Accueil du site > Analyse et réflexion > Ils ne cèderont plus rien !...

Ils ne cèderont plus rien !...

Publié le 19 décembre 2005

Maj le 11 janvier 2006

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression

Matière à réflexion

Depuis plu­sieurs années, on peut dou­lou­reu­se­ment cons­ta­ter que les conflits sociaux, pour aussi durs et longs qu’ils soient, abou­tis­sent de moins en moins à la satis­fac­tion des reven­di­ca­tions et que, de guerre lasse, les mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion se ter­mi­nent sans rien avoir obtenu... ou pas grand-chose.

Cette situa­tion est en passe de deve­nir le pain quo­ti­dien des luttes socia­les au point que le citoyen, le sala­rié ne sait plus très bien « quoi faire » et risque de tomber dans le décou­ra­ge­ment et l’aban­don, bal­lotté par les éternelles pro­mes­ses des poli­ti­ciens déma­go­gues.

UN DURCISSEMENT INEXORABLE

Depuis le 19e siècle, les conquê­tes socia­les, du moins dans les pays déve­lop­pés ne sont pas négli­gea­bles. Tant que les reven­di­ca­tions socia­les (salai­res, pro­tec­tion sociale, condi­tions de tra­vail,...) ont coïn­cidé avec des condi­tions com­pa­ti­bles avec l’inté­rêt du sys­tème mar­chand, elles ont été plus ou moins satis­fai­tes.

Ces conquê­tes n’ont jamais été accor­dées volon­tai­re­ment par les Etats comme ils essaient de nous le faire croire. Elles ont tou­jours été le fruit d’âpres luttes entre les sala­riés et les pos­ses­seurs du capi­tal et leurs repré­sen­tants offi­ciels.

Aujourd’hui cette dyna­mi­que de conquê­tes socia­les est en passe de s’enrayer. Pourquoi ?

Ils ne cède­ront plus rien parce qu’ils savent que face à la mon­dia­li­sa­tion mar­chande ils ne peu­vent plus céder, mais également que le mou­ve­ment social avec sa stra­té­gie actuelle est impuis­sant à leur impo­ser un rap­port de force qui les ferait céder.

Ils ne peu­vent plus céder parce que la mon­dia­li­sa­tion mar­chande impose ses condi­tions par l’établissement d’un marché mon­dial et parce qu’il a été fait le choix poli­ti­que, par les Etats, de s’en remet­tre à lui et quasi exclu­si­ve­ment à lui pour trai­ter de la condi­tion de la pro­duc­tion et des échanges. L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) - entre autres - n’est que l’expres­sion ins­ti­tu­tion­nelle de cette volonté.

Ils peu­vent ne plus céder parce que le mou­ve­ment social est à bout de souf­fle, de pers­pec­ti­ves et d’ima­gi­na­tion dans sa manière de poser les pro­blè­mes et de lutter.... Ses struc­tu­res ver­mou­lues, bureau­cra­ti­sées, col­la­bo­ra­tion­nis­tes et par­fois cor­rom­pues entre­tien­nent l’illu­sion que le dia­lo­gue et la négo­cia­tion sont encore pos­si­bles et qu’en toute extré­mité on aura recours à des formes de luttes dont on sait qu’elles ne don­nent plus rien.

Pourquoi les ges­tion­nai­res, de droite comme de gauche du sys­tème mar­chand négo­cie­raient-ils puisqu’ils savent désor­mais que leurs mesu­res pas­se­ront ?

La porte est donc ouverte pour le sys­tème de « récu­pé­rer » tout ce qu’il a du concé­der au cours des décen­nies pré­cé­den­tes. Désormais, les condi­tions économiques mon­dia­les, mais aussi poli­ti­ques, sont favo­ra­bles au déve­lop­pe­ment du capi­tal avec le mini­mum d’entrave. Désormais les condi­tions sont mures pour liqui­der l’ensem­ble des acquis sociaux et reve­nir sans entra­ves socia­les aux fon­da­men­taux du sys­tème mar­chand : bas salai­res, absence de pro­tec­tion sociale, durée de tra­vail illi­mi­tée (pour celles et ceux qui en trou­vent), concur­rence effré­née entre sala­riés pour avoir un tra­vail,...

Ils savent d’autre part qu’en l’absence de toute alter­na­tive poli­ti­que sérieuse, et avec un sys­tème électoral com­plè­te­ment ver­rouillé ils ne cou­rent aucun risque de se faire éconduire... Si ce n’est pas la Droite qui passe, c’est la Gauche et réci­pro­que­ment... Rien ne peut chan­ger.

UN MOUVEMENT SOCIAL DESORIENTE

Les vieilles métho­des de contes­ta­tions socia­les héri­tées du 19e siècle ne mar­chent plus. Elles ont bien servi, mais aujourd’hui elles ne sont mani­fes­te­ment plus adap­tées aux nou­vel­les condi­tions géo­po­li­ti­ques de la valo­ri­sa­tion du capi­tal et, de manière géné­rale, à la mon­dia­li­sa­tion mar­chande.

