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La pub, l’art de la récupération

Publié le 26 mars 2006

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Nous vivons dans une société qui a fait de la promotion du divertissement, non seulement une industrie prospère, mais qui entend aussi nous convaincre qu’il est une forme de culture. Culture de tout ce qui est léger, superficiel, fluo, pétillant, tout ce qui joue sur la dérision, le fun, l’immédiat. L’art, qui a émergé dans ce contexte, c’est l’art dérisoire, jouant avec la provocation, exaltant la folie du moment, la spontanéité, l’exaltation d’un individualisme exacerbé, l’adaptabilité constante,... Au départ, ces « contre-valeurs » furent salvatrices et s’érigeaient, entre autres, en réaction face à une société de consommation aveugle. Mais celles-ci se virent vite intégrées dans l’imagerie publicitaire.

L’art n’est pas là pour nous détour­ner de la vie, mais au contraire, pour nous y rame­ner par le biais de sen­si­bi­lité. Il y a des cris de révolte que nous avons besoin d’enten­dre pour nous sortir de la tor­peur douillette de nos habi­tu­des. C’est exac­te­ment le tra­vail inverse du mou­ve­ment publi­ci­taire qui nous détourne de nous-même pour nous confi­ner dans l’ordre des objets. La publi­cité émerge dans un contexte de mort de l’art, contre une forme esthé­ti­que fermée, sys­té­ma­ti­que et doc­tri­naire, mais a détourné ce qui était émancipateur dans cer­tains mou­ve­ments artis­ti­ques, à des fin com­mer­cia­les.

De l’infor­ma­tion à la pro­pa­gande

Selon le socio­lo­gue Paul Ariès, la pub serait passée par trois stades mar­quant une pro­gres­sion dans l’alié­na­tion.
Elle a d’abord été réclame. La réclame vante la satis­fac­tion des besoins et les méri­tes d’un pro­duit. La légi­ti­mité théo­ri­que est de déli­vrer une infor­ma­tion. À ce titre, la publi­cité doit per­met­tre une évaluation du rap­port qua­lité/prix et devrait abou­tir à la sélec­tion des meilleurs pro­duits. Puis elle est deve­nue condi­tion­ne­ment incons­cient. On a tenté d’uti­li­ser le mes­sage subli­mi­nal pour faire péné­trer dans l’esprit des sug­ges­tions d’achat, sous une forme de répé­ti­tion inces­sante. Nous serions main­te­nant au-delà, à l’ère du « psycho-mar­ke­ting », consis­tant à étudier la manière de repren­dre les aspi­ra­tions inté­rieu­res du sujet pour les détour­ner vers la consom­ma­tion. On exploite la repré­sen­ta­tion d’un manque, on sug­gère cons­tam­ment que nous man­quons de tout : de confort, d’amour, de plé­ni­tude, de paix,...

C’est pour cela que l’on peut dire qu’à notre époque, la publi­cité est deve­nue radi­ca­le­ment idéo­lo­gi­que, au sens défini par Marx : elle offre une image ren­ver­sée d’elle-même. Se pré­sen­tant comme un outil visant le bien-être du consom­ma­teur, par un accrois­se­ment de son infor­ma­tion et donc de sa faculté de choix, elle est en réa­lité sou­vent un ins­tru­ment de réduc­tion du pos­si­ble et d’asser­vis­se­ment.
La publi­cité véhi­cule en effet des valeurs intrin­sè­que­ment liées à une forme d’économie et de projet de société : en culti­vant l’image d’une société d’abon­dance, avec sa pro­fu­sion de nour­ri­ture sur les pré­sen­toirs, son accu­mu­la­tion ludi­que d’objets, ses cad­dies plein à débor­der, la faci­lité d’ache­ter tout, tout de suite,...

Une récu­pé­ra­tion cons­tante...

