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L’appartenance à l’A.I.T. devient un crime le 14 mars 1872. A Lyon, on tente de passer outre...

Publié le 14 mars

Maj le 6 mars 2009

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Les tentatives de reconstitutions de la première Internationale et les débuts du mouvement anarchiste à Lyon (1871-1881).

Synthèse du mémoire de maîtrise de Lionel Bébin, publiée dans les Mélanges d’Histoire Libertaire n°2.
Disponible au Centre de Documentation Libertaire de Lyon.

Après l’épisode san­glant de la Commune, le légis­la­teur fran­çais sou­haite se pré­mu­nir contre toute orga­ni­sa­tion ouvrière. C’est ainsi qu’est votée le 14 mars 1872, sur pro­po­si­tion de Thiers, la loi Dufaure cri­mi­na­li­sant l’appar­te­nance à l’Association Internationale des Travailleurs, bien que celle-ci n’ait joué aucun rôle dans le déclen­che­ment des inci­dents tout aussi bien dans d’autres villes qu’à Paris. Mais, comme le rap­pelle judi­cieu­se­ment Yves Lequin : « La ten­dance à voir l’Internationale à l’ori­gine de toutes ou pres­que toutes les agi­ta­tions ouvriè­res n’est pas nou­velle ».

De plus l’occu­pa­tion du ter­ri­toire fran­çais par les trou­pes de l’empe­reur Guillaume qui se pro­longe jusqu’au 16 sep­tem­bre 1873 et la cir­cu­la­tion des voya­geurs alle­mands ali­men­tè­rent le mythe du com­plot ourdi contre la France.

La consé­quence fut que la loi Dufaure consi­déra l’A.I.T. comme un Etat dis­tinct, dont les mem­bres devaient dès lors choi­sir entre cet Etat sans ter­ri­toire et leur Etat de rési­dence.

Le mou­ve­ment inter­na­tio­na­liste lyon­nais était néan­moins dans une situa­tion dif­fi­cile avant même que le légis­la­teur ne s’arme de cette nou­velle dis­po­si­tion. A l’échec des ten­ta­ti­ves insur­rec­tion­nel­les de la Commune de Lyon le 23 mars 1871 ainsi que celle de la Guillotière le 30 avril 1871 et au revi­re­ment poli­ti­que de deux de ses prin­ci­paux meneurs (Albert Richard et Gaspard Blanc) deve­nus par­ti­sans du socia­lisme impé­rial, vien­nent s’ajou­ter l’exil volon­taire de nom­breux mili­tants en Suisse et pour cer­tains ayant pré­féré rester à Lyon, le procès d’août 1871.

L’année 1872 marque néan­moins un renou­veau. L’expo­si­tion uni­ver­selle de Lyon s’ouvrant le 7 juillet 1872, les inter­na­tio­na­lis­tes pen­saient que le pré­texte serait bon pour se ren­contrer et s’orga­ni­ser à nou­veau. Et de fait, des sec­tions se sont recons­ti­tuées à Oullins, à la Croix-Rousse sous l’impul­sion de Henri Boriasse, à la Guillotière grâce à Pierre Dubois, mais aussi à Saint Just, Saint Etienne, Tarare, Grenoble, Villefranche et Roanne. Ces efforts de recons­ti­tu­tion de l’Internationale ont rapi­de­ment amené la réac­tion des auto­ri­tés. Deux grands procès col­lec­tifs ont démem­bré les sec­tions réor­ga­ni­sées. Tout d’abord, en mars 1873, un pre­mier procès marque la fin de l’acti­vité de la sec­tion d’Oullins, et puis en avril 1874, c’est la grande et célè­bre affaire du com­plot de Lyon qui para­cheva la mise à mort du mou­ve­ment ouvrier inter­na­tio­na­liste.

Avant de suivre les ava­tars de ce cou­rant après ces deux procès, nous pou­vons exa­mi­ner plus pro­fon­dé­ment le fonc­tion­ne­ment et l’idéo­lo­gie qui le fai­sait vivre.

Sous l’impul­sion donnée par le sté­pha­nois Pierre Gillet, un pro­gramme était adopté pro­po­sant la com­plète auto­no­mie des grou­pes et la mul­ti­pli­cité de ceux-ci, chacun devant être cons­ti­tué de cinq mem­bres seu­le­ment. Chaque groupe nom­mait un délé­gué et la réu­nion de ces délé­gués for­mait un comité dépar­te­men­tal chargé de la cor­res­pon­dance et tota­le­ment dénué d’auto­rité. Un sys­tème iden­ti­que s’appli­quait aux échelons régio­naux. Mais ce projet devait s’avérer dif­fi­cile à mettre en place, toutes les régions n’étant pas au même stade de recons­truc­tion.

