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Corée du Sud : Le mouvement autonome s’affranchit du pouvoir

Publié le 24 juin 2008

Maj le 17 juin 2008

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3 compléments d'info

Le mouvement sud-coréen de contestation contre l’importation de bœuf américain et pour le départ du président Lee Myong Bak s’est continuellement amplifié, contraignant le gouvernement à la démission et provoquant une importante crise politique.

Son radicalisme dans la forme, expression du germe auto-gestionnaire aux origines inédites que l’on pouvait y déceler au départ, a aiguisé la conscience micro-politique des participants.

Note : Cet arti­cle couvre la période du 21 mai 2008, date de publi­ca­tion de la pre­mière partie, au 10 juin 2008, date anni­ver­saire des mou­ve­ments sociaux qui condui­si­rent au ren­ver­se­ment de la dic­ta­ture.

Marche violente vers l’émancipation

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Kwangju

En mai 1980 les forces armées de la dic­ta­ture sud-coréenne sou­te­nues par les états-unis déploient une vio­lence inouïe et mas­sa­crent plu­sieurs mil­liers de coréens de la « com­mune auto­nome de Kwangju ». La cen­sure et la répres­sion meur­trière contre toute per­sonne col­por­tant cette nou­velle ont long­temps laissé la popu­la­tion igno­rante de l’ampleur du mas­sa­cre.

C’est par volonté de réta­blir un sem­blant de vérité que se cons­ti­tua une forme de lutte uni­ver­si­taire nommée à pos­te­riori « Hun Dong Kuan » [1]. Hiérarchisée, machiste et vio­lente, cette gué­rilla a pris une ampleur consi­dé­ra­ble et s’est érigée en une forme de culture mili­tante offen­sive.

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Photo qui provoqua le mouvement social

En Juin 1987, alors que le peuple est ulcéré par la tor­ture exer­cée par la dic­ta­ture et les men­son­ges pro­pa­gés dans les médias, la photo d’un étudiant tué par des tirs de gre­nade lacry­mo­gène est publiée en pre­mière page d’un jour­nal. C’en est assez pour le peuple et les Hun Dong Kuan qui se révol­tè­rent [2], par­ve­nant à ren­ver­ser le régime en place.

Alors que s’ouvrait une aire nou­velle de pros­pé­rité économique, le nou­veau gou­ver­ne­ment pré­ten­du­ment démo­cra­ti­que, mais conser­vant les pra­ti­ques vio­len­tes de son pré­dé­ces­seur, com­mença à mar­gi­na­li­ser la culture Hun Dong Kuan et avec elle les luttes poli­ti­ques de masse. Il y par­vint défi­ni­ti­ve­ment durant l’année 1991 pen­dant laquelle fut lar­ge­ment média­ti­sée l’immo­la­tion par le feu d’une dizaine de Hun Dong Kuan et un inci­dent les impli­quant dans la pro­jec­tion de farine sur le pre­mier minis­tre. Ceci consomma la rup­ture avec la popu­la­tion et marqua la sépa­ra­tion entre les gens « nor­maux » et cette culture de combat. Depuis lors, et jusqu’au mou­ve­ment actuel, la contes­ta­tion poli­ti­sée au sein des uni­ver­si­tés a véhi­culé l’image néga­tive d’un résidu de la société passée.

Pour la pre­mière fois depuis la fin de la dic­ta­ture, alors que les déchai­ne­ments de vio­lence, les glo­rieux et tra­gi­ques chants des Hun Dong Kuan et la lutte vic­to­rieuse pour l’émancipation nour­ris­sent la mémoire col­lec­tive coréenne, la culture des mou­ve­ments sociaux de masse a rat­trapé l’époque pré­sente. La concer­ta­tion entre les mani­fes­tant-e-s, leur déter­mi­na­tion, leur paci­fisme cons­cient, offen­sif et festif ont permis une exten­sion mas­sive et his­to­ri­que du mou­ve­ment en rup­ture avec les luttes du passé et avec cer­tains aspects de la culture sud-coréenne.

Lutte sociale 2.0

L’inter­net, dont le degré de déve­lop­pe­ment en Corée du sud est l’un des plus avancé dans le monde, cons­ti­tue l’ossa­ture logis­ti­que de ce mou­ve­ment depuis son ori­gine. Celle-ci se divise en trois niveaux. Au niveau indi­vi­duel on trouve les blogs et les logi­ciels de dis­cus­sion ins­tan­ta­née. Les blogs sont des pages d’expres­sion per­son­nelle [3], se trans­for­mant par­fois en tri­bune d’expres­sion poli­ti­que. Les per­son­nes favo­ra­bles au mou­ve­ment y ont par exem­ple affi­ché le sym­bole d’une bougie [4]. Par ailleurs le jour de l’annonce par le minis­tre de l’agri­culture de la reprise des impor­ta­tions, des rubans noirs qui sym­bo­li­sent un événement grave et la tris­tesse ont été placés par beau­coup devant leur pseu­do­nyme dans les logi­ciels de dis­cus­sion.

