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Le militantisme, stade suprême de l’aliénation

Publié le 30 septembre 2009

Maj le 27 septembre 2009

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Ce texte de 1972 a connu de nombreuses rééditions. C’est sans doute le texte de critique du militantisme gauchiste (même s’il s’attaque à tous) le plus célèbre. La version qui circule sur Internet, recopiée de site en site, est malheureusement entachée de menues erreurs et, plus gravement, de lacunes. J’ai pris pour modèle un exemplaire de la version originale (merci à Frédéric du Centre international de recherches sur l’anarchisme de Lausanne pour son aide rapide et efficace). Sa lecture ne se conçoit pas sans celle de la suite, brochure publiée deux ans plus tard, qui en explique la genèse.

Le titre pastiche celui de Lénine - « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme » (1917), ce qui explique la présence d’un portrait du grand homme, au pochoir, en haut à gauche de la première de couverture, emprunté aux brochures édité en français par le régime de Pékin.

Matériellement, la brochure est de 24 pages, au format 21 x 14,7 cms. Outre le portrait de Lénine, elle comporte de nombreuses illustrations : un dessin de Barbe représentant une jeune religieuse aux yeux fermés (p. 4) ; un portrait en pied de Mao assorti de cette légende : « Cette peinture représente le jeune Mao sur la route de Anyuan. Une de ses innombrables reproductions s’égara au Vatican et fut accroché pour un temps dans une salle d’attente pontificale par un ecclésiastique de bonne foi qui l’avait prise pour une gravure missionnaire » (Simon Leys Les Habits neufs du président Mao) (p. 5) ; un placard publicitaire pour le livre Militer d’Eugène Descamps (CFDT) auquel une bulle fait dire : « ...et un peu d’autogestion pour faire bander nos jeunes militants. » (p. 9) ; Un dessin de Pichard représentant des monstres capturant deux belles jeunes femmes dénudées. « RÉCUPÉRATION : des militants effectuent leur sale besogne ! », dit la légende (p. 10) ; un autre dessin de Pichard détourné, deux jeunes sirènes enchaînées prononcent des phrases empruntées à Raoul Vaneigem : « Ceux qui parlent de révolution sans se référer explicitement à la vie quotidienne [...] ceux-là ont dans la bouche un cadavre » (p. 12) ; une rencontre au sommet entre Trotski et Mao (dessin détourné de Hugo Pratt ?), le premier disant « Quel con ce Krivine ! », tandis que le second répond : « Je ne vous le fais pas dire » (p. 15) ; dessin de Pichard représentant un vieillard barbu. La légende : « Karl Marx nous déclare : ». La bulle : « Quand je pense qu’ils cherchent à mêler mon nom à toutes leurs salades, ça me donne envie de dégueuler » (p. 19) ; publicité chinoise pour des savonnettes, cf. infra (p. 21) ; un dessin de Pichard représentant un soldat goguenard portant une fleur dessinée sur son casque : « Un militant devant moi[,] qu’est-ce que je fais ? » (p. 23).

Le militantisme, stade suprême de l’aliénation

Le révo­lu­tion­naire est au mili­tant ce que le loup est à l’agneau
Organisation des Jeunes Travailleurs Révolutionnaires

À la suite du mou­ve­ment des occu­pa­tions de mai [19]68 on a vu se déve­lop­per à la gauche du Parti Communiste et de la CGT un ensem­ble de peti­tes orga­ni­sa­tions qui se récla­ment du trots­kisme, du maoïsme et de l’anar­chisme. Malgré le faible pour­cen­tage de tra­vailleurs qui ont rejoint leurs rangs, elles pré­ten­dent dis­pu­ter aux orga­ni­sa­tions tra­di­tion­nel­les le contrôle de la classe ouvrière dont elles se pro­cla­ment l’avant-garde.

Le ridi­cule de leurs pré­ten­tions peut faire rire, mais en rire ne suffit pas. Il faut aller plus loin, com­pren­dre pour­quoi le monde moderne pro­duit ces bureau­cra­ties extré­mis­tes, et déchi­rer le voile de leurs idéo­lo­gies pour décou­vrir leur rôle his­to­ri­que véri­ta­ble. Les révo­lu­tion­nai­res doi­vent se démar­quer le plus pos­si­ble des orga­ni­sa­tions gau­chis­tes et mon­trer que loin de mena­cer l’ordre du vieux monde l’action de ces grou­pes ne peut entraî­ner au mieux que son recondi­tion­ne­ment. Commencer à les cri­ti­quer, c’est pré­pa­rer le ter­rain au mou­ve­ment révo­lu­tion­naire qui devra les liqui­der sous peine d’être liquidé par eux.

La pre­mière ten­ta­tion qui vient à l’esprit est de s’atta­quer à leurs idéo­lo­gies, d’en mon­trer l’archaïsme ou l’exo­tisme (de Lénine à Mao) et de mettre en lumière le mépris des masses qui se cache sous leur déma­go­gie. Mais cela devien­drait vite fas­ti­dieux si l’on consi­dère qu’il existe une mul­ti­tude d’orga­ni­sa­tions et de ten­dan­ces et qu’elles tien­nent toutes à bien affir­mer leur petite ori­gi­na­lité idéo­lo­gi­que. D’autre part cela revient à se placer sur leur ter­rain. Plus qu’à leurs idées il convient de s’en pren­dre à l’acti­vité qu’ils déploient au « ser­vice de leurs idées » : le MILITANTISME.

Si nous nous en pre­nons glo­ba­le­ment au mili­tan­tisme ce n’est pas parce que nous nions les dif­fé­ren­ces qui exis­tent entre l’acti­vité des diver­ses orga­ni­sa­tions. Mais nous pen­sons que malgré et même jus­te­ment à cause de leur impor­tante ces dif­fé­ren­ces ne peu­vent bien s’expli­quer que si on prend le mili­tan­tisme à la racine. Les diver­ses façons de mili­ter ne sont que des répon­ses diver­gen­tes à une même contra­dic­tion fon­da­men­tale dont aucune ne détient la solu­tion.

En pre­nant parti de fonder notre cri­ti­que sur l’acti­vité du mili­tant nous ne sous-esti­mons pas l’impor­tance du rôle des idées dans le mili­tan­tisme. Simplement à partir du moment où ces idées sont mises en avant sans êtres reliées à l’acti­vité il importe de savoir ce qu’elles cachent. Nous mon­tre­rons le hiatus qu’il y a entre les deux, nous relie­rons les idées à l’acti­vité et dévoi­le­rons l’impact de l’acti­vité sur les idées : cher­cher der­rière le men­songe la réa­lité du men­teur pour com­pren­dre la réa­lité du men­songe.

Si la cri­ti­que et la condam­na­tion du mili­tan­tisme est une tâche indis­pen­sa­ble pour la théo­rie révo­lu­tion­naire, elle ne peut être faite que du « point de vue » de la révo­lu­tion. Les idéo­lo­gues bour­geois peu­vent trai­ter les mili­tants de voyous dan­ge­reux, d’idéa­lis­tes mani­pu­lés, leur conseiller d’occu­per leur temps à tra­vailler ou à le passer au Club Méditerranée ; ils ne peu­vent pas s’atta­quer au mili­tan­tisme en pro­fon­deur car cela revient à mettre en lumière la misère de toutes acti­vi­tés que permet la société moderne. Nous ne cachons pas notre parti pris, notre cri­ti­que ne sera pas « objec­tive et vala­ble de tous les points de vue ».

