Accueil du site > Infos > Résistances et solidarités internationales > En plein dans le M.I.L

En plein dans le M.I.L

Publié le 14 février

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression
3 compléments d'info

Alors que Jean-Marc Rouillan, membre d’Action Directe est entre la vie et la mort, hospitalisé à l’Hôpital Nord de Marseille pour une pneumopathie, sort le deuxième volet de ses mémoires. Sa demande de mise en liberté avait été rejetée une fois de plus. Florence Cassez semble, elle, avoir plus d’importance pour le pouvoir et les médias.

En plein dans le M.I.L. (Movimiento Ibérico de Liberación)

« Derrière le bruit et la fureur de Mai 68, que j’ai empor­tés avec moi dans les vali­ses comme un pré­cieux trésor, je garde une ancienne his­toire de guerre. » Voilà qui pour­rait résu­mer l’état d’esprit du jeune Jean-Marc Rouillan. Avec une addi­tion en tête : 68 +36 = 1000 ! Pour les vali­ses, Rouillan ne les a tou­jours pas dépo­sés, même pas au comité N.P.A de Marseille.

La photo de cou­ver­ture intri­gue immé­dia­te­ment : Mais pour­quoi une photo de Belmondo sur une moto tirée d’un film avec James Dean ? La réponse sur­vient dans les pre­miè­res pages. Ce livre, récit des années du M.I.L, est aussi un hom­mage à Salvador Puig Antich, gar­rotté par le régime de Franco le 2 mars 1974, garotte vil. « Un peu dis­trait, c’est un garçon tou­jours rai­son­na­ble, …un gendre idéal… avec de faux-airs de Jean Paul Belmondo. » A sa pre­mière ren­contre, Rouillan le voit ainsi : Belmondo dans l’homme de Rio, un aven­tu­rier mais au ser­vice d’une cause. Salvador appar­te­nait au M.I.L, ce groupe d’ultra-gauche qui sévit à Barcelone entre 1971 et 1973. À l’aube ( l’Alba) ces quel­ques jeunes hommes vivant dans une « situa­tion de combat » proche de la tau­ro­ma­chie, à cause de l’Espagne fran­quiste mais aussi parce qu’ils lan­cent un défi à la dic­ta­ture. Comme les toré­ros ou les tau­reaux qui sont seuls dans l’arène, ils lan­ce­ront « d’amples passes de capes » après êtres entrés sur la seule scéne qui vaille, celle de l’his­toire : « Déjà nous nous habillons de lumière. »

On atten­dait impa­tiem­ment la sortie du nou­veau volet des aven­tu­res de Jean Marc Rouillan. Mais c’est sa remise en prison qui est venue d’abord. Après avoir tra­vaillé quel­ques mois aux éditions Agone à Marseille, des propos mal inter­pré­tés et publiés dans l’Express l’ont expé­dié de nou­veau au Baumettes ; les éditeurs revien­nent en préam­bule sur cette affaire et dénon­cent la chasse aux exclu­si­vi­tés. Une phrase de Pierre Marcelle résume en soi l’affaire : « …L’ancien ter­ro­riste d’Action Directe a été réin­car­céré pour des propos qu’il n’a pas tenus. »

Puig Antich sera gar­rotté pour avoir éliminé un agent. Rouillan ne nie pas que c’était un des buts de l’orga­ni­sa­tion en citant dans des pas­sa­ges tirés en retrait, les taches du gué­rillero urbain. Au fond, le MIL cher­chait à publier des ouvra­ges pour la jeu­nesse espa­gnole et à sou­te­nir les grèves dans ce pays. Pour cela il choi­sit l’expro­pria­tion, c’est-à-dire le bra­quage de ban­ques pour récol­ter des fonds. « On entrait à peine mas­qués d’un fou­lard. Le plus sou­vent à visage décou­vert » Sortes de Braqueurs Volontaires, les mem­bres du MIL agis­saient ainsi pour mon­trer qu’ils n’étaient pas de voleurs mais des mili­tants poli­ti­ques : « On reven­di­quait un enga­ge­ment total. Ne jamais rien tenter pour échapper aux consé­quen­ces de nos actes. » Par contre en cas d’arres­ta­tion, chacun était libre de ses choix. Puig Antich avait dit qu’il tire­rait. Ce qu’il fit. Rapidement ils devien­nent « La bande des Sten » du nom de cette arme dont le char­geur est à posi­tion laté­rale et qui fut l’arme de la résis­tance euro­péenne durant la seconde guerre mon­diale ; eux qui n’ont pas vingt-cinq ans, l’auteur en avoue dix-neuf. Entre drame et ten­sion, l’auteur puise dans des sou­ve­nirs diver­tis­sants ; est ce pour ça que Rouillan nous raconte des scènes cocas­ses comme celle d’une opé­ra­tion de détour­ne­ment foi­reuse, où Cricri est pris d’une envie impé­rieuse de chier. « Pour sûr, ils vont débar­quer dès que j’aurais le pan­ta­lon sur les che­villes. »

Ils étaient en guerre, mais « Ils ne riaient pas moins comme des ado­les­cents. » Cette image que réus­sit à rendre Rouillan contraste vio­lem­ment avec les images que nous rece­vrons d’Action Directe dans les années 80. Le M.I.L dif­fé­rait aussi des autres grou­pes armés car si ces mem­bres bra­quaient des ban­ques, c’était aussi pour ne pas tra­vailler. La clan­des­ti­nité était une autre dif­fé­rence.

