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Mots contre maux

Publié le 12 novembre 2005

Maj le 11 janvier 2006

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Chez les poli­ti­ques le dis­cours, la parole donne l’impres­sion de la vie, il n’est en fait que l’expres­sion de leur mort, de leur mort poli­ti­que au sens d’acteur de la vie publi­que. Il momi­fie celui qui le tient car le dis­cours poli­ti­que est étranger à la réa­lité sociale qu’il a la pré­ten­tion d’évoquer. Le dis­cours des poli­ti­ques est fait pour le spec­ta­teur, pas pour la vic­time, à l’image des obsè­ques qui n’ont de sens que pour les vivants.

Il n’est ques­tion aujourd’hui que de « dia­lo­gue », de « pacte répu­bli­cain », d’« ordre répu­bli­cain »,de « reconnais­sance », de « res­pect », de « retour à la nor­male ». Plus les voi­tu­res brû­lent, plus les CRS se font caillas­ser, plus le dis­cours du pou­voir, avec tout de même quel­ques mena­ces, est choisi, pate­lin, ouvert, fine­ment ciselé, bref « répu­bli­cain ».

LE SILENCE DES MOTS

Le gar­ga­risme séman­ti­que est la seule thé­ra­pie qu’a trouvé la classe poli­ti­que pour cacher aux yeux de tous son impuis­sance. Ces pro­fes­sion­nels du dis­cours riva­li­sent de for­mu­les « répu­bli­cai­nes » pour mon­trer qu’ils ont la situa­tion « sous contrôle ». Pourtant l’usage de ces mots, de ces termes, tient plus de l’incan­ta­tion que de la réa­lité d’une volonté d’action. En effet, un mot n’est qu’un mot.

Prenons en quel­ques uns :

« Dialogue » : C’est quoi le « dia­lo­gue » pour les auto­ri­tés ? Oh c’est très simple : c’est le simple enre­gis­tre­ment des deman­des... le seul échange ne pou­vant se situer que dans le cadre d’un sys­tème économique et social qui ne sau­rait chan­ger... Autrement dit le dia­lo­gue est un cal­mant, un faux sem­blant de démo­cra­tie.

« Respect » : c’est avant tout le res­pect de l’ordre établi (enve­loppé dans l’embal­lage plus sédui­sant d’« ordre répu­bli­cain » ou « ordre public »), c’est-à-dire un ordre, dans ce sys­tème, essen­tiel­le­ment iné­ga­li­taire, un ordre dans lequel il est de noto­riété publi­que que l’on ne trouve sa place que si l’on cor­res­pond aux besoins du sys­tème, un ordre dans lequel il faut res­pec­ter une loi qui est celle du sys­tème.

« Pacte répu­bli­cain » : régu­liè­re­ment évoqué mais jamais défini comme si le terme, dont les poli­ti­ques en ont « plein la bouche », avait une valeur en soi.(deman­dez autour de vous la défi­ni­tion de ce terme !). Ce serait un pacte moral qui assu­re­rait le res­pect et la dignité à tout citoyen/ne. Mais où est-il concrè­te­ment ce pacte dans notre société, dans les cités, dans les entre­pri­ses, sur les ser­vi­ces publics, la ségré­ga­tion au loge­ment, à l’emploi, les OGM, la Justice,... ?

« Retour à la nor­male » : c’est-à-dire retour à la situa­tion pré­cé­dente... fai­sons comme « s’il ne s’était rien passé »...car c’est comme cela que ça se passe, chaque fois !

Tout cela est censé être sous tendu par les « valeurs de la République ». Mais où sont-elles ces fameu­ses valeurs, ailleurs que sur le fron­ton des édifices publics.

Quel sens ont ces valeurs pour un jeune qui a tou­jours vu son père au chô­mage et qui a de gran­des pro­ba­bi­li­tés d’être lui aussi au chô­mage, en galère, ainsi que ses frères et sœurs ?

Quel sens ont ces valeurs quand on est sys­té­ma­ti­que­ment vic­time du « délit de sale gueule » qui se concré­tise par des contrô­les poli­ciers per­ma­nents dans la rue ?

Quels sens ont ces valeurs à l’heure ou l’on détruit les ser­vi­ces publics, les retrai­tes, la pro­tec­tion sociale et où tout se résume par : le fric ?

Quels sens ont ces valeurs quand ces jeunes voient dans les médias la couar­dise et la mal­hon­nê­teté de ceux qui leur don­nent des leçons de morale ? Faut-il citer des exem­ples précis et des noms ?