De plus cette marche en avant était régu­liè­re­ment stop­pée par les arres­ta­tions des prin­ci­paux pro­mo­teurs de l’A.I.T. Chaque affi­lié était en pos­ses­sion d’un livret où figu­rait ses nom, ori­gine, nais­sance, pro­fes­sion et numéro d’adhé­rent. En échange d’une coti­sa­tion, il était déli­vré un timbre figu­rant sur le livret. Entre 1872 et 1874, cette coti­sa­tion est passée de 10 cen­ti­mes par semaine à 25 cen­ti­mes pour la même durée dans le groupe de la Croix-Rousse. Celles-ci étaient essen­tiel­le­ment des­ti­nées à l’achat de livres et de bro­chu­res, et au finan­ce­ment des voya­ges de pro­pa­gande des mili­tants.

Ce sys­tème pré­sen­tait bien des inconvé­nients face à la sur­veillance poli­cière. En consé­quence, les coti­sa­tions ont cessé d’être réper­to­riées sur le livret puis ces mêmes livrets ont bien­tôt été sup­pri­més.

Camille Camet, jeune tis­seur croix-rous­sien, de retour à Lyon après la tenue du congrès de l’A.I.T. à Genève en sep­tem­bre 1873, pro­posa un pro­gramme poli­ti­que, lors de la tenue d’une réu­nion d’inter­na­tio­na­lis­tes le 18 octo­bre 1873. Ce pro­gramme com­por­tait 6 arti­cles conte­nant sa pro­fes­sion de foi :
- Lyon est décla­rée com­mune libre et auto­nome
- La dis­so­lu­tion de la police est ins­ti­tuée, la sur­veillance est à la vigi­lance de chaque citoyen
- Les codes et la magis­tra­ture sont abolis et cette der­nière rem­pla­cée par un tri­bu­nal popu­laire
- Les impôts indi­rects et directs sont abolis au profit d’une taxe sur la for­tune et la pro­priété
- Les cultes sont abolis
- Également abolie, l’armée per­ma­nente.

De fait, des com­mis­sions étaient pré­vues pour assu­rer la sûreté géné­rale ou les finan­ces. Une com­mis­sion de sub­sis­tance était créée pour appor­ter des secours aux indi­gents, et une autre ins­ti­tuait une milice de citoyen en rem­pla­ce­ment de l’armée.

Mais ce pro­gramme, pour révo­lu­tion­naire qu’il soit, avait ses limi­tes : ainsi, alors que la ques­tion du droit au tra­vail est reven­di­quée, rien n’est dit sur la pos­si­bi­lité d’abolir le sala­riat. De même pour la col­lec­ti­vité de la pro­priété, écartée au profit de l’ins­tau­ra­tion d’une simple taxe sur la for­tune et les biens. Camille Camet fut peu de temps après, arrêté et com­pris dans le procès d’avril 1874 dit du com­plot de Lyon.

Après les procès, les mili­tants les plus avan­cés conti­nuè­rent indi­vi­duel­le­ment et plus secrè­te­ment que jamais d’appar­te­nir à l’A.I.T. Mais aucun groupe n’osa s’en reven­di­quer objec­ti­ve­ment. Un congrès ouvrier, convo­qué à Lyon pour le 28 jan­vier 1878, sous haute sur­veillance poli­cière, fut l’occa­sion pour cer­tains de sortir de la tor­peur dans laquelle bai­gnait le mou­ve­ment inter­na­tio­na­liste. Quelques ora­teurs ouvriers s’éloignèrent par­fois des notions à l’ordre du jour et des ques­tions de cor­po­ra­tions au profit de dis­cours plus poli­ti­que. L’amnis­tie des com­mu­nards est même récla­mée avec fer­veur. Mais l’écho res­tait res­treint. Le congrès pris fin le 10 février sui­vant non sans avoir demandé la tenue d’un autre congrès ouvrier, inter­na­tio­nal celui là. Voulant éviter tout retour légal de l’A.I.T. sur le sol fran­çais, cette auto­ri­sa­tion n’a pas été donnée.

Le 3ème congrès ouvrier eût lieu l’année sui­vante à Marseille. Parmi les réso­lu­tions, figure celle concer­nant un projet de for­ma­tion d’une fédé­ra­tion des tra­vailleurs socia­lis­tes. La France serait divi­sée en 6 régions soit en 6 fédé­ra­tions régio­na­les. Et l’été sui­vant, chaque région orga­nisa un congrès pour cons­ti­tuer la fédé­ra­tion.

A Lyon, le 29 février 1880, au théâ­tre des Variétés, devant une assis­tance de 500 per­son­nes, la fédé­ra­tion du parti ouvrier socia­liste de la région de l’Est était créée. La doc­trine de la nou­velle orga­ni­sa­tion se réfé­rait au col­lec­ti­visme économique, mais était déchi­rée sur le plan poli­ti­que entre les suf­fra­gis­tes et les abs­ten­tion­nis­tes. Ces der­niers ont alors fondé un groupe dit du Drapeau rouge en jan­vier 1881. Les ten­sions entre les deux camps allaient cres­cendo lors­que les abs­ten­tion­nis­tes pri­rent l’ini­tia­tive de dis­sou­dre le parti ouvrier de la région de l’Est ; les suf­fra­gis­tes leur emboî­tè­rent le pas et les exclu­rent du parti. Dès lors, les abs­ten­tion­nis­tes allaient mar­cher seul au combat sous le nom d’anar­chis­tes.

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