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Lyon Métropole

Publié le 26 janvier

Brèves « Lyon Métropole », de septembre 2011 à janvier 2012. Des caméras aux derniers changements concernant les Hôpitaux Psychiatriques : dernières avancés des dispositifs de contrôle métropolitains. (Lire aussi « en guise d’introduction »).

Cartographie du contrôle

Juillet 2011, 31 camé­ras de vidéo-sur­veillance ins­tal­lées à Caluire (notam­ment dans le quar­tier de Montessuy et près de la pis­cine).
Octobre : 2 de plus à Collonges-au-Mont-d’Or.
Décembre : 11 nou­vel­les camé­ras ins­tal­lées à Oullins (12 de plus pré­vues pour 2012). Le quar­tier des Confluences (2ème) et le 8ème (Grand-Trou, place Louis-Lebret, bou­le­vard des États-Unis et Mermoz) ne vont pas tarder à être équipés à leur tour. Au total, la muni­ci­pa­lité PS du Grand Lyon s’enor­gueillit d’avoir ins­tallé 238 camé­ras à Lyon depuis 2001. 10% de la ville ser­rait ainsi « cou­verte ». Et elle ne compte pas en rester là. Le nombre de camé­ras devrait être porter à 300 d’ici 2013-2014. Chaque jour, 3 opé­ra­teurs se relaient 24h/24 pour scru­ter les écrans géants du Centre de Surveillance Urbaine – dont la loca­li­sa­tion est tenue secrète – et infor­mer en temps réel les patrouilles des « com­por­te­ments sus­pects ».

Jamais à court d’idées brillan­tes, les élus du Grand Lyon vont pro­chai­ne­ment confier à un thé­sard une étude pour avoir « une vue objec­tive, scien­ti­fi­que et rigou­reuse » de la vidéo-sur­veillance et de ses effets. Cette mis­sion, bap­ti­sée cyni­que­ment « Surveiller pour pré­ve­nir », affi­che clai­re­ment l’ambi­tion de la poli­ti­que muni­ci­pale, et plus lar­ge­ment de toute poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale à l’heure où la cyber­né­ti­que – la science de la pré­vi­sion – n’est plus un projet uto­pi­que mais une manière de gérer le pré­sent : faire en sorte que la poli­ti­que soit entiè­re­ment ratio­na­li­sée, tech­ni­ci­ser. Faire en sorte qu’il y ait une intri­ca­tion abso­lue entre poli­ti­que et science, qui dis­sou­drait com­plè­te­ment la pre­mière au profit de la seconde. Une poli­ti­que visant à la fin du poli­ti­que. Pour le dire autre­ment, il ne doit plus y avoir d’un coté la science, la connais­sance exacte et de l’autre les hommes poli­ti­ques et leurs déci­sions dic­tées par des pas­sions, des inté­rêts, des appé­tits, des opi­nions « per­son­nel­les » mais une manière de gou­ver­ner scien­ti­fi­que basée sur la coor­di­na­tion ration­nelle entre un cer­tain nombre de flux d’infor­ma­tions et des déci­sions, qui sont sen­sées tomber d’elles-mêmes. Dans cette opti­que, la caméra devient un cap­teur, un « outil de mesu­res et de signa­le­ment de dys­fonc­tion­ne­ments de l’espace public » pro­dui­sant en per­ma­nence de l’infor­ma­tion sus­cep­ti­ble d’être uti­li­sée selon la néces­sité du moment. Le choix poli­ti­que de par­se­mer la ville de ces dis­po­si­tifs de sur­veillance n’est alors plus un choix poli­ti­que mais devient une néces­sité dictée par des cri­tè­res objec­tifs (être en mesure d’esti­mer la pro­ba­bi­lité de tel ou tel acte sui­vant le com­por­te­ment, savoir en temps réel ce qui se passe dans telle ou telle por­tion de ter­ri­toire, etc.). C’est sur la néces­sité d’être en capa­cité de pou­voir tout pré­voir et d’être en mesure de répon­dre sans tarder à chaque débor­de­ment en n’importe quel point du tissu métro­po­li­tain que repose un tel sys­tème.

