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Horreur ! Ils ont osé raser la Piche !

Publié le 14 juillet 2007

Maj le 18 juillet 2007

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6 compléments d'info

Ce mercredi 11 juillet, la Picharlerié a été expulsée et totalement rasée. Depuis de nombreuses années, combien de personnes de Lyon, du coin ou d’ailleurs ont passé de temps, de sueur et d’amour à retaper et à faire s’épanouir ce hameau en ruines à l’abandon dans les Cévennes ? Qui sont les casseurs ? Qui sont les voleurs ? Dans quelle effrayante société sommes-nous ? Au nom de la soi-disant propriété, elle préfère fabriquer des déserts de mort, plutôt que ne revivent des endroits laissés à l’abandon...

Ce hameau, perché dans les mon­ta­gnes céve­no­les de Lozère, était occupé der­niè­re­ment depuis le prin­temps 2002.

Ce mer­credi 11 juillet dès 7 heures du matin, les forces de l’ordre, en grand nombre, ont encer­clé les dif­fé­rents points d’accès à la Piche (Moissac, Saint-Etienne Vallée fran­çaise, Saint-Martin de Lansuscle), contrô­lant toute per­sonne et tout véhi­cule dans un large péri­mè­tre (nom­breux contrô­les à Sainte-Croix dès 7h du matin et durant toute la jour­née). Par ailleurs, 7 four­gon­net­tes de gen­dar­mes, des motards et un engin de des­truc­tion mas­sive (pel­le­teuse) sont montés à la Piche, et ont lit­té­ra­le­ment tout rasé. Il ne reste plus qu’un tas de pier­res de 50 mètres sur long sur 5 mètres de large. Rien n’a été épargné, il ne reste pas une pierre debout, c’est désor­mais un ter­rain vague. De nom­breux maté­riels sont actuel­le­ment sous les décom­bres. Une per­sonne s’est fait contrô­ler sur les lieux, qu’ils ont lais­sée partir.

Ce lieu, qui avait été trouvé en ruines en 2002 a été com­plè­te­ment retapé depuis. La Picharlerié était vieux de plu­sieurs siè­cles d’his­toire, et fut, entre autres, un haut lieu de la Résistance, le maquis-école de la région, pen­dant la seconde Guerre Mondiale.

Il sem­ble­rait que l’ordre de raser soit venu du préfet, avec ou sans l’assen­ti­ment du pro­prié­taire Dhombres, un pas­teur d’Arles...

Un chan­tier « Gratte les décom­bres » s’est fait ven­dredi toute la jour­née et a permis de récu­pé­rer les ruches. Les cas­seurs ayant peur de se faire piquer, il n’y a que ça qui n’a pas été détruit.

Et pour que les ruines chan­gent de camp.

La Piche revit...

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Un intérieur à la Piche
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Le battage à la Piche
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Une charpente à la Piche

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La claide et le four

...jusqu’au 11 juillet 2007 où la Piche est rasée par le préfet / l’horreur des décombres

Témoignage d’un Cevenol sur ce désastre

Un haut fait d’armes dont les médias ne parlent pas !

Située à flanc de mon­ta­gne, sur un ver­sant très médi­ter­ra­néen des Cévennes du Sud-Lozère, la Picharlerié, hameau impor­tant de la com­mune de Moissac Vallée Française, a, tout comme sa voi­sine la Carrière, ou d’autres nom­breu­ses cons­truc­tions de pier­res sèches dans ce sec­teur, fait rêver plus d’un pro­me­neur, par le charme de son site et la beauté de son archi­tec­ture.

D’aucuns même, en quête d’un lieu où poser son sac, y ont élu domi­cile, malgré les dif­fi­cultés d’accès et la pré­ca­rité des condi­tions de vie. Seulement voilà : ces lieux, auréo­lés du pres­tige d’avoir servi de refuge à un maquis alle­mand très actif contre l’occu­pant nazi pen­dant la der­nière (?) guerre, sont aussi la pro­priété d’un cer­tain Mr. Dhombres, pas­teur de son état jusqu’il y a peu, farou­che­ment jaloux de ses droits autant qu’hos­tile à toute implan­ta­tion d’un lieu de vie sur ses terres, sous quel­que forme que ce soit, sur­tout s’il devait s’agir de « néos », zip­pies ou tout avatar démo­nia­que de l’« estran­ger ».

