Les bombeurs de torse du terroir

Peu en France, je suppose, connaissent la foire Anuga de Cologne qui est dédiée aux produits alimentaires. Or, pour sa prochaine édition au mois d'octobre, ses organisateurs ont refusé la participation des producteurs de foie gras de notre « chaire » nation sous la pression de militants opposés à une concoction qui, pour ceux qui l'ignorent encore, recourt au gavage forcé des animaux. De par l’importance de ce salon, deux mois avant noël, cette décision a fait s’étrangler les intéressés (les producteurs de foie gras, j'entends).
  
Heureusement peuvent-ils compter sur les autorités politiques de notre pays pour défendre leur cause devant les esprits éthiques chagrins :
  
« Mesure totalement discriminatoire » ont ainsi dénoncé en chœur Martin Malvy, président de la région Midi-Pyrénées, et Alain Rousset, président la région Aquitaine, non sans faire remarquer que « si l’Allemagne a interdit le gavage sur son territoire, elle ne prohibe pas la vente de foie gras ni sa présentation en magasins ou dans les expositions ». Certes, on pourrait reprocher à l’Allemagne de ne pas tirer toutes les conséquences de son souci de ne pas soumettre des animaux à une vie de torture.
  
Du côté du gouvernement, c'est avec une plume vengeresse que Bruno Le Maire, ministre de l’agriculture, a écrit à son homologue allemand, Ilse Aigner :
   
« La France applique rigoureusement toute la réglementation communautaire sur le bien-être animal », lui a-t-il assuré avec l’aplomb digne d’un ministre de l’information soviétique.

Et le maître en mauvaise foi de menacer :

« [Si] l’exclusion était confirmée, je ne pourrais pas envisager de participer à l’ouverture [de la foire]. » 

Lui aussi dressé sur ses ergots, Pierre Lellouche, secrétaire d’état au commerce extérieur, n'a rien moins que convoqué dans son bureau l'ambassadeur d'Allemagne à Paris, Reinhard Schäfers. Tenant « cette affaire [pour] tout sauf anecdotique »– il cite le chiffre de 35 000 emplois concernés –, il a exigé que « l’État allemand fasse preuve de la plus forte autorité vis-à-vis des organisateurs et fasse respecter le droit européen sur la libre-circulation des marchandises (...) Il faut que nos producteurs figurent pleinement dans le catalogue de la foire ».

De même, Frédéric Nihous, le président du CPNT (Chasse, Pêche, Nature et Tradition) a fait valoir que cette décision ainsi que d'autres mesures de l'Union Européenne contre le foie gras « font porter un risque énorme sur une activité économique et une tradition fondamentale tant pour la France que surtout pour notre Sud-ouest ».
  
Oui, être contre le foie gras, ce n’est pas seulement être un esprit chagrin, c’est être un mauvais français ! 35.000 emplois. Ces 35.000 emplois à sauvegarder valent bien le fait de faire vivre une existence infernale à 37 millions d’animaux chaque année. C'est une fatalité économique à laquelle l'éthique doit se résigner pour un temps illimité, 37 millions d'animaux après 37 millions d'animaux torturés chaque année, 370 millions par décade, plus d'un milliard tous les 30 ans...  

À cet égard, le mot de la fin reviendra à Philippe Baron, président du syndicat national des producteurs de foie gras, pointant du doigt les irresponsables derrière le mauvais coup :
  
« L'interdiction vient de végétariens. Aujourd'hui, c'est le foie gras, demain, ce sera autre chose, car de toute façon ces gens sont contre toute exploitation et toute production animale. »

C’est ça, si le diable existait, il serait végétarien. Ah ! Quand on commence à sortir la grosse Bertha des grands mots, l’intelligence tombe toujours la première.


28 juillet 2011
(Dessin : J. Ange & A. Buehrle)

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