Dans le même ordre d’idées, c’est sur ce désir d’ordre, de cer­ti­tude et de pré­vi­sion, que pren­nent place des expé­ri­men­ta­tions comme ce nou­veau dis­po­si­tif à l’aéro­port Saint-Exupéry : dis­po­si­tif d’infor­ma­tions en temps réel sur le délai d’attente aux por­ti­ques de sécu­rité, phase la plus « anxio­gène » pour les pas­sa­gers paraît-il. La durée entre l’entrée dans le cir­cuit et le pas­sage sous les por­ti­ques de sécu­rité est donc cal­cu­lée en temps réel par plu­sieurs camé­ras fil­mant la file d’attente. Le résul­tat appa­raît sur un écran qui affi­che un délai d’attente et contri­bue à créer une ambiance « low stress » dans l’aéro­port. Un peu comme les pan­neaux lumi­neux qui indi­quent le temps d’attente de la pro­chaine rame de métro ou de tram­way. Ou les pan­neaux auto­rou­tiers qui infor­ment de l’attente pro­ba­ble les auto­mo­bi­lis­tes pris dans des bou­chons.

Fight Club

Dimanche 2 sep­tem­bre. Bagarre noc­turne entre deux grou­pes de per­son­nes dans le 1er arron­dis­se­ment. Pour mettre fin au débor­de­ment, les flics tirent sur un mec à deux repri­ses au Taser (pis­to­let électrique). En soirée, la police qua­drille tel­le­ment cette partie de la ville, le pro­ces­sus d’asep­ti­sa­tion métro­po­li­tain y est déjà tel­le­ment avancé, qu’on ne peut même plus s’y battre tran­quille­ment.

Ménage de printemps

4 sep­tem­bre. Après s’être mécham­ment embrouillé avec un couple de com­mer­çants, un mec remonte chez lui et com­mence à balar­guer tout son mobi­lier par la fenê­tre rue Paul-Lafargue à Villeurbanne. À 19h, les for­ce­nés du GIPN donne l’assaut en péné­trant chez lui en rappel par la fenê­tre. Un cache­ton et direc­tion Édouard Herriot. Puis garde-à-vue et com­pa­ru­tion immé­diate.

Dialogue social

27 octo­bre. À la Guillotière, un incen­die endom­mage un immeu­ble rue Montesquieu. Tous les habi­tants quit­tent les lieux avec l’assu­rance d’être relo­gés, sauf deux famil­les qui ne payaient plus leur loyer (cette rue regorge tel­le­ment de squats qu’on se demande bien qui peut encore faire la conne­rie de payer chaque mois son loyer). Après avoir passé une nuit dehors, les daron­nes réin­ves­tis­sent le bâti­ment avec leurs enfants, des bou­teilles de gaz et des bidons d’essence, malgré le vigile. Depuis cette posi­tion occu­pée, elles dia­lo­guent avec la rue depuis les fenê­tres. Le deal est simple : soit on nous reloge immé­dia­te­ment, soit on fait tout péter. En bas, ça s’affole. Gérard Collomb vient négo­cier, puis le préfet délé­gué, une adjointe du 7ème. Le GIPN est appelé. Un immeu­ble adja­cent est évacué. Des gens se ras­sem­blent aux alen­tours vu la pré­sence de tant de flics qui qua­drillent le péri­mè­tre. Finalement, dans la soirée, le préfet pro­pose plu­sieurs nuits d’hôtel et une réu­nion le len­de­main avec la mairie du 7ème. Les famil­les sor­tent de l’immeu­ble et pren­nent un bus affrété qui les emmè­nent à l’hôtel. Un rap­port de force assez concluant.

