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Pousser le monde qui s’écroule...

Publié le 24 mars 2006

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Nous voulons la grève générale, que la machine s’arrête, que la routine soit cassée. Nous voyons déjà les sourires, la joie qui animent celleux qui en veulent à ce monde, celles qui sont déjà en lutte. Nous voyons le mépris des têtes syndicales qui ne proposent qu’une énième journée de grève et le dégoût qu’il suscite chez les plus énervé-es qu’illes soient syndicalistes ou non.

Il n’y a jamais de casse ou de vio­len­ces « gra­tui­tes ». Certes, cer­tai­nes sont stu­pi­des ou peu stra­té­gi­ques, mais toutes tra­dui­sent une rage, une déter­mi­na­tion qui avait dis­paru depuis des années. Nous y trou­vons de l’espoir, mais nous ne vou­lons pas nous en conten­ter. Nous vou­lons parler, élargir et donner de l’épaisseur au mou­ve­ment en cours. Nous ne sou­hai­tons pas repro­duire les condi­tions et les erreurs qui ont fait échouer les mou­ve­ments pré­cé­dents : sépa­ra­tion entre nous et avec le monde qui nous entoure, jonc­tion impos­si­ble avec les sala­rié-e-s, invi­si­bi­li­sa­tion de l’au-delà que nous por­tons, stig­ma­ti­sa­tion média­ti­que et citoyenne des mino­ri­tés vio­len­tes... Ne lais­sons pas dis­po­si­tifs et dis­po­si­tions jouer contre nous. Pour cela il est néces­saire d’éclaircir cer­tai­nes posi­tions et parti pris.

Que Villepin ne retire pas son texte, ni aujourd’hui, ni demain, ni dans une semaine, qu’il s’obs­tine, c’est ce que nous vou­lons tou-te-s : que la lutte per­dure, que les dis­cus­sions déjà amor­cées se déve­lop­pent, s’ampli­fient... et que chacun prenne enfin posi­tion : pour ou contre le monde que l’on nous pro­pose et que subis­sent les plus pré­cai­res, cel­leux qui n’en peu­vent plus de leur boulot, de leur patron, de leur vie. Car nous sen­tons par­tout, dans l’air et dans les mots, un sou­tien, des ques­tion­ne­ments, une envie que ça explose.

Nous cher­chons un lieu (ou plu­sieurs) qui puisse deve­nir un point de ral­lie­ment, un lieu de conver­gence où tou-te-s les gré­vis­tes, du public comme du privé, les pré­cai­res, les acti­vis­tes et les autres pour­raient se ren­contrer, par­ta­ger leurs expé­rien­ces, leurs souf­fran­ces, leurs espoirs et repar­tir avec l’envie de conti­nuer, de pous­ser plus loin le combat que nous avons com­mencé. L’Ehess peut être un temps un lieu, mais d’autres lieux, vides et impre­na­bles à peu nom­breux-ses, nous per­met­traient de nous ins­tal­ler dans le long terme. Nous vou­lons la grève géné­rale, que la machine s’arrête, que la rou­tine soit cassée. Nous voyons déjà les sou­ri­res, la joie qui ani­ment cel­leux qui en veu­lent à ce monde, celles qui sont déjà en lutte. Nous voyons le mépris des têtes syn­di­ca­les qui ne pro­po­sent qu’une énième jour­née de grève et le dégoût qu’il sus­cite chez les plus énervé-es qu’illes soient syn­di­ca­lis­tes ou non.

Nous nous reconnais­sons dans la rue sans nous connaî­tre. Nous ne sommes plus des ano­ny­mes. Sans faire de l’émeute un mythe, la concré­ti­sa­tion de notre force nous lie plus à chaque confron­ta­tion.

Nous ne vou­lons pas de chefs, ni de porte-parole. Celleux qui exis­tent, nous ne les reconnais­sons pas. Que cer­tain-e-s s’assoient à la table du gou­ver­ne­ment et illes seront désa­voué-e-s. Nous n’avons rien à négo­cier et tout à pren­dre. Nous le savons main­te­nant plus que jamais.

Chirac a été élu contre Le Pen, sa majo­rité s’est ins­tal­lée grâce à l’abs­ten­tion de l’électorat de gauche. Les lois, les décrets, les ordon­nan­ces appli­quées depuis sont illé­gi­ti­mes, comme les gou­ver­ne­ments qui se sont suc­cé­dés.

