Accueil du site > Infos > Biotek - OGM > Easydentic, parce que vous êtes puni !

Easydentic, parce que vous êtes puni !

Publié le 12 mars 2008

Maj le 18 mars 2008

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression

Lorsqu’on est accueilli en résidence aux Subsistances, lieu culturel à Lyon, pour obtenir la clé de sa chambre il faut passer sans avertissement et sans précaution envers les usagers par un dispositif biométrique, mis en place, ici, pour de banales raisons de praticité et d’efficacité. Il s’agit de donner ses empreintes de l’index droit et gauche, numérisées dans une base de données centrales au poste de sécurité.

EASYDENTIC, PARCE QUE VOUS ÊTES UNIQUE

Lorsqu’on est accueilli en rési­dence aux Subsistances, lieu cultu­rel à Lyon, pour obte­nir la clé de sa cham­bre il faut passer sans aver­tis­se­ment et sans pré­cau­tion envers les usa­gers par un dis­po­si­tif bio­mé­tri­que, mis en place, ici, pour de bana­les rai­sons de pra­ti­cité et d’effi­ca­cité. Il s’agit de donner ses emprein­tes de l’index droit et gauche, numé­ri­sées dans une base de don­nées cen­tra­les au poste de sécu­rité. Dispositif géré par une société privée, sous trai­tante de la ville de LYON employée pour la sécu­rité Incendie et contrô­ler les entrées et sor­ties du site. Le seul bâti­ment équipé de la borne est celui où sont invi­tés les artis­tes en rési­dence. Étrangers à la vie conti­nue du lieu, ils sont inter­mit­tents, de pas­sage donc. Une caméra com­plète le dis­po­si­tif. Un magni­fi­que cou­loir, 17 cham­bres, une cui­sine com­mune, un salon, une buan­de­rie. Ainsi, un dis­po­si­tif bio­mé­tri­que de sécu­rité, dont l’usage s’est ren­forcé aux Etats-Unis sous dif­fé­ren­tes formes après les atten­tats du 11 Septembre, et qui gagne l’Europe, la France, les lieux cultu­rels, est mis en expé­ri­men­ta­tion sur un ter­ri­toire ne pré­sen­tant pas des carac­té­ris­ti­ques néces­si­tant une telle pro­tec­tion. Mais beau­coup d’usa­gers réels et poten­tiels igno­rent tout de cette nou­velle forme de contrôle et se trou­vent dému­nis face à son usage.

QU’EST-CE QUE LA BIOMÉTRIE ?

La bio­mé­trie est une tech­no­lo­gie uti­li­sant un grand nombre de don­nées bio­lo­gi­ques indi­vi­duel­les afin de les numé­ri­ser et de les enre­gis­trer dans une base de don­nées. Il s’agit de numé­ri­ser des infor­ma­tions telles que les emprein­tes digi­ta­les, l’iris, les carac­té­ris­ti­ques voca­les, etc. Toutes ces infor­ma­tions sont ensuite sto­ckées sous forme de puces électroniques. Le prin­cipe est de four­nir des docu­ments infal­si­fia­bles et per­met­tant une iden­ti­fi­ca­tion extrê­me­ment rapide des indi­vi­dus. Des infor­ma­tions non-bio­lo­gi­ques (casier judi­ciaire, natio­na­lité, etc.), pour­ront être ajou­tées aux infor­ma­tions bio­lo­gi­ques et per­met­tront aux auto­ri­tés d’être infor­mées de l’intru­sion d’indi­vi­dus poten­tiel­le­ment dan­ge­reux.