Cette cri­ti­que du mili­tan­tisme est insé­pa­ra­ble de la cons­truc­tion des orga­ni­sa­tions révo­lu­tion­nai­res, non seu­le­ment parce que les orga­ni­sa­tions de mili­tants devront être com­bat­tues sans relâ­che, mais aussi parce que la lutte contre la ten­dance au mili­tan­tisme devra être menée au sein même des orga­ni­sa­tions, révo­lu­tion­nai­res. Cela sans doute parce que ces orga­ni­sa­tions, tout au moins au départ, ris­quent d’être com­po­sées pour une part non négli­gea­ble d’anciens mili­tants « repen­tis », mais aussi parce que le mili­tan­tisme se base sur l’alié­na­tion de chacun d’entre nous. L’alié­na­tion ne s’élimine pas d’un coup de baguette magi­que et le mili­tan­tisme est le piège par­ti­cu­lier que le vieux monde tend aux révo­lu­tion­nai­res.

Ce que nous disons des mili­tants est dur et sans appel. Nous ne sommes prêts effec­ti­ve­ment à aucun com­pro­mis avec eux, ce ne sont pas des révo­lu­tion­nai­res qui se trom­pent ou des semi révo­lu­tion­nai­res, mais des gens qui res­tent en deçà de la révo­lu­tion. Mais cela ne veut nul­le­ment dire que 1° nous nous met­tons en dehors de cette cri­ti­que, si nous tenons à être clairs et nets, c’est d’abord à l’égard de nous-mêmes, et que 2° nous condam­nons le mili­tant en tant qu’indi­vidu et fai­sons de cette condam­na­tion une affaire morale. Il ne s’agit pas de retom­ber dans la sépa­ra­tion des bons et des méchants. Nous ne sous esti­mons pas la ten­ta­tion du : « plus je gueule contre les mili­tants, plus je prouve que je n’en suis pas et plus je me mets à l’abri de la cri­ti­que ! »

LE MASOCHISME

Faisons l’effort de sur­mon­ter l’ennui que secrète natu­rel­le­ment les mili­tants. Ne nous conten­tons pas de déchif­frer la phra­séo­lo­gie de leurs tracts et de leurs dis­cours. Interrogeons-les sur les rai­sons qui les ont pous­sés, eux, per­son­nel­le­ment, à mili­ter. Il y n’a pas de ques­tion qui puisse embar­ras­ser plus un mili­tant. Au pire ils vont partir dans des bara­tins inter­mi­na­bles sur l’hor­reur du capi­ta­lisme, la misère des enfants du tiers monde, les bombes à frag­men­ta­tion, la hausse des prix, la répres­sion... Au mieux ils vont expli­quer que ayant pris cons­cience - ils tien­nent beau­coup à cette fameuse « prise de cons­cience » - de la véri­ta­ble nature du capi­ta­lisme ils ont décidé de lutter pour un monde meilleur, pour le socia­lisme (le vrai pas l’autre). Enthousiasmés par ces pers­pec­ti­ves exal­tan­tes ils n’ont pu résis­ter au désir de se jeter sur la mani­velle de la ronéo la plus proche. Essayons d’appro­fon­dir la ques­tion et por­tons nos regards non plus sur ce qu’ils disent mais sur ce qu’ils vivent.

Il y a une énorme contra­dic­tion entre ce qu’ils pré­ten­dent dési­rer et la misère et l’inef­fi­ca­cité de ce qu’ils font. L’effort auquel ils s’astrei­gnent et la dose d’ennui qu’ils sont capa­bles de sup­por­ter ne peu­vent lais­ser aucun doute : ces gens là sont d’abord des maso­chis­tes. Non seu­le­ment au vu de leur acti­vité on ne peut croire qu’ils puis­sent dési­rer sin­cè­re­ment une vie meilleure, mais encore leur maso­chisme ne mani­feste aucune ori­gi­na­lité. Si cer­tains per­vers met­tent en œuvre une ima­gi­na­tion qui ignore la pau­vreté des règles du vieux monde, ce n’est pas le cas des mili­tants ! Ils accep­tent au sein de leur orga­ni­sa­tion la hié­rar­chie et les petits chefs dont ils pré­ten­dent vou­loir débar­ras­ser la société, et l’énergie qu’ils dépen­sent se moule spon­ta­né­ment dans la forme du tra­vail. Car le mili­tant fait partie de cette sorte de gens à qui 8 ou 9 heures d’abru­tis­se­ment quo­ti­dien ne suf­fi­sent pas.

Lorsque les mili­tants ten­tent de se jus­ti­fier ils n’arri­vent qu’à étaler leur manque d’ima­gi­na­tion. Ils ne peu­vent conce­voir autre chose, une autre forme d’acti­vité que ce qui existe actuel­le­ment. Pour eux, la divi­sion entre le sérieux et l’amu­sant, les moyens et les buts n’est pas liée a une époque déter­mi­née. Ces caté­go­ries sont éternelles et indé­pas­sa­bles : on ne pourra être heu­reux plus tard que si on se sacri­fie main­te­nant. Le sacri­fice sans récom­pense de mil­lions de mili­tants ouvriers, des géné­ra­tions de l’époque sta­li­nienne ne fait rien bouger dans leurs peti­tes têtes. Ils ne voient pas que les moyens déter­mi­nent les fins et qu’en accep­tant de se sacri­fier aujourd’hui ils pré­pa­rent les sacri­fi­ces de demain.

On ne peut qu’être frappé par les innom­bra­bles res­sem­blan­ces qui rap­pro­chent mili­tan­tisme et acti­vité reli­gieuse. On retrouve les mêmes atti­tu­des psy­cho­lo­gi­ques : esprit de sacri­fice, mais aussi intran­si­geance, volonté de conver­tir, esprit de sou­mis­sion. Ces res­sem­blan­ces s’étendent au domaine des rites et des céré­mo­nies : prê­ches sur le chô­mage, pro­ces­sions pour le Vietnam, réfé­ren­ces aux textes sacrés du marxisme-léni­nisme, culte des emblè­mes (dra­peaux rouges). Les églises poli­ti­ques n’ont-elles pas aussi leurs pro­phè­tes, leurs grands prê­tres, leurs conver­tis, leurs héré­sies, leurs schis­mes, leurs pra­ti­quants-mili­tants et leurs non-pra­ti­quants-sym­pa­thi­sants ! Mais le mili­tan­tisme révo­lu­tion­naire n’est qu’une paro­die de la reli­gion. La richesse, la démence, la déme­sure des pro­jets reli­gieux lui échappent ; il aspire au sérieux, il veut être rai­son­na­ble, il croit pou­voir gagner en échange un para­dis ici-bas. Cela ne lui est même pas donné. Jésus Christ res­sus­cite et monte au ciel[,] Lénine pour­rit sur la Place Rouge.