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« Logo » du mouvement

Le second niveau est cons­ti­tué de sites web thé­ma­ti­ques et com­mu­nau­tai­res qui regrou­pent des per­son­nes par­ta­geant un même centre d’inté­rêt et appe­lés des « cafés » [5]. Ce sont des « cafés » sur la mala­die de la vache folle d’une part, et contre Lee Myong Bak d’autre part, qui ont orga­nisé les pre­miè­res mani­fes­ta­tions. Ce type de sites orga­ni­sent des coti­sa­tions pour la dis­tri­bu­tion de nour­ri­ture ou pour payer des espa­ces publi­ci­tai­res en faveur de la contes­ta­tion. Ils dif­fu­sent aussi les listes cons­tam­ment mises a jour des annon­ceurs publi­ci­tai­res de jour­naux de droite et orga­ni­sent contre eux une cam­pa­gne de boy­cott [6]. Ces annon­ceurs reçoi­vent des mil­liers d’appels de citoyens faus­se­ment inquiets de la perte d’image de l’entre­prise occa­sion­née par leur publi­cité dans ces jour­naux. La puis­sance de cette cam­pa­gne est telle qu’elles doi­vent s’en excu­ser sur leur site offi­ciel. Le nombre de pages des quo­ti­diens de droite concer­nés s’est effon­dré de plus de 20% en un mois [7].

Au der­nier niveau se trouve le site web « agora » qui est un forum publi­que et l’un des prin­ci­paux cen­tres de dis­cus­sion ouvert [8]. C’est le lieu incontour­na­ble de ce mou­ve­ment sur lequel les stra­té­gies sont dis­cu­tées, l’ordre du jour établi, les expé­rien­ces par­ta­gées et les idées débat­tues. Incursion du vir­tuel dans le tan­gi­ble, les ras­sem­ble­ments sont appa­rus comme l’inves­tis­se­ment de la rue par cette « agora » et ses prin­ci­pes de libre expres­sion, de prise de parole égalitaire et d’ini­tia­tive col­lec­tive. Ce pro­ces­sus a permis aux femmes, d’habi­tude très sous-repré­sen­tées, d’être des par­ti­ci­pan­tes à part égale avec les hommes. Il a aussi contri­bué à ren­for­cer et à pro­pa­ger un fort sen­ti­ment de légi­ti­mité.

Durant les mani­fes­ta­tions les citoyens publient en temps réel sur ce site des infor­ma­tions sur leur dérou­le­ment et envoient en direct des vidéos par l’inter­mé­diaire d’autres sites web tel « afreeca.com ». Les mem­bres du parti pro­gres­siste Jin Bo reçoi­vent des SMS les infor­mant de la situa­tion minute après minute. Toutes ces infor­ma­tions se rétro-pro­pa­gent rapi­de­ment dans la mani­fes­ta­tion, créant un sen­ti­ment d’ubi­quité. Ceci permet par exem­ple à des mil­liers de per­son­nes assis­tant à dis­tance aux événements de télé­pho­ner au com­mis­sa­riat pour exiger que ces­sent, au moment même ou ils se pro­dui­sent, les sévis­ses infli­gés par les forces de l’ordre. Ceci permet aussi aux par­ti­ci­pant-e-s d’être tenu-e-s au cou­rant des mou­ve­ments de la police et de se coor­don­ner.

Survol chronologique : première phase

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Depuis son ori­gine, la contes­ta­tion est allée en s’ampli­fiant dans tout le pays. A Seoul les mani­fes­ta­tions à la chan­delle ont ras­sem­blé un nombre crois­sant de femmes, d’hommes et d’enfants. On peut sché­ma­ti­que­ment défi­nir deux phases dans ce mou­ve­ment dont le pivot se situe la der­nière semaine de mai avec des chan­ge­ments inter­nes du coté de la contes­ta­tion et un redé­ploie­ment stra­té­gi­que du coté des forces de police.

Depuis les pre­miè­res mani­fes­ta­tions du 2 mai jusqu’au 28 mai, le centre de Seoul verra se ras­sem­bler plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de per­son­nes. Tous les soirs le cor­tège, au début essen­tiel­le­ment des neti­zens et des lycéen-ne-s, s’ébranle en une mani­fes­ta­tion paci­fi­que qui se répand dans les quar­tiers du centre de Seoul. Les per­son­nes pré­sen­tes exi­gent le départ de leur arro­gant pré­si­dent et chan­tent les deux pre­miers arti­cles de la cons­ti­tu­tion : « La Corée du sud est une répu­bli­que démo­cra­ti­que, et tout le pou­voir appar­tient au peuple ».