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La grande force de la publi­cité est d’avoir récu­péré et détourné la force sub­ver­sive et émancipatrice de cer­tains mou­ve­ments contes­ta­tai­res. On peut tout recy­cler dans la pub. On nous vend même les « pro­duits de la révo­lu­tion ». Les nou­vel­les les­si­ves sont tou­jours révo­lu­tion­nai­res, les nou­veaux vête­ments trans­gres­sent en per­ma­nence les vieilles mora­les. Rien n’est plus com­mer­cial que les slo­gans de 68 et que les tira­des anar­chis­tes.
La recette est sim­plis­sime : vous prenez une idée pro­fonde et juste et vous la trans­for­mez en inci­ta­tion don­nant un sens gran­diose à un acte de consom­ma­tion stu­pide : « La liberté, un idée qui est dans l’air »... « Changeons le monde »... Mettez ce que vous voulez à la place des poin­tillés : un déo­do­rant, une marque de pré­ser­va­tif, un outil infor­ma­ti­que, un paquet de nouilles,...
Depuis que la réclame existe, les publi­ci­tai­res pui­sent dans la pro­pa­gande mili­tante ou la culture under­ground. Les concep­teurs en mal d’ima­gi­na­tion récu­pè­rent les der­niè­res ten­dan­ces de l’art de rue ou les slo­gans sociaux dans l’air du temps pour vendre. L’objec­tif est double : pren­dre place dans le débat public en s’auto­pro­cla­mant défen­seur des consom­ma­teurs et nous faire croire que les entre­pri­ses se bat­tent pour nos droits et non pour leurs pro­fits.

...pour mieux détour­ner les valeurs vers le profit.

À ses tout débuts donc, la publi­cité n’était encore qu’une réclame. Elle par­tait des besoins exis­tants et mon­tait un argu­men­taire de per­sua­sion en fai­sant valoir une offre pour une demande. Maintenant, la pub ratisse large, se dra­pant des habits nobles de l’art et des idées, récu­pé­rant toutes les cri­ti­ques allant à son encontre, elle nous inculque cer­tai­nes valeurs, à l’insu des des­ti­na­tai­res.
Parmi celles-ci on pour­rait mettre en avant la pro­pen­sion au mimé­tisme col­lec­tif (la pub sous-entend cons­tam­ment que les gens nor­maux font « comme ceci »), le culte du pro­duit : on a la solu­tion à tous vos pro­blè­mes. C’est le pro­duit qui apporte tout, et sans lui, vous n’aurez rien. Et sur­tout pas par vous-même).
Nous pou­vons poin­ter également l’apo­lo­gie de la tech­ni­que et d’une cer­taine concep­tion de la science : la pub fonc­tionne en fai­sant admet­tre cons­tam­ment que tout peut se résou­dre par une simple solu­tion tech­ni­que. L’éloge fré­né­ti­que du pro­grès en découle : tout chan­ge­ment est vu comme un pro­grès, il faut chan­ger pour chan­ger.
Il faut être « inno­vant », « ten­dance », être « gla­mour » et tou­jours à la recher­che d’un « mieux », « aller plus loin », « être à la pointe ». Ce qui se tra­duit par un « avoir tou­jours plus », le quan­ti­ta­tif pre­nant la place du qua­li­ta­tif.
En outre, cer­tai­nes « vertus » sont sys­té­ma­ti­que­ment dis­cré­di­tées. Le sérieux ne tient pas la route face à la déri­sion sys­té­ma­ti­que : on est cool, on est là pour s’amuser. Il est inter­dit de ne pas céder à ses désirs. Résister à la mode ? Accorder de l’impor­tance à la vie inté­rieure ? Esprit rétro­grade. Il faut s’éclater et se faire voir dans un uni­forme reconnais­sa­ble de tous.