Si le mili­tant peut être assi­milé au croyant en ce qui concerne la can­deur de ses illu­sions il convient de le consi­dé­rer tout autre­ment en ce qui concerne son atti­tude réelle. Le sacri­fice de la car­mé­lite qui s’empri­sonne pour prier pour le salut des âmes a des réper­cus­sions très limi­tées sur la réa­lité sociale. Il en va tout autre­ment pour le mili­tant. Son sacri­fice risque d’avoir des consé­quen­ces fâcheu­ses pour l’ensem­ble de la société.

LE DESIR DE LA PROMOTION

Le mili­tant parle beau­coup des masses. Son action est cen­trée sur elles. Ils s’agit de les convain­cre, de leur faire « pren­dre cons­cience ». Et pour­tant le mili­tant est séparé des masses et de leurs pos­si­bi­li­tés de révolte. Et cela parce qu’il est SEPARÉ DE SES PROPRES DESIRS.

Le mili­tant res­sent l’absur­dité de l’exis­tence que l’on nous impose. En « déci­dant » de mili­ter, il tente d’appor­ter une solu­tion à l’écart qui existe entre ses désirs et ce qu’il a réel­le­ment la pos­si­bi­lité de vivre. C’est une réac­tion contre sa pro­lé­ta­ri­sa­tion [1] contre la misère de sa vie. Mais il s’engage dans une voie sans issue.

Bien qu’insa­tis­fait, le mili­tant reste inca­pa­ble de reconnaî­tre et d’affron­ter ses désirs. IL EN A HONTE. Cela l’entraîne à rem­pla­cer la pro­mo­tion de ses désirs par le désir de sa pro­mo­tion. Mais les sen­ti­ments de culpa­bi­lité qu’il entre­tient sont tels qu’il ne peut envi­sa­ger une pro­mo­tion hié­rar­chi­que dans le cadre du sys­tème, ou plutôt il est prêt à lutter pour une bonne place si il gagne en même temps la garan­tie que ce n’est pas pour son propre compte. Son mili­tan­tisme lui permet de s’élever, de se mettre sur un pié­des­tal, sans que cette pro­mo­tion appa­raisse aux autres et à lui-même pour ce qu’elle est. (Après tout, le pape n’est lui aussi que le ser­vi­teur des ser­vi­teurs de Dieu !)

Se mettre au ser­vice de ses désirs ne revient nul­le­ment à se réfu­gier dans sa coquille et n’a rien à voir avec l’indi­vi­dua­lisme petit bour­geois. Tout au contraire cela ne peut passer que par la des­truc­tion de la cara­pace d’égoïsme dans laquelle nous enferme la société bour­geoise et le déve­lop­pe­ment d’une véri­ta­ble soli­da­rité de classe. Le mili­tant qui pré­tend se mettre au ser­vice du pro­lé­ta­riat (« Les ouvriers sont nos maî­tres » Geismar [2]) ne fait que se mettre au ser­vice de l’idée qu’il a des inté­rêts du pro­lé­ta­riat. Ainsi par un para­doxe qui n’est qu’appa­rent, en se met­tant véri­ta­ble­ment au ser­vice de soi-même on en revient à aider véri­ta­ble­ment les autres et cela sur une base de classe, et en se met­tent au ser­vice des autres on en vient à pro­té­ger une posi­tion hié­rar­chi­que per­son­nelle.

Militer, ce n’est pas s’accro­cher à la trans­for­ma­tion de sa vie quo­ti­dienne, ce n’est pas se révol­ter direc­te­ment contre ce qui opprime, c’est au contraire fuir ce ter­rain. Or ce ter­rain est le seul qui soit révo­lu­tion­naire pourvu que l’on sache que notre vie de tous les jours est colo­ni­sée par le capi­tal et régie par les lois de la pro­duc­tion mar­chande. En se poli­ti­sant, le mili­tant est à la recher­che d’un rôle qui le mette au-dessus des masses. Que ce « au-dessus » prenne des allu­res « d’avant-gar­disme » ou d’« éducationnisme » ne change rien à l’affaire. Il n’est déjà plus le pro­lé­taire qui n’a rien d’autre à perdre que ses illu­sions ; il a un rôle à défen­dre. En période de révo­lu­tion, quand tous les rôles cra­quent sous la pous­sée du désir de vivre sans entrave, le rôle de « révo­lu­tion­naire cons­cient » est celui qui survit le mieux.

En mili­tant, il donne du poids à son exis­tence, sa vie retrouve un sens. Mais ce sens, il ne le trouve pas en lui-même dans la réa­lité de sa sub­jec­ti­vité, mais dans la sou­mis­sion à des néces­si­tés exté­rieu­res. De même que dans le tra­vail il est soumis à un but et à des règles qui lui échappent, il obéit en mili­tant aux « néces­si­tés de l’his­toire ».

Évidemment, on ne peut pas mettre tous les mili­tants sur le même plan. Tous ne sont pas atteints aussi gra­ve­ment. On trouve parmi eux quel­ques naïfs qui, ne sachant com­ment uti­li­ser leurs loi­sirs, pous­sés par la soli­tude et trom­pés par la phra­séo­lo­gie révo­lu­tion­naire se sont égarés ; ils sai­si­ront le pre­mier pré­texte venu pour s’en aller. L’achat de la télé­vi­sion, la ren­contre de l’âme sœur, la néces­sité de faire des heures sup­plé­men­tai­res pour payer la voi­ture déci­ment les rangs de l’armée des mili­tants !

Les rai­sons qui pous­sent à mili­ter ne datent pas d’aujourd’hui. En gros elles sont les mêmes pour les mili­tants syn­di­ca­lis­tes, catho­li­ques et révo­lu­tion­nai­res. La réap­pa­ri­tion d’un mili­tan­tisme révo­lu­tion­naire de masse est liée à la crise actuelle des socié­tés mar­chan­des et au retour de la vieille taupe révo­lu­tion­naire. La pos­si­bi­lité d’une révo­lu­tion sociale appa­raît suf­fi­sam­ment sérieuse pour que les mili­tants misent sur elle. Le tout est ren­forcé par l’écroulement des reli­gions.

Le capi­ta­lisme n’a plus besoin des sys­tè­mes de com­pen­sa­tion reli­gieux. Parvenu à matu­rité, il n’a pas à offrir un sup­plé­ment de bon­heur dans l’au-delà mais tout le bon­heur ici-bas, dans la consom­ma­tion de ses mar­chan­di­ses maté­riel­les, cultu­rel­les et spi­ri­tuel­les (l’angoisse méta­phy­si­que fait vendre !). Dépassés par l’his­toire, les reli­gions et leurs fidè­les n’ont plus qu’à passer à l’action sociale ou au... maoïsme.

Le mili­tan­tisme gau­chiste touche essen­tiel­le­ment des caté­go­ries socia­les en voie de pro­lé­ta­ri­sa­tion accé­lé­rée (lycéens, étudiants, ensei­gnants, per­son­nels socio-éducatifs....) qui n’ont pas la pos­si­bi­lité de lutter concrè­te­ment pour des avan­ta­ges à court terme et pour les­quels deve­nir véri­ta­ble­ment révo­lu­tion­naire sup­pose une remise en ques­tion per­son­nelle très pro­fonde. L’ouvrier est beau­coup moins com­plice de son rôle social que l’étudiant ou l’éducateur. Militer est pour ces der­niers une solu­tion de com­pro­mis qui leur permet d’épauler leur rôle social vacillant. Ils retrou­vent dans le mili­tan­tisme une impor­tance per­son­nelle que la dégra­da­tion de leur posi­tion sociale leur refu­sait. Se dire révo­lu­tion­naire, s’occu­per de la trans­for­ma­tion de l’ensem­ble de la société, permet de faire l’économie de la trans­for­ma­tion de sa propre condi­tion et de ses illu­sions per­son­nel­les.