De très nom­breux mas de ce fief pro­tes­tant des Cévennes, dont la Picharlerié, qui furent jadis habi­tat de pay­sans pau­vres pra­ti­quant une économie vivrière, ont été aban­don­nés après 1945, période de pic de l’exode rural. Longtemps consi­dé­rés comme sans valeur ou même comme une charge inu­tile du fait des impôts, les ter­rains, et les cons­truc­tions avec, ont été rache­tés à vil prix par des oppor­tu­nis­tes, tantôt privés tantôt les Domaines, qui, grâce aux aides alors consi­dé­ra­bles de l’Etat à la plan­ta­tion fores­tière [Il s’agis­sait essen­tiel­le­ment de pins mari­ti­mes, pros­pé­rant en tous ter­rains, qui ont servi d’abord aux mines, puis à la pâte à papier, avant d’être consi­dé­rés aujourd’hui comme une plaie enva­his­sante et le ter­reau d’incen­dies rava­geurs. Les pom­piers les sur­nom­ment bombes à retar­de­ment ; de fait un feu d’une excep­tion­nelle ampleur s’est pro­pagé de Ste Croix à St Etienne pen­dant le chaud été 1976 rava­geur. ] ont vu là l’occa­sion de pro­fits faci­les. Qui plus est, à l’appro­che des années 70, la peur nais­sante d’une dépos­ses­sion du ter­ri­toire tra­di­tion­nel au profit de nou­veaux arri­vants a sus­cité une poli­ti­que de rachats mas­sifs de terres, en par­ti­cu­lier sur la com­mune de Moissac. La page était tour­née sur les Cévennes, terre d’accueil et de refuge, et bas­tion socialo com­mu­niste dans un dépar­te­ment très conser­va­teur.

Faisant fi de toutes ces dif­fi­cultés, les nou­veaux habi­tants de la Picharlarié, autre­ment dit le squatt de la Picharlerié, ont peu à peu, depuis 2002, res­tauré avec les moyens du bord le hameau, défri­ché les jar­dins qui pou­vaient l’être mais aussi, et c’est sans doute leur plus grand crime, créé un lieu ouvert, havre de paix et foyer de ren­contres, certes peu en phase avec la vie locale, mais renommé dans un réseau qui passe par Lyon, Marseille, La Valette et tant d’autres endroits de contes­ta­tion radi­cale.

Avec le temps, les rap­ports iné­vi­ta­bles avec le pro­prié­taire, la mairie de Moissac et tout un clan animé d’un esprit fas­ciste qui ne dit pas son nom n’ont fait que se dété­rio­rer, et un har­cè­le­ment per­ma­nent s’est ins­ti­tué, à coups d’inti­mi­da­tions, de mises en demeure, de sur­veillance à la jumelle jusqu’à en venir à une danse du scalp menée par l’iras­ci­ble pro­prié­taire sur son tracto-pelle. Un pre­mier procès visant à auto­ri­ser l’expul­sion s’est soldé par un rejet de la plainte pour vice de pro­cé­dure, grâce aux ser­vi­ces d’un habile avocat. Mais notre bon pas­teur n’allait pas s’en tenir là. Dans un climat d’into­lé­rance, de haine irra­tion­nelle et d’agres­si­vité en phase par­faite avec la montée du sar­ko­zysme, un nou­velle plainte mieux établie était ins­truite. Pendant que la pro­cé­dure sui­vait son cours, une série d’« inci­dents » , sur­ve­nus de nuit, tou­chait non seu­le­ment les habi­tants de la Picharlerié mais aussi nombre de per­son­nes qui ne por­tent pas la cas­quette Ricard : voi­tu­res en sta­tion­ne­ment caillas­sées, pillées, vélos jetés à la rivière, affi­ches sys­té­ma­ti­que­ment arra­chées, arbres coupés, bref toutes nui­san­ces ima­gi­na­bles pour rendre la vie impos­si­ble.

