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Les assassins sont parmi nous : Lyon, Grenoble et les armes biologiques

Publié le 7 octobre 2005

Maj le 24 octobre 2005

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Si l’on vous demande où se trouvent les armes nucléaires françaises, que répondez-vous ? Au plateau d’Albion, dans les sous-marins de l’île Longue, sous les ailes des avions Mirage. Et si l’on vous demande où se trouvent les armes biologiques françaises ? Elles n’existent pas, penserez-vous. Vous en êtes certains ? Elles sont peut-être quelque part ... entre Lyon et Grenoble.

Elles sont mani­pu­lées par des ingé­nieurs, des cher­cheurs, des tech­ni­ciens qui habi­tent peut-être près de chez vous, qui font leur marché le week-end, ont des enfants, une maison, des loi­sirs. Ils sont peut-être de votre famille, vous les croi­sez peut-être dans la rue chaque matin, vous avez confiance en eux. Ce sont des assas­sins en blouse blan­che, ils déve­lop­pent des bio et des nano­tech­no­lo­gies pro­li­fé­ran­tes, duales (civi­les aussi bien que mili­tai­res) et mor­ti­fè­res.

1 - Des laboratoires « sans risque zéro »

« Il est abso­lu­ment impos­si­ble qu’un virus sorte par acci­dent du labo­ra­toire. Le risque zéro n’existe pas, mais il reste pure­ment théo­ri­que. »
Alain-Jean Georges, direc­teur du labo­ra­toire Biomérieux, Lyon (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005)

États-Unis, octo­bre 2001. Une série de let­tres pié­gées à l’anthrax, bac­té­rie qui pro­vo­que la mala­die du char­bon, fait 5 morts. Un mois après le 11 sep­tem­bre, c’est l’affo­le­ment géné­ral dans la popu­la­tion. Évacuations de bâti­ments, déconta­mi­na­tions de cen­tres pos­taux, trai­te­ments pré­ven­tifs de dizai­nes de mil­liers de per­son­nes... Pour la pre­mière fois, une puis­sance occi­den­tale est vic­time d’un atten­tat bio­ter­ro­riste et prend cons­cience de sa vul­né­ra­bi­lité.

Les auteurs de ces « bio­cri­mes » ? Ils res­tent inconnus. Mais un an après, l’enquête du FBI situait « la source des envois d’anthrax à l’inté­rieur de la com­mu­nauté scien­ti­fi­que spé­cia­li­sée. [...] le res­pon­sa­ble de ces morts avait par­ti­cipé ou par­ti­ci­pait tou­jours aux pro­gram­mes mili­tai­res de pré­ven­tion contre les armes bac­té­rio­lo­gi­ques. [...] Les indi­ces mènent tous vers des maté­riaux déve­lop­pés dans le cadre du pro­gramme de recher­che amé­ri­cain sur les armes bio­lo­gi­ques ». (Le Monde, 04/07/2002)

Au centre des soup­çons, le centre mili­taire de Fort Detrick, près de Washington. Plus exac­te­ment le labo­ra­toire P4 de l’USAMRIID, l’Institut de recher­che sur les mala­dies infec­tieu­ses de l’armée amé­ri­caine. Le terme P4 dési­gne les labo­ra­toi­res conçus pour mani­pu­ler des virus géné­ra­le­ment mor­tels, ne connais­sant ni trai­te­ment, ni vaccin, et se trans­met­tant faci­le­ment, notam­ment par aéro­sols. « Alors même que l’USAMRIID par­ti­cipe à l’enquête sur les let­tres conta­mi­nées, il est également soup­çonné d’être la source poten­tielle du char­bon - et peut-être le repère du ter­ro­riste lui-même. La souche du bacille, nommée Ames, qui était conte­nue dans les let­tres, a été culti­vée ici après avoir été isolée chez une vache texane, même si par la suite elle fut envoyée à plus d’une dou­zaine de labo­ra­toi­res. » (Courrier inter­na­tio­nal, 5/11 sept 2002)

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P4 à Gerland

Fort Detrick peut sem­bler bien loin de nous. Il paraît bien plus proche quand on sait qu’il existe 7 labo­ra­toi­res P4 dans le monde, dont un en France, basé à Lyon (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). Bien plus proche quand on sait que le seul labo­ra­toire fran­çais spé­cia­lisé dans les recher­ches bio­lo­gi­ques mili­tai­res se trouve à La Tronche, près de Grenoble.

Le labo­ra­toire de la Tronche est rela­ti­ve­ment connu. Il a été média­tisé par l’affo­le­ment suite au 11 sep­tem­bre 2001. Les puis­san­ces occi­den­ta­les redou­tent alors une atta­que bio­ter­ro­riste à la variole. Symptômes : forte fièvre, éruption de pus­tu­les ulcé­reu­ses. Contagion : par voie aérienne et par contact des plaies. Taux de mor­ta­lité : élevé. Traitement : aucun n’est abso­lu­ment effi­cace, mais il existe un vaccin.

Les États-Unis déci­dent de vac­ci­ner plu­sieurs mil­lions de per­son­nes. La France, qui a cessé la vac­ci­na­tion obli­ga­toire des Français en 1979 suite aux effets secondai­res par­fois dan­ge­reux, cons­tate son manque de vac­cins anti­va­rio­li­ques. Il s’agit de recons­ti­tuer les stocks, au plus vite. Le Centre de recher­ches du ser­vice de santé des armées (CRSSA), en face du CHU de Grenoble, sera réqui­si­tionné. Fort de ses 300 per­son­nes, de son labo­ra­toire de viro­lo­gie et de ses 4,5 mil­lions d’euros de budget annuel, il est le seul en France à être spé­cia­lisé dans les ris­ques nucléai­res, bio­lo­gi­ques, chi­mi­ques. On vit alors « les cher­cheurs du CRSSA sous les feux de l’actua­lité » (Dauphiné Libéré, 17/10/2001). Le labo­ra­toire P4 « Jean-Mérieux » de Lyon est beau­coup plus dis­cret, « se méfiant pire que la peste de la publi­cité. » (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). On com­prend vite pour­quoi. Avenue Tony Garnier, à Gerland, dans le 7ème arron­dis­se­ment, on mani­pule « les virus dan­ge­reux pour les­quels on ne dis­pose ni de vaccin ni de trai­te­ment effi­cace, comme ceux des fiè­vres hémor­ra­gi­ques Ebola, Lassa et Marburg. » (Le Monde, 24/10/2001). C’est « le seul de cette impor­tance en Europe, en raison notam­ment de la pré­sence d’une ani­ma­le­rie qui permet des tests sur les ron­geurs, essen­tiel­le­ment, mais aussi quel­ques pri­ma­tes, le cas échéant [16 cages]. » (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). Construit en 1999 par la Fondation Mérieux sans appel d’offre ni enquête préa­la­ble auprès des rive­rains » (Science et Vie, nov. 2000), il est sous la res­pon­sa­bi­lité de l’Inserm, Institut National de la santé et de la recher­che médi­cale, qui dépend des minis­tè­res de la santé et de la recher­che. 70 per­son­nes y tra­vaillent. Mais le labo­ra­toire P4 accueille aussi des cher­cheurs du CNRS, de l’Université Lyon I, de l’École nor­male supé­rieure, de l’Institut Pasteur, et bien sûr du CRSSA de La Tronche. But offi­ciel de ce projet de 10 mil­lions d’euros ? Diagnostiquer les agents patho­gè­nes et s’en pro­té­ger. « Ce labo­ra­toire fait partie de l’œuvre huma­niste du doc­teur Mérieux » pré­cise le pro­fes­seur Alain Georges, direc­teur du P4 (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). Rappelons que le patron de la société BioMérieux est Alain Mérieux, ami de Charles Millon et de Jacques Chirac, deux grand huma­nis­tes.