Dans la classe ouvrière le syn­di­ca­lisme a le quasi-mono­pole du mili­tan­tisme, il assure au mili­tant des satis­fac­tions immé­dia­tes et une posi­tion dont l’avan­tage peut se mesu­rer concrè­te­ment. L’ouvrier tenté par le mili­tan­tisme se tour­nera très pro­ba­ble­ment vers le syn­di­ca­lisme. Même les comi­tés de lutte anti­syn­di­caux ont ten­dance à deve­nir un syn­di­ca­lisme nou­velle manière. L’acti­vité poli­ti­que n’est pour les mili­tants ouvriers que le pro­lon­ge­ment de l’action syn­di­cale. Le mili­tan­tisme tente peu les ouvriers et notam­ment les jeunes ouvriers parce que ce sont les pro­lé­tai­res les plus luci­des en ce qui concerne la misère de leur tra­vail en par­ti­cu­lier et de leur vie en géné­ral. Déjà peu tentés, dans leur ensem­ble, par le syn­di­ca­lisme, ils le sont encore moins par un gau­chisme aux avan­ta­ges fumeux.

Ceci dit, quand dans la tour­mente révo­lu­tion­naire le règne des mar­chan­di­ses et de la consom­ma­tion s’écoulera, le syn­di­ca­lisme dont le sérieux se basait sur la reven­di­ca­tion sera prêt pour sur­vi­vre à passer au mili­tan­tisme révo­lu­tion­naire. Il repren­dra les mots d’ordre les plus extré­mis­tes et sera alors beau­coup plus dan­ge­reux que les grou­pes gau­chis­tes. Déjà ne voit-on pas, à la suite de mai 68, la CFDT mêler le mot d’auto­ges­tion à son cha­ra­bia néo-bureau­cra­ti­que !

LE TRAVAIL POLITIQUE

Le temps « libre » que lui lais­sent ses obli­ga­tions pro­fes­sion­nel­les ou sco­lai­res, le mili­tant va le consa­crer à ce qu’il appelle lui-même le « tra­vail poli­ti­que ». Il faut tirer et dis­tri­buer des tracts, fabri­quer et coller des affi­ches, faire des réu­nions, pren­dre des contacts, pré­pa­rer des mee­tings... Mais ce n’est pas telle ou telle action consi­dé­rée iso­le­ment qui suffit à carac­té­ri­ser le tra­vail mili­tant. Le simple fait de com­po­ser un tract dans le but de le tirer et de le dis­tri­buer ne peut être consi­déré en soi comme un acte mili­tant. Si il est mili­tant c’est parce qu’il s’insère dans une acti­vité qui a une logi­que par­ti­cu­lière.

C’est parce que l’acti­vité du mili­tant n’est pas le pro­lon­ge­ment de ses désirs, c’est parce qu’elle obéit à une logi­que qui lui est exté­rieure, qu’elle se rap­pro­che du tra­vail. De même que le tra­vailleur ne tra­vaille pas pour lui, le mili­tant ne milite pas pour lui. Le résul­tat de son action ne peut donc pas être mesuré au plai­sir qu’il en retire. Il va donc l’être sui­vant le nombre d’heures dépen­sées, le nombre de tracts dis­tri­bués. La répé­ti­tion, la rou­tine domi­nent l’acti­vité du mili­tant. La sépa­ra­tion entre exé­cu­tion et déci­sion ren­force le côté fonc­tion­naire du mili­tant.

Mais si le mili­tan­tisme se rap­pro­che du tra­vail il ne peut pas lui être assi­milé. Le tra­vail est l’acti­vité sur laquelle se fonde le monde domi­nant, il pro­duit et repro­duit le capi­tal et les rap­ports de pro­duc­tion capi­ta­lis­tes ; le mili­tan­tisme lui n’est qu’une acti­vité mineure. Si le résul­tat du tra­vail et son effi­ca­cité, par défi­ni­tion, ne se mesu­rent pas à la satis­fac­tion du tra­vailleur ils ont l’avan­tage d’être mesu­ra­bles économiquement. La pro­duc­tion mar­chande, par le biais de la mon­naie et du profit crée ses étalons et ses ins­tru­ments de mesure. Elle a sa logi­que et sa ratio­na­lité qu’elle impose au pro­duc­teur et au consom­ma­teur. Au contraire, l’effi­ca­cité du mili­tan­tisme, « l’avan­cée de la révo­lu­tion », n’ont pas encore trouvé leurs ins­tru­ments de mesure. Leur contrôle échappe aux mili­tants et à leurs diri­geants. Dans l’hypo­thèse, évidemment, où ces der­niers se sou­cient encore de la révo­lu­tion ! On en est donc réduit à comp­ta­bi­li­ser le maté­riel pro­duit et dis­tri­bué, le recru­te­ment, les actions menées ; ce qui évidemment ne mesure jamais ce que l’on pré­tend mesu­rer. Tout natu­rel­le­ment on en vient à consi­dé­rer que ce qui est mesu­ra­ble est une fin en soi. Imaginez le capi­ta­liste qui ne trou­vant pas de moyen d’évaluer la valeur de sa pro­duc­tion déci­de­rait de se rabat­tre sur la mesure des quan­ti­tés d’huile consom­mées par des machi­nes. Très vite, sous la pres­sion de contre­maî­tres cons­cien­cieux [3], les ouvriers vide­raient de l’huile dans le cani­veau pour faire pro­gres­ser... la pro­duc­tion. Incapable de pour­sui­vre le but pro­clamé, le mili­tan­tisme ne fait que singer [4] le tra­vail.

S’appli­quant cons­cien­cieu­se­ment à imiter le tra­vail, les mili­tants sont fort mal placés pour com­pren­dre les pers­pec­ti­ves ouver­tes d’un côté par le mépris de plus en plus répandu à l’égard de toutes les contrain­tes et de l’autre par les pro­grès du savoir et de la tech­ni­que. Les plus intel­li­gents d’entre eux se ran­gent aux côtés des idéo­lo­gues de la bour­geoi­sie moder­niste, pour deman­der que l’on réduise les horai­res ou que l’on huma­nise la répu­gnante acti­vité. Que ce soit au nom du capi­tal ou de la révo­lu­tion, tous ces gens-là se mon­trent inca­pa­bles de voir au-delà de la sépa­ra­tion entre temps de tra­vail et temps de loi­sirs, entre acti­vité consa­crée à la pro­duc­tion et acti­vité consa­crée à la consom­ma­tion.