Personne ne porta plainte, par prin­cipe tacite que la gen­dar­me­rie n’est pas un recours sou­hai­ta­ble, jusqu’au jour où un col­lec­tif de cueilleu­ses de plan­tes retrouve son outil de tra­vail, un four­gon, por­tiè­res arra­chées et dans un piteux état géné­ral. Ce col­lec­tif ima­gine alors de dépo­ser en main cou­rante, évitant ainsi de porter plainte mais enga­geant une enquête de gen­dar­me­rie. Celle ci, menée à la hus­sarde, ne tarde pas à abou­tir : des « petits jeunes », mani­fes­te­ment ins­tru­men­ta­li­sés par leurs parents, ces der­niers très au fait de leurs agis­se­ments puis­que ces grai­nes de vio­lence s’étaient auto­fil­més au télé­phone por­ta­ble et qu’un grand frère indi­gné avait fait cir­cu­ler le docu­ment pour mettre les géni­teurs au cou­rant.

Loin de l’his­toire de la « Pich’ » ? Pas vrai­ment. Las de cette guerre, les squat­teurs déci­dent fin juin d’aller vivre leur utopie sous d’autres cieux. Ils com­men­cent le démé­na­ge­ment, sans le crier sur les toits. Et pen­dant ce temps, la pro­cé­dure, dont ils se sont désin­té­res­sés, abou­tit, et le juge­ment d’expul­sion est rendu sans que per­sonne en soit averti. L’huis­sier dépê­ché sur les lieux n’y trouve per­sonne à qui signi­fier son exploit. Mais le juge­ment est exé­cu­toire, ce qui laisse place à trois pos­si­bi­li­tés : murer les ouver­tu­res des mai­sons, raser le site, ou le dyna­mi­ter. En concer­ta­tion avec le préfet, la deuxième solu­tion finale est rete­nue.

Et c’est ainsi qu’au petit matin du 11 Juillet, les habi­tants d’un vaste péri­mè­tre qui va de Moissac à St Germain de Calberte et de Ste Croix à St Etienne Vallée Française en pas­sant par St Martin de Lansuscle voient des gens d’armes déployés en nombre impres­sion­nant postés à tous les pos­si­bles accès vers la Picharlerié, sans com­pren­dre le pour­quoi d’une telle opé­ra­tion. Les ondes sont brouillées, les por­ta­bles ne fonc­tion­nent pas. Le pré­si­dent de la Communauté de Communes Cévenne des Hauts Gardons, alerté, se voit refoulé quand il tente d’inter­ve­nir. Et pen­dant ce temps, le conduc­teur du Caterpillar réqui­si­tionné se régale, il s’en van­tera, de faire un joli tra­vail qui trans­for­mera un hameau où auraient pu vivre ses ancê­tres en tas de décom­bres adroi­te­ment rangés en lignes.

Le soir venu, la nou­velle se dif­fuse enfin et laisse tout le monde atterré. Un ancien du pays déclare : « ce que les Allemands n’ont pas fait pen­dant la guerre, Freddy Dhombres l’a fait aujourd’hui ».

L’indi­gna­tion est géné­rale mais : que faire ? Rendez vous est pris pour aller sur les lieux, et tenter de sauver ce qui peut l’être. Mais rien ne peut l’être, et pour cause : deux camions de démé­na­ge­ment, véhi­cu­les inso­li­tes dans le pays, ont été remar­qués dans la mati­née du 12 juillet.

Alors que faire ? Le pas­teur en poste au pays tente une ouver­ture vers son confrère Dhombres : il essaiera de lui pro­po­ser un rachat de son crime – une expia­tion ? - sous la forme d’un don du site à la Communauté de Communes. Peine perdue, l’entre­vue tourne court.

