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Magie politicienne : Collomb fait disparaître l’autoroute dans Lyon, mais pas les bagnoles ni les camions

La parution d’un décret au journal officiel acte le déclassement de l’autoroute A6/A7 entre Pierre-Bénite et Limonest. Alors que Gérard Collomb et la presse locale sont enthousiastes, il faut s’interroger sur le report du trafic et les réelles motivations de ce déclassement.

Le Grand Lyon communiquait à ce sujet depuis des mois mais cette fois c’est officiel : le tronçon de l’autoroute A6-A7 qui traverse l’agglomération appartient désormais au passé. Après que ce déclassement a été autorisé publiquement par l’État, le décret du préfet officialisant la chose est paru le 29 décembre.

Sont déclassées de la catégorie des autoroutes, dans le département du Rhône, les sections et les bretelles des autoroutes A6 et A7 traversant l’agglomération lyonnaise, situées entre Limonest au Nord, au niveau de l’échangeur n°33 et de l’A6 dit « de la Garde », en limite de la section concédée à la société APRR, et Pierre-Bénite au Sud, au niveau de l’échangeur avec l’autoroute A450. (...) Les sections déclassées sont reclassées, avec leurs dépendances et accessoires, dans le domaine public national.

Cachez ces voitures que je ne saurais voir

Au total, ce sont environ 16 kilomètres d’autoroute qui deviennent un « boulevard urbain », nom poétique trouvé pour nous convaincre que bruit et pollution vont disparaître avec l’autoroute. Que l’on ne s’y trompe pas, si cela devrait se traduire par une réduction à long terme du flux automobile traversant le cœur de Lyon, cette réduction est conditionnée au détournement du trafic vers d’autres espaces. Non seulement vous n’allez pas pouvoir aller vous promener demain sur les bords du Rhône avec vos marmots, mais si vous habitez sur le contournement Est de Lyon ou sur le tracé du futur contournement Ouest (le fameux TOP), vous allez prochainement voir arriver près de chez vous les automobilistes quotidiens ou vacanciers privés de leur autoroute actuelle.

Le déclassement de l’autoroute A6/A7 est autorisé par l’État à condition qu’un « grand contournement autoroutier de Lyon » voit le jour. Ses contours et son tracé sont encore inconnus puisqu’il en est au stade d’étude mais il se situerait plus probablement à l’Est de la ville. Sans doute parce qu’il est considéré comme plus légitime d’imposer trafic et pollution aux habitant·e·s les moins fortunés de l’agglomération plutôt qu’à celles et ceux de l’Ouest lyonnais.
Gérard Collomb plaide lui pour la création d’une liaison A45-A47-A7 au Sud de Lyon. En tous cas, entre les chimériques projets de nouvelle A45 et de contournement ouest et le bouclage autoroutier de l’agglomération, le réaménagement de Lyon est loin d’être fini et le déclassement n’est que les prémisses des modifications à venir.

Notons au passage qu’il est remarquable que Gérard Collomb ait désormais suffisamment de pouvoir pour imposer quasiment tout seul la décision de reporter le trafic routier de Lyon vers les communes périphériques. Certains maires de l’Est lyonnais ne manquent d’ailleurs pas de signaler publiquement leur désaccord avec les projets de l’omniprésent président de la Métropole.

Faire « respirer » les promoteurs immobiliers de Confluence

Si l’on quitte des yeux le seul centre-ville pour regarder tout le territoire de l’agglomération, il apparaît clairement que la fin de l’autoroute A6/A7 n’est en aucun cas un coup porté à la place de l’automobile. Alors que la pollution de l’air s’est récemment manifestée de la plus claire des manières, ce n’est de toute façon pas ce qui motive ce déclassement. Gérard Collomb parle de la fin de l’autoroute « qui asphyxie Lyon ». Mais l’asphyxie dont il parle est-elle celle des habitant·e·s ou plutôt, dans un vocabulaire libéral qui ne surprendrait pas chez ce fan d’Emmanuel Macron, celle dont il voit la fin avec la libération du potentiel foncier et financier que cette requalification lui permet d’espérer dans le secteur Sud de la ville ?

Le principal motif de réjouissance de Gérard Collomb est ainsi le fait que Confluence, le quartier phare de ses mandats, soit bientôt débarrassé de ce qui peut encore être considéré comme une nuisance au cadre de vie de ses habitant·e·s. Les visuels de la Métropole préfigurant ce que sera peut-être un jour le fameux « boulevard urbain » à Confluence montrent ainsi une promenade arborée où vélos, bus et joyeux piétons s’égayent le long du Rhône, bien loin du paysage autoroutier actuel. Largement reprises par la presse locale, ces images d’un futur improbable visent avant tout à poursuivre l’opération de promotion de l’image du quartier.
Un quartier qui, faisant table rase de l’image dégradée du marché de gros et de la zone industrielle, sert la stratégie de promotion de Lyon aux échelles nationales et internationales. Les appartements y coûtent jusqu’à 6000 € le mètre carré, soit quasiment le double du prix moyen lyonnais, et les cadres de la communication ou de l’immobilier y croisent au quotidien les journalistes du Progrès, de Radio Espace ou d’Euronews et les cadres de la Région. Une population qui vaut bien qu’on fasse attention à son cadre de vie afin qu’elle témoigne en retour de la vitalité économique de la ville.

De Los Angeles à Copenhague

En 1971, lors de l’ouverture du tunnel sous Fourvière, le maire de de Lyon d’alors, Louis Pradel, se félicitait en ces termes : « Dans peu de temps, la traversée de Lyon pourra se faire sans rencontrer de feu rouge et notre ville sera la seule cité au monde, après Los Angeles, à se trouver dans un tel cas ».
Dans son communiqué de presse du 29 décembre 2016, Gérard Collomb déclare à propos de son déclassement que cela « va transformer le visage de notre territoire pour l’embellir encore ». L’objectif est clair : faire briller le quartier hype de la ville pour se placer dans la compétition internationale qui se joue entre les villes. En 45 ans, l’intérêt du principal élu de Lyon pour la comparaison et la compétition internationale est une obession persistante. Mais les référentiels changent, le modèle n’est plus Los Angeles mais Copenhague ou Amsterdam. Faute de disparaître, la voiture doit désormais devenir invisible pour les habitants privilégiés du centre ville. Et tant pis pour les autres.

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