Pour la sécu­rité du labo­ra­toire, tout semble avoir été pensé : « badge à pré­sen­ter, code confi­den­tiel à com­po­ser, plu­sieurs sas à fran­chir, sca­phan­dre à enfi­ler. » (Le Monde, 24/10/2001). « L’air est changé 25 fois par heure et passe par trois filtre ’abso­lus’ avant d’être reje­tés dans l’envi­ron­ne­ment » (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). L’ani­ma­le­rie est sans issue de secours « afin de parer à toute éventualité - y com­pris une action de com­mando anti-vivi­sec­tion. » « Tous les uti­li­sa­teurs ont reçu un entraî­ne­ment au stress » expli­que Thierry Valet, res­pon­sa­ble de la sécu­rité (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005). « Les dimen­sions infi­mes des virus - cer­tains mesu­rent moins de 50 nano­mè­tres de dia­mè­tre - impo­sent des pré­cau­tions extrê­mes. Ils peu­vent fil­trer à tra­vers le béton ou le caou­tchouc, mais les nou­veaux maté­riaux syn­thé­ti­ques et les sca­phan­dres issus de la tech­no­lo­gie nucléaire per­met­tent aujourd’hui de rele­ver le défi. » (Science et Vie, nov 2000). Bref, une machi­ne­rie de haute pré­ci­sion.«  Il ne peut y avoir de lais­ser-aller. L’idée de vétusté, même rela­tive, est à exclure. Un outil comme celui-ci néces­site un entre­tien par­fait, comme un avion » sou­li­gne le Professeur Girard, direc­teur du dépar­te­ment de viro­lo­gie de l’Institut Pasteur et co-res­pon­sa­ble des acti­vi­tés du P4 (Science et Vie, nov 2000). Au moins, est-ce effi­cace ? « Il est abso­lu­ment impos­si­ble qu’un virus sorte par acci­dent du labo­ra­toire. Le risque zéro n’existe pas, mais il reste pure­ment théo­ri­que » sou­li­gne le direc­teur Alain-Jean Georges (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005)

« Le risque zéro n’existe pas »... Les mots ont un sens que les Lyonnais appré­cie­ront. Alain-Jean Georges a sans doute oublié qu’un risque ne se mesure pas à sa pro­ba­bi­lité, aussi infime soit-elle, mais à ses consé­quen­ces, ces « virus dan­ge­reux pour les­quels on ne dis­pose ni de vaccin ni de trai­te­ment effi­cace. »

Et les vols, sont-ils à crain­dre ? « Quant à l’éventualité d’un ’casse’ à des fins ter­ro­ris­tes, il est pos­si­ble mais peu pro­ba­ble, le labo­ra­toire n’abri­tant que de peti­tes quan­ti­tés de germes, insuf­fi­san­tes dans la pers­pec­tive d’une action mal­veillante ». (Acteurs de l’économie, jan­vier 2005) C’est oublier que la mul­ti­pli­ca­tion des germes est à la portée de tout labo­ra­toire bien équipé, le plus impor­tant étant de récu­pé­rer la souche ori­gi­nelle... En 1998, des jour­na­lis­tes de Sciences et avenir ont fait un test : peut-on voler des éléments patho­gè­nes de l’Institut Pasteur ? « Très faci­le­ment, ils se sont retrou­vés devant un réfri­gé­ra­teur non ver­rouillé conte­nant des fioles de toxi­nes botu­li­ni­ques » [la plus mor­telle des toxi­nes connues] (Sciences et avenir, nov 2001) Réponse de l’Institut à l’époque : « Même dans un bâti­ment ultra­pro­tégé, le pro­blème se pose­rait. Si un ter­ro­riste veut récu­pé­rer une souche, il se fera passer pour un étudiant ». (Sciences et avenir, nov 2001) Guère ras­su­rant quand on lit que « Le P4 Jean Mérieux a une voca­tion de labo­ra­toire d’accueil pour des équipes exté­rieu­res." »(Biofutur, octo­bre 2004)

Mais conti­nuons notre liste des mena­ces pesant sur le labo­ra­toire P4 de Lyon, c’est-à-dire sur nous. Les atta­ques ter­ro­ris­tes sont-elles pré­vues ? « Bien des scé­na­rios ont été passés en revue, du tir de bazooka auquel la struc­ture peut résis­ter jusqu’à l’irrup­tion d’un com­mando ». (Le Monde, 24/10/2001) Et en cas d’avion qui s’écrase, en cas de bombe ? « Aucune parade ne semble avoir été envi­sa­gée en ce qui concerne les effets dévas­ta­teurs d’un éventuel atten­tat à la voi­ture piégée. » (Science et Vie, nov 2000) « La nuit, les camion­net­tes cir­cu­lent dans l’enceinte pour livrer le labo­ra­toire d’ana­ly­ses médi­ca­les mitoyen. Il est vrai qu’il y a beau­coup de va-et-vient et qu’on ne peut pas tout sur­veiller » admet le pro­fes­seur Girard (Science et Vie, nov 2000). Mais le préfet du Rhône tient à nous ras­su­rer : « dans l’hypo­thèse (peu pro­ba­ble) d’une agres­sion de type explo­sif entraî­nant une rup­ture mas­sive du confi­ne­ment, les virus seraient tous détruits car ces der­niers ne sup­por­tent pas des tem­pé­ra­tu­res supé­rieu­res à 50 degrés » (Science et Vie, nov 2000). Nous voilà moins opti­mis­tes quand, quel­ques lignes plus loin, le même arti­cle nous apprend que « le chauf­fage à 50 degrés des virus n’est effi­cace que s’il est pro­longé pen­dant au moins trente minu­tes ». Notre préfet du Rhône semble être au cou­rant, puisqu’il a classé le P4 comme « un point sen­si­ble au plan mili­taire. » Sa sécu­rité « relève d’une com­mis­sion natio­nale de hauts gradés qui [...] a donné son aval dans un docu­ment classé « confi­den­tiel Défense » ». (Science et Vie, nov 2000). « Confidentiel Défense »... là encore, les Lyonnais appré­cie­ront.

Cette brève pré­sen­ta­tion des labo­ra­toi­res lyon­nais et gre­no­blois ne man­quera pas d’atti­ser la polé­mi­que. Gageons que pour les plus opti­mis­tes, il ne faut pas verser dans le « catas­tro­phisme ». La France n’est pas les États-Unis. Le P4 de Lyon n’est pas celui de Fort Detrick. Pour les plus pes­si­mis­tes ou les plus res­pon­sa­bles, c’est selon, Biomérieux et le CRSSA sont vul­né­ra­bles aux vols, aux atten­tats, aux fuites des savoir-faire et aux acci­dents.

2 - L’horreur scientifique

« Les OGM, ça sert aussi à faire la guerre. »
(Le Monde, 19/01/2002)

Lyon et Grenoble n’abri­tent pas seu­le­ment deux labo­ra­toi­res « sans risque zéro ». Ces villes sont également le fer de lance euro­péen des bio et nano­tech­no­lo­gies .

