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On a assassiné Natacha Estemirova, infatigable militante des droits de l’homme en Tchétchènie

Publié le 20 juillet 2009

Le Comité Tchétchènie de Lyon est sous le choc après que Natacha Estemirova, collaboratrice renommée de Memorial, organisation non gouvernementale russe de défense des droits de l’homme, ait été retrouvée assassinée mercredi 15 juillet, en Ingouchie, dans le Caucase russe, quelques heures après son enlèvement à Grozny, la capitale de la Tchétchènie.

Après Anna Politkovskaïa, après tant d’assas­si­nats à propos de la Tchétchènie, on vient d’assas­si­ner notre amie et col­lè­gue, on a assas­siné une per­sonne qui nous était chère. La nou­velle de l’assas­si­nat de Natacha Estemirova vient de tomber. Encore une héroïne qui pla­çait son devoir d’assis­tance et d’infor­ma­tion au dessus du risque clai­re­ment encouru que l’on fait dis­pa­rai­tre, que l’on élimine.

Le Comité Tchétchènie de Lyon fait connaî­tre parce qu’il lui paraît éclairant le com­mu­ni­qué de Memorial du 15 juillet 2009, tra­duit par ses soins.

« Pendant près de 10 ans, Natacha a été un pilier de Mémorial dans le Nord-Caucase, elle a prin­ci­pa­le­ment tra­vaillé en Tchétchènie. Elle ne récol­tait pas seu­le­ment les infor­ma­tions sur les vio­la­tions des Droits de l’Homme. Elle était un véri­ta­ble Défenseur des droits de l’Homme, un défen­seur du peuple. Les habi­tants de Tchétchènie ont été vic­ti­mes des bom­bar­de­ments, des opé­ra­tions de net­toyage, des enlè­ve­ments, de la tor­ture : à tous, Natacha a tenté d’appor­ter de l’aide. Elle exi­geait des auto­ri­tés l’impos­si­ble : la fin de l’arbi­traire. Parfois, elle y arri­vait – sûre de son bon droit et de la force du droit, cela lui don­nait des forces. Ce tra­vail a rendu Natacha célè­bre dans toute la Tchétchènie. Elle atti­rait ceux qui espé­raient être défen­dus, ou au moins ceux qui vou­laient que l’arbi­traire ne reste pas dans l’ombre. les fonc­tion­nai­res de tous rangs l’ont mena­cée plus d’une fois, mais elle ne se voyait pas renon­cer à tra­vailler pour sa patrie, en Tchétchènie.

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Natacha Estemirova

Oleg Orlov, res­pon­sa­ble du Centre Memorial : « Je sais, je suis sûr de l’iden­tité du cou­pa­ble du meur­tre de Natalya Estemirova. Nous le connais­sons tous. Son nom est Ramzan Kadyrov, il est pré­si­dent de la République Tchétchène. Ramzan avait déjà menacé Natalya, l’avait insul­tée, la consi­dé­rait comme son enne­mie per­son­nelle. Nous ne savons pas s’il a lui-même donné l’ordre ou si ses pro­ches col­la­bo­ra­teurs l’ont fait pour faire plai­sir à leur chef. Et appa­rem­ment, cela arrange le Président Medvedev qu’un meur­trier soit à la tête de l’un des « sujets » de la Fédération de Russie. »

Quand Natacha s’est permis d’expri­mer sa désap­pro­ba­tion sur le fait que l’on oblige, pres­que par la force, les jeunes filles à porter le fou­lard dans les lieux publics, un entre­tien a eu lieu avec Ramzan Kadyrov. Elle a raconté que Kadyrov l’avait alors mena­cée en disant lit­té­ra­le­ment : « Oui, j’ai du sang sur les mains, jusqu’aux coudes. Et je n’en ai pas honte. J’ai tué et je conti­nue­rai à tuer les per­son­nes mau­vai­ses. Nous com­bat­tons les enne­mis de la République ».

Nous savons que les der­niers com­mu­ni­qués pré­pa­rés par Natacha concer­naient de nou­veaux enlè­ve­ments, des exé­cu­tions som­mai­res, une fusillade publi­que au beau milieu d’un vil­lage tchét­chène, et qu’ils avaient sus­cité l’indi­gna­tion des hautes auto­ri­tés tchét­chè­nes. C’est ce qu’avait dit au res­pon­sa­ble de notre bureau de Grozny le soit-disant « Commissaire tchét­chène aux Droits de l’Homme », Nurdi Nukhazhiyev. Il avait déclaré qu’il ne vou­lait pas qu’il arrive quel­que chose et que c’est pour cela qu’il allait répri­man­der les défen­seurs des Droits de l’Homme.