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Action ecologiste

Les actions mili­tan­tes se sont diver­si­fiées et mul­ti­pliées. On cons­tate par exem­ple un affi­chage sau­vage dans un McDonalds par des écologistes, des mani­fes­ta­tions indi­vi­duel­les devant des entre­pôts de bœuf orga­ni­sées par une asso­cia­tion « soli­da­rité des femmes », une requête de repré­sen­tant-e-s du parti des tra­vailleurs pour un assou­plis­se­ment des lois sur les mani­fes­ta­tions, ou une action en jus­tice contre les accords d’échange pour laquelle plus de 100.000 per­son­nes se sont por­tées partie civile. De plus les partis de l’oppo­si­tion ont refusé d’assis­ter au séan­ces par­le­men­tai­res pen­dant toute la durée de la contes­ta­tion.

A partir du 24 mai, la demeure du pré­si­dent Lee Myong Bak, juchée sur la col­line der­rière l’ancien palais royal, est clai­re­ment deve­nue l’objec­tif à attein­dre pour les mani­fes­ta­tions [9]. Ce jour aussi la popu­la­tion rentre au contact avec les CRS. A partir de cette date les ras­sem­ble­ments illé­gaux auront lieu sans inter­rup­tion nuit et jour aux cris de « Lee Myong Bak, des­ti­tu­tion ! » [10]. Ce sera le début d’un déchai­ne­ment de bru­ta­lité poli­cière et d’une mul­ti­pli­ca­tion des arres­ta­tions.

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Entre le 24 et le 27 mai, des affron­te­ments vio­lents eurent lieu avec la police qui pro­céda à 93 arres­ta­tions au total et bles­sera plu­sieurs per­son­nes, n’épargnant ni les lycéen-ne-s, ni les jour­na­lis­tes. Des pro­cu­reurs, des diri­geants de la police et les ser­vi­ces secrets se sont réunis en comité « Kong Han » (Sécurité publi­que). Ce terme for­te­ment connoté était employé pour desi­gner la police et la poli­ti­que ultra-répres­sive sous la dic­ta­ture. Les sévis­ses lar­ge­ment dif­fu­sés dans les médias et sur inter­net ainsi que le spec­tre du retour d’un état auto­ri­taire atti­sè­rent l’indi­gna­tion de la popu­la­tion et mar­què­rent l’entrée dans la seconde phase du mou­ve­ment.

Survol chronologique : seconde phase

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Ambiance dans les rues de Seoul

On assis­tera du 28 mai jusqu’au 10 juin à un net chan­ge­ment de la stra­té­gie poli­cière dont le déploie­ment des forces sera plus défen­sif. Semblant aban­don­ner le centre de la ville aux mani­fes­tants, elle vise doré­na­vant exclu­si­ve­ment le blo­cage de l’avenue prin­ci­pale et sur­tout de l’accès à la demeure du pré­si­dent qui prit alors des allu­res de fort assiégé. L’ambas­sade amé­ri­caine qui se trouve sur le trajet des mani­fes­tant-e-s était aussi for­te­ment pro­té­gée ; cepen­dant leurs dis­cours et leurs slo­gans ne sont pas anti-amé­ri­cains et elle n’est pas une cible pri­vi­lé­giée.

Coté contes­ta­tion, des éléments issus de la culture Hun Dong Kwan pren­nent une impor­tance accrue. Par exem­ple la pré­sence des orga­ni­sa­tions tra­di­tion­nel­les telle la Confédération Coréenne des Syndicats (KCTU) se ren­force. Le 25 mai, un ancien syn­di­ca­liste s’immo­lera par le feu, sans que cela n’ait le reten­tis­se­ment escompté. Ont aussi lieu fin mai dans les uni­ver­si­tés des votes de grèves de soli­da­rité par des comi­tés étudiants dont la plu­part sont pro­ches de cette culture.

La police, cons­ciente du danger que repré­sente pour elle la liberté de parole sur inter­net et de la dif­fi­culté de contrô­ler ce média, traque les mes­sa­ges lui étant hos­tile et en recher­che les auteurs. Par ailleurs des atta­ques infor­ma­ti­ques ont lieu, comme par exem­ple le pira­tage des sites web du parti pré­si­den­tiel [11] et de la police. Paradoxalement, en Corée du sud le sys­tème d’iden­ti­fi­ca­tion sur la plu­part des sites asso­cie le login avec un numéro d’iden­ti­fi­ca­tion natio­nal. Mais la contes­ta­tion est mas­sive et la soli­da­rité entre les neti­zens excep­tion­nelle, ren­dant peu effi­ca­ces les actions ciblées enga­gées contre eux.

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Les manifestant-e-s sous un canon a eau

Alors que le gou­ver­ne­ment se rétracte après son annonce de la reprise des impor­ta­tions le 29 mai, et que cha­cune de ses décla­ra­tions dégrade davan­tage la situa­tion, une ambiance pré-révo­lu­tion­naire s’empare du centre de Seoul vers lequel conver­gent tous les soirs entre plu­sieurs dizai­nes et une cen­taine de mil­liers de per­son­nes. Sont pré­sen­tes cer­tai­nes orga­ni­sa­tions poli­ti­ques comme par exem­ple le parti des tra­vailleurs ou l’orga­ni­sa­tion trots­kiste « all toge­ther ». De nom­breux concerts, débats et décla­ra­tions à la tri­bune ont lieu.