Si nous sommes obli­gés de tra­vailler, la cause n’est pas natu­relle, elle est sociale. Travail et société de classe vont de pair. Le maître veut voir l’esclave pro­duire parce que seul ce qui est pro­duit est appro­pria­ble. La joie, le plai­sir que l’on trouve dans une acti­vité quel­conque, cela ne peut être capi­ta­lisé, accu­mulé, tra­duit en argent par le capi­ta­liste, alors il s’en fout. Lorsque nous tra­vaillons nous sommes entiè­re­ment soumis à une auto­rité, à une loi exté­rieure, notre seule raison d’être c’est ce que nous pro­dui­sons. Toute usine est un racket, où l’on pompe notre sueur et notre vie pour les trans­for­mer en mar­chan­di­ses.

Le temps passé à tra­vailler est un temps où nous devons non pas satis­faire direc­te­ment nos désirs mais sacri­fier en atten­dant cette répa­ra­tion ulté­rieure qu’est le salaire. C’est exac­te­ment le contraire du jeu, où le dérou­le­ment et le rythme de ce qu’on fait a pour maître le plai­sir que l’on y prend. Le pro­lé­ta­riat en s’émancipant abo­lira le tra­vail. La pro­duc­tion des den­rées néces­sai­res à notre survie bio­lo­gi­que ne sera plus alors que le pré­texte à la libé­ra­tion de nos pas­sions.

LA REUNIONITE

Une carac­té­ris­ti­que signi­fi­ca­tive du mili­tan­tisme est le temps passée en réu­nions. Laissons de côté les débats consa­crés à la grande stra­té­gie : où en sont nos cama­ra­des de Bolivie, à quand la pro­chaine crise économique mon­diale, la cons­truc­tion du parti révo­lu­tion­naire avance-t-elle [5]... Contentons nous de nous pen­cher sur les réu­nions concer­nant le « tra­vail quo­ti­dien ». C’est peut-être là que s’étale le mieux la misère du mili­tan­tisme. À part quel­ques cas déses­pé­rés, les mili­tants eux-mêmes se plai­gnent du nombre de ces « réu­nions qui n’avan­cent pas ». Même si les mili­tants aiment se réchauf­fer entre eux ils ne peu­vent pas ne pas souf­frir de la contra­dic­tion évidente entre d’une part leur volonté d’agir et d’autre part le temps perdu en de vaines dis­cus­sions, en des débats sans issue. Ils sont condam­nés à rester dans une impasse car ils s’en pren­nent à la « réu­nio­nite » sans voir que c’est tout le mili­tan­tisme qui est en cause. La seule façon d’éliminer la réu­nio­nite revient à fuir dans un acti­visme de moins en moins en prise sur la réa­lité.

QUE FAIRE ? COMMENT S’ORGANISER ? Voilà les ques­tions qui sous-ten­dent et pro­vo­quent les réu­nions. Or ces ques­tions ne peu­vent jamais, être réglées, leur solu­tion n’avance jamais, parce que lors­que les mili­tants se les posent, ils se les posent comme sépa­rées de leur vie. La réponse n’est pas au [6] rendez-vous parce que la ques­tion n’est pas posée par celui qui pos­sède la solu­tion concrète. On peut se réunir pen­dant des heures, se tri­tu­rer le cer­veau, cela ne fera pas surgir le sup­port pra­ti­que qui manque aux idées. Alors que ces ques­tions sont des baga­tel­les pour le pro­lé­ta­riat révo­lu­tion­naire, parce que pour lui les pro­blè­mes de l’action et de l’orga­ni­sa­tion se posent concrè­te­ment, font partie de sa lutte, ils devien­nent le PROBLÈME pour les mili­tants. La réu­nio­nite est le com­plé­ment néces­saire de l’acti­visme. En fait, le pro­blème posé est tou­jours celui-là : com­ment fusion­ner avec le mou­ve­ment des masses tout en res­tant séparé de lui. La solu­tion de ce dilemme est soit de fusion­ner réel­le­ment avec les masses en retrou­vant la réa­lité de ses désirs et les pos­si­bi­li­tés de leur réa­li­sa­tion, soit de ren­for­cer leur pou­voir en tant que mili­tants, en se ran­geant au côté du vieux monde contre le pro­lé­ta­riat. Les grèves sau­va­ges mon­trent qu’il y a des ris­ques !

Dans ses rap­ports avec les masses, le mili­tan­tisme repro­duit ses tares inter­nes, notam­ment ses ten­dan­ces à la réu­nio­nite. On ras­sem­ble des gens et on les compte. Pour cer­tains du genre AJS [7], se mon­trer et se comp­ter devient même le summum de l’action !

Ces ques­tions de l’action et de l’orga­ni­sa­tion, sépa­rées déjà du mou­ve­ment réel, se trou­vent méca­ni­que­ment sépa­rées entre elles. Les diver­ses orien­ta­tions du gau­chisme concré­ti­sent cette sépa­ra­tion. On trouve d’un côté avec les maos et l’ex-GP [Gauche pro­lé­ta­rienne] le pôle de l’action, et de l’autre avec les trots­kis­tes et la Ligue Communiste [ancê­tre de la LCR] le pôle de l’orga­ni­sa­tion. On féti­chise soit l’action, soit l’orga­ni­sa­tion pour sortir de l’impasse où en se sépa­rant des masses le mili­tan­tisme s’est plongé. Chacun pro­tège sa cré­ti­ne­rie par­ti­cu­lière en se gaus­sant de l’orien­ta­tion des grou­pes concur­rents.

LA BUREAUCRATIE

Les orga­ni­sa­tions de mili­tants sont toutes hié­rar­chi­sées. Certaines orga­ni­sa­tions non seu­le­ment ne s’en cachent pas mais auraient même plutôt ten­dance à s’en vanter. D’autres se content[ent] d’en parler le moins pos­si­ble. Enfin cer­tains petits grou­pes essaient de le nier.

De même qu’elles repro­dui­sent ou plutôt sin­gent le tra­vail les orga­ni­sa­tions mili­tan­tes ont besoins de « patrons ». Ne pou­vant bâtir leur union à partir de leurs pro­blè­mes concrets, les mili­tants sont natu­rel­le­ment portés à consi­dé­rer que l’uni­fi­ca­tion des déci­sions ne peut décou­ler que de l’exis­tence d’une direc­tion. Ils n’ima­gi­nent pas que la vérité com­mune puisse jaillir des volon­tés par­ti­cu­liè­res de sortir de la merde, elle doit être balan­cée et impo­sée du haut. Ils se repré­sen­tent donc néces­sai­re­ment la révo­lu­tion comme un choc entre deux appa­reils d’état hié­rar­chi­sés, l’un étant bour­geois, l’autre pro­lé­ta­rien.

Ils ne savent rien de la bureau­cra­tie, de son auto­no­mie et de la façon dont elle résout ses contra­dic­tions inter­nes. Le mili­tant de base croit naï­ve­ment que les conflits entre diri­geants se rédui­sent à des conflits d’idées et que là, où on lui dit qu’il y a unité il y a effec­ti­ve­ment unité. Sa grande fierté est d’avoir su dis­cer­ner l’orga­ni­sa­tion ou la ten­dance pourvu de LA bonne direc­tion. En adhé­rant à telle ou telle cha­pelle il adopte un sys­tème d’idées comme on enfile un cos­tume. N’en ayant véri­fié aucune base il sera prêt à en défen­dre toutes les consé­quen­ces et à répon­dre à toutes les objec­tions avec un dog­ma­tisme incroya­ble. À une époque où les curés sont déchi­rés par les crises spi­ri­tuel­les, le mili­tant conserve la foi.