Un palais flambant neuf

La réno­va­tion du sinis­tre Tribunal des vingt-quatre colon­nes touche a sa fin. Vieux, vétuste, il aurait dû être détruit il y a une ving­tai­nes d’années au profit du nou­veau tri­bu­nal cons­truit rue Servient. Seulement voilà, il y a eu à l’époque ce mani­feste signé par une poi­gnée de « per­son­na­li­tés lyon­nai­ses » pour deman­der sa réfec­tion. Depuis lors, il fait office de Cour d’assi­ses et de Cour d’appel. Dans les faits, il est une cham­bre d’enre­gis­tre­ment de l’arbi­traire poli­cier : n’importe quel avocat vous dira qu’on y est sys­té­ma­ti­que­ment plus lour­de­ment condamné qu’en pre­mière audience. Les inculpés des manifs d’octo­bre 2010 reju­gés en appel en savent quel­que chose, eux qui se sont vus infli­gés des peines allant jusqu’à 1 an d’empri­son­ne­ment pour de sim­ples jets de pierre en manif. Cet endroit a par le passé aussi abrité le sinis­tre Grégoire Finidori, juge res­pon­sa­ble de nombre d’hor­reurs judi­ciai­res : le décès acci­den­tel d’un fœtus qua­li­fié d’« homi­cide volon­taire », c’est lui. La relaxe du poli­cier impli­qué dans la mort d’un jeune homme, en 1990 à Vaulx-en-Velin juste avant les émeutes, c’est lui. La condam­na­tion d’une mère de famille qui avait volé jouets et nour­ri­ture dans une grande sur­face pour Noël, c’est encore lui, etc. Le ven­dredi 2 sep­tem­bre a lieu l’inau­gu­ra­tion d’une des deux gale­ries res­tau­rées. Elle porte le nom du funeste Edmond Locard, père de la cri­mi­no­lo­gie et de la police scien­ti­fi­que, dont le pre­mier labo­ra­toire de police (1910) se trou­vait jus­te­ment dans les sous-sols du tri­bu­nal. Ce que la vétusté et la ruine n’ont pas été en mesure d’accom­plir, espé­rons qu’un feu de joie en sera capa­ble un de ces jours.

Tout feu, tout flammes.

17 sep­tem­bre. L’éclair s’abat sur une cuve de la raf­fi­ne­rie de Feyzin. Le dis­po­si­tif anti-foudre ne se déclen­che pas. L’immense bac rempli d’eau et de rési­dus d’hydro­car­bure prend feu. Il faut une demi-heure aux pom­piers pour maî­tri­ser l’incen­die.
Deux jours plus tard, c’est un trans­for­ma­teur haute ten­sion à proxi­mité d’un chan­tier qui prend feu à Vaulx-en-Velin. Et c’est toute une une partie de l’agglo­mé­ra­tion lyon­naise qui est plon­gée dans le noir.

Le spec­ta­cle du 8 décem­bre, ses illu­mi­na­tions, ses stands de vin chaud, ses spec­ta­cles à la con et ses débor­de­ments. Des flics de la BAC en font les frais. L’un d’entre eux reçoit une volée de coups de poings et pieds pen­dant une inter­pel­la­tion par deux jeunes gens. Résultat : bles­sure à l’œil et côtes fra­cas­sées. 6 mois avec sursis pour les fêtards indis­ci­pli­nés.