POURQUOI IL FAUT LA REFUSER, ICI ET AILLEURS

« Il ne s’agit pas seu­le­ment d’une réac­tion épidermique face à une pro­cé­dure qui a long­temps été impo­sée à des cri­mi­nels et à des accu­sés poli­ti­ques. S’il ne s’agis­sait que de cela, nous pour­rions bien sûr accep­ter mora­le­ment de par­ta­ger, par soli­da­rité, les condi­tions humi­lian­tes aux­quel­les sont soumis aujourd’hui tant d’êtres humains. L’essen­tiel n’est pas là. Le pro­blème excède les limi­tes de la sen­si­bi­lité per­son­nelle et concerne tout sim­ple­ment le statut juri­dico-poli­ti­que (il serait peut-être plus simple de dire bio­po­li­ti­que) des citoyens dans les Etats pré­ten­dus démo­cra­ti­ques où nous vivons. On essaie, depuis quel­ques années, de nous convain­cre d’accep­ter comme les dimen­sions humai­nes et nor­ma­les de notre exis­tence des pra­ti­ques de contrôle qui avaient tou­jours été consi­dé­rées comme excep­tion­nel­les et pro­pre­ment inhu­mai­nes. Nul n’ignore ainsi que le contrôle exercé par l’Etat sur les indi­vi­dus à tra­vers l’usage des dis­po­si­tifs électroniques, comme les cartes de crédit ou les télé­pho­nes por­ta­bles, a atteint des limi­tes naguère insoup­çon­na­bles. On ne sau­rait pour­tant dépas­ser cer­tains seuils dans le contrôle et dans la mani­pu­la­tion des corps sans péné­trer dans une nou­velle ère bio­po­li­ti­que, sans fran­chir un pas de plus dans ce que Michel Foucault appe­lait une ani­ma­li­sa­tion pro­gres­sive de l’homme mise en œuvre à tra­vers les tech­ni­ques les plus sophis­ti­quées. Le fichage électronique des emprein­tes digi­ta­les et de la rétine, le tatouage sous-cutané ainsi que d’autres pra­ti­ques du même genre sont des éléments qui contri­buent à défi­nir ce seuil. Les rai­sons de sécu­rité qui sont invo­quées pour les jus­ti­fier ne doi­vent pas nous impres­sion­ner : elles ne font rien à l’affaire. L’his­toire nous apprend com­bien les pra­ti­ques qui ont d’abord été réser­vées aux étrangers se trou­vent ensuite appli­quées à l’ensem­ble des citoyens. Ce qui est en jeu ici n’est rien de moins que la nou­velle rela­tion bio­po­li­ti­que « nor­male » entre les citoyens et l’Etat. » [1] Aujourd’hui, les auto­ri­tés et les indus­triels pré­pa­rent le ter­rain pour une dif­fu­sion mas­sive de cette tech­no­lo­gie : « La sécu­rité est très sou­vent vécue dans nos socié­tés démo­cra­ti­ques comme une atteinte aux liber­tés indi­vi­duel­les. Il faut donc faire accep­ter par la popu­la­tion les tech­no­lo­gies uti­li­sées et parmi celles-ci la bio­mé­trie, la vidéo­sur­veillance et les contrô­les. » Ces pré­co­ni­sa­tions du GIXEL, le lobby des indus­triels du sec­teur de l’électronique et du numé­ri­que, sont sui­vies à la lettre : lan­ce­ment en France du projet INES (carte d’Identité Nationale Sécurisée), contrô­les bio­mé­tri­ques à l’aéro­port de Roissy, dimi­nu­tion des pou­voirs de la Commission natio­nale de l’infor­ma­ti­que et des liber­tés (CNIL) avec la loi du 15 juillet 2004, expo­si­tion de pro­pa­gande grand public à la Villette... Et pour fami­lia­ri­ser toute la popu­la­tion, on com­mence par les gamins, comme le conseille le GIXEL : « les métho­des pour faire accep­ter la bio­mé­trie devront être accom­pa­gnées d’un effort de convi­via­lité [...] : dès l’école mater­nelle, les enfants uti­li­sent cette tech­no­lo­gie pour ren­trer dans l’école, en sortir, déjeu­ner à la can­tine. » [2] Le meilleur des mondes. Ici, les artis­tes en rési­dence. Avec l’appro­ba­tion de la direc­tion des Subsistances qui ne pro­pose solu­tion alter­na­tive pour accé­der au bâti­ment à celui qui refuse d’uti­li­ser le dis­po­si­tif.

QU’EST-CE QU’UN DISPOSITIF ?

« J’appelle dis­po­si­tif tout ce qui a d’une manière ou d’une autre, la capa­cité de cap­tu­rer, d’orien­ter, de déter­mi­ner, d’inter­cep­ter, de mode­ler, de contrô­ler et d’assu­rer les gestes, les condui­tes, les opi­nions et les dis­cours des êtres vivants. Foucault a ainsi montré com­ment dans une société dis­ci­pli­naire, les dis­po­si­tifs visent, à tra­vers une série de pra­ti­ques et de dis­cours, de savoirs et d’exer­ci­ces, à la créa­tion de corps doci­les mais libres qui assu­ment leur iden­tité et leur liberté de sujet dans le pro­ces­sus même de leur assu­jet­tis­se­ment. Le dis­po­si­tif est donc, avant tout, une machine qui pro­duit des sub­jec­ti­va­tions et c’est par quoi il est aussi une machine de gou­ver­ne­ment. » (1) EASYDENTIC, PARCE VOUS ETES UNIQUE c’est le slogan de la société ins­crit sur la borne inof­fen­sive à l’entrée du bâti­ment.