En Isère, 7000 per­son­nes tra­vaillent dans les bio­tech­no­lo­gies. Premier centre de recher­che tech­no­lo­gi­que en Rhône-Alpes : le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) de Grenoble. Celui-ci regroupe 3000 per­son­nes, dont autant de bio­lo­gis­tes que de phy­si­ciens (La menace, bio­ter­ro­risme : la guerre à venir, Dominique Leglu, Laffont, 2002). Un chif­fre qui dou­blera avec l’ouver­ture en 2005 de Minatec, pôle de nano­tech­no­lo­gies cofondé par le CEA et l’Institut National Polytechnique de Grenoble (INPG) 4500 pro­fes­seurs, cher­cheurs, ingé­nieurs, étudiants, pour 169 mil­lions d’euros d’inves­tis­se­ments (dont 75% publics) Minatec devrait être lui-même accom­pa­gné de Biopolis, struc­ture visant à déve­lop­per la liai­son recher­che-indus­trie autour des bio­tech­no­lo­gies. Citons également le « Rhône-Alpes Génopole » et le « Cancéropôle », tous deux spé­cia­li­sés dans la géno­mi­que (connais­sance des gènes) ou la pro­téo­mi­que (connais­sance des pro­téi­nes)

Tous ces pro­jets sont pré­sen­tés comme por­teurs d’inno­va­tions dans le domaine médi­cal et indus­triel. « Après la minia­tu­ri­sa­tion appor­tée par les micro­tech­no­lo­gies, les nano­tech­no­lo­gies per­met­tront des avan­cées signi­fi­ca­ti­ves pour l’étude du vivant. A l’échelle du nano­mè­tre, les dimen­sions du monde bio­lo­gi­que (molé­cu­les telles que acides nucléi­ques et pro­téi­nes) sont attei­gna­bles par des nano-outils phy­si­ques ou chi­mi­ques, et per­met­tent de repous­ser les fron­tiè­res de notre connais­sance... » (Françoise Charbit. Cellule de Développement Régional, projet NanoBio, CEA Grenoble, INPG)

Minatec, Biopolis, Genopole, Canceropole... Inutile de pré­ci­ser que toutes ces ins­tal­la­tions sont copieu­se­ment finan­cées par les col­lec­ti­vi­tés loca­les, le Conseil géné­ral de l’Isère et le Conseil régio­nal Rhône-Alpes. « Ici, les élus ont été vac­ci­nés à la high-tech. Cela permet d’avan­cer plus vite et d’éviter de se poser des ques­tions méta­phy­si­ques ». nous expli­que François Brottes, député PS du Grésivaudan, maire de Crolles (Le Monde, 17/04/02)

Mais voilà, le « high tech » a son revers. Les bio et nano sont des tech­no­lo­gies duales qui sus­ci­tent les plus vives inquié­tu­des.

Un exem­ple ? La mani­pu­la­tion des gènes. Le dos­sier « bio­ter­ro­risme » du maga­zine Biofutur d’octo­bre 2004 est riche d’ensei­gne­ments. Voici ce qu’affir­ment Patrice Binder, méde­cin chef au Service de santé des armées, et André Ménez, cher­cheur au CEA : « Les micro-orga­nis­mes géné­ti­que­ment modi­fiés sont une source poten­tielle d’agents bio­lo­gi­ques pour des ter­ro­ris­tes ». Et nos cher­cheurs de dres­ser une « liste non exhaus­tive des pro­prié­tés qui pour­raient être recher­chées » : micro-orga­nis­mes ano­dins trans­for­més pour lui faire pro­duire une toxine bac­té­rienne, ani­male (scor­pion) végé­tale (ricine) micro-orga­nis­mes résis­tant aux anti­bio­ti­ques (anti­vi­raux) aux vac­cins clas­si­ques, micro-orga­nis­mes expri­mant des anti­gè­nes déjouant les sys­tè­mes de détec­tion ou de diag­nos­tic stan­dart. Eh ! Oui, « Les OGM, ça sert aussi à faire la guerre ». (Le Monde, 19/01/2002) « On peut insé­rer les gènes de la toxine du cho­léra dans le génome de bac­té­ries coli­for­mes. Pas de détec­tion pos­si­ble avec de sim­ples ana­ly­ses bio­lo­gi­ques. On peut pren­dre aussi le virus du rhume, y incor­po­rer une por­tion de gène d’une toxine de scor­pion, par exem­ple, et en faire quel­que chose de plus dan­ge­reux que le banal coryza. » (Sciences et avenir, nov 2001) ou encore « gref­fer des éléments du virus du sida dans le virus de la grippe » (Le Monde, 15/07/2002) On conti­nue la liste des hor­reurs ? « On peut rendre patho­gène une bac­té­rie inof­fen­sive et bien connue, telle Escherichia coli, en lui insé­rant des gènes de toxi­cité emprun­tés au génome de bac­té­ries dan­ge­reu­ses. [...] Ces tech­ni­ques sont déjà pra­ti­que­ment maî­tri­sées ». (Le Monde,19/01/02)

De la science-fic­tion ? Pas vrai­ment. La revue scien­ti­fi­que Vaccine nous apprend qu’en décem­bre 1997, des savants russes ont modi­fié géné­ti­que­ment une souche de mala­die du char­bon de façon à la rendre insen­si­ble aux vac­cins exis­tants contre cette bac­té­rie. « Le génie géné­ti­que permet main­te­nant, en mani­pu­lant le génome des agents clas­si­ques de la guerre bio­lo­gi­que -peste, mala­die du char­bon, tula­ré­mie, etc.- de les rendre beau­coup plus dan­ge­reux qu’ils ne le sont déjà ». (Le Monde, 19/01/02) Et dans ce domaine, l’ima­gi­na­tion est sans limite. Découvrez les ’’armes eth­ni­ques’’ ! « Introduire un virus silen­cieux’’ dans le génome d’une popu­la­tion donnée, virus qui serait réveillé ulté­rieu­re­ment par un signal chi­mi­que. [...] L’idée, expli­que David Sourdive, un spé­cia­liste fran­çais de l’étude des géno­mes, est de réa­li­ser une arme ciblée sur une popu­la­tion choi­sie et préa­la­ble­ment ’’mar­quée’’ par un virus ». (Le Monde, 19/01/02) On ima­gine l’inté­rêt mili­taire d’une telle appli­ca­tion...

Un second exem­ple de bio­tech­no­lo­gie duale ? Les micro­bio­lo­gis­tes s’inté­res­sent aux pep­ti­des, des molé­cu­les encore plus peti­tes que les pro­téi­nes. Dans l’orga­nisme, elles régu­lent la pro­duc­tion d’autres molé­cu­les, par exem­ple les hor­mo­nes. De ce fait, elles jouent un rôle dans le som­meil, l’humeur ou les émotions. Le contrôle des pep­ti­des pour­rait cons­ti­tuer des armes bio­lo­gi­ques inca­pa­ci­tan­tes, c’est-à-dire neu­tra­li­sant l’adver­saire sans le détruire tota­le­ment. Les recher­ches sont abon­dan­tes dans ce domaine, notam­ment « au CEA (Direction des scien­ces du vivant) où l’on tra­vaille au clo­nage et à la syn­thèse de gènes pro­dui­sant ces toxi­nes d’un nou­veau genre, afin d’appren­dre à s’en pré­mu­nir ». (Dominique Leglu, opus cité) Seulement à s’en pré­mu­nir ?

Autre illus­tra­tion de la dua­lité micro­bio­lo­gi­que : la créa­tion ex nihilo de virus. La revue Science expli­que com­ment, en juillet 2002, des cher­cheurs du dépar­te­ment de géné­ti­que molé­cu­laire et de micro­bio­lo­gie de New York ont réa­lisé la syn­thèse chi­mi­que de l’ADN du virus de la polio, « à partir de séquen­ces d’ADN ache­tées par cor­res­pon­dance et d’une for­mule chi­mi­que trou­vée sur Internet ». (Libération, 03/10/2002) Donnez-nous les plans, nous fabri­quons le virus ! Or « si l’on peut créer ou recréer par syn­thèse un virus comme celui de la polio­myé­lite, rien n’inter­dit d’ima­gi­ner que d’autres cons­truc­tions de formes de vie à partir d’éléments iner­tes sont pos­si­bles ». (Le Monde, 15/07/2002) Pourquoi pas la variole, la peste bubo­ni­que, l’Ebola...