Le paroxysme de la vio­lence fut atteint le soir du samedi 31 mai. Vers 21h la nou­velle de l’arres­ta­tion d’une soixan­taine de per­son­nes par­ve­nues a s’appro­cher de la demeure pré­si­den­tielle se pro­page. Mettant un terme aux mani­fes­ta­tions cultu­rel­les sur la place, une foule de 60.000 per­son­nes emprunte l’avenue prin­ci­pale et se dirige vers la maison de Lee Myong Bak. Malgré la pré­sence de bus de police bar­rant la rue, plus d’une dizaine de mil­liers par­vien­dront à proxi­mité de la rési­dence pré­si­den­tielle. Vers 23h l’axe prin­ci­pal est plongé dans une ambiance sur­réa­liste : la police y est main­te­nant tota­le­ment absente car mobi­li­sée pour la défense des abords du palais royal et de la route menant direc­te­ment chez le pré­si­dent. Pas une voi­ture n’est en vue, et des dizai­nes de cars de police vides sont par­qués de part et d’autre de l’avenue. Des mani­fes­tants en nom­breux grou­pes dis­per­sés vont et vien­nent de l’épicentre qu’est l’entrée du palais royal. La chaus­sée mouillée par les canons à eau reflè­tent la lumière fan­to­ma­ti­que des écrans géants encas­trés dans les buil­dings. Alors qu’à 1 heure du matin des famil­les sont encore pré­sen­tes avec leurs enfants, l’attrou­pe­ment d’une dizaine de mil­liers de per­son­nes se main­tien­dra sous les puis­sants canons a eau jusqu’à 4h30 du matin, puis sera dis­persé par une charge bru­tale de la police. Cette seule nuit verra plus de 140 bles­sés et de 200 arres­ta­tions. A l’aube vers 6h00, plu­sieurs mil­liers de per­son­nes affluent de nou­veau vers la mani­fes­ta­tion.

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Ho-Hisse !

Les jours et les nuit sui­vants les contes­ta­tai­res conti­nuè­rent d’atta­quer les bus de police, mon­tant sur leurs toits, les dépla­çant, les déman­te­lant, arra­chant leurs grilles de pro­tec­tion, cre­vant leurs pneus et bri­sant leurs vitres. Les forces de l’ordre asphyxiè­rent les citoyens agglu­ti­nés face aux rangs de police avec des extinc­teurs et uti­li­sè­rent les jets d’eau contre eux. Les char­ges de CRS se firent doré­na­vant plus rares et furent annon­cées pen­dant plu­sieurs heures par une voix fémi­nine deman­dant aux enfants, per­son­nes âgées et jour­na­lis­tes de ne pas rester. Essayant de mai­tri­ser son image, la police n’uti­lise pas de tech­no­lo­gies comme le tazer, les fla­sh­balls, ou les gaz lacry­mo­gè­nes car ces équipements évoqueraient la dic­ta­ture mili­taire et pro­vo­que­raient une incontrô­la­ble esca­lade de la vio­lence. La confron­ta­tion avec la police conti­nua cepen­dant et fit plu­sieurs bles­sés graves.

Le week-end du 6 au 8 mai, un ras­sem­ble­ment mara­thon de 72 heures est orga­nisé. Selon des sour­ces non gou­ver­ne­men­ta­les, le nombre cumulé de per­son­nes sur les trois jours appro­che des 550.000. Des tentes de cam­ping sont posées dans les ave­nues du centre de Seoul qui se trans­for­ment en squat à ciel ouvert. Une mul­ti­pli­cité de grou­pes s’occu­pent de façon variée, tantôt dis­cu­tant et débâ­tant, tantôt s’atta­quant à des bri­ga­des de police ou dépla­çant un car de CRS, tantôt jouant de la musi­que, dan­sant, chan­tant et fes­toyant.

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Le mardi 10 juin, le gou­ver­ne­ment annonce sa démis­sion. En cette date anni­ver­saire du mou­ve­ment social qui avait mis fin à la dic­ta­ture vingt ans plus tôt, se sont 500.000 à 700.000 per­son­nes qui se rejoi­gni­rent au centre de Seoul et for­mè­rent un immense cor­tège lumi­neux. Elles assis­tè­rent à des concerts et à des dis­cours mili­tants tenus depuis une tri­bune sur laquelle est dis­posé un large por­trait de l’étudiant tué par la police en 1987. Un inter­ve­nant deman­dera aux per­son­nes res­tées chez elles de visi­ter le site web du pré­si­dent afin de « lui mon­trer notre puis­sance ». Trois minu­tes plus tard, le site en ques­tion n’était plus acces­si­ble. Contournant les ran­gées de contai­ners empi­lés au milieu de l’avenue par la police, le cor­tège s’est ensuite déplacé en direc­tion de la maison de Lee Myong Bak au son gran­diose et tra­gi­que des chants Hon Dong Kuan. Le retour de cette musi­que est un signe de la conver­gence du mou­ve­ment des neti­zens avec des orga­ni­sa­tions poli­ti­ques plus tra­di­tion­nel­les. La mani­fes­ta­tion se pour­sui­vra sans heurts jusqu’au petit matin lorsqu’une charge de CRS dis­persa les mil­liers de mani­fes­tant-e-s res­tants.