DISPOSIF ILLEGAL AUX SUBSISTANCES

« Tous les trai­te­ments com­por­tant des don­nées bio­mé­tri­ques doi­vent faire l’objet d’une auto­ri­sa­tion préa­la­ble de la CNIL. Aucun dis­po­si­tif bio­mé­tri­que n’a fait l’objet d’un « label CNIL » ou d’un agré­ment a priori. » « Comme elle l’a déjà rap­pelé à l’occa­sion des quatre refus d’auto­ri­sa­tion déli­vrés le 12 jan­vier 2006, la CNIL consi­dère que le trai­te­ment, sous une forme auto­ma­ti­sée et cen­tra­li­sée, des emprein­tes digi­ta­les ne peut être admis que dans la mesure où des exi­gen­ces impé­rieu­ses en matière de sécu­rité ou d’ordre public le jus­ti­fient. » (cnil) C’est le sys­tème uti­lisé actuel­le­ment aux Subsistances. A ce jour aucune auto­ri­sa­tion de la CNIL n’a été pré­sen­tée à ceux qui refu­sent de l’uti­li­ser. Et per­sonne n’a res­pecté notre droit d’oppo­si­tion.

LE LABORATOIRE DE CRÉATION ARTISTIQUE : LIEU D’EXPÉRIMENTATION ET DE CONFRONTATION

C’est écrit sur la pla­quette de com­mu­ni­ca­tion des Subsistances. Ici, s’expé­ri­men­tent des formes nou­vel­les de l’art, un futur. Des champs de cons­truc­tions et repré­sen­ta­tions sen­si­bles. Comment rester indif­fé­rent à l’élaboration froide d’un monde dans lequel le corps de chacun devien­dra le Pass pour péné­trer les espa­ces auto­ri­sés ? Espaces des­quels les intrus, les étrangers, les enfants qui n’ont pas leurs tickets de can­tine seront reje­tés sans arran­ge­ment pos­si­ble. Comment ne pas penser que dans les gestes les plus banals du quo­ti­dien se fabri­que le monde auquel par manque d’atten­tion, par peur de la confron­ta­tion, nous col­la­bo­rons ? Comment se pense aujourd’hui notre lien entre le réel et sa repré­sen­ta­tion ? « L’erreur fon­da­men­tale de la « science moderne » - celle qui a engen­dré tous les désas­tres que nous subis­sons aujourd’hui – est de pré­ten­dre qu’elle peut étudier et mani­pu­ler les êtres vivants, les hommes et leur monde tout comme étudier et mani­pu­ler les choses dans ses labo­ra­toi­res. Or les êtres vivants et les hommes ne peu­vent êtres réduits à l’état de choses sans être très gra­ve­ment muti­lés ; sans que leur soient ôtés les capa­ci­tés qui fon­dent leur spé­ci­fi­cité d’êtres vivants, sen­si­bles et pen­sant. Ce qui dis­tin­gue les êtres des choses, c’est cette capa­cité d’avoir une grande diver­sité de rap­ports entre eux et avec le monde qui les entoure, et par là pas seu­le­ment subir et s’adap­ter aux cir­cons­tan­ces, mais aussi d’uti­li­ser et de trans­for­mer ces cir­cons­tan­ces pour vivre à leur manière. En les trai­tant comme des choses, non seu­le­ment on nie l’exis­tence de leur liberté et de leur auto­no­mie, mais sur­tout on en vient natu­rel­le­ment à vou­loir la sup­pri­mer, puisqu’elle devient un obs­ta­cle à leur mani­pu­la­tion en tant que choses. » [3]

EASYDENTIC, PARCE VOUS ÊTES PUNI !

Notes

[1] Giorgio Agamben non au tatouage biométrique et qu’est-ce qu’un dispositif ?

[2] cqfd : biométrie à la cantoche

[3] Bertrand Louard DES RÉSIDENTS INTRANQUILLES

Proposer un complément d'infos

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici


Infos locales

25 juillet


21 juillet


16 juillet

  • Fêtes - Festivals - Vie du mouvement

    Ambierle - Séminaire Monnaie Sociale - 27&28 juillet

    Le 27 juillet et le 28 juillet 2010 de 9h00 à 17h00 se tien­dra un sémi­naire sur la créa­tion d’une mon­naie sociale dans le bassin roan­nais animé par Didac Costa du réseau salir del capi­ta­lismo à La Scierie, à Ambierle(42).

  • Migrations - sans-papierEs

    Un bébé de 8 mois enfermé avec ses parents au CRA de Lyon

    Le site Lois Sauvages nous alerte sur la situa­tion d’une famille au centre de réten­tion de Lyon, avec un père malade et une mère enceinte et un bébé.


13 juillet


10 juillet


3 juillet