Nous pour­rions allon­ger cette liste des hor­reurs bio­tech­no­lo­gi­ques. Dominique Raymond-Vidal, cher­cheur au CRSSA, nous met en garde : « les pro­grès des scien­ces phar­ma­ceu­ti­ques, et de la galé­ni­que en par­ti­cu­lier, avec les nano­tech­no­lo­gies, la micro-encap­su­la­tion, les adju­vants, les anti­sta­ti­ques, la sta­bi­li­sa­tion des sub­stan­ces bio­lo­gi­ques, des pou­dres et des aéro­sols, sont également à pren­dre en compte dans le risque de détour­ne­ment à des fins agres­si­ves ». (Biofutur, octo­bre 2004)

Comme le résume si bien un expert de la délé­ga­tion géné­rale de l’arme­ment (DGA) : « en fait, il n’y a rien en bio­lo­gie qui ne soit trans­po­sa­ble sur le plan mili­taire ». (Le Monde, 19/01/2002)

Et les mili­tai­res ne s’y trom­pent pas, semble-t-il. Ils sont pré­sents dans tous les pro­jets bio et nano­techs rhône-alpins. Le CEA et la DGA sont par­te­nai­res de Minatec. Le CRSSA est impli­qué dans le P4 de Lyon. Le projet de recher­che ’’Nanobio’’ (voir partie 3) est le fer de lance du CEA. L’armée est au conseil d’admi­nis­tra­tion de l’ADEBAG, l’asso­cia­tion pour le déve­lop­pe­ment des bio­tech­no­lo­gies à Grenoble, qui porte le projet Biopolis. C’est bien simple, l’armée est par­tout.

La dua­lité des bio et nano­tech­no­lo­gies ? Les cher­cheurs en sont par­fai­te­ment cons­cients. Des mises en garde appa­rais­sent régu­liè­re­ment dans leurs publi­ca­tions. Ainsi, tou­jours Dominique Raymond-Vidal : « les scien­ti­fi­ques doi­vent être aver­tis des ris­ques de détour­ne­ment de leur recher­che et ils doi­vent conduire leurs pro­jets selon des règles d’éthique rigou­reu­ses » (Biofutur, octo­bre 2004) Et la popu­la­tion, doit-elle être aver­tie ? Quant aux « règles d’éthique rigou­reu­ses », qui les établit ? Qui les contrôle ? Notre cher­cheur gre­no­blois du CRSSA n’a sans doute pas lu les arti­cles de son col­lè­gue du CEA : « les gènes de la plu­part des micro-orga­nis­mes (virus, bac­té­ries...) sont mani­pu­lés ou trans­fé­rés dans le cadre de recher­ches agroa­li­men­tai­res, indus­triel­les et sur­tout en santé humaine, ani­male ou végé­tale tout à fait légi­ti­mes. Mais les connais­san­ces ainsi acqui­ses ont un carac­tère dual qui ne peut être occulté ». (Biofutur, octo­bre 2004) En bref, les bio­techs sont dis­per­sées à tout vent, dans l’indus­trie et l’agri­culture. Ce qui n’empê­che pas les mêmes cher­cheurs de récla­mer un « débat éthique », « un contrôle scien­ti­fi­que et régle­men­taire » pour « éviter que ces cons­truc­tions ne soient source de pro­li­fé­ra­tion de tech­no­lo­gies et de savoir-faire ». (Biofutur, octo­bre 2004) Autant de belles décla­ra­tions d’inten­tions repri­ses allè­gre­ment par Le Monde, Libération, les revues spé­cia­li­sées, etc.

Mais si les ris­ques des bio et nano-recher­ches font l’una­ni­mité, per­sonne ne remet en ques­tion la recher­che elle-même. Celle-ci est tou­jours pré­sen­tée comme huma­niste et désin­té­res­sée . Un refrain bien résumé par Patrice Binder et André Ménez, du CEA : « Si les bio­tech­no­lo­gies sont déve­lop­pées pour le bien de l’huma­nité, on ne peut exclure, a priori, la pos­si­bi­lité de détour­ne­ments de ces inten­tions loua­bles ». (Biofutur, octo­bre 2004) Ah ! Si des méchants ne s’empa­raient pas de nos gen­tilles décou­ver­tes... On tombe des nues devant la (fausse) naï­veté de ces grands scien­ti­fi­ques. Comme si « un siècle de pro­grès sans merci » (film, Jean Druon, 2001) n’avait pas mis en évidence que toute tech­no­lo­gie est, tôt ou tard, uti­li­sée de la pire manière qui soit. Comme l’ont expli­qué Jacques Ellul (Le sys­tème tech­ni­cien, Le cher­che-midi, 2004) Ivan Illich (La convi­via­lité, Fayard, 2004) ou Gunther Anders (Obsolescence de l’homme, Encyclopédie des nui­san­ces, 2001) il n’y a pas une « bonne » recher­che qui serait « mal » uti­li­sée. Il y a une recher­che, et il importe que l’huma­nité décide si oui ou non elle est prête à en assu­mer toutes les consé­quen­ces pos­si­bles.

Mais, au CEA, on ne lit ni Ellul, ni Illich, ni Anders... En revan­che, on y affirme que « les bio­tech­no­lo­gies sont déve­lop­pées pour le bien de l’huma­nité ».

Le bien de l’huma­nité, ce serait peut-être réa­li­ser que deux Français sur trois meu­rent du cancer, dont 80 à 90 % résul­tent de la dégra­da­tion de notre envi­ron­ne­ment (Le Monde, 14/02/04 / Ces mala­dies créées par l’Homme, D. Belpomme, Albin Michel, 2004 / La société can­cé­ri­gène, G.Barbier et A. Farrachi, La Martinière, 2004). Les bio et nano­tech­no­lo­gies seront sans doute très utiles pour créer des mini-pompes à insu­line, des mini-camé­ras pilu­les, des implants ocu­lai­res et audi­tifs, et autres pro­thè­ses pal­lia­ti­ves. Mais pour­rait-on plutôt s’atta­quer à la source de nos maux : les rejets chi­mi­ques et radio­ac­tifs dans l’Isère, ceux de CFC, de dioxi­nes des inci­né­ra­teurs qui pul­lu­lent en Rhône-Alpes, les pes­ti­ci­des, les addi­tifs agro-ali­men­tai­res ? Ce serait sans doute trop deman­der. Pourquoi s’atta­quer aux causes des pol­lu­tions et des mala­dies, quand le remède aux effets et la pro­duc­tion de sub­sti­tuts dopent la crois­sance économique ?

3 - Biodéfense, la biofuite en avant

« Pour faire accep­ter les tech­no­lo­gies de sur­veillance et de contrôle, il faudra pro­ba­ble­ment recou­rir à la per­sua­sion et à la régle­men­ta­tion en démon­trant l’apport de ces tech­no­lo­gies à la séré­nité des popu­la­tions et en mini­mi­sant la gêne occa­sion­née. »
(Livre bleu, pro­po­si­tions des indus­tries électroniques et numé­ri­ques, GIXEL, juillet 2004)

Sommes-nous les seuls à être effrayés par les nou­vel­les armes bio­lo­gi­ques que ren­dent pos­si­bles bio et nano­tech­no­lo­gies ? Pas si sûr. Le bio­ter­ro­risme cons­ti­tue une préoc­cu­pa­tion crois­sante des auto­ri­tés occi­den­ta­les. En France, « depuis 1996, les fonds-gou­ver­ne­ments [sic] dédiés à la recher­che contre les armes bio­lo­gi­ques ne ces­sent d’aug­men­ter. Le budget fran­çais est encore faible (3 mil­lions d’euros) mais il devrait tri­pler l’année pro­chaine. » (L’Usine Nouvelle, octo­bre 2001) Aux États-Unis, 3,5 mil­liards de dol­lars ont été dépen­sés en 2003 pour la lutte contre le bio­ter­ro­risme.