Le pro­blème c’est que les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les ont tout inté­rêt à cacher cette réa­lité et à conti­nuer à faire croire qu’elles ser­vent, défen­dant par là même des, leurs, inté­rêts bureau­cra­ti­ques par­fai­te­ment com­pa­ti­bles avec le fonc­tion­ne­ment du sys­tème mar­chand. D’ailleurs le sys­tème ne s’y trompe pas et sou­haite des syn­di­cats « res­pon­sa­bles », « inté­grés » et « res­pec­tés » par leurs adhé­rents.

Les sala­riés qui n’avaient jamais très bien com­pris la divi­sion syn­di­cale et dou­tent de plus en plus de l’effi­ca­cité des mani­fes­ta­tions, péti­tions, délé­ga­tions et même de la grève, voient aujourd’hui les dégâts d’une telle situa­tion, d’un tel autisme syn­di­cal.

Le mou­ve­ment social, reven­di­ca­tif, va d’échec en échec avec des défai­tes d’une ampleur iné­ga­lée et ines­ti­ma­ble : retrai­tes, pro­tec­tion sociale, ser­vice public, emploi, droit du tra­vail. Les sala­riés ne sont plus vain­cus sur des reven­di­ca­tions caté­go­riel­les, mais sur les fon­de­ments même de leur statut et la remise en ques­tion des fon­de­ments his­to­ri­ques de leurs acquis sociaux.

Ce ne sont plus quel­ques batailles que nous per­dons, mais car­ré­ment la guerre.

Le dis­cours des bureau­cra­ties syn­di­ca­les qui essayent d’atté­nuer l’amer­tume en décla­rant « vic­toi­res » des « défai­tes », ou en fai­sant croire que « le combat conti­nue » malgré la « reprise du tra­vail », passe de moins en moins.

La désyn­di­ca­li­sa­tion, l’abat­te­ment gagnent les trou­pes. Les taux de par­ti­ci­pa­tion aux grèves de moins en moins effi­ca­ces sont en chute libre.

L’impres­sion qui devient domi­nante est qu’ « ils ne cède­ront plus rien » et que l’on n’a pas/plus les moyens de les faire céder... le temps de la « démerde » indi­vi­duelle est arrivé.

QUE FAIRE ?

Certainement pas conti­nuer à fonc­tion­ner comme jusqu’à pré­sent...

Ne pas sortir de cet impasse c’est à terme courir à la catas­tro­phe, à l’accrois­se­ment des iné­ga­li­tés, de l’exclu­sion avec toutes les déri­ves socia­les et poli­ti­ques qui peu­vent s’ensui­vre. C’est de situa­tions iden­ti­ques qu’ont surgi l’état fort, le fas­cisme, car devant l’accrois­se­ment de la ten­sion sociale et l’impos­si­bi­lité de dépas­ser la situa­tion, le sys­tème mar­chand ne recu­lera devant rien, comme il l’a déjà fait dans le passé, pour assu­rer sa péren­nité. La réac­tion du sys­tème crai­gnant pour sa survie avec l’aide d’un état fort sur un corps social poli­ti­que­ment affai­bli est la porte ouverte aux pires aven­tu­res.(voir l’arti­cle « LA TENTATION DU PIRE »)

Certes l’Histoire ne se répète pas, les condi­tions n’étant jamais les mêmes, mais le manque de pers­pec­tive, le blo­cage d’une situa­tion, une révolte sociale aux mul­ti­ples aspects qui gronde ne peu­vent ouvrir à terme que sur des évènements dra­ma­ti­ques... et ce ne sont évidemment pas les pro­chai­nes échéances électorales qui peu­vent cons­ti­tuer une issue, au contraire, elles peu­vent être le début de la dégrin­go­lade...

Il s’agit donc de repen­ser l’action poli­ti­que de fond en comble. L’issue n’est cer­tai­ne­ment pas dans une solu­tion bien fice­lée et qui plus est serait appor­tée par une quel­conque orga­ni­sa­tion ou homme/femme pro­vi­den­tiel-le... comme beau­coup le croient encore.

L’enga­ge­ment citoyen ne doit plus être une figure de style ou se résu­mer à une simple inten­tion de vote. On n’en est plus là... si tant est que l’on y fut un jour.

L’enga­ge­ment doit être concret, dans la volonté expri­mée de luttes pour sau­ve­gar­der les acquis, mais aussi dans la volonté de chan­ger les rap­ports sociaux. La « pensée unique » en matière de contes­ta­tion sociale, car il y en a une garan­tie par la Gauche et les syn­di­cats, doit être dépas­sée... par la remise en ques­tion des évidences.

