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En lutte

Publié le 26 janvier

Brèves « en lutte », de septembre 2011 à janvier 2012. Des caméras aux derniers changements concernant les Hôpitaux Psychiatriques : dernières avancés des dispositifs de contrôle métropolitains. (Lire aussi « en guise d’introduction »).

Dans la rue

27 sep­tem­bre 2011. 4 000 ensei­gnants mani­fes­tent pour dénon­cer la « dégra­da­tion de l’École ».
11 octo­bre 2011. Manifestation contre le plan d’Austérité jusqu’à place Bellecour. 10 000 per­son­nes.
15 octo­bre 2011. 2 000 per­son­nes mani­fes­tent devant la cen­trale nucléaire du Bugey, l’une des plus vieille d’Europe cons­truite sur un site avec ris­ques sis­mi­ques et d’inon­da­tion (bar­ra­ges en amont). Le même jour, mani­fes­ta­tion inter­na­tio­nale des « indi­gnés », der­nière iden­tité poli­ti­que en date qui regroupe des réa­li­tés assez dif­fé­ren­tes sui­vant les pays. À Lyon, pas grand monde, à Paris non plus. Mais plu­sieurs dizai­nes de mil­liers de per­son­nes à Madrid, Lisbonne, Francfort ou encore Londres. À Rome, la mani­fes­ta­tion est plus speed qu’ailleurs. Non content de mani­fes­ter contre le « pou­voir des ban­quiers », un petit mil­lier de per­son­nes affronte la police. Vitrines de ban­ques défon­cées, véhi­cu­les incen­diés ; un McDo, un four­gon de police et une annexe du minis­tère de la Défense située près du Colisée par­tent en fumée malgré les 1 500 poli­ciers mobi­li­sés (dont 105 bles­sés).
22 octo­bre 2011. Manifestation de 300 per­son­nes de Bellecour à Terreaux en sou­tien au mou­ve­ment syrien.
14 jan­vier 2012. Contre-mani­fes­ta­tion anti­fas­ciste dans les rue de Lyon en réac­tion à la manif des Jeunesses Nationalistes. Le col­lec­tif Vigilance contre l’extrême-droite dénonce par com­mu­ni­qué de presse le fait que la contre-manif soit inter­dite de pas­sage dans Saint-Jean (quar­tier où les fafs sont très pré­sents). Le col­lec­tif de partis et d’asso­cia­tions s’offus­que d’être ren­voyé dos à dos avec les fas­cis­tes, sans com­pren­dre que du point de vue de la Préfecture, fas­cisme en anti-fas­cisme c’est un peu la même chose : des pos­si­bi­li­tés de trou­bles à l’ordre public. Rien de plus.

Pas d’acci­dents du tra­vail sous le règne du Capital, juste des meur­tres.
14 sep­tem­bre 2011
, chute de maté­riaux sur un ouvrier qui tra­vaillait sur le chan­tier d’une caserne de pom­piers (3ème arron­dis­se­ment). Blessure à la tête.
Mardi 30 sep­tem­bre 2011, un ouvrier meurt écrasé par la chute d’une plaque de béton dans un chan­tier d’immeu­bles en cons­truc­tion à Gerland.
3 octo­bre 2011, 4 sala­riés tra­vaillant sur le site Renault Trucks de Saint-Priest sont bles­sés.
21 octo­bre 2011, à Vaulx-en-Velin, trois ouvriers sont ense­ve­lis sous la dalle qu’ils vien­nent de couler. Les trois hommes sont hos­pi­ta­li­sés souf­frant de bles­su­res graves.
Le 28 novem­bre 2011, une jeune employée d’un resto chic des Halles est tuée par la chute d’une charge sur un monte-charge. En 2009, on comp­tait 17 hommes morts au tra­vail (prin­ci­pa­le­ment dans le BTP) dans le Rhône.

Contre le train-train quotidien

6 octo­bre. Jeudi, dans la mati­née, un contrô­leur est agressé dans le train Lyon-Strasbourg. Fortes per­tur­ba­tions sur le réseau SNCF. La quasi tota­lité des contrô­leurs de la région font valoir leur « droit de retrait ». La CGT-che­mi­nots demande le retrait du projet de sup­pres­sion des contrô­leurs dans les trains de l’Ouest lyon­nais et le ren­for­ce­ment du nombre de contrô­leurs dans la région de Lyon. Suite à cette agres­sion, se met en place un plan de sécu­ri­sa­tion des trains avec des patrouilles de poli­ciers du SISTC (Service Interdépartemental de Sécurité des Transports en Commun) dans les TER. Un contrô­leur expli­que que la pré­sence poli­cière « change l’état d’esprit des voya­geurs ». Tu m’étonnes.
Le 17 octo­bre 2011, un ancien cadre com­mer­cial de SNCF reconnaît en garde-à-vue avoir saboté les câbles de signa­li­sa­tion et d’ali­men­ta­tion de la ligne Chambéry/Bourg-St-Maurice le 26 février der­nier. 110 trains et 30 000 voya­geurs étaient restés bloqué sur le chemin des sta­tions de sports d’hiver. Fin novem­bre, devant les retards et les rames bon­dées, un usager de la ligne TER Tarare-Lyon imprime et dif­fuse par ses soins 5 000 tracts appe­lant à la fraude.
12 jan­vier 2012. Vol de cuivre sur la ligne Lyon-Ambérieu. Nombreuses per­tur­ba­tions sur la ligne.