C’est que les « bioar­mes » sem­blent par­ti­cu­liè­re­ment adap­tées aux actions ter­ro­ris­tes. « Alors qu’une bombe nucléaire néces­site de gros­ses infra­struc­tu­res et des bud­gets colos­saux, les armes bio­lo­gi­ques sont les « armes du pauvre » ». (Le Monde, 11/09/2002). « Il est pos­si­ble de monter un labo­ra­toire bio­lo­gi­que de pointe et de le rendre opé­ra­tion­nel avec 10 000 dol­lars d’équipements ache­tés dans le com­merce, le tout abrité dans une pièce de 4 m sur 5. » (Jeremy Rifkin, Le Monde, 06/10/2001) Or « un petit labo­ra­toire som­mai­re­ment équipé pour­rait suf­fire à confec­tion­ner de manière arti­sa­nale et très dis­crète une arme bio­lo­gi­que effi­cace » (Que sais-je ? Les armes bio­lo­gi­ques, Patrice Binder, Olivier Lepick, PUF, 2001) En 1999, le Pentagone lance le pro­gramme « Bacchus ». Objectif  : véri­fier la fai­sa­bi­lité de cons­truire une petite usine d’armes bio­lo­gi­ques à partir de maté­riels dis­po­ni­bles dans le com­merce. Résultat concluant. (Dominique Leglu, ibid.)

Or, une fois le virus ou la toxine ’’mili­ta­ri­sés’’, c’est-à-dire rendus effi­ca­ces, il suffit d’une bouche d’aéra­tion, et c’est l’héca­tombe. « Un atten­tat bio­ter­ro­riste peut également avoir pour vec­teur un moyen de trans­port (avion, métro, bus...) le réseau d’eau pota­ble, des pro­duits ali­men­tai­res, ou encore le cir­cuit postal. Bref, la vul­né­ra­bi­lité est totale. » (Le Monde, 03/03/05)

Les para­des ? Le plan BIOTOX, activé par le gou­ver­ne­ment fran­çais depuis octo­bre 2001, donne le ton. Ses objec­tifs :«  ren­for­ce­ment de la détec­tion des atta­ques, de la déconta­mi­na­tion et de la pro­duc­tion d’anti­do­tes ». (L’usine nou­velle, oct 2001) Ce n’est pas pour rien que la pro­duc­tion d’anti­do­tes est le der­nier de la liste. Face à un virus OGM de type inconnu, il n’exis­tera pas d’anti­do­tes. Ni de vac­cins. « Les experts esti­ment qu’il faut trois à quatre ans pour mili­ta­ri­ser un agent infec­tieux de viru­lence aug­men­tée ou résis­tant au trai­te­ment, alors qu’il faut dix à 15 ans pour déve­lop­per un vaccin effi­cace auto­risé par les agen­ces de médi­ca­ments. » (Dominique Raymond-Vidal, CRSSA, Biofutur, octo­bre 2004) De plus, il est impos­si­ble de vac­ci­ner toute la popu­la­tion sur tous les agents infec­tieux poten­tiels du bio­ter­ro­risme. Sans comp­ter qu’un vaccin doit être admi­nis­tré plu­sieurs jours ou semai­nes avant l’expo­si­tion, c’est-à-dire géné­ra­le­ment trop tard. En atten­dant, on peut tou­jours mettre du chlore, pro­duit can­cé­ri­gène, dans l’eau pota­ble... « Le pro­gramme Biotox a changé le goût de l’eau. Pour neu­tra­li­ser une éventuelle conta­mi­na­tion des réseaux par la Toxine Botulique (la plus mor­telle) les dis­tri­bu­teurs ont reçu pour consi­gne d’aug­men­ter la chlo­ra­tion de l’eau à 0,3 mg par litre, pour attein­dre 0,1 mg par litre au robi­net. » (Libération, 11/03/03)

Oublions donc la pro­duc­tion d’anti­do­tes. Restent le « ren­for­ce­ment de la détec­tion des atta­ques » et la « déconta­mi­na­tion ». Comme pour les atta­ques nucléai­res, il s’agira de détec­ter les bioat­ta­ques, décré­ter l’état d’urgence, confi­ner les popu­la­tions, déconta­mi­ner la zone, comp­ter les sur­vi­vants... Mais, aupa­ra­vant, sur­veiller la popu­la­tion, tra­quer le ter­ro­riste, ficher les oppo­sants poli­ti­ques, ceux qui, comme l’auteur pré­sumé de l’atten­tat à l’anthrax aux Etats-Unis, ont un « grief envers la société » (New York Times, 23/06/2002)

Et si cer­tains s’y oppo­sent ?«  La sécu­rité est très sou­vent vécue dans nos socié­tés démo­cra­ti­ques comme une atteinte aux liber­tés indi­vi­duel­les. Il faut donc faire accep­ter par la popu­la­tion les tech­no­lo­gies uti­li­sées et parmi celles-ci la bio­mé­trie, la vidéo­sur­veillance et les contrô­les. [...] pour faire accep­ter les tech­no­lo­gies de sur­veillance et de contrôle, il faudra pro­ba­ble­ment recou­rir à la per­sua­sion et à la régle­men­ta­tion en démon­trant l’apport de ces tech­no­lo­gies à la séré­nité des popu­la­tions et en mini­mi­sant la gêne occa­sion­née ». Telle est la pro­po­si­tion du GIXEL , lobby dont fait partie le CEA-Léti de Grenoble (Livre bleu, pro­po­si­tions des indus­tries électroniques et numé­ri­ques, GIXEL, juillet 2004) On com­prend l’inté­rêt du CEA-Léti pour le tout-sécu­ri­taire. Car, en ce domaine, les nano­tech­no­lo­gies ouvrent des pers­pec­ti­ves ini­ma­gi­na­bles : puces sous-cuta­nées, nano-camé­ras, tra­ceurs... Contre les ris­ques géné­rés par le « high tech », pro­dui­sons davan­tage de « high tech » ! « La science et la tech­no­lo­gie sont deve­nues les meilleu­res alliées de la police. Neuro-scien­ces, ima­ge­rie céré­brale, tech­ni­ques d’iden­ti­fi­ca­tion high tech, armes neu­tra­li­san­tes et non plus mor­tel­les : dans le secret des labo­ra­toi­res se trame acti­ve­ment l’avenir de la lutte contre la cri­mi­na­lité. » (Science et vie, octo­bre 2002). Reste à défi­nir ce que le mot « cri­mi­na­lité » recou­vre...

Les bioar­mes rejoi­gnent en cela le lobby nucléaire. En mars 2005, Interpol orga­nise à Lyon une confé­rence inter­na­tio­nale inti­tu­lée « Prévenir le bio­ter­ro­risme ». Le minis­tre de l’Intérieur Dominique de Villepin pré­sente son projet : créer une base de don­nées inter­na­tio­na­les sur le modèle de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) qui com­por­te­rait«  une car­to­gra­phie des labo­ra­toi­res sen­si­bles, un réseau d’alerte pour les vols, les dis­pa­ri­tions et les tran­sac­tions sus­pec­tes de pro­duits sen­si­bles, ainsi qu’une liste de grou­pes ou d’indi­vi­dus fai­sant l’objet d’une vigi­lance accrue, parce qu’ils ont tenté de s’appro­prier des agents sen­si­bles ». Le minis­tre de l’inté­rieur a également « pré­co­nisé des efforts de ’sécu­ri­sa­tion accrue’ des labo­ra­toi­res spé­cia­li­sés dans ce domaine ». (Le Monde, 03/03/05).