Tout est passé : des poli­ti­ques qui s’atta­quaient aux plus fai­bles, aux plus dominé-e-s (sans-papiers, chô­meur-se-s, rmis­tes...), des lois qui, pour­tant, avaient réussi à former contre elles de véri­ta­bles mou­ve­ments (retrai­tes, réforme Fillon...), des mesu­res poli­ciè­res « d’excep­tion » qui sont deve­nues la règle. Nous avons vécu l’Etat d’urgence et la répres­sion des émeutes d’Octobre-Novembre 2005. Passif-ve-s. Cela n’arri­vera plus.

Nous vou­lons faire plus qu’un « coup d’arrêt ». Nous cri­ti­quons ce monde et les valeurs, les évidences qu’il porte en lui. Nous cri­ti­quons l’Ecole et la for­ma­tion, le sala­riat, la société indus­trielle, la crois­sance et le « plein emploi », le pro­grès et son cor­tège de des­truc­tions. Nous cri­ti­quons les rôles que la société vou­draient nous faire jouer : nous ne serons pas des cyni­ques sans pitié, des « gagnants » prêts à écraser les autres, des consom­ma­teurs pas­sifs ou des escla­ves.

Nous ne com­bat­tons pas que la pré­ca­rité, nous com­bat­tons l’exploi­ta­tion et le tra­vail forcé. Nous savons qu’illes sont nom­breu-ses-x cel­leux qui n’osent plus s’oppo­ser. Et illes n’ont ni un CPE, ni un CNE, mais un CDI ou un contrat pré­caire. La mul­ti­pli­ca­tion des dis­po­si­tifs de mise au tra­vail que sont les CPE, CNE, RMA, le contrôle men­suel des chô­meur-ses ne signale pas qu’une offen­sive idéo­lo­gi­que en faveur de la « valeur tra­vail », ils révè­lent une résis­tance à l’asser­vis­se­ment, l’humi­lia­tion quo­ti­dienne de cel­leux qui tra­vaillent ou pas en entre­prise (qu’elle soit publi­que ou privée, rap­pe­lons-le).

Nous ne nous lais­se­rons pas adap­ter !

Nous com­bat­tons pour une dignité bafouée, pié­ti­née sur l’autel de la com­pé­ti­tion capi­ta­liste et du pro­duc­ti­visme. En cela nous ne déta­chons pas du vécu « maté­riel » des plus pré­cai­res : l’impos­si­bi­lité de bou­cler les fins de mois, de se pro­je­ter dans l’avenir sont les consé­quen­ces des réor­ga­ni­sa­tions suc­ces­si­ves du tra­vail.

Nous savons qu’il n’y a pas d’alter­na­tive à gauche pour 2007, que les urnes ne nous amè­ne­ront que de nou­vel­les décep­tions, que tout est à faire ici et main­te­nant de manière auto­nome, sans comp­ter ni sur les syn­di­cats, ni sur les partis.

Nous n’avons aucune confiance dans les médias et nous ferons tout pour mettre à nu les men­son­ges qu’ils répan­dent. C’est par les prises de parole, les ins­crip­tions sur les murs et dans le métro, le bouche-à-oreille et les médias alter­na­tifs que nous réta­blie­rons la vérité, que nous crée­rons des liens, des conni­ven­ces, et par nos actes que nous prou­ve­rons notre matu­rité (que ce soit dans la casse ou dans le combat contre les flics).

Le mou­ve­ment que nous avons lancé ne doit pas s’arrê­ter : les inter­pelé-e-s, les inculpé-e-s de ces der­niers jours, de Novembre, de tous les mou­ve­ments sociaux de ces der­niè­res années ont besoin de notre sou­tien total pour qu’une amnis­tie soit pos­si­ble. C’est en conti­nuant la lutte pré­sente que nous ne nous enli­se­rons pas dans la lutte contre la répres­sion. La fli­caille vient d’envoyer dans le coma un syn­di­ca­liste. Nous pen­sons à lui et à son entou­rage et crions tout-e-s à la ven­geance..

Nous ne lâche­rons rien (ni per­sonne) !

Solidarité entre tou-te-s les insurgé-e-s quels que soient leurs modes d’action ou d’inter­ven­tion !

Un occu­pant de l’Ehess, le 21/03/06.

P.S. : ce « nous » est celui de tou-te-s cel­leux qui se reconnaî­tront dans ce texte et de cel­leux qui me l’ont ins­piré... Vous pouvez en faire ce que vous voulez : tract, appel ou autres... Je n’en suis pas le maître.

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