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Parole de baqueux : « Nous, on marche pas avec la loi ! »

Témoignage d’une interpellation de la BAC et de la foi qui anime notre police : "Nous, on marche pas avec la loi !"

Ce genre de phrases, la république et les médias les attribueraient volontiers à ceux qu’ils nomment les casseurs ou les émeutiers. Voire pire ! Aux dangereux groupes anarchistes du reportage de TF1 (reportage sept à huître sur la manif contre la loi travail du 22 mai 2016 à Lyon). Et bien, non ! « Nous, on marche pas avec la loi ! », c’est au contraire la punch-line que nous retiendrons des forces de l’ordre, dimanche 5 février, aux abords du meeting du Front National.

Alors que le meeting bat son plein, un "groupe de jeunes anarchistes appartenant à la même bande" (dixit la préfecture) se dirige à visage découvert en direction des Assises Présidentielles du Front National. Ce groupe semble susceptible de créer de grands troubles à l’ordre public, à la fois par sa grande taille (7 personnes) et par son mode d’action particulièrement violent (les participants sont munis de pancartes).

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C’est du moins ce que semble apprécier la brigade de la BAC (Brigade Anti-Criminalité) affectée à la surveillance de ce périmètre. Celle-ci a repéré le groupe depuis un moment et, tapie dans l’ombre, le laisse s’approcher afin de mieux le surprendre.

Arrivé devant l’entrée du parc tête d’Or, avant même le moindre déploiement de pancarte, le groupe se trouve donc encerclé par la brigade policière de choc, accueillie à cor et à cri :

— Les "anars" : Voilà les copains ! Bonjour messieurs ! Vous étiez où ? On vous cherchait partout !
— La BAC : Et bien, regardez autour de vous, on était là !"
— "Et vos collègues CRS qui étaient nombreux dans le coin il y a encore 30 minutes, ils sont où ?"

Ambiance bon enfant pour ce début d’interpellation. La BAC ne se laisse toutefois pas embrasser, sécurité oblige. Le contrôle des participants commence, et comme ces derniers semblent sympas, les policiers se laissent aller à quelques confidences sur des sujets divers et variés. Petit florilège dans le désordre :

Au sujet d’une étude de la BAC elle-même [1] dénonçant son taux d’inactivité :
— "Vous savez, il est évident que si on nous met un sociologue dans la voiture, on passera la soirée à tourner en rond sans procéder à aucune interpellation. Si, au contraire, c’est un journaliste qui nous accompagne, ça passera bien autrement"

Au sujet d’une interpellation vécue par un des membre de la bande quelques semaines auparavant :

— La dernière fois vos collègues m’ont chopé, m’ont violenté et ce, sans me dire que c’était des flics.
— Impossible ! C’est pas nous !
— Si, ils...
— Non, c’était des faux flics (échanges de sourires en coin).

Au sujet des médias :

- Vous connaissez Rebellyon ?
— Oui, ce tas de merde !!
— J’écris des articles dedans.
— Ahah, ça m’étonne pas.

Au sujet de l’affaire Théo, qui accuse des policiers de viol en réunion lors de son interpellation à Aulnay-sous-bois :

— Un flic : "Regardez la télé ! La mise en cause à été requalifiée, le viol n’est pas prouvé"
— Un interpellé : "C’est sûr, si c’est juste des violences, ça va !?"
— Réponse : "..."

Sur ce sujet, certains tenteront de nous expliquer que la matraque n’a pas réellement pénétré. Tandis que d’autres remettront en question notre interprétation d’une vidéo en mauvaise qualité.

Tentative d’un des "anars" :
— Et vous pourquoi vous portez pas votre matricule ?
— ...
Son camarade :
— Mais laisse tomber ça, regarde y’en a qu’un qui le porte, ils s’en foutent désormais
— ...

Un flic justifie la violence policière :

— Si on veux faire la paix, il faut être violent. La violence légitime la violence.
— "Faut faire gaffe avec ce genre d’argument, ça marche dans les deux sens.
— ...
Puis :
— Des cons y’en a dans la BAC mais aussi chez vous, comme partout.
— C’est pas faux, mais nous on n’est pas assermenté pour être con.
— ...

Des policiers nous confieront également qu’ils se voient comme des soldats.

45 minutes plus tard, après confiscation des panneaux, fouilles et relevés d’identités, le groupe est relâché. Obligation de faire demi-tour : « Rentrez chez vous ! » Tant pis pour la liberté de circulation. Tant pis aussi si la commissaire dépêchée pour l’occasion a du mal à expliquer la confiscation du matériel.

Le groupe fait alors demi-tour et en profite pour prendre une photo-souvenir des 23 policiers présents sur les lieux. Mal lui en prend, car de nouveau, quelques agents de la BAC parmi les plus jeunes se précipitent :

— Donnez-moi ce téléphone ! Supprimez cette photo !
Le jeune photographe amateur, convaincu de son bon droit [2], tente de refuser. En vain :
— Mais, prendre une photo, c’est légal !
Réponse du policier :
— Y’a pas de légal !
— Comment ça ?
— Y’a pas de légal. Nous, on marche pas avec la loi.
— Ah bon ? Vous ne marchez pas avec la loi ?
— Non, aujourd’hui, on marche pas avec la loi.

Bien forcé d’obtempérer sous cette menace physique pas vraiment voilée, le photographe supprime la photo sous l’œil attentif de ce représentant de la loi mais-qui-ne-marche-pas-avec.

Le groupe est re-relaché et décide d’aller discuter de tout ça autour d’un repas partagé :
— Tiens, c’est quoi ce dossier dans le téléphone ?
— "photos supprimées".

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Chroniques d’un groupe de jeunes anarchistes appartenant à la même bande

Notes

[1La Force de l’ordre, de Didier Fassin, éd. du Seuil, 408 p., 21 euros. 2011 Voir : https://lectures.revues.org/6899.

[2Circulaire 2008-8433.

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