« Arrêtez de nous pren­dre pour des cons ! »

On pour­rait conti­nuer long­temps la liste des cli­chés per­sis­tants dans les pubs, mais peut être ris­que­rait-on de vite réduire les êtres humains à des mou­tons consom­ma­teurs, dénués d’esprit cri­ti­que. On court le risque de pro­duire une vaine pro­tes­ta­tion, ce qui n’est pas sans rendre ser­vice à la publi­cité elle-même : elle vit aussi de ce débat qui a lieu autour d’elle et qui lui donne consis­tance et légi­ti­mité. On ne peut plus tran­si­ger en essayant d’ini­tier le consom­ma­teur à une « lec­ture cri­ti­que » de la publi­cité. Cet appren­tis­sage est utile mais il ne répond pas, semble-t-il, au fond du pro­blème.
En témoi­gne le cri lancé par des per­son­nes se sen­tant visées par les mes­sa­ges anti-pubs : « arrê­tez de nous pren­dre pour des cons ! »
Cependant, quel­ques exem­ples suf­fi­sent à mettre à mal cette concep­tion de la liberté indi­vi­duelle : l’indi­vidu ration­nel, cons­cient de l’ori­gine et de l’impact de ses choix.
Quel est le moyen pre­mier d’inté­gra­tion des jeunes immi­grés ? L’uti­li­sa­tion de l’uni­forme ves­ti­men­taire, l’usage des mar­ques reconnues par le milieu. Par contre, pour sortir en boîte de nuit, il faut être bien habillé, porter d’autres mar­ques. L’uni­forme se paye très cher. C’est ce qui jus­ti­fie sou­vent le racket à l’école et une grande part de la vio­lence sociale, direc­te­ment liée au dres­sage publi­ci­taire.
L’enfant est condi­tionné très vite. Il sait par cœur toutes les publi­ci­tés, mieux que les tables de mul­ti­pli­ca­tion. C’est lui qui fait un caprice pour faire ache­ter les céréa­les du clip rigolo vu deux cent fois. La pub elle est deve­nue l’unique culture de la jeu­nesse, le point de ral­lie­ment, de conver­gence, le lan­gage commun des géné­ra­tions nou­vel­les. Elle encou­rage l’incons­cience, l’irres­pon­sa­bi­lité, des condui­tes de consom­ma­tion fré­né­ti­que.

Le matra­quage publi­ci­taire inculque mas­si­ve­ment, du matin au soir, un ensem­ble d’illu­sions dans la cons­cience col­lec­tive.
De ce point de vue, Platon n’avait donc pas tout à fait tort de se méfier des artis­tes quand il les condam­nait pour leur illu­sion­nisme. La cri­ti­que por­te­rait à plein contre « l’art com­mer­cial » qui est le nôtre aujourd’hui. Ce type d’art ne vise que le plai­sir de flat­ter, de plaire pour dis­traire au moyen d’illu­sions. Ce n’est plus seu­le­ment du men­songe, c’est une volonté de détour­ner du réel, de diver­tir dans un monde d’illu­sion consu­mé­riste, qui tend à asser­vir toutes les dimen­sions de l’exis­tence, y com­pris la contes­ta­tion. Zur

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Dans les prochains jours :

Infos locales

6 septembre

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    Présentation / discussion autour du prochain camp No Border

    Le pro­chain camp No Border ce sera à Bruxelles à partir du 25 sep­tem­bre. Présentation, pro­jec­tion et dis­cus­sion le 8 sept. à 19 h à La Gryffe dans le cadre d’une tour­née d’infos faite par des mili­tan­tEs bruxel­loi­sEs.


5 septembre


3 septembre

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    Vendredi 1er octo­bre à 19h au « Z » - RN 86 à Soyons 07 (proche valence) - Entrée 5 euros.

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    En se posant en ges­tion­nai­res de l’État et du capi­ta­lisme, les cou­rants poli­ti­ques de gauche qui font mine de s’émouvoir de la poli­ti­que actuelle, ont depuis des années apporté leur pierre à l’édifice d’une répu­bli­que raciste et xéno­phobe.


31 août


26 août

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