Parler, se parler, en parler. Beaucoup, et parmi eux de nom­breux élus, ne veu­lent pas se rési­gner à une fata­lité qui pré­sage d’autres mau­vais coups. Car si le squatt de la « Piche » était une sorte d’ovni sous le ciel des Cévennes, il ne manque pas ici de rési­dents en situa­tion pré­caire, habi­tants de caba­nes, de tipees, de mai­sons pour les­quel­les le permis de cons­truire a été refusé, et ni de nou­veaux arri­vants de toutes sortes dans ce pays où la ver­ti­gi­neuse flam­bée de l’immo­bi­lier et les blo­ca­ges sur le fon­cier empê­chent des « actifs » de s’ins­tal­ler tandis que rési­den­ces secondai­res ou de retrai­tés for­tu­nés ne ces­sent de croî­tre en pro­por­tion.

Parler, pour sup­pléer au silence des médias.

Mais parler, et dire, et faire, pour que cette infa­mie per­pé­trée au nom de la loi, finan­cée par l’argent public, ne soit qu’un triste épisode à ne pas oublier, et qu’elle sonne le réveil des cons­cien­ces face à la kar­che­ri­sa­tion que, vue d’ici, on pou­vait croire une van­tar­dise d’his­trion à l’adresse de nos loin­tains cou­sins des ban­lieues.

Faire du mal un bien, que de nou­vel­les uto­pies fleu­ris­sent et que la soli­da­rité gran­disse !

Mais tout en res­tant sur nos gardes. « La vigi­lance est le prix éternel à payer pour notre liberté. »

Le « Club Cevenol » devait appo­ser une plaque com­mé­mo­ra­tive en hom­mage au maquis de la Picharlerié en avril 2008. Je ferai part de ce qui res­sor­tira des mul­ti­ples réu­nions pré­vues dans les jours à venir.

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  • Le 14 août 2007 à 00:21, par Sebastien

    Salut,
    c´est clair que c´est une méthode typiquement Sarko ca.
    Vous avez été passé au Kärcher, comme qui dirait ! Ah, la flicaille, j´ai toujours eu du mal a la supporter. Pis maintenant ils ont tout le loisirs d´exercer leur petit pouvoir.
    Un haut lieu de la résistance disparait, et dire que meme les allemands n´avaient pas réussi a la raser, S´en est pathétique.

  • Le 24 juillet 2007 à 12:30, par claude montpellier

    Bonjour,
    vous dites que ces expéditions « punitives » sont courantes de nos jours, est-il possibe d’en faire une liste, afin de connaitre l’ampleur ?

    Merci d’avance
    claude monptellier

  • Le 17 juillet 2007 à 16:11

    DE TOUT COEUR AVEC VOUS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
    LE VILLARET

  • Le 16 juillet 2007 à 20:36

    la piche, c’est un petit moment de mon enfance.
    Avec mon oncle, dans sa deuche vers mai 68.
    horreur et vengeance !, dans la reconstruction !
    toujours !, même si un « président », sioniste ! oublie ce que la vallée
    a pu sauver de juifs, (voir les« justes »), et laisse defiler la bandera
    à paris, le 14 JUILLET 2007.
    c’est la guerre,
    jean-françois SOULIER, de MIALET,(t’a touché ma vallée ?)
    CHOO des squats,
    KERCHO de BREIZH

  • Le 16 juillet 2007 à 14:43

    Quelle honte !

    Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous soutenir ?

  • Le 15 juillet 2007 à 11:57

    Ce genre d’action punitive et expéditive est devenu malheureusement courant de nos jours.
    Même au fin fond des Cèvennes, on n’est plus tranquille. Je pense qu’il y a plusieurs raisons à celà.

    Il faut traquer le nécessiteux, la victime des temps modernes : l’empécher de vivre.
    Faire disparaître son lieu de vie, toutes traces de son existence.

    La seconde, c’est de savoir quel projet lucratif il y a dessous cette action ? Un musée payant de la résistance ?


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