Une guerre mediatique ouverte

La chaine MBC, mena­cée de pri­va­ti­sa­tion par ce gou­ver­ne­ment, s’est livrée à une véri­ta­ble guerre de l’infor­ma­tion contre Lee Myong Bak. Cette chaine publi­que avait déjà for­te­ment contri­bué à la for­ma­tion du mou­ve­ment lors de la dif­fu­sion de repor­ta­ges sur la vache folle et de débats télé­vi­sés. Alors que le mou­ve­ment s’ampli­fiait et que la répres­sion se fai­sait de plus en plus vio­lente, elle n’hésita pas à mon­trer les images crues de la bru­ta­lité poli­cière, les visa­ges contu­sion­nés, les vête­ments ensan­glan­tés, les coups de bou­clier et de matra­que, les per­son­nes suf­fo­cant sous les jets d’extinc­teurs ou écrasées contre les rangs des CRS. Les pré­sen­ta­teurs ne firent aucune conces­sion et furent par­ti­cu­liè­re­ment cri­ti­ques, très loin du ton consen­suel et pro-gou­ver­ne­men­tal auquel nous sommes habi­tués. Ils annon­cè­rent par exem­ple en conclu­sion d’un jour­nal de 20h « On ne voit pas dans ces chaus­su­res mili­tai­res écrasant la tête d’étudiantes et dans l’emploi des jets d’eau un usage légi­time de la force publi­que. On y voit seu­le­ment le défou­le­ment de la police fati­guée et la pré­ci­pi­ta­tion de son com­man­de­ment.[...] Le gou­ver­ne­ment et la police n’ont tou­jours pas com­pris l’époque digi­tale et la colère de la popu­la­tion. Ils ont réagit comme dans les années 70 et 80. Bonsoir. » [12]

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Tas d’ordures devant l’hotel

La bataille média­ti­que se joue aussi sur le ter­rain, les par­ti­ci­pant-e-s ten­tant de défa­vo­ri­ser les chai­nes oppo­sées au mou­ve­ment. Le 1er juin des dizai­nes de mil­liers de per­son­nes se sont amas­sées au contact avec la police non loin de la demeure du pré­si­dent. Un jour­na­liste de la chaine KBC tente alors de faire une inter­ven­tion en direct. Il sera cerné par une cen­taine de per­son­nes enga­geant avec lui un dia­lo­gue paci­fi­que mais ferme. Sommé de s’expli­quer sur les men­son­ges dif­fu­sés par sa chaine, par exem­ple sur le comp­tage des par­ti­ci­pant-e-s sys­té­ma­ti­que­ment sous-estimé, le jour­na­liste ne four­nira aucune expli­ca­tion satis­fai­sante se conten­tant de « faire son métier ». L’attrou­pe­ment scan­dera alors « MBC ! MBC ! » et l’empê­chera de faire son inter­ven­tion. Le même genre de scènes se repro­dui­sent lors­que les mani­fes­tant-e-s croi­sent des jour­na­lis­tes des trois quo­ti­diens de droite Cho Joung Dong. Par ailleurs un tas d’ordure fut déposé devant un hôtel appar­te­nant à l’un de ces jour­naux et se trou­vant sur le trajet des mani­fes­tant-e-s.

Forme anarchiste du mouvement

Transposition de l’agora et des « cafés », mel­ting-pot de plus de 1500 asso­cia­tions diver­ses, ce mou­ve­ment se carac­té­rise par une absence de hié­rar­chie. Ceci contraste avec la culture coréenne. C’est une culture homo­gène, non-com­mu­nau­ta­riste, mais ayant une remar­qua­ble capa­cité d’inté­gra­tion d’éléments extrin­sè­ques. La hié­rar­chie y est une notion for­te­ment ancrée : celle des mili­tai­res et des entre­pri­ses bien sur, mais aussi celle de la réus­site sociale, les coréens ayant une forte cons­cience de leur posi­tion sociale dans leur rela­tions inter­per­son­nel­les. Hiérarchie de l’age ensuite, qui est l’une des prin­ci­pa­les caté­go­ries struc­tu­rante de la société coréenne. L’une des pre­miè­res ques­tions posée lors d’une ren­contre est « quel est votre age ? ». La réponse entraine l’emploi dis­sy­mé­tri­que de formes gram­ma­ti­ca­les cor­res­pon­dant à l’un des niveaux de res­pect entre les inter­lo­cu­teurs. Enfin dans cette société très patriar­cale, il est tra­di­tion­nel­le­ment bien vu que les femmes res­tent vier­ges jusqu’au mariage. Elles ne se valo­ri­sent qu’une fois mariées et per­dent de leur « valeur » si elles n’ont pas trouvé d’époux après la tren­taine.