Mais sur­veiller la popu­la­tion ne suf­fira pas. Tôt ou tard, l’atta­que bio­ter­ro­riste peut sur­ve­nir. Or, sans moyens de détec­tion, une bioat­ta­que est iden­ti­fiée par l’appa­ri­tion simul­ta­née de nom­breux cas d’une patho­lo­gie. La vitesse de conta­gion peut être telle que chaque heure compte (Biofutur, octo­bre 2004). Il faut donc détec­ter l’atta­que avant même l’appa­ri­tion des pre­miers symp­tô­mes chez la popu­la­tion. Problème : les métho­des actuel­les (comp­tage-laser de par­ti­cu­les, ana­ly­seurs d’air, électrophorèse...) sont peu fia­bles. Pas de pani­que, les bio­na­no­tech­ni­ciens pro­po­sent leur « anti­dote » : les bio­pu­ces...

Les bio­pu­ces allient micro­élec­tro­ni­que et bio­lo­gie. De quel­ques cm2 seu­le­ment, elles sont conçues pour ana­ly­ser des mil­liers de séquence d’ADN ou de pro­téi­nes. On peut s’en servir pour évaluer l’acti­vité de cer­tains gènes, détec­ter des virus, des muta­tions géné­ti­ques, la pré­sence de patho­gè­nes dans l’eau ou la nour­ri­ture. (L’Usine Nouvelle, 10/07/03) Selon Science & Vie de décem­bre 2001, la Délégation Générale pour l’Armement finance trois socié­tés pri­vées - Proteus à Nîmes, Thales Industrial Services à Arcueil, et Bertin Technologies à Montigny-le-Bretonneux - pour qu’elles déve­lop­pent en France ce « tout nou­veau sys­tème de détec­tion d’atta­ques bio­lo­gi­ques [...] Cette bio­puce mise au point par la firme amé­ri­caine Affymetrix, permet de déter­mi­ner l’agent patho­gène d’un sujet infecté ». Notons qu’Affymetrix col­la­bore avec le labo­ra­toire BioMérieux (D. Leglu, opus cité). Mais elle n’est pas seule sur ce marché pro­met­teur. À Grenoble, le CEA et BioMérieux ont leur propre filiale spé­cia­li­sée dans les bio­pu­ces : Apibio, diri­gée par Marc Cuzin, ancien de l’INP de Grenoble. Apibio a déjà mis au point des kits d’ana­lyse pour l’agro-ali­men­taire (détec­tion de bac­té­ries, de sal­mo­nel­les, d’OGM) et tra­vaille sur des kits adap­tés aux domai­nes indus­triels et mili­tai­res.

C’est qu’il n’y a pas seu­le­ment les armes bio­lo­gi­ques qu’il va fal­loir appren­dre à détec­ter. « Des ins­tal­la­tions indus­triel­les, chi­mi­ques ou médi­ca­les, des labo­ra­toi­res phar­ma­ceu­ti­ques ou des cen­tres de recher­che bio­lo­gi­que ont été recen­sés comme étant des sour­ces de conta­mi­na­tion et de toxi­cité poten­tiel­les, à l’instar du site AZF de Toulouse dont l’explo­sion fit, en sep­tem­bre 2001, trente morts. Ces ins­tal­la­tions se mul­ti­plient avec l’indus­tria­li­sa­tion crois­sante des villes et de leur péri­phé­rie. Le danger ne vien­drait plus seu­le­ment de défaillan­ces dans la sécu­rité, la mani­pu­la­tion, le sto­ckage ou le trans­port de ces pro­duits dan­ge­reux. Les dites ins­tal­la­tions peu­vent deve­nir la cible d’actes de mal­veillance ou d’agres­sions pour frap­per les esprits et attein­dre dans leur chair les popu­la­tions voi­si­nes. » (Le Monde, 20/12/02) Bonne nou­velle : entre Lyon et Grenoble, ces ins­tal­la­tions sont légion. Zone chi­mi­que de Pont-de-Claix, Rhodia, Atofina, Eurotungstène, le CEA, ST Micro, Soitec, Memscap, etc. avec leurs stocks de gaz liqui­des, de fluor, de sul­fa­tes, leurs consom­ma­tions d’eau, leurs pol­lu­tions et déchets. Est révé­la­teur à cet égard le trans­fert de phos­gène de la zone chi­mi­que de Toulouse, à celle de Grenoble.

Va-t-on remet­tre en cause l’indus­tria­li­sa­tion, la crois­sance, la ruée vers le « high tech » ? Imaginer la décrois­sance ? Au contraire. Depuis 2002, le CEA de Grenoble lance le projet « Nanobio », un pôle de 200 à 250 cher­cheurs pour « répon­dre aux atten­tes d’une société de plus en plus préoc­cu­pée par deux pro­blè­mes majeurs : la santé et la sécu­rité ». Mais, sur­tout, la sécu­rité : « préoc­cu­pa­tion crois­sante, elle concerne aussi le champ des bio­tech­no­lo­gies, du fait des ris­ques de pol­lu­tion, de bio­ter­ro­risme ou de suivi de tra­ça­bi­lité ali­men­taire ». A quoi le projet NanoBio entend parer par la mise au point des bio­pu­ces : « des cap­teurs pour détec­ter [...] la pré­sence d’agents patho­gè­nes (acci­den­tels ou déli­bé­rés) dans l’eau, l’air, la chaîne ali­men­taire ». (Le Projet NanoBio. CEA Grenoble-UJF. 20/02/03)

Pourquoi s’atta­quer aux rejets de gaz car­bo­ni­que qui asphyxient Lyon et Grenoble quand des bio­cap­teurs peu­vent nous aler­ter des pics de pol­lu­tion ? Pourquoi donner du grain à la volaille, de l’herbe au bétail, quand la tra­ça­bi­lité nous permet de savoir de quel animal exac­te­ment nous aurons contracté l’encé­pha­lite spon­gi­forme ? Pourquoi sup­pri­mer les pes­ti­ci­des de nos champs, l’amiante de nos cons­truc­tions, le ben­zène de nos indus­tries, le chlore de nos robi­nets, les addi­tifs de nos ali­ments, quand une bio­puce nous pré­vien­dra en temps réel du déve­lop­pe­ment de nos can­cers ?

4 - Grenoble et Lyon, centres de recherche en bioattaque ?

« La montée en puis­sance du bio­ter­ro­risme attire l’atten­tion sur un phé­no­mène tout aussi préoc­cu­pant : l’exploi­ta­tion par cer­tains États des pro­grès de la bio­lo­gie molé­cu­laire pour créer de nou­vel­les armes de guerre ».
(La Recherche, décem­bre 2001)

Les recher­ches étatiques sur les armes bio­lo­gi­ques ne datent pas d’aujourd’hui. Dans les années 30, le Japon cons­truit « l’unité 731 », un centre de recher­che qui expé­ri­mente des armes bio­lo­gi­ques. 150 bâti­ments, 3000 scien­ti­fi­ques et tech­ni­ciens, plu­sieurs mil­liers de pri­son­niers-cobayes. Charbon, peste, cho­léra...«  Entre 1932 et 1945, au moins dix mille pri­son­niers sont morts de ces infec­tions expé­ri­men­ta­les ou ont été exé­cu­tés après l’expé­ri­men­ta­tion." Les armes ainsi créées seront uti­li­sées contre la Chine pen­dant la seconde guerre mon­diale. [...] Dans les années 40, le Royaume-Uni pro­duit 5 mil­lions de paquets impré­gnés de bacille du Charbon, à lar­guer au-dessus de l’Allemagne. Ce ne sera jamais fait. En revan­che, des bombes bio­lo­gi­ques seront tes­tées sur l’île de Gruinard, au large de l’Écosse. Cette île res­tera conta­mi­née pen­dant 40 ans. » (D. Leglu, opus cité)