Sont-elles contes­ta­bles ces valeurs ? Pas le moins du monde. Par contre ce qui est contes­ta­ble et même condam­na­ble c’est le fait de s’en servir d’alibi, de« miroir aux alouet­tes », de s’en servir de pré­texte pour per­pé­tuer un sys­tème économique et social qui en est la plus par­faite néga­tion dans les faits, sinon dans les appa­ren­ces.

Ces mots, ces expres­sions lan­cées dans les médias, s’ils ont pu faire illu­sion à une époque ne cor­res­pon­dent plus à rien, sont en rup­ture avec le réel social. Ce que mas­quent ces mots c’est la réa­lité sociale, celle qui fait qu’une partie de la popu­la­tion sont des parias que l’on cache et que l’on espère dis­crète, celle qui fait que l’on réduise le citoyen au simple sala­rié cor­véa­ble et/ou chô­meur rési­gné et/ou consom­ma­teur sol­va­ble.

Tout ce qui vient d’être dit ne concerne pas que les popu­la­tions d’ori­gi­nes immi­grées, mais tout indi­vidu dans cette société, dans ce sys­tème qui vit, ou essaye tout sim­ple­ment de vivre. Pour les poli­ti­ques, les pau­vres et les exclus ne sont accep­ta­bles que s’ils se tai­sent et se rési­gnent à leur sort... et sur­tout aillent voter. Les mots ne sont pas pour eux ils ne doi­vent se conten­ter que des maux.

La faillite poli­ti­que, de la Droite comme de la Gauche est totale et n’est main­te­nue que de manière fic­tive par des médias qui met­tent en scènes des pan­tins qui n’ont plus rien à pro­po­ser.

LES MAUX PLUS FORTS QUE LES MOTS

L’incu­rie des poli­ti­ciens de tous bords n’a d’égal que l’impu­dence dont ils font preuve quand ils s’expri­ment sur ces faits.

Tous ont bien évidemment la solu­tion et depuis long­temps, sur­tout ceux qui sont dans l’oppo­si­tion... Ils se deman­dent d’ailleurs com­ment ils peu­vent y rester dans l’oppo­si­tion puisqu’ils ont la solu­tion...Ils font même des congrès pour ça !. Le pro­blème c’est que per­sonne ne les écoute.

La solu­tion ? : « Il n’y a qu’à... ».

Ecoutez les tous ces vieux « che­vaux de retour » qui se sont vau­trés, et pour cer­tains se vau­trent encore, dans les palais de la République qui vien­nent doc­te­ment expli­quer dans les médias ce qu’il y a lieu de faire, mais qui avaient oublié de le faire quand ils étaient au pou­voir !

Ecoutez les tous ces « petits mar­quis » de la République avec leurs appar­te­ments sur­di­men­sion­nés, leurs voi­tu­res de fonc­tion, leurs chauf­feurs, leurs pri­vi­lè­ges qui sont à des années lumiè­res de la réa­lité socia­les et qui osent dire depuis leur cocon pro­tec­teur : « Les Français pen­sent que ... »« Les Français sou­hai­tent que,... », « Les Français aspi­rent à... » « La prio­rité des Français c’est... »

Regardez les ces médias, qui ouvrent leurs portes, leurs anten­nes, leurs micros, leurs rubri­ques, à ces « pique assiet­tes » de la société qui pro­fi­tent des temps de crise pour se refaire une vir­gi­nité poli­ti­que et de reve­nir, pour cer­tains, en poli­ti­que... comme on va à la soupe !

C’est ce spec­ta­cle affli­geant de la bas­sesse et de la médio­crité qui devrait redon­ner confiance et cou­rage à une jeu­nesse en mal d’avenir dans un monde qu’on lui détruit ?

Au-delà des inté­rêts de cha­pelle et de la concur­rence pour le pou­voir, Droite et Gauche font front commun car il y va de la survie du sys­tème dont elles pro­fi­tent.

Ne nous mépre­nons pas, les « vio­len­ces urbai­nes » sont les dom­ma­ges col­la­té­raux du fonc­tion­ne­ment d’un sys­tème iné­ga­li­taire aggravé par les poli­ti­ques libé­ra­les d’aban­don et d’exclu­sion.

Les mys­ti­fi­ca­teurs de la poli­ti­que veu­lent une fois de plus nous faire entrer dans leurs com­bi­nes mina­bles et foi­reu­ses. Il est temps de se donner les moyens ( pas électoraux, ils ver­rouillent tout ) du chan­ge­ment social. Faire en sorte que les mots cor­res­pon­dent à la réa­lité sociale et non ne soient que les faire valoir de pré­ten­tions per­son­nel­les ou cla­ni­ques déri­soi­res.

Patrick MIGNARD


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