Quand la justice débarque au Vinatier

Réforme de la psy­chia­trie oblige, c’est désor­mais un juge qui statue sur le main­tien de l’inter­ne­ment des « mala­des » en Hôpital Psychiatrique. La nou­velle loi du 5 juillet 2011, entrée en appli­ca­tion pen­dant l’été, impose désor­mais à l’appa­reil judi­ciaire de sur­veiller et de sta­tuer sur les pla­ce­ments sous le régime d’hos­pi­ta­li­sa­tions contrai­gnan­tes (sur demande d’un tiers ou avec l’aval du préfet). Au bout de 15 jours, une déci­sion de jus­tice doit être rendue (puis ensuite tous les 6 mois). Depuis le 1er août, un tri­bu­nal siège donc deux fois par semaine dans les sous-sols du Vinatier. Avec un mini­mum de décors, sans robes – pour ne pas « per­tur­ber le malade » –, la « cour », une gref­fière et une Juge des Libertés et de la Détention (JLD), décide de la sortie ou non des psy­chia­tri­sés.
Dans les faits, ça ne change pra­ti­que­ment rien. Le juge prend tou­jours appui sur l’avis de l’expert médi­cal, le psy­chia­tre, pour enfer­mer. Ça a juste pour fonc­tion de déchar­ger les psys du mau­vais rôle (priver de liberté) et de les confor­ter dans leur rôle de « soi­gneur ». Comme si toute la dimen­sion car­cé­rale d’un Hôpital Psychiatrique (l’archi­tec­ture, les cham­bres, le règle­ment, etc.) ne rap­pe­lait pas chaque jour la prison. Avec cette loi, la déci­sion de l’enfer­me­ment devient de plus en plus imper­son­nelle : ce n’est plus le psy qui enferme mais une déci­sion du tri­bu­nal. Et ce n’est pas le juge qui décide tout seul, mais l’avis du psy­chia­tre. Tout le monde se ren­voie la balle, le « droit du patient » est res­pecté. Quelle blague. Au fil des audien­ces, on voit que rien n’a changé. Quand les gens disent qu’ils veu­lent sortir et qu’ils seraient mieux dehors, le juge mobi­lise des rudi­ments de culture psy­cho­lo­gi­que et leur répond imman­qua­ble­ment qu’ils sont dans « le déni ». Exemples d’une séance de tri­bu­nal pen­dant l’été : les infir­miers font ren­trer un homme, agent de la SNCF. Il a voulu se jeter dans la Saône et son méde­cin l’a fait hos­pi­ta­li­ser. « Vous êtes d’accord pour rester ici ? », inter­roge la juge. « Je subis mais c’est pré­ma­turé que je sorte. » Les méde­cins crai­gnent qu’il ne se sauve de l’hôpi­tal. L’homme reste quel­ques jours puis sera suivi en « ambu­la­toire ». Vient le tour d’une vieille dame élégante. « Je suis là avec l’accord de mon neveu mais je pen­sais être en maison de retraite ». La dame chif­fonne un sac en plas­ti­que et tient des propos confus. Les minu­tes pas­sent. L’infir­mier s’impa­tiente. La juge la « rai­sonne », son avo­cate aussi. « Il faut l’arrê­ter sinon elle va conti­nuer ». À raison d’une quin­zaine de per­son­nes par audience, le temps est compté, il ne faut pas traî­ner.
Suivent une ins­ti­tu­trice dépres­sive, une alcoo­li­que, des gens qui ne com­pren­nent pas ce qu’ils font devant un juge. Ils deman­dent un télé­phone, des occu­pa­tions, de quoi rompre avec le quo­ti­dien ennuyant de l’HP. Ils posent beau­coup de ques­tions aux­quel­les ne peut pas répon­dre la jus­tice. De manière géné­rale, les hos­pi­ta­li­sa­tions sont main­te­nues par le JLD ; plus rare­ment, elles sont ren­voyées pour com­plé­ment d’infor­ma­tion.

La suite, les brèves de septembre à décembre :

En guise d’intro­duc­tion : Dernières nou­vel­les de la conflic­tua­lité lyon­naise
C’est une bien curieuse société dans laquelle nous « vivons ». Une société qui se sait abso­lu­ment détes­ta­ble et péris­sa­ble. Une société qui n’a plus rien à pro­po­ser si ce n’est de sauver les meu­bles ou ce qu’il en reste : sauver les emplois, l’économie en crise, la pla­nète. Derrière l’appa­rente abon­dance des « pro­jets poli­ti­ques » et autres « pro­mes­ses » venant du champ poli­ti­que tra­di­tion­nel se cache le chan­tage à la poli­ti­que du « moin­dre mal » : nous gérons comme nous pou­vons, disent les diri­geants de tout poil, si nous n’étions pas là, ce serait l’extré­misme, le chaos, la guerre civile.

Police par­tout
Des flics par­tout, à toute heure du jour ou de la nuit. Qui patrouillent, contrô­lent et font les chauds. Et qui par­fois aussi se plai­gnent, se font mettre à l’amende. Petit tour d’hori­zon de la condi­tion poli­cière.

En lutte
Profs, che­mi­nots, pos­tiers, putes, pom­piers, tra­vailleurs sans-papiers. Les luttes se croi­sent sans jamais trop se ren­contrer. Mais sont autant d’occa­sions d’orga­ni­sa­tion avec ses sem­bla­bles.

Temps de crise
« La Crise ». Une aubaine patro­nale pour reconfi­gu­rer l’économie, flexi­bi­li­ser et licen­cier sans ver­go­gne ; mais aussi une oppor­tu­nité pour tous les per­dants de la guerre économique d’inven­ter des com­bi­nes et de s’orga­ni­ser avec d’autres pour s’affran­chir des patrons.

Guerre sociale
Où l’on voit bien que der­rière la tran­quillité appa­rente des centre-villes se jouent des conflits sans merci.

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