Grève en tout genre

5 sep­tem­bre 2011. Grève des gui­che­tiers et des agents d’accueil à la gare de Perrache pour pro­tes­ter contre le manque d’effec­tifs. 20 sep­tem­bre, grève à la Poste du 3ème arron­dis­se­ment. La direc­tion se féli­cite qu’elle soit sans inci­den­ces sur l’économie locale (quar­tier de la Part-Dieu) grâce au « dis­po­si­tif de conti­nuité du ser­vice public ». En fait une méthode vieille comme le monde qui consiste à faire appel à des volon­tai­res pour trier le cour­rier et rem­pla­cer les gré­vis­tes.
4 octo­bre 2011. Grève des agents d’entre­tien, en majo­rité des femmes de ménage, à l’École Normale Supérieure. Trop de tra­vail dû à des départs non rem­pla­cés.
Le mou­ve­ment d’octo­bre 2010 n’avait pas réussi à le réa­li­ser. C’est main­te­nant chose faite. Le 17 novem­bre 2011, jour­née natio­nale de grève et d’actions des sapeurs-pom­piers, permet enfin de blo­quer le port Edouard-Herriot à l’aide de bar­ri­ca­des de pneus enflam­més. Après quoi, les hommes du feu remon­tent l’A7 en blo­quant la cir­cu­la­tion avant d’arri­ver sous l’échangeur de Perrache. Un beau bordel en centre-ville et sur les voies fer­rées. Un groupe de pom­piers part déployer une gigan­tes­que ban­de­role sur la basi­li­que Fourvière pen­dant que le gros des trou­pes essaie de s’appro­cher de la Préfecture trans­for­mée en camp retran­ché (le camion à eau est même sorti pour l’occa­sion). Arrivés à proxi­mité de la pré­fec­ture, l’ensem­ble des gré­vis­tes, en tenues et cas­ques, se tient par les coudes et fait quel­ques frayeurs aux flics en bifur­quant ino­pi­né­ment vers une entrée laté­rale de la pré­fec­ture, pro­vo­quant un mou­ve­ment désor­donné des condés dépas­sés et impres­sion­nés par les mani­fes­tants. Les pom­piers se dis­per­sent après être allés rendre hom­mage à l’un des leurs décédé dans une explo­sion de gaz pen­dant qu’une délé­ga­tion est reçue à la pré­fec­ture ; sans beau­coup d’espoirs.
23 novem­bre 2011. Grève des sala­riés d’Arkema Saint-Fons après le rachat de leur usine par le fonds Klesch, basé à Genève.