Forcé de tenir compte du mépris de plus en plus répandu à l’égard de toute forme d’auto­rité le mili­tan­tisme a pro­duit des reje­tons d’un type nou­veau. Certaines orga­ni­sa­tions pré­ten­dent qu’elles n’en sont pas et sur­tout dis­si­mu­lent leur direc­tion. Les bureau­cra­tes se cachent pour mieux pou­voir tirer les ficel­les.

Certaines orga­ni­sa­tions tra­di­tion­nel­les essaient de mettre en place des formes d’orga­ni­sa­tion paral­lè­les per­ma­nen­tes ou pas. Elles espè­rent, au nom de « l’auto­no­mie pro­lé­ta­rienne », récu­pé­rer ou tout au moins influen­cer des gens qui leur auraient autre­ment échappé.

On peut citer le Secours Rouge, I’OJTR et les Assemblées Ouvriers Paysans du PSU... De même, cer­tains jour­naux indé­pen­dants ou satel­li­tes d’orga­ni­sa­tions pré­ten­dent n’expri­mer que le point de vue des masses révo­lu­tion­nai­res ou de grou­pes auto­no­mes de la base. Mentionnons les Cahiers de Mai, Le tech­ni­que en Lutte, L’outil des tra­vailleurs... Là où on refuse de poser clai­re­ment et les ques­tions d’orga­ni­sa­tion et les ques­tions de théo­rie sous le pré­texte que l’heure de la cons­truc­tion du parti révo­lu­tion­naire n’est pas encore venue ou au nom d’un spon­ta­néisme de paco­tille (« nous ne sommes pas une orga­ni­sa­tion, mais un ras­sem­ble­ment de braves mecs, une com­mu­nauté », etc.) , on peut être sûr qu’il y a de la bureau­cra­tie et même sou­vent du maoïsme. L’avan­tage du trots­kisme, c’est que son féti­chisme de l’orga­ni­sa­tion le contraint à affi­cher la cou­leur ; il récu­père en le disant. L’avan­tage du maoïsme (nous ne par­lons pas de maoïsme pur et archéo-sta­li­nien du genre Humanité Rouge) c’est qu’il crée les condi­tions de son propre débor­de­ment ; à force de jouer les équilibristes de la récu­pé­ra­tion il va se casser la gueule.

OBJECTIVITE ET SUBJECTIVITE

Les sys­tè­mes d’idées adop­tés par les mili­tants varient sui­vant les orga­ni­sa­tions, mais ils sont tous minés par la néces­sité de mas­quer la nature de l’acti­vité qu’ils cachent et la sépa­ra­tion des masses. Aussi retrouve-t-on tou­jours au cœur des idéo­lo­gies mili­tan­tes la sépa­ra­tion entre objec­ti­vité et sub­jec­ti­vité conçue de façon méca­ni­que et ahis­to­ri­que.

Le mili­tant qui se dévoue au ser­vice du peuple, même si il ne nie pas que son acti­vité a des moti­va­tions sub­jec­ti­ves, refuse de leur accor­der de l’impor­tance. De toute façon ce qui est sub­jec­tif doit être éliminé au profit de ce qui est objec­tif. Le mili­tant refu­sant d’être mu par ses désirs en est réduit à invo­quer les néces­si­tés his­to­ri­ques consi­dé­rées comme exté­rieu­res au monde des désirs. Grâce au « socia­lisme scien­ti­fi­que », forme figée d’un marxisme dégé­néré, il croit pou­voir décou­vrir le sens de l’his­toire et s’y adap­ter [8]. Il se grise avec des concepts dont la signi­fi­ca­tion lui échappe : forces pro­duc­ti­ves, rap­ports de pro­duc­tion, loi de la valeur, dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat etc. Tout cela lui permet de se ras­su­rer sur le sérieux de son agi­ta­tion. Se met­tant en dehors de « sa cri­ti­que » du monde, il se condamne à ne rien com­pren­dre à la marche de celui-ci.

La pas­sion qu’il n’arrive pas à mettre dans sa vie quo­ti­dienne, il la reporte dans sa par­ti­ci­pa­tion ima­gi­naire au « spec­ta­cle révo­lu­tion­naire mon­dial ». La terre est rava­lée au rang d’un théâ­tre de poli­chi­nelle où s’affron­tent bons et méchants, impé­ria­lis­tes et anti-impé­ria­lis­tes. Il com­pense la médio­crité de son exis­tence en s’iden­ti­fiant aux stars de ce cirque pla­né­taire. Le comble du ridi­cule a cer­tai­ne­ment été atteint avec le culte du « CHE ». Économiste déli­rant, piteux stra­tège, mais beau gosse, Guevara aura eu au moins la conso­la­tion de voir ses talents hol­ly­woo­diens récom­pen­sés. Un record dans la vente des pos­ters !

Qu’est-ce que la sub­jec­ti­vité, sinon le résidu de l’objec­ti­vité, ce qu’une société fondée sur la repro­duc­tion mar­chande ne peut inté­grer ? La sub­jec­ti­vité de l’artiste s’objec­tive dans l’œuvre d’art. Pour le tra­vailleur séparé des moyens de pro­duc­tion et de l’orga­ni­sa­tion de sa propre pro­duc­tion, la sub­jec­ti­vité reste à l’état de manies, de fan­tas­mes... Ce qui s’objec­tive le fait par la grâce du capi­tal, et devient lui même capi­tal. L’acti­vité révo­lu­tion­naire comme le monde qu’elle pré­fi­gure dépasse la sépa­ra­tion entre objec­ti­vité et sub­jec­ti­vité. Elle objec­tive la sub­jec­ti­vité et inves­tit sub­jec­ti­ve­ment le monde objec­tif. La révo­lu­tion pro­lé­ta­rienne c’est l’irrup­tion de la sub­jec­ti­vité !

Il ne s’agit pas de retom­ber dans le mythe d’une « vraie nature humaine », de l’« essence éternelle » de l’homme qui, réprimé par la Société, cher­che­rait à reve­nir au grand jour. Mais si la forme et le but de nos désirs varient, ils ne se rédui­sent nul­le­ment au besoin de consom­mer tel ou tel pro­duit. Déterminée his­to­ri­que­ment par l’évolution et les néces­si­tés de la pro­duc­tion mar­chande, la sub­jec­ti­vité ne se plie nul­le­ment aux besoins de la consom­ma­tion et de la pro­duc­tion. Pour récu­pé­rer les désirs des consom­ma­teurs la mar­chan­dise doit s’adap­ter sans cesse. Mais elle reste inca­pa­ble de satis­faire la volonté de vivre en réa­li­sant tota­le­ment et direc­te­ment nos désirs. À l’avant-garde de la pro­vo­ca­tion mar­chande, les vitri­nes subis­sent de plus en plus sou­vent la cri­ti­que du pavé !

Ceux qui refu­sent de tenir compte de la réa­lité de LEURS désirs au nom de la « Pensée maté­ria­liste » ris­quent de ne pas voir le poids de NOS désirs leur retom­ber sur la gueule.

