : photoreportage

Publié le 5 décembre 2008

Maj le 4 décembre 2008

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14h. Angélisme ou bon sens, peu importe : on est quelques un.e.s à être déjà brassé.e.s par la présence des flics au départ des cars lyonnais.

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Avant même d’être parti.e.s, c’est la pre­mière pro­vo­ca­tion : contrô­les d’iden­tité, fouilles et chan­tage au départ. Au bout d’une bonne heure, ils s’en vont, et on peut partir sans avoir tou.te.s donné nos iden­ti­tés. Arrivé.e.s à Vichy, le cor­tège se bouge, et déjà des jolis fumi­gè­nes égaient la nuit tombée. À peine deux ave­nues et trente minu­tes plus tard, le temps de s’étonner de la pré­sence osten­ta­toire du parti qui affré­tait des char­ters il n’y a pas si long­temps ; et d’admi­rer des artis­tes muraux s’expri­mer, et des lacry­mos sif­flent déjà au dessus de nos têtes.

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manifestants devant les flics
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gaz lacrymo et drapeau

Au milieu des étouffements et des yeux qui pleu­rent, c’est une grosse rage qui monte. Trente minu­tes à peine qu’on marche. L’hypo­thé­ti­que « zone rouge » n’est ni en vue, ni même envi­sa­gée à ce moment-là. Pourtant on crache nos pou­mons. « C’est de la pro­vo­ca­tion » : on l’enten­dra sûre­ment plus tard, mais sûre­ment pas à leur encontre, pas au sujet des gre­na­des qui tom­bent droit dans la foule, sur des têtes, pas au sujet du front de CRS qui bloque le « par­cours », pas au sujet des char­ges qui font ici pani­quer cer­tain.e.s, là s’étaler un vieux au sol. La rage monte encore, au rythme des char­ges, des gaz, des yeux qui pleu­rent.

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? ??

Avec la rage, vient l’impuis­sance la nôtre. Impuissance à ne pas recu­ler devant la vio­lence des char­ges, des tirs de gaz. Impuissance à gérer ses jambes qui trem­blent, à contrô­ler une boule au ventre d’angoisse, d’essou­fle­ment, de colère. Impuissance à faire com­pren­dre au Parti Socialiste que sa pré­sence est pour le moins dépla­cée. Impuissance face à cel­leux qui tra­cent loin devant, lâchant au pas­sage un « bah, des arres­ta­tions, il y en a tout le temps ». Impuissance au mileu de visions tant orwel­lien­nes le phare d’hélico balayant la foule, les gre­na­des cla­quant, les sou­ri­ciè­res se refer­mant. Impuissance face à leur puis­sance.

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Vichy la nuit

Au milieu de tout ça, il y a des sou­ri­res aussi, quand même. Voir des famil­les rester là, soli­dai­res, poings serrés, ensem­ble. Voir quel­ques murs porter pour un ins­tant une autre parole que celle de JeanClaude Decaux. Voir cette rage s’expri­mer, voir ces rues, quel­ques minu­tes durant, deve­nir plus qu’un élément de ges­tion des flux. Voir cette rage par­fois s’expri­mer dans la confu­sion, le n’importe quoi qui tourne en rires ner­veux. Entendre des gens, pour­tant pani­qué.e.s et réservé.e.s, se ris­quer à dire sou­rire au lèvres, comme un sou­la­ge­ment « oui, bon, un pan­neau de pub, c’est pas grave ! ». Entendre aussi des « com­ment vous dites ? Ni nations, ni fron­tiè­res, ni matons, ni char­ters ? Ah ouais, c’est cool ! ». La foule qui somme toute reste, résiste, sou­tient.

Le recul ter­miné, une fois tout le monde plus ou moins replié vers le lieu du « mee­ting », la soirée se pour­suit, plutôt sur­réa­liste. Il faut démê­ler dans le brou­haha les embrouilles avec les poli­ti­cien.ne.s, le mee­ting qui se déroule comme si de rien n’était, la soli­da­rité qui se met en place pour les arrêté.e.s, les cris aga­çants de gens surex­cité.e.s, les faus­ses aler­tes et les vraies, les tirs de flash ball sur la place.

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un manifestant se protège des flash-balls

Vers 22h, on reprend la route, lais­sant sur place les autres. Dans le bus, quelqu’un lit un cha­pi­tre sur l’expres­sion loga­rith­mi­que, et bien loin de patrick swayze, la radio joue (I had) The time of my life. C’était bien peu de chose. Quelque chose contre eux, quel­que chose à nous. Et déjà les pigis­tes de la presse-qui-ment pré­pa­rent leurs trans­crip­tions fidè­les de ce que leur a dit la pré­fec­ture : « En marge d’un sommet sur l’immi­gra­tion » bla­bla­bla « mani­fes­ta­tion pour une europe des droits de l’homme », bla­bla­bla, « amal­game dou­teux » bla­bla­bla, « arres­ta­tions » bla­bla­bla, « 5 voi­tu­res incen­diées » bla­bla­bla, « cas­seurs sans aucun lien avec la mani­fes­ta­tion ». L’his­toire bégaie. C’est fati­guant... Quelqu’un résume mieux que moi :

« Du fleuve qui déborde, on dit qu’il est vio­lent, mais on ne dit jamais rien de la vio­lence des rives qui l’enser­rent. » (B. Brecht).

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