C’est en rup­ture avec ces aspects de la culture coréenne que ce mou­ve­ment s’est struc­turé sous une forme anar­chiste : contes­ta­tion du pou­voir poli­ti­que élu, occu­pa­tion de l’espace publi­que en marge de la léga­lité, sans chef, ni porte-parole, ni pro­ces­sus formel de prise de déci­sion, ni struc­ture de contrôle. Toutes les caté­go­ries socia­les se réu­nis­sent, de la petite bour­geoi­sie aux cou­ches les plus basses, des enfants en bas age aux per­son­nes âgées, femmes et hommes en nombre égal, sans que ne s’exer­cent de rap­ports de domi­na­tion.

Les forces de poli­ces ont d’abord accusé le mou­ve­ment d’être mani­pulé. Mais comme l’a déclaré l’ancien pré­si­dent Sud-Coréen Roh Moo-Hyun, jamais il n’aurait pu pren­dre une telle ampleur s’il avait été l’œuvre d’orga­ni­sa­tions poli­ti­ques spé­ci­fi­ques. Ce déni­gre­ment tra­duit une perte de repè­res de la police débous­so­lée par son inca­pa­cité d’iden­ti­fier les meneurs inexis­tants et par l’obso­les­cence de cer­tai­nes de ses tech­ni­ques clas­si­ques de répres­sion poli­ti­que.

Alors que la contes­ta­tion s’est ampli­fiée, la cons­cience micro-poli­ti­que s’est aigui­sée de façon à favo­ri­ser une praxis anti-hié­rar­chi­que. Certains grou­pes pré­fè­rent déci­der par démo­cra­tie directe, votant des actions tout en lais­sant le choix d’y par­ti­ci­per ou non. Cependant la plu­part des grou­pes pro­cè­dent par bon sens, débats et consen­sus. Des cen­tai­nes de prises de parole ouver­tes ont eu lieu, une atten­tion par­ti­cu­lière étant portée à ce que le dis­cours ne soit pas mobi­lisé par quel­ques un-e-s. On peut penser à l’orga­ni­sa­tion trots­kiste « all toge­ther » dont la ten­dance à mono­po­li­ser les hauts-par­leurs entraina le rejet. Par ailleurs l’écoute et la visi­bi­lité des voix mino­ri­tai­res est aussi excep­tion­nelle.

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Manifestant montant des blocs
Les manifestant-e-s transportent des blocs pour monter sur les containers

On a ainsi pu voir le dra­peaux d’orga­ni­sa­tions gay et les­bien­nes, en déca­lage avec le rejet radi­cal dont elles sont habi­tuel­le­ment la cible. On peut aussi citer en exem­ple des débat d’une dizaine de mil­liers de per­son­nes pour déter­mi­ner l’atti­tude à adop­ter face aux pro­vo­ca­tions poli­ciè­res. Le paci­fisme que cla­ment les ras­sem­ble­ments est aussi le fruit d’inten­ses dis­cus­sions. Lors de la der­nière grande mani­fes­ta­tion du 10 juin s’est tenu un débat pour savoir si les mani­fes­tant-e-s devaient monter sur les contai­ners placés par la police en tra­vers de l’avenue. Après 7 heures de dis­cus­sion, la déci­sion fut prise de n’y faire monter que des per­son­nes por­tant les dra­peaux. Par ailleurs, en réac­tion aux cri­ti­ques de jour­naux de droite sur la saleté de la cire des bou­gies qui s’étalait sur le bitume après chaque ras­sem­ble­ment, les mani­fes­tant-e-s se sont orga­nisé-e-s afin de net­toyer la place après leur départ. On note aussi que les contes­ta­tai­res pré­pa­rent par eux-même des pan­car­tes indi­vi­duel­les, fait inédit dans les luttes socia­les en Corée du sud ou des orga­ni­sa­tions offi­ciel­les se char­gent habi­tuel­le­ment de cette tache.

Bien qu’anar­chiste dans sa forme, ce mou­ve­ment n’est pas pour autant pourvu de la tota­lité des acquis théo­ri­ques cor­res­pon­dant géné­ra­le­ment à cette pra­ti­que. On note l’absence de jonc­tion idéo­lo­gi­que entre les reven­di­ca­tions et la cri­ti­que radi­cale du capi­ta­lisme. Autre exem­ple, comme lors de la coupe du monde de foot­ball de 2002 qui avait entrai­née les pre­miè­res démons­tra­tions fes­ti­ves et mas­si­ves, on cons­tate la pré­sence occa­sion­nelle de sym­bo­les natio­na­lis­tes (dra­peau coréen et hymne natio­nal).

