Que dit cette loi scandaleuse du 23 février 2005, article 4, alinéa 2 : « Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit. » !!!
Pour s’opposer à l’état d’esprit de cette ignominie,
"DÉCOLONISONS !"
une semaine fin mars 2008 de festival à Lyon pour comprendre et agir* Comment l’histoire de la période coloniale française éclaire-t-elle les problèmes actuels de discriminations et de racisme d’État et de société ?
* Sous quelles formes se perpétue un néocolonialisme ?
* Comment reconnaître les acquis des luttes pour en finir avec la colonisation ?
(Le programme de "Décolonisons !" bientôt sur Rebellyon.)
Le 5 mars 2003, une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale, portée par le député Jean Léonetti, avait
pour ambition de reconnaître l’"oeuvre positive" des ressortissants français en
Algérie.
Suite à ce déni de l’histoire coloniale et de toutes ses atrocités,
nous avons lancé une pétition, qui a reçu quelques mille signatures, dont la
revendication principale était "Non à l’occultation des crimes coloniaux" [1].
La proposition de loi avait été refusée pour une question de procédure et devait passer devant la Commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale pour consultation. Pendant de longs mois, nous avons consulté l’agenda de cette commission. Aucun signe de vie, nous pensions que la proposition avait été abandonnée et enterrée.
C’est en trompant notre vigilance que la majorité parlementaire a voté le 23 février 2005 une loi "portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés". La plupart des articles de ce texte [2] visent à octroyer un statut (et une "allocation de reconnaissance") aux "Français rapatriés" et aux Harkis.
Mais c’est dans cette loi du 23 février 2005 que s’est glissée, en catimini, la proposition de loi du 15 mars 2003. En effet, on retrouve, quasiment à l’identique, les termes de cette dernière dans l’article 4 alinéa 2 : "Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit." Le mot "positif" réapparaît, et les programmes scolaires sont mis à contribution…
Cette loi n’a suscité aucune réaction tant dans les médias que dans le milieu politique et associatif. Or il s’agit d’une atteinte grave à la dignité de tous les peuples colonisés et de leurs héritiers en France, et d’une véritable honte pour la République française. A l’heure où la question coloniale émerge, maladroitement et dans la confusion, dans le débat public, cette loi vient nous rappeler qu’il existe toujours des nostalgiques de l’Empire colonial, et qu’il s’agit de lutter non par une agitation médiatique, mais par une pression à exercer sur les locataires de l’hémicycle.
Quelques grands historiens, de l’immigration en France ou de l’Empire colonial français, ont réagi. Nous reproduisons ci-dessous leur texte :
Des historiens contre la loi du 23 février 2005
La loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés a des implications sur l’exercice de notre métier et engage les aspects pédagogiques, scientifiques et civiques de notre discipline.
Son article 4 dispose : "Les programmes de recherche universitaire accordent à l’histoire de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, la place qu’elle mérite. Les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit."
Il faut abroger d’urgence cette loi,
parce qu’elle impose une histoire officielle, contraire à la neutralité
scolaire et au respect de la liberté de pensée qui sont au coeur de la laïcité.
parce que, en ne retenant que le "rôle positif" de la colonisation, elle impose
un mensonge officiel sur des crimes, sur des massacres allant parfois jusqu’au
génocide, sur l’esclavage, sur le racisme hérité de ce passé.
parce qu’elle légalise un communautarisme nationaliste suscitant en réaction le
communautarisme de groupes ainsi interdits de tout passé.
Les historiens ont une responsabilité particulière pour promouvoir des recherches et un enseignement
qui confèrent à la colonisation et à l’immigration, à la pluralité qui en
résulte, toute leur place.
qui, par un travail en commun, par une confrontation entre les historiens des
sociétés impliquées rendent compte de la complexité de ces phénomènes.
qui s’assignent pour tâche l’explication des processus tendant vers un monde à
la fois de plus en plus unifié et divisé.
Claude Liauzu, professeur émérite à l’université Denis Diderot-Paris 7
Gilbert Meynier, professeur émérite à l’université de Nancy
Gérard Noiriel, directeur d’études à l’EHESS
Frédéric Régent, professeur à l’université des Antilles et de Guyane
Trinh Van Thao, professeur à l’université d’Aix-en-Provence
Lucette Valensi, directrice d’études à l’EHESS.
Il faut soutenir cet appel contre le négationisme historique et utiliser tous les moyens possibles pour faire abroger cette loi ignoble.