Jusqu’en 1992, l’URSS tra­vaillait acti­ve­ment aux armes bio­lo­gi­ques. Le com­plexe mili­taro-indus­triel « Biopreparat » regrou­pait plus de 60 000 per­son­nes autour d’un vaste pro­gramme de recher­che. Des mis­si­les inter­conti­nen­taux char­gés de la bacille de la peste et du virus de la variole ont été mis au point. Des sou­ches de char­bon trans­gé­ni­que et autres hybri­des ont été inven­tés. En 1979, l’usine mili­taire de Svlerdosk explose. Un nuage conta­miné par la bacille du char­bon se répand dans le vil­lage voisin. Au moins un mil­lier de morts. (Biosecur, Bioterror, Ken Alibek, 2004)

Qu’en est-il des États-Unis ? Dès 1940, le centre de Fort Detrick se consa­cre aux armes bio­lo­gi­ques. Il peut comp­ter sur le savoir-faire des experts japo­nais de l’unité 731, exfil­trés aux États-Unis après la guerre. 5000 bombes rem­plis du bacille de char­bon sont mises au point. De nom­breux agents patho­gè­nes sont mili­ta­ri­sés : la tula­ré­mie, la toxine botu­li­ni­que, la bru­cel­lose, la fièvre Q, la rouille des céréa­les... Les États-Unis sont accu­sés d’avoir uti­lisé des bioar­mes lors de la guerre de Corée, et de l’avoir prévu pour Cuba. Jusqu’en 1968, l’armée amé­ri­caine pra­ti­que également des expé­rien­ces de lar­gage de bac­té­ries inof­fen­si­ves au-dessus de cer­tai­nes gran­des villes pour connaî­tre le com­por­te­ment et le degré de résis­tance de leurs agents patho­gè­nes dans des condi­tions ’nor­ma­les’ d’emploi.

Coup d’arrêt en 1969 : le pré­si­dent Nixon s’engage à mettre fin aux pro­gram­mes mili­tai­res de Fort Detrick : « Les États-Unis limi­te­ront leurs recher­ches bio­lo­gi­ques à des mesu­res défen­si­ves ». (Germes, Miller, Engelberg et Broad, Fayard, 2001)

Seulement des mesu­res défen­si­ves ? Il est permis d’en douter. Certains de ces pro­gram­mes dits de « bio­dé­fense » ont un carac­tère très « biof­fen­sif ». Ainsi, de 1997 à 2000, la CIA lance le projet « Clear Vision ». Objectif : recréer et tester une répli­que des peti­tes bombes bac­té­rio­lo­gi­ques élaborées par l’URSS dans les années 80. Autre exem­ple : dans les années 90, le Pentagone charge la firme Battelle de créer une ver­sion « amé­lio­rée » (OGM) du bacille du char­bon. Objectif offi­ciel : véri­fier l’effi­cience du vaccin mis au point pour l’armée amé­ri­caine. (D. Leglu, ibid.)

Pourtant, les États-Unis sont signa­tai­res du traité inter­na­tio­nal de 1972, rati­fié par 143 États, inter­di­sant la pro­duc­tion, le sto­ckage et l’uti­li­sa­tion d’armes bio­lo­gi­ques. Ceci dit, « le traité com­por­tait de nom­breu­ses lacu­nes. [...] il n’établissait aucun cri­tère de dis­tinc­tion entre les tra­vaux offen­sifs et défen­sifs [...] et n’envi­sa­geait pas le moin­dre méca­nisme d’appli­ca­tion et de contrôle.« (Germes, opus cité) En 2001, ces lacu­nes ont tenté d’être com­blées par un projet de pro­to­cole de véri­fi­ca­tion, élaboré à Genève. Proposition reje­tée par Washington qui »se réserve de pro­té­ger son indus­trie et ses pro­gram­mes de défense. » (Libération, 22/08/2001) De quoi ali­men­ter toutes les sus­pi­cions.

Et en France ? Sa posi­tion vis-à-vis des armes chi­mi­ques a de quoi nous inquié­ter. En mars 1988, le pre­mier minis­tre Jacques Chirac décla­rait que « la France se devait d’avoir un stock mini­mal d’armes chi­mi­ques à des fins pure­ment dis­sua­si­ves. » (Le Monde, 11/09/2002) Selon le Monde Diplomatique de décem­bre 1999, la France effec­tuait en 1987 des recher­ches sur les armes chi­mi­ques « binai­res » : deux pro­duits inof­fen­sifs s’ils sont sépa­rés, mor­tels s’ils sont mélan­gés. Recherches stop­pées en 1990 semble-t-il, selon Claude Meyer, ex Commandant de l’école de Défense NBC - nucléaire, bio­lo­gi­que et chi­mi­que - et Alain Jouan, méde­cin mili­taire du CRSSA, lors d’un café « Science et guerre » à Lyon. Et les armes bio­lo­gi­ques ? En novem­bre 2002, le Washington Post publie une enquête du FBI affir­mant que la France pos­sède des stocks non décla­rés du virus de la variole. Une révé­la­tion pres­te­ment et fer­me­ment démen­tie par les plus hautes auto­ri­tés fran­çai­ses. (Libération, 07/11/02)

Ne soyons pas naïfs. Les armes bio­lo­gi­ques pas­sion­nent l’armée. Comment ne pas être « fas­ciné par une arme de des­truc­tion mas­sive si peu chère com­pa­rée aux armes chi­mi­ques ou à la bombe ato­mi­que » (Germes, opus cité) par ces bio et nano­tech­no­lo­gies capa­bles de créer des armes « eth­ni­ques », inca­pa­ci­tan­tes ? Pourquoi s’en priver, au moins à titre dis­sua­sif ? C’est ce que sous-entend le maga­zine La Recherche de décem­bre 2001 : « la montée en puis­sance du bio­ter­ro­risme attire l’atten­tion sur un phé­no­mène tout aussi préoc­cu­pant : l’exploi­ta­tion par cer­tains États des pro­grès de la bio­lo­gie molé­cu­laire pour créer de nou­vel­les armes de guerre ». Puis La recher­che fait le lien avec les bio­cap­teurs : « on peut rai­son­na­ble­ment com­men­cer à réflé­chir [...] à une puce à ADN capa­ble de reconnaî­tre dans un échantillon donné toutes les séquen­ces connues codant pour des agents patho­gè­nes ; qu’il s’agisse ou non d’un agent géné­ti­que­ment modi­fié, le repé­rage d’une seule séquence à ris­ques suf­fi­rait à donner l’alerte. » Autrement dit, les États vont créer des cap­teurs capa­bles de reconnaî­tre les agents patho­gè­nes hybri­des qu’ils auront fabri­qué... En France, qui d’autre que le labo­ra­toire P4 de Lyon pour­rait créer ces nou­vel­les armes de guerre ?

Voire les confier à des grou­pes défen­dant nos inté­rêts. C’est ce qu’affirme Michel-Jean Allary, expert en bio­chi­mie du SGDN (Secrétariat géné­ral de la défense natio­nale) : « depuis quel­ques années, la pro­li­fé­ra­tion chi­mi­que et/ou bio­lo­gi­que semble évoluer d’une réa­lité étatique vers une com­po­sante ter­ro­riste. [...] Cette pro­li­fé­ra­tion est à la portée de grou­pes orga­ni­sés. Ils peu­vent être sou­te­nus scien­ti­fi­que­ment et finan­ciè­re­ment par des États, cela pré­sente l’avan­tage pour ces der­niers d’être moins déce­la­bles ». (D. Leglu, opus cité) On se sou­vien­dra de la liai­son CIA/Ben Laden...

5 - Criminalité scientifique : tolérance zéro

«  Vous en savez déjà suf­fi­sam­ment. Moi aussi. Ce ne sont pas les infor­ma­tions qui nous font défaut. Ce qui nous manque, c’est le cou­rage de com­pren­dre ce que nous savons et d’en tirer les consé­quen­ces. »
(Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, Le ser­pent à plumes, 1998)

- Résumons les éléments ras­sem­blés jusqu’ici :

1. Lyon et Grenoble abri­tent deux labo­ra­toi­res vul­né­ra­bles aux atten­tats, aux vols, aux acci­dents, aux fuites de savoir-faire.