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CRS contre brigade militaire

De plus le seul groupe véri­ta­ble­ment hié­rar­chisé est un petit ser­vice d’ordre impro­visé par une ving­taine de jeunes hommes ayant fini leur ser­vice mili­taire. Les mem­bres de cette « bri­gade mili­taire » en tenue de combat for­ment des chai­nes fai­sant mine de cana­li­ser la mani­fes­ta­tion, repro­dui­sent les gestes des agents char­gés de la cir­cu­la­tion et se pla­cent en bout de cor­tège lors des char­ges de police. Souvent applau­dis par ailleurs, ces bri­ga­des ont été contes­tées, cer­tains mani­fes­tant-e-s se deman­dant quelle était au fond la dif­fé­rence entre elles et la police.

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La brigade des poussettes

Cependant dans l’ensem­ble ce mou­ve­ment prend la forme d’un magma effer­ves­cent d’indi­vi­dus tis­sant des liens d’égal à égal et agis­sant au mieux des pos­si­bi­li­tés offer­tes par l’envi­ron­ne­ment phy­si­que et social. La culture, l’ambiance et les rap­ports sociaux crées dans l’espace vir­tuel d’inter­net ont subi­te­ment pris corps dans la rue. Ceci occa­sionne une mul­ti­pli­cité d’actions, un dyna­misme, une inven­ti­vité et une forme d’intel­li­gence col­lec­tive. On peut citer en exem­ple la « bri­gade des pous­set­tes » cons­ti­tuée de femmes armées de leurs enfants, arri­vant en com­mando afin de pro­té­ger les mani­fes­tant-e-s contre la vio­lence poli­cière.

Humour entre bons camarades

Cette trans­for­ma­tion radi­cale de la réa­lité sociale se tra­duit aussi dans le rap­port des mani­fes­tant-e-s avec le pou­voir poli­ti­que. Le regard égalitaire que les par­ti­ci­pant-e-s se por­tent mutuel­le­ment s’étend à Lee Myong Bak, à son gou­ver­ne­ment et aux forces de police. Ainsi une femme de décla­rer : « Je suis mère de deux enfants et citoyenne coréenne. Lee Myong Bak, je vais te faire regret­ter de m’avoir pro­vo­quée ! ». Ou encore ces nom­breu­ses pan­car­tes affir­mant « Lee Myong Bak, je te juge ». Par ailleurs lors­que des agents du ren­sei­gne­ment pren­nent en photo des indi­vi­dus, ils sont eux-même pho­to­gra­phiés par des mani­fes­tant-e-s qui publient ensuite les cli­chés sur inter­net.

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Le tour de Seoul en fourgon-poulailler

L’ori­gine vir­tuelle de ces rap­ports et le sen­ti­ment de légi­ti­mité qu’ils pro­cu­rent ont pour consé­quence un cer­tain humour et une remar­qua­ble absence de peur face a la police. Après les événements vio­lents de la nuit du 27 mai, une cen­taine de mani­fes­tant-e-s cernés sans issue par les CRS sont montés spon­ta­né­ment dans les bus de police. Alors qu’une image humo­ris­ti­que pré­sen­tant la police comme une agence de tou­risme pour visi­ter Seoul en « four­gon-pou­lailler » connait un grand succès sur inter­net, une ini­tia­tive (sans suite) sera prise avec pour but d’y faire monter spon­ta­né­ment 10.000 per­son­nes.

Le 9 juin, cer­tains atta­chent des cordes aux cars qui blo­quent l’avenue et sous les « Ho-Hisse ! » des mani­fes­tant-e-s les dépla­cent sur plu­sieurs dizai­nes de mètres. Alors que les hauts par­leurs de la police hur­lent que cette mani­fes­ta­tion et le dépla­ce­ment des cars de CRS est illé­gal, ces bus sont abon­dam­ment tagués et se recou­vrent d’auto­col­lants men­tion­nant « Parking illé­gal », « vous gênez la cir­cu­la­tion des citoyens » et « Selon le pre­mier arti­cle de la cons­ti­tu­tion, ces bus peu­vent être dépla­cés par le peuple ».

En outre les mani­fes­tant-e-s dis­tri­buent des bou­teilles d’eau aux CRS et récla­ment que les jets de dis­per­sion soient ali­men­tés par de l’eau chaude. Enfin, après une nuit d’injonc­tions de rede­ve­nir pié­ton­nes et la charge mati­nale des forces de police, des mani­fes­ta­tions spon­ta­nées mais res­pec­tueu­ses du code de la route s’impro­vi­sent en allers-retour sur les pas­sa­ges clou­tés. Par la suite, lors­que les bataillons de police rega­gnent leurs cars et repar­tent, ils sont salués par les mani­fes­tant-e-s d’un geste de la main amical accom­pa­gné d’un jovial « A demain ! », sus­ci­tant par­fois la réci­pro­que des CRS.