Les mili­tants et leurs idéo­lo­gues, même diplô­més de l’uni­ver­sité, sont de moins en moins aptes à com­pren­dre leur époque et à coller à l’his­toire. Incapables de sécré­ter une pensée un tant soit peu moderne, ils en sont réduits à aller fouiller dans les pou­bel­les de l’his­toire pour y récu­pé­rer des idéo­lo­gies qui ont fait, déjà depuis un cer­tains temps, la preuve de leur échec : anar­chisme, léni­nisme, trots­kisme... Pour rendre le tout plus digeste ils l’assai­son­nent d’un peu de maoïsme ou de cas­trisme mal com­pris. Ils se récla­ment du mou­ve­ment ouvrier mais confon­dent son his­toire avec la cons­truc­tion d’un capi­ta­lisme d’état en Russie ou l’épopée bureau­cra­ti­que-pay­sanne de « la longue marche » en Chine. Ils se pré­ten­dent marxis­tes, mais ne com­pren­nent pas que le projet marxiste d’abo­li­tion du sala­riat, de la pro­duc­tion mar­chande et de l’État, est indis­so­cia­ble de la prise du pou­voir par le pro­lé­ta­riat.

Les pen­seurs « marxis­tes » sont de plus en plus inca­pa­bles de repren­dre l’ana­lyse des contra­dic­tions fon­da­men­ta­les du capi­ta­lisme qu’avait inau­gu­rée Marx. Ils vont s’engluer sur le ter­rain de l’économie poli­ti­que bour­geoise, tout en rabâ­chant des bêti­ses sur la loi de la valeur tra­vail, la baisse ten­dan­cielle du taux de profit, la réa­li­sa­tion de la plus-value. Malgré leurs pré­ten­tions, ils ne com­pren­nent rien à la marche du capi­ta­lisme moderne. Se croyant obli­gés d’uti­li­ser un voca­bu­laire marxiste, dont ils ne connais­sent pas le mode d’emploi, ils se cou­pent des quel­ques pos­si­bi­li­tés d’ana­lyse qui res­tent à l’économie poli­ti­que. Leurs « recher­ches » ne valent pas celles du pre­mier dis­ci­ple de Keynes venu.

MILITANTS ET CONSEILS OUVRIERS

Les orga­ni­sa­tion mili­tan­tes s’auto­no­mi­sent au-dessus des masses qu’elles ont la pré­ten­tion de repré­sen­ter. Elles sont natu­rel­le­ment ame­nées à consi­dé­rer que ce n’est pas la classe ouvrière qui fait la révo­lu­tion mais « les orga­ni­sa­tions de la classe ouvrière ». Il convient donc de ren­for­cer ces der­niè­res. Le pro­lé­ta­riat devient à la limite une matière brute, du fumier sur lequel va pou­voir s ’épanouir cette rose rouge qu’est le Parti Révolutionnaire. Les néces­si­tés de la récu­pé­ra­tion exi­gent qu’on ne parle pas trop de ça à l’exté­rieur ; c’est là que com­mence la déma­go­gie.

L’auto­no­mie des buts des orga­ni­sa­tions mili­tan­tes doit être dis­si­mu­lée. L’idéo­lo­gie sert à ça. L’on pro­clame bien haut que l’on est au ser­vice du peuple, que l’on n’agit pas pour son bien propre et que si jamais pen­dant un court moment on est obligé de pren­dre le pou­voir on n’en abu­sera pas. Une fois que la classe ouvrière aura été bien éduquée on se dépê­chera de lui rendre.

L’his­toire des conseils ouvriers montre que sys­té­ma­ti­que­ment les orga­ni­sa­tions dites ouvriè­res ont cher­ché à jouer leur propre jeu et tirer les mar­rons du feu ; cela pour les meilleurs motifs évidemment. Pour assu­rer leur pou­voir, elles ont cher­ché à limi­ter, à récu­pé­rer et à détruire les formes d’orga­ni­sa­tion que le pro­lé­ta­riat s’était don­nées : soviets ter­ri­to­riaux, comi­tés d’usine.

Les soviets russes ont été magouillés, puis liqui­dés par le parti et l’État bol­che­vi­que. En 1905 Lénine ne leur accorde pas d’impor­tance. En 1917, au contraire, on pro­clame : « tout le pou­voir au soviets ». En 1921 les soviets qui ont servi de mar­che­pied pour pren­dre le pou­voir devien­nent gênants ; les ouvriers et les marins de Cronstadt qui récla­ment des soviets libres sont écrasés par l’armée rouge.

En Allemagne, le gou­ver­ne­ment social-démo­crate des « com­mis­sai­res du peuple » se charge de liqui­der les conseils ouvriers au nom de la révo­lu­tion.

En Espagne, de nou­veau les com­mu­nis­tes s’occu­pent de faire dis­pa­raî­tre les formes de pou­voir popu­laire. Cela devait per­met­tre de mieux déve­lop­per la lutte contre le fas­cisme !

Ce n’est pas la peine d’accu­mu­ler les exem­ples. Toutes les expé­rien­ces his­to­ri­ques ont confirmé l’anta­go­nisme qui oppose pro­lé­ta­riat révo­lu­tion­naire et orga­ni­sa­tion mili­tante. L’idéo­lo­gie la plus extré­miste peut cacher la posi­tion la plus contre-révo­lu­tion­naire. Si cer­tai­nes orga­ni­sa­tions ont pu cepen­dant se battre à coté du pro­lé­ta­riat jusqu’à la défaite com­mune comme la Ligue Spartacus et la CNT-FAI anar­cho-syn­di­ca­liste, rien ne prouve que ces orga­ni­sa­tions n’aurait pas com­mencé à lutter pour leur propre pou­voir une fois l’adver­saire vaincu.

La chine n’est ni plus ni moins qu’un vul­gaire capi­ta­lisme d’État. La pro­duc­tion mar­chande et l’escla­vage sala­rié n’ont pas été abolis par la prise de pou­voir « com­mu­niste ».Au contraire, en rom­pant avec le pillage de la Chine par les impé­ria­lis­tes, cette prise du pou­voir pou­vait seule per­met­tre d’accu­mu­ler le capi­tal et d’indus­tria­li­ser sur place. Le culte de la per­son­na­lité et les pres­sions idéo­lo­gi­ques pour faire par­ti­ci­per le peuple à la « lutte sur le front de la pro­duc­tion » n’ont pas éliminé des métho­des plus clas­si­ques. Témoin cette publi­cité [repro­duite en illus­tra­tion sur une demie page] pour des savon­net­tes.

Nos bureau­cra­tes locaux qui s’exta­sient devant la « dia­lec­ti­que » de Mao et le renou­veau de la théo­rie qu’appor­te­rait le soi-disant anti-bureau­cra­tisme de la révo­lu­tion cultu­relle, seront déçus par la Chine rouge comme ils ont été déçus par la Russie sta­li­nienne. [9]

Les mili­tants pour s’être cloî­trés en poli­ti­que n’en res­tent pas moins des indi­vi­dus sociaux, soumis à l’influence de leur milieu. Lorsque ça chauffe, beau­coup peu­vent passer dans le camp de la révo­lu­tion. On a bien vu des délé­gués syn­di­caux pren­dre la tête de séques­tra­tions ! Mais la déser­tion mas­sive des mili­tants sera d’autant plus pro­ba­ble que les conseils et les révo­lu­tion­nai­res conseillis­tes seront plus forts. Le mou­ve­ment peut être aidé dans ses succès par le ren­fort de nom­breux mili­tants, mais en cas d’erreurs ou de flot­te­ments le balan­cier jouera dans l’autre sens. Les orga­ni­sa­tions mili­tan­tes seront ren­for­cées par l’apport de pro­lé­tai­res cher­chant à se ras­su­rer.