Coups de putes

Chaque été, c’est le même cinéma. Les pou­voirs publics lyon­nais s’atta­quent aux pros­ti­tuées. Ces der­niè­res années, les légis­la­teurs ont beau­coup plan­ché sur la ques­tion : ils ont sorti plu­sieurs lois pour péna­li­ser la pros­ti­tu­tion et rendre le quo­ti­dien de celles qui la pra­ti­quent invi­va­bles. Régulièrement accu­sées par cer­tains rive­rains de géné­rer de « l’insé­cu­rité », de nuire aux entre­pri­ses ins­tal­lées dans la nou­velle zone économique de Gerland, les putes n’offrent pas l’image que le Grand Lyon entend donner de « sa » métro­pole : une ville high-tech, accueillante pour tou­ris­tes anglo­pho­nes, jeunes inves­tis­seurs pleins aux as, et autres étudiants à mèche tra­vaillant leur employa­bi­lité. Alors, les élus leur mènent une guerre d’usure. Déjà 6 arrê­tés muni­ci­paux depuis 2002 pour inter­dire le sta­tion­ne­ment des camion­net­tes, à Perrache en 2002, et main­te­nant à Gerland où elles se sont regrou­pées il y a 2 ans quand d’autres, fati­guées et dégou­tées, pré­fé­raient partir exer­cer seules en péri­phé­rie de Lyon.
Comme tous les étés donc, la chasse aux camion­net­tes de pros­ti­tuées dans le quar­tier de Gerland s’est dérou­lée. Elle s’est même inten­si­fiée. Harcèlements, humi­lia­tions, pres­sions poli­ciè­res, camion­net­tes fou­tues à la four­rière plu­sieurs fois par jour avec obli­ga­tion de poin­ter au com­mis­sa­riat pour les récu­pé­rer. Tout cela, non pas pour des délits ou des faits graves, mais pour des écarts de com­por­te­ments. Au fond, ce qui est repro­ché aux pros­ti­tuées, c’est leur simple pré­sence phy­si­que dans la rue, c’est le fait d’exis­ter, d’être là quand la police s’évertue à vider l’espace public de toute la plèbe qui l’occupe. En soi, elles repré­sen­tent déjà une nui­sance, on les consi­dère gênan­tes parce que leur pré­sence incom­mode cer­tains habi­tants. On aime­rait tel­le­ment pou­voir oublier que ce « genre » de per­son­nes existe, ne plus les avoir sous les yeux. Si bien d’ailleurs qu’un séna­teur UMP (et ce n’est pas le pre­mier) réclame depuis l’affaire du Carlton la réou­ver­ture des mai­sons closes. Et il y a quel­ques mois, c’est une mis­sion d’infor­ma­tion par­le­men­taire qui ren­dait un rap­port deman­dant la péna­li­sa­tion des clients. Projet qui a été pensé « sans enten­dre ce que les prin­ci­pa­les inté­res­sées avaient à en dire » raconte Karen, porte-parole des pros­ti­tuées lyon­nai­ses. Selon elle, « Les poli­ti­ques et les fémi­nis­tes auto­pro­cla­mées croient pou­voir penser à notre place. Ils par­lent de dignité des femmes, mais ils font comme si nous n’avions pas de cer­veau, pas d’avis, pas de reven­di­ca­tions… Comme si nous n’étions que des culs. » Dernièrement, la chasse aux pros­ti­tuées a encore fran­chi un cran avec l’adop­tion par le Parlement d’une réso­lu­tion anti-pros­ti­tu­tion pro­cla­mant que la France était un pays abo­li­tion­niste. En clair, le préam­bule a une future loi pré­voyant des peines de prison et des amen­des contre les clients.
Fin octo­bre 2011, les flics fran­chis­sent un cran dans la bâtar­dise. Ils se met­tent désor­mais à contrô­ler si le nombre de places indi­qués sur la carte grise des camion­net­tes cor­res­pond à la réa­lité du véhi­cule. Si c’est pas le cas, 90 euros d’amende. Face à cette ava­lan­ches de mesu­res et de micro-péna­li­tés à cette situa­tion qui leur est faite, les putes ne sont pas du genre à se lais­ser faire, elles s’orga­ni­sent.

19 mars 2011. Un cor­tège de 150 per­son­nes part de la place des Terreaux pour ral­lier l’église Saint-Nizier aux cris de « Sarkozy, ta femme est une confrère », « l’Elysée au feu, les proxos au milieu » et « un mari est un client pour la vie ». Les putes enten­dent lutter contre la loi sur le raco­lage passif et la projet de loi de péna­li­sa­tion du client. Le jour­na­leu de TF1 Harry Roselmack a l’air tout amusé en regar­dant passer le cor­tège. Son sou­rire, Harry le rentre vite quand une mani­fes­tante atteint son blou­son à coup d’œuf accom­pa­gné d’un rageur « TF1, c’est les putes de l’état ».
31 mai 2011. Nouvelle mani­fes­ta­tion contre la péna­li­sa­tion des clients depuis Jean-Macé cette fois.
Le 10 sep­tem­bre 2011, à 23h, une camion­nette (vide) de pros­ti­tuée est incen­diée rue de Gerland.
Le 29 sep­tem­bre 2011, mani­fes­ta­tion de putes au départ de Jean-Macé. Elles pro­tes­tent contre les PV quo­ti­diens, les mises en four­riè­res et plus géné­ra­le­ment contre l’achar­ne­ment pour les décou­ra­ger et les faire déga­ger en péri­phé­rie, là où elles sont moins visi­bles. Où elles ne posent plus de « pro­blème d’ordre public » au citoyen qui veut que son quar­tier reste « propre », au jeune entre­pre­neur qui veut donner une bonne image de sa zone d’acti­vité. Là aussi, où elles ne béné­fi­cient plus de la pro­tec­tion qu’assure l’inter-connais­sance entre filles exer­çant sur un même petit ter­ri­toire. En mars, une pros­ti­tuée came­rou­naise tra­vaillant seule sur une route est tuée de 30 coups de cou­teau près de Chalon-sur-Saône. Et oui, la tran­quillité des hon­nê­tes gens a un prix.
14 novem­bre 2011. Une nigé­rienne de 28 ans est arrê­tée le soir à Gerland pour « raco­lage ». Dès que les flics se ren­dent compte qu’elle n’a pas de papiers, ils la refi­lent à la Police de l’Air et des Frontières avant de l’envoyer au Centre de Rétention Administratif de Saint-Exupéry.
Le 5 jan­vier 2011, au tri­bu­nal : un homme de 35 ans est condamné à 6 mois ferme avec mandat de dépôt pour « proxé­né­tisme par aide ou assis­tance ». Il arron­dis­sait ses fins de mois en ren­dant des ser­vi­ces aux pros­ti­tuées comme dépla­cer leurs camion­net­tes pour celles qui n’ont pas le permis.