Perspectives de la lutte

Ce mou­ve­ment s’est cons­truit sur des reven­di­ca­tions poli­ti­ques limi­tées mais par­fai­te­ment défi­nies : contre la reprise des impor­ta­tions de bœuf et pour le départ de Lee Myong Bak. Au cours de son évolution et par­ti­cu­liè­re­ment à l’appro­che du dix mai, il a été rejoint par des forces de lutte ouvrière plus tra­di­tion­nel­les. La puis­sance ainsi créée, bien qu’ayant entrainé la démis­sion du gou­ver­ne­ment et la repen­tance de Lee Myong Bak dont la cote de popu­la­rité frise les 8% [13], n’a tou­jours pas satis­fait les exi­gen­ces de la rue ni ras­suré les coréens sur leur sécu­rité ali­men­taire. L’obs­ti­na­tion du pré­si­dent est a la mesure de celle des contes­ta­tai­res, ce qui éloigne la pers­pec­tive d’une solu­tion à court terme.

Alors que la situa­tion économique se dégrade, que les prix à la consom­ma­tion s’envo­lent, que le méconten­te­ment se géné­ra­lise, et que les grèves se mul­ti­plient comme chez les trans­por­teurs rou­tiers, la poli­ti­que libé­rale sur laquelle a été élu Lee Myong Bak appa­rait de moins en moins comme un remède aux maux des coréens. Pire, c’est main­te­nant la fille de l’ancien dic­ta­teur Park Chung-Hee, rivale issue du même parti que le pré­si­dent mais habile poli­ti­cienne, qui est pres­sen­tie pour accé­der au rôle de pre­mier minis­tre. Il faut donc s’atten­dre à ce que les atta­ques anti-socia­les et sécu­ri­tai­res se mul­ti­plient : pri­va­ti­sa­tion du sys­tème éducatif, des chai­nes publi­ques et des gran­des entre­pri­ses natio­na­les de gaz et d’électricité, dégra­da­tion du sys­tème de santé, répres­sion poli­ti­que, contrôle des médias [14] et pau­pé­ri­sa­tion d’une partie crois­sante de la popu­la­tion.

Dans ce contexte, il n’est pas impos­si­ble que les luttes de tra­vailleurs ne se résol­vent dans les rap­ports sociaux anar­chis­tes et la cons­cience micro-poli­ti­que acquise au cours de ce mou­ve­ment. On pour­rait alors voir se déve­lop­per ce qui dans une cer­taine mesure lui fait défaut : une cons­cience théo­ri­que menant à la cri­ti­que sys­té­mi­que de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, des rap­ports de domi­na­tion et des aber­ra­tions économiques, sani­tai­res, écologiques, socia­les et idéo­lo­gi­ques que sécrète le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste.


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Credits photos :

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- http://www.hani.co.kr/arti/society/...
- http://photo.media.daum.net/slide/i...

Portfolio

Notes

[1] Ce terme de Hun Dong Kuan a commence a être utilisé tardivement et avec une connotation négative.

[2] Voir photos et musiques ici

[3] Un blog pour confectionner soi-meme le symbole du mouvement : ici

[4] Compteur de bougies sur les blogs : http://www.sealtale.com/

[5] Exemple de cafe. Sur l’image on peut lire « Notre ecole, c’est la rue » : http://cafe.daum.net/candlegirls

[6] Site de campagne pour la fermeture des journaux de droite Cho Jong Dong : http://cafe.daum.net/stopcjd

[7] Comme on peut le lire sur ce site en coreen

[8] Site de l’agora : http://agora.media.daum.net/debate/

[9] Image montrant en haut la maison de Lee Myong Bak, au centre le palais royal, en bas l’avenue d’ou viennent les manifestants : http://blog.daum.net/haein28/16721248

[10] Le mot employe « Mul Lo Kada » n’est pas exactement l’equivalent de « destitution » car il ne comporte pas le sens d’un processus légal. Il serait mieux traduit par « depart »

[11] Des photos sont disponibles sur ce blog en coreen

[12] Declararation offensives chaine MBC : ici

[13] Voir cette page (en coreen)

[14] L’apres-midi du 16 Juin, on a appris l’arrestation du PDG du site afreeca.com sous prétexte de violation de la propriété intellectuelle. Cette arrestation est purement politique, comme démontré sur ce site en coréen

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  • Le 25 juin 2008 à 10:35, par purple

    Salut Ludo,
    J’essais de tenir a jour le blog cite en bas de l’article, si tu veux être tenu au courant.

  • Le 21 juin 2008 à 17:10, par ludo

    C’est dommage que la vidéo soit en anglais, sinon l’article est vraiment intéressant, pourrez vous nous informer sur l’évolution de la situation ?
    Merci
    Ludo

  • Le 19 juin 2008 à 16:44, par purple

    Une video resumant les mesaventures des Coreens avec M. Lee :
    http://kr.youtube.com/watch?v=PaFRu...


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    - Libéralisation de la parole raciste et stra­té­gie de divi­sion
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