La liqui­da­tion des conseils ouvriers a été rendu pos­si­ble par leur fai­blesse, leur inca­pa­cité de faire appli­quer en leur sein les règles de la démo­cra­tie directe et à pren­dre effec­ti­ve­ment tout le pou­voir en écrasant tous les pou­voirs qui leur étaient exté­rieurs. Les orga­ni­sa­tions mili­tan­tes ne sont en fait que la propre fai­blesse exté­rio­ri­sée du pro­lé­ta­riat qui se retourne contre lui.

Les tra­vailleurs feront de nou­veau des erreurs. Ils ne trou­ve­ront pas immé­dia­te­ment la forme adé­quate de leur pou­voir. Moins les masses auront d’illu­sions sur le mili­tan­tisme, plus le pou­voir des conseils aura de chance de se déve­lop­per. Discréditer et ridi­cu­li­ser les mili­tants, voilà la tâche qui revient dès main­te­nant aux révo­lu­tion­nai­res. Cette tâche sera para­che­vée par la cri­ti­que en acte que cons­ti­tuera la nais­sance d’orga­ni­sa­tions conseillis­tes. Ces orga­ni­sa­tions sau­ront très bien se passer d’une direc­tion et d’un appa­reil bureau­cra­ti­que. Produit de la soli­da­rité de tra­vailleurs com­ba­tifs, elles seront de libres asso­cia­tions d’indi­vi­dus auto­no­mes. Rien ne leur sera plus étranger que l’endoc­tri­ne­ment idéo­lo­gi­que ou l’embri­ga­de­ment orga­ni­sa­tion­nel [10]. Elles mon­tre­ront par leurs idées, mais sur­tout par leur com­por­te­ment dans les luttes, qu’elles ne ris­quent jamais de pour­sui­vre des inté­rêts dis­tincts de ceux de l’ensem­ble du pro­lé­ta­riat.

Le déve­lop­pe­ment du capi­ta­lisme moderne qui se tra­duit par l’occu­pa­tion de tout l’espace social par les mar­chan­di­ses, par la géné­ra­li­sa­tion du tra­vail sala­rié, mais aussi par la dégra­da­tion des valeurs mora­les, le mépris du tra­vail et des idéo­lo­gies, aug­men­tera la vio­lence du choc. Les pro­lé­tai­res iront beau­coup plus vite et beau­coup plus loin que par le passé. Si des orga­ni­sa­tions de mili­tants ont pu jadis jouer un rôle révo­lu­tion­naire pen­dant un cer­tains temps, cela ne sera plus pos­si­ble. Ces orga­ni­sa­tions ne pour­ront être rapi­de­ment que de plus en plus contre-révo­lu­tion­nai­res lors des pro­chai­nes gran­des batailles de la lutte [La ver­sion cou­ram­ment repro­duite sur Internet s’inter­rompt ici !] des clas­ses. Coincés entre le pro­lé­ta­riat et le vieux monde, elles ne pour­ront sur­vi­vre qu’en ser­vant de rem­part à ce der­nier.

Si les syn­di­ca­lis­tes et autres mili­tants essaient de pren­dre en main le ravi­taille­ment puis l’orga­ni­sa­tion de la pro­duc­tion et du main­tien de l’ordre pour répon­dre aux « défaillan­ces » du capi­tal et de l’État et se met­tent au « ser­vice des ména­gè­res », il faudra les trai­ter pour ce qu’ils sont : une nou­velle classe diri­geante en for­ma­tion. Les conseillis­tes devront se battre pour que les com­mis­sions et délé­gués affec­tés à des tâches par­ti­cu­liè­res soient res­pon­sa­bles UNIQUEMENT devant les assem­blées géné­ra­les de la base et révo­ca­bles à tout moment. Les adhé­rents d’une orga­ni­sa­tion quel­conque, élus au sein des conseils n’auront pas à être les repré­sen­tants de leur orga­ni­sa­tion mais les délé­gués des ouvriers. Les conseils doi­vent être TOUT LE POUVOIR ET NON UN SIMULACRE DE POUVOIR affai­bli de l’inté­rieur par la divi­sion et les ten­ta­ti­ves d’acca­pa­re­ment des orga­ni­sa­tions. On ne nous refera pas le coup des soviets russes trans­for­més en foire poli­ti­carde par les Partis ou des colon­nes armées com­mu­nis­tes, socia­lis­tes, anar­chis­tes, trots­kis­tes s’affron­tant et se dis­pu­tant armes et influence pen­dant la guerre d’Espagne. Les conseils devront pren­dre en main et uni­fier toutes les tâches que néces­si­tera la des­truc­tion de l’ordre bour­geois et trai­ter en enne­mis tous ceux qui leur contes­te­raient ce droit !

[Sont indi­quées en der­nière page les publi­ca­tions sui­van­tes :]

Statuts ima­gi­nai­res pour une asso­cia­tion fan­tôme, « Sur l’orga­ni­sa­tion ». Paru.

Finissons-en avec le tra­vail !. À paraî­tre.

Qu’est-ce que le pou­voir des conseils ouvriers ? À paraî­tre.

Pour toute com­mande, adres­sez-vous : Les Amis de 4 mil­lions de jeunes tra­vailleurs, BP 88 06 75261 Paris cedex 06. CCP 25 132 13 Paris. Paiement pos­si­ble par tim­bres jusqu’à 2 F.

Les adres­ses de librai­ries dis­po­sées à pren­dre nos publi­ca­tions seront les bien­ve­nues.

Supplément à 4 Millions de Jeunes Travailleurs, n° 4. Dépôt légal n° 36 844. Commission pari­taire 51206.

Imprimerie spé­ciale 4 Millions de J. T.

Notes

[1] « Contre sa prolétarisation » a été omis dans la version couramment reproduite sur Internet.

[2] Alain Geismar, alors leader du groupe maoïste la Gauche prolétarienne.

[3] Les mots « vite, sous la pression de contremaîtres » sont omis dans la version couramment reproduite sur Internet.

[4] Et non signer, dans la version déjà évoquée.

[5] Pas de passage à un autre alinéa ici.

[6] Et non un.

[7] Alliance des jeunes pour le socialisme, organisation trotskiste lambertiste.

[8] Pas de passage à un autre alinéa ici.

[9] Cet encadré (p. 21) est omis dans la version couramment reproduite sur Internet.

[10] Cette phrase est omise dans la version couramment reproduite sur Internet.

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31 août


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    Une grande école publi­que abrite tou­jours un bizu­tage mental appelé « usi­nage » durant près d’un tri­mes­tre. Nous avons nommé l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), établissement com­posé de 8 cen­tres dont un près de chez nous, à Cluny, à 20 km de Mâcon. Un col­lec­tif local anti-usi­nage s’est créé et invite à une pre­mière action le 31 août où nous nous espé­rons nom­breux...


25 août

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    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

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    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

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