2. Lyon et Grenoble sont également le pôle euro­péen de déve­lop­pe­ment des bio et nano­tech­no­lo­gies. Or ces tech­no­lo­gies sont duales, elles ser­vent aussi à faire la guerre.

3. L’armée est pré­sente dans tous ces pro­jets. Officiellement, elle ne s’inté­resse qu’aux pro­gram­mes de « bio­dé­fense ». C’est oublier qu’il y a 30 ans, le pro­gramme nucléaire offen­sif se mas­quait aussi der­rière ses appli­ca­tions civi­les (Dominique Lorentz, Affaires ato­mi­ques, Les arènes, 2001 / Bruno Barillot, Le com­plexe nucléaire, CDRPC, 2005). Quand on lit que « les armes bio­lo­gi­ques pour­raient bien jouer au XXIème siècle le rôle des armes nucléai­res au XXe » (Libération, 22/08/2001), com­ment ne pas ima­gi­ner que le même jeu maca­bre pour­rait se rejouer, à notre insu, entre Lyon et Grenoble ?

4. Nos socié­tés sont vul­né­ra­bles aux ris­ques bio­lo­gi­ques. L’État s’appuie sur cette vul­né­ra­bi­lité pour jus­ti­fier la course tech­no­lo­gi­que vers le « tout-sécu­ri­taire » (bio­mé­trie) ou la « détec­tion des atta­ques » (bio­pu­ces).

- Cela se passe ici, chez nous. Ce sont des ingé­nieurs, des cher­cheurs, des tech­ni­ciens qui habi­tent près de Lyon ou de Grenoble, qui font leur marché le week-end, ont des enfants, une maison, des loi­sirs.

Les lec­teurs d’Hanna Arendt savent ce qu’est la « bana­lité du mal ». Les auteurs de Germes (opus cité) décri­vent Bill Patrick, un spé­cia­liste du pro­gramme des armes bio­lo­gi­ques de Fort Detrick : « Ses sou­ve­nirs, tue­ries d’ani­maux, infec­tions d’êtres humains, décou­ver­tes de nou­veaux ins­tru­ments de mort, ne le tour­men­taient pas. Tout cela, à ses yeux, rele­vait de l’opi­niâ­treté mili­taire, de la dis­sua­sion néces­saire, de la sau­ve­garde des forces natio­na­les. ’’A l’époque, l’objec­tif était de résou­dre le pro­blème, non d’ergo­ter sur les rami­fi­ca­tions phi­lo­so­phi­ques de ce que nous étions en train de faire« , nous dit-il. Le ven­dredi, quand nous plai­san­tions, assis en rond, ce n’était pas pour dire : »Nous avons l’obli­ga­tion morale de réduire ceci ou cela !« mais : »Comment allons-nous aug­men­ter la concen­tra­tion ? On ne reliait jamais notre acti­vité à des gens’’. »

Y-a-t-il des Bill Patrick entre Lyon et Grenoble, et combien sont-ils ?

- Nous vou­lons connaî­tre tous les impacts sociaux et envi­ron­ne­men­taux des bio et nano­tech­no­lo­gies. Nous vou­lons savoir tout ce qui se trame en notre nom, de Lyon à Grenoble. Existe-t-il des pro­gram­mes mili­tai­res d’armes bio­lo­gi­ques menés au P4 de Lyon et au CRSSA de La Tronche ?

Nous vou­lons que cesse cette course folle dans les bio et nano­tech­no­lo­gies, dont on sait qu’elles sont par essence pro­li­fé­ran­tes, duales, mor­ti­fè­res. Nous ne vou­lons plus d’une science orien­tée par les appli­ca­tions mili­tai­res et indus­triel­les. Nous vou­lons une science orien­tée par le bien commun.

Nous ne vou­lons pas enten­dre parler des argu­ments du type « si c’est pas nous ce seront les autres », encore moins du chan­tage à l’emploi. Pour nous, nos enfants et nos petits-enfants, pour nos amis et les enfants de nos amis, nous vou­lons connaî­tre et que soit connus les ris­ques de toute recher­che. Nous ne vou­lons pas être des cobayes. Nous vou­lons déci­der col­lec­ti­ve­ment de ce dont nous avons besoin.

L’igno­rance est une des bases du consen­te­ment. Plus que jamais, nous avons besoin de radi­ca­lité, c’est-à-dire d’aller à la racine des choses. Une démar­che indis­pen­sa­ble pour mettre à jour ce qui se trame en notre nom, effec­tuer les chan­ge­ments néces­sai­res à une vie digne. Cela dépend de chacun de nous, de notre capa­cité à dépas­ser la rési­gna­tion, pro­pa­ger l’infor­ma­tion, s’orga­ni­ser col­lec­ti­ve­ment.

Lyon, 1er octo­bre 2005,
Service Civil Lyonnais : secily(aro­base)no-log.org

Copyleft, diffusion massivement encouragée !

BIBLIOGRAPHIE

- Les armes bio­lo­gi­ques, coll. Que sais-je ?, Patrice Binder, Olivier Lepick, PUF, 2001.
- La menace, bio­ter­ro­risme : la guerre à venir, Dominique Leglu, Laffont, 2002.
- Germes, les armes bio­lo­gi­ques et la nou­velle guerre secrète, Miller, Engelberg et Broad, Fayard, 2001.
- La guerre des germes, Ken Alibek, Presses de la cité, 2000.
- Le sys­tème tech­ni­cien, Jacques Ellul, Le cher­che-midi, 2004.
- La convi­via­lité, Ivan Illich, Fayard, 2004.
- Obsolescence de l’homme, Gunther Anders, Encyclopédie des nui­san­ces, 2001.
- Affaires ato­mi­ques, Dominique Lorentz, Les arènes, 2001.
- Le com­plexe nucléaire, Bruno Barillot, CDRPC, 2005.
- La société can­cé­ri­gène, G. Barbier et A. Farrachi, La Martinière, 2004.
- Ces mala­dies créées par l’Homme, D. Belpomme, Albin Michel, 2004.

P.-S.

Rebellyon publie ce texte reçu sur des listes de diffusion, augmenté de quelques liens et remis en page pour qu’il soit plus facilement lisible. (la version originale existe sur Indymedia-Grenoble).

Voir notre article sur les nanotechnologies et sur les actions contre les biotechnologies au dernier festival des résistances de Lyon.

Merci au Service Civil Lyonnais pour cet important travail !

  • Le 17 octobre 2005 à 19:38

    Ce texte pose vraiment de bonnes questions... Juste une petite remarque, je pense qu’Apibio (entreprise de Biotech, citée dans le texte) n’existe plus.

  • Le 13 octobre 2005 à 09:14

    Tout ça pour ça. C’est vraiment une analyse bidon, pourquoi parler d’armes biologiques hypothétiques alors que :

    - on a la bombe thermonucléaire
    - on a des sous marins, des avions, des missiles pour l’envoyer ou on veut
    - on fabrique et on vend des mines antipersonnelles ...

    Je dis « on » parce que la défense est le 1er investisseur dans l’industrie française qui payent tout nos petits ingénieurs et notre mode de vie à la française.

    Oui les assassins sont parmi nous, y en a même plein qui sont décorés de tous les ordres de la légion d’honneur et qui défilent le 14 juillet sous les applaudissement.

    Ils sont là parce qu’on le veut bien, point à la ligne. C’est pas la peine de rejeter la faute sur l’Etat, c’est fini depuis longtemps la monarchie.

  • Le 10 octobre 2005 à 14:48

    Ce texte est vraiment des plus pertinents. Est ce que des gens seraient intéressé-e-s pour le diffuser en version papier à Lyon, par exemple dans les zones résidentielles autour de Biomérieux ?


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