Il faut nommer les choses par leur nom. Il y a en Russie une ter­reur d’Etat. Nous avons connais­sance des meur­tres en Tchétchènie et hors de Tchétchènie. On tue ceux qui essaient de dire la vérité, de cri­ti­quer le pou­voir. Ramzan Kadyrov a rendu impos­si­ble le tra­vail des Défenseurs des Droits de l’Homme dans la République. Ceux qui ont assas­siné Natacha Estemirova vou­lait faire cesser la cir­cu­la­tion de l’infor­ma­tion véri­di­que venant de Tchétchènie.

Peut-être ont-ils réussi... »

Il était 8h30 heure locale (6h30 à Lyon), mer­credi 15 juillet, lors­que Natacha Estemirova quitte son domi­cile de Grozny pour se rendre au bureau de Memorial, situé au centre-ville de la capi­tale tchét­chène. La mili­tante a été pous­sée de force, en sor­tant de chez elle, dans une petite voi­ture blan­che. Selon des témoins, elle a alors crié qu’on l’enle­vait, mais per­sonne n’a eu le temps d’inter­ve­nir.

Le fait de ne plus pou­voir la join­dre sur son télé­phone por­ta­ble a inquiété ses pro­ches, qui se sont rendus chez elle et ont inter­rogé les voi­sins. En fin d’après-midi, son corps sans vie, criblé de balles, a été retrouvé vers 16h30, dans une forêt près de Nazran, dans l’Ingouchie, répu­bli­que voi­sine de la Tchétchénie. Son cada­vre, por­tant des plaies à la tête et au coeur, gisait dans la forêt à cent mètres d’une auto­route.

Tuée pour la vérité !

Mère de famille, âgée d’une cin­quan­taine d’années, Natacha (ou Natalya) Estemirova avait été pro­fes­seure, puis jour­na­liste, avant de deve­nir mili­tante de Memorial lors de la seconde guerre de Tchétchénie, c’est-à-dire depuis 1999. C’était une mili­tante qui a fait preuve, malgré les mena­ces, d’un énorme cou­rage et d’une grande téna­cité. C’était l’une des rares à conti­nuer à se rendre en Tchétchènie pen­dant la guerre.

Proche de la jour­na­liste assas­si­née Anna Politkovskaïa, avec laquelle elle avait mené de nom­breu­ses enquê­tes, elle avait révélé et dénoncé récem­ment une exé­cu­tion arbi­traire en Tchétchènie, ce qui a for­te­ment déplu aux auto­ri­tés loca­les pro­rus­ses. L’exé­cu­tion en ques­tion était celle d’un pré­sumé rebelle par des hommes en tenue de camou­flage dans le vil­lage d’Akhkintchou-Borzoï le 7 juillet 2009, et Natacha était la source de cette infor­ma­tion.

Elle a aussi révélé récem­ment le cas d’une jeune femme, épouse d’un indé­pen­dan­tiste, tuée par des poli­ciers sans raison appa­rente.

C’est elle qui avait repris une affaire enga­gée par Anna Politkovskaïa, et qui avait révélé en 2002 le meur­tre de per­son­nes brû­lées vives à Chatoï, ce qui avait abouti à la condam­na­tion d’offi­ciers de l’armée russe.

Elle fai­sait un tra­vail d’enquê­tes sur plu­sieurs affai­res lou­ches, les nom­breux enlè­ve­ments, le meur­tre d’une dizaine de jeunes filles vic­ti­mes de crimes dits d’hon­neur, la dis­pa­ri­tion d’un étudiant expulsé d’Egypte, ainsi que les incen­dies de mai­sons de parents de pré­su­més indé­pen­dan­tis­tes.

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Galina Starovoitova
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Paul Klebnikov
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Anna Politkovskaya
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Stanislav Markelov
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Anastasia Babourova

Cet assas­si­nat lâche et odieux de Natacha Estemirova fait partie d’une longue liste d’assas­si­nats de mili­tants, tou­jours impu­nis, comme celui de cette femme grand défen­seur des mino­ri­tés eth­ni­ques, Galina Starovoitova, assas­si­née le 20 novem­bre 1998 à St Petersbourg, du jour­na­liste et écrivain contre le crime orga­nisé en Tchétchènie Paul Klebnikov, tué le 9 juillet 2004 à Moscou, d’Anna Politkovskaïa le 7 octo­bre 2006, ainsi que de l’assas­si­nat, cette année encore, de l’avocat et mili­tant Stanislav Markelov et de la jour­na­liste Anastasia Babourova le 19 jan­vier 2009, en plein jour, en plein coeur de Moscou.

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  • Le 30 août 2009 à 12:47

    La liberté de presse constamment menacée dans le monde…un clip de sensibilisation....

  • Le 26 juillet 2009 à 14:03

    Salut à elles !
    Pas de compassion, ces fidèles guerrières savaient ce qu’elles risquaient.
    Ne saluons que leur bravoure et leur belle mort.


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