Pour ce qui est des luttes, repen­ser la manière d’agir, adap­ter la forme aux condi­tions nou­vel­les de fonc­tion­ne­ment du capi­tal. Faire d’une lutte non seu­le­ment l’affaire des sala­riés concer­nés mais du reste de la popu­la­tion.(sala­riés-usa­gers-clients même combat !). Toute lutte est un tout qui ne peut lais­ser indif­fé­rent les autres sec­teurs et usa­gers. - voir l’arti­cle « LES FORMES DE LUTTES EN PERIODE DE DECADENCE ».

Pour ce qui est de la volonté de chan­ge­ment des rap­ports sociaux, il faut bien pren­dre cons­cience qu’ils ne chan­ge­ront pas tout seuls et que ce ne sont pas les ges­tion­nai­res, de gauche comme de droite, du capi­tal au pou­voir qui le feront. Il s’agit donc de pren­dre des ini­tia­ti­ves, dans les domai­nes où elles peu­vent être prises et d’en étendre peu à peu le champ. - voir l’arti­cle « SUR LES STRUCTURES ALTERNATIVES ».

Nous savons désor­mais à quoi nous en tenir en matière de reven­di­ca­tion.
Nous savons également à quoi nous en tenir en matière de « chan­ge­ment ».
Ne pas réagir c’est som­brer dans l’indi­vi­dua­lisme qui nous livrera pieds et poings liés aux exi­gen­ces du sys­tème. Réagir c’est aller à l’encontre d’un cer­tain nombre d’évidences, de vieux réflexes trans­mis et acquis, d’ins­ti­tu­tions, d’orga­ni­sa­tions qui nous appa­rais­sent encore comme véné­ra­bles mais qui sont de véri­ta­bles « miroirs aux alouet­tes », des pièges à naïfs.
Réagir c’est cesser de croire à la fable des « élections-moyen de chan­ge­ment ».
Réagir, c’est faire preuve d’une inven­ti­vité dans les luttes et dans la pra­ti­que sociale comme l’ont fait nos pré­dé­ces­seurs au 19 e siècle.
Réagir c’est se dépas­ser et jeter les bases de rela­tions socia­les nou­vel­les.

Patrick MIGNARD


Dans les prochains jours :

Infos locales

6 septembre

  • Migrations - sans-papierEs

    Présentation / discussion autour du prochain camp No Border

    Le pro­chain camp No Border ce sera à Bruxelles à partir du 25 sep­tem­bre. Présentation, pro­jec­tion et dis­cus­sion le 8 sept. à 19 h à La Gryffe dans le cadre d’une tour­née d’infos faite par des mili­tan­tEs bruxel­loi­sEs.


5 septembre


3 septembre

  • Rapports sociaux de genre

    Soirée de soutien au livre du CLAS à propos du viol

    Vendredi 1er octo­bre à 19h au « Z » - RN 86 à Soyons 07 (proche valence) - Entrée 5 euros.

  • Migrations - sans-papierEs

    Face au racisme et à la xénophobie d'État : La solidarité de classe, pas l'hypocrisie républicaine

    Tract CGA manif 4 sep­tem­bre :
    - Une suren­chère répres­sive et raciste
    - Une his­toire qui ne date pas d’aujourd’hui
    - Libéralisation de la parole raciste et stra­té­gie de divi­sion
    En se posant en ges­tion­nai­res de l’État et du capi­ta­lisme, les cou­rants poli­ti­ques de gauche qui font mine de s’émouvoir de la poli­ti­que actuelle, ont depuis des années apporté leur pierre à l’édifice d’une répu­bli­que raciste et xéno­phobe.


31 août


26 août

  • Education - partage des savoirs

    Appel à actions anti-bizutage/usinage à l'ENSAM, site de Cluny (pour commencer...)

    Une grande école publi­que abrite tou­jours un bizu­tage mental appelé « usi­nage » durant près d’un tri­mes­tre. Nous avons nommé l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), établissement com­posé de 8 cen­tres dont un près de chez nous, à Cluny, à 20 km de Mâcon. Un col­lec­tif local anti-usi­nage s’est créé et invite à une pre­mière action le 31 août où nous nous espé­rons nom­breux...


25 août

  • Discriminations

    « 100 villes contre la lapidation » : Rassemblement du 28 août à Lyon

    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

  • Migrations - sans-papierEs

    cartes postales à l'Elysée

    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

  • Résistances et solidarités internationales

    « Moi aussi, je boycotte ! » déclare le Président du tribunal correctionnel de Mulhouse

    Le Collectif 69 Palestine appelle à sou­te­nir les cinq mili­tants du Collectif Boycott 68 assi­gnés en cor­rec­tion­nelle le 13 sep­tem­bre, pour avoir appelé au boy­cott des pro­duits israé­liens à Carrefour de Mulhouse le 26 sep­tem­bre 2009. Des actions ont eu lieu à Lyon le 13 jan­vier et le 29 mai 2010.