Passage en force

18 novem­bre. Le Conseil d’Administration de l’Université Lyon 2 vote le pas­sage à l’auto­no­mie et aux res­pon­sa­bi­li­tés et com­pé­ten­ces élargies. La salle du conseil est défen­due par des vigi­les privés et les habi­tuels sécu­rité-incen­die. Prétextant une bous­cu­lade, la pré­si­dence appelle la police et plu­sieurs cars de CRS se garent à proxi­mité de la fac. Pas d’inter­pel­la­tions.

Rancune patronale

En juillet der­nier, après 43 jours de lutte, la grève (pour obte­nir une prime men­suelle) s’achève vic­to­rieu­se­ment chez Samada, filiale logis­ti­que de Monoprix basée à Neuville-sur-Saône.
Le 22 novem­bre 2011, un ras­sem­ble­ment a pour­tant lieu sur le site. En effet, mau­vaise per­dante, l’entre­prise s’en prend aux anciens gré­vis­tes.
Le 10 novem­bre 2011, un sala­rié est mis à pied à titre conser­va­toire alors qu’il est en arrêt mala­die. La veille, c’est une délé­guée syn­di­cale CGT qui est agres­sée « ver­ba­le­ment » et qui écope de six jours d’inca­pa­cité de tra­vail.
Le 11 octo­bre 2011, c’est « un sala­rié qui est mis à pied conser­va­toire pen­dant 8 jours pour ne pas être resté avec ses col­lè­gues 45 minu­tes sup­plé­men­tai­res ». Sanction fina­le­ment évitée grâce à la mobi­li­sa­tion de ses col­lè­gues. Tous avaient acti­ve­ment par­ti­cipé à la der­nière grève.

Esclavage moderne

28 novem­bre 2011. Procès au Prudhommes de la société ASTIC qui embau­che depuis plu­sieurs années des sans-papiers pour net­toyer les Mcdo, payés 37 euros, de 23h à 8h du mat, aucun congés, pas de pos­si­bi­li­tés d’arrêts mala­die. Rien, tu bosses et tu la fermes.

La suite, les brèves de septembre à décembre :

En guise d’intro­duc­tion
C’est une bien curieuse société dans laquelle nous « vivons ». Une société qui se sait abso­lu­ment détes­ta­ble et péris­sa­ble. Une société qui n’a plus rien à pro­po­ser si ce n’est de sauver les meu­bles ou ce qu’il en reste : sauver les emplois, l’économie en crise, la pla­nète. Derrière l’appa­rente abon­dance des « pro­jets poli­ti­ques » et autres « pro­mes­ses » venant du champ poli­ti­que tra­di­tion­nel se cache le chan­tage à la poli­ti­que du « moin­dre mal » : nous gérons comme nous pou­vons, disent les diri­geants de tout poil, si nous n’étions pas là, ce serait l’extré­misme, le chaos, la guerre civile.

Police par­tout
Des flics par­tout, à toute heure du jour ou de la nuit. Qui patrouillent, contrô­lent et font les chauds. Et qui par­fois aussi se plai­gnent, se font mettre à l’amende. Petit tour d’hori­zon de la condi­tion poli­cière.

Lyon Métropole
Des camé­ras aux der­niers chan­ge­ments concer­nant les Hôpitaux Psychiatriques : der­niè­res avan­cées des dis­po­si­tifs de contrôle métro­po­li­tains.

Temps de crise
« La Crise ». Une aubaine patro­nale pour reconfi­gu­rer l’économie, flexi­bi­li­ser et licen­cier sans ver­go­gne ; mais aussi une oppor­tu­nité pour tous les per­dants de la guerre économique d’inven­ter des com­bi­nes et de s’orga­ni­ser avec d’autres pour s’affran­chir des patrons.

Guerre sociale
Où l’on voit bien que der­rière la tran­quillité appa­rente des centre-villes se jouent des conflits sans merci.

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