Leurs publi­ca­tions résu­maient les cou­rants qui tra­ver­saient le M.I.L, bandes des­si­nées situa­tion­nis­tes piquées chez Gotlib, anar­chisme et marxisme mêlés et sur­tout une envie de mettre en pra­ti­que ces idées, à l’inverse de ceux qu’ils appel­lent « L’équipe théo­ri­que. Ceux là, ont tout lu et tout com­pris. »

Ce deuxième volet dont l’intri­gue se déroule à Barcelone sous la dic­ta­ture fran­quiste est plus abrupt que le pré­cé­dent trai­tant de 1968 à Toulouse. Les armes héri­tées vien­nent des vieux Espagnols exilés ou de l’E.T.A , pour cette nou­velle Reconquista qu’avait pour­sui­vie Sabaté, dit El Quico, un mythe tur­bu­lent chez les anar­chis­tes. Découpé en sept moments de la jour­née comme les romans de Kundera, Rouillan raconte avec un chœur, un sta­si­mon reconverti en manuel de gue­rillero, cette vie clan­des­tine de l’aube jusqu’à la nuit, celle de Metge, Victor ou bien encore Cricri, tous por­tant des sur­noms. « Les clan­des­tins se cou­chent à l’heure des poules » raconte Rouillan sans jeu de mots avec pou­lets. On est plongé dans les sou­ve­nirs de ces années en Espagne par quel­ques indi­ces, ici une Simca rouge, là une vieille moto Bultaco ou encore Cricri qui allume une Celtique. Des voi­tu­res très pré­sen­tes car elles pas­sent des cols en clan­des­ti­nité, des trains aussi, le Talgo dans lequel le « héros » est repê­ché in extre­mis par le fils d’un Rouge. « Joder, au moins je n’aurais pas perdu ma jour­née ! » s’exclame le che­mi­not. Immergé dans cette géné­ra­tion qui a vrai­ment cru chan­ger le monde dans l’après 68. Entre le Genet des Blacks Panthers et les can­ti­nes fémi­nis­tes.

Émerge ce regret : ce repas pris avec un diri­geant clan­des­tin du parti socia­liste dans un vaste appar­te­ment où des domes­ti­ques sont plan­tés au mur. Jean Marc Rouillan déjà mal à l’aise apprend que celui-ci n’était autre qu’un fas­ciste durant la guerre d’Espagne, dont il vénère tant les com­bat­tants.

Rouillan pense avoir écrit dans cette aven­ture, avec ses cama­ra­des « La chan­son de geste de notre camp, de notre his­toire », lui qui reste modeste quant à ses actes et ses convic­tions. Les gestes, oui, pour la chan­son, il lui manque l’air frais de l’exté­rieur, celui des calan­ques de Marseille.

Christophe Goby. Journaliste à CQFD.

De mémoire (2) Le deuil de l’Innocence : un jour de sep­tem­bre 1973 à Barcelone. Jann-Marc Rouillan. Agone 2009.

Proposer un complément d'infos

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

  • Le 15 février à 17:39, par Agora

    Pour ma part ce dernier laisse a désirer et comporte pas mal d’erreurs
    au dire de certains activistes de l’époque et a une conotation marxistes
    trop marquer bien loin de la réalitée que fut ce mouvement

  • Le 15 février à 14:22

    Bien mieux fait et plus intéressant encore, le livre de Sergi Rosès Cordovila traduit du castillan et paru aux éditions Acratie : « Le MIL : une histoire politique »

  • Le 15 février à 08:54, par Anarquista

    Un livre plus interessant sur le M.I.L celui éditer par les éditions du
    C.R.A.S de Toulouse pour avoir une vision complete de ce mouvement
    et dont Rouillant fut un acteur parmis tant d’autres.


Infos locales

25 juillet


21 juillet


16 juillet

  • Fêtes - Festivals - Vie du mouvement

    Ambierle - Séminaire Monnaie Sociale - 27&28 juillet

    Le 27 juillet et le 28 juillet 2010 de 9h00 à 17h00 se tien­dra un sémi­naire sur la créa­tion d’une mon­naie sociale dans le bassin roan­nais animé par Didac Costa du réseau salir del capi­ta­lismo à La Scierie, à Ambierle(42).

  • Migrations - sans-papierEs

    Un bébé de 8 mois enfermé avec ses parents au CRA de Lyon

    Le site Lois Sauvages nous alerte sur la situa­tion d’une famille au centre de réten­tion de Lyon, avec un père malade et une mère enceinte et un bébé.


13 juillet


10 juillet


3 juillet