Accueil du site > Analyse et réflexion > Préavis de guerre

Préavis de guerre

Publié le 18 octobre 2007

Maj le 19 octobre 2007

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression
4 compléments d'info

« Si les syndicats veulent l’épreuve de force, je suis prêt. Deux mois sans train, eh bien ! ce sera deux mois sans train. Ou plutôt deux mois sans les cheminots. Moi j’imposerai le service minimum, avec l’armée s’il le faut »

N. Sarkozy, Canard enchaîné du 10 octobre

Il y a peu, le pré­si­dent Sarkozy mena­çait, en off, de nous envoyer l’armée si la France res­tait blo­quée deux mois... Ce qu’il y a de plus triste dans la situa­tion pré­sente ce n’est pas tant que le pré­si­dent d’une « démo­cra­tie moderne » menace d’employer des moyens mili­tai­res pour mettre fin à un mou­ve­ment social à peine amorcé ; ce n’est pas non plus que nous cour­rions le risque d’être défaits en cas d’affron­te­ment massif. Non, le plus triste de toute cette his­toire c’est qu’aux vues de la fai­blesse actuelle du mou­ve­ment ouvrier, vu le peu d’orga­ni­sa­tion entre nous (tra­vailleurs, pré­cai­res, chô­meurs…) et l’apa­thie qui semble régner actuel­le­ment en France, les chars n’auront vrai­sem­bla­ble­ment pas à sortir de leur caserne. La guerre qui nous est faite se joue ailleurs, dans les innom­bra­bles contrô­les que nous devons subir tous les jours (au boulot, dans le métro, à l’ANPE), dans l’occu­pa­tion de nos vies par les forces de l’ordre et du tra­vail. Et c’est là déjà que nous subis­sons les défai­tes et les humi­lia­tions quo­ti­dien­nes qu’on nous vend comme fai­sant partie de l’ordre des choses. C’est de là aussi que nous devons repren­dre l’offen­sive.

JPEG - 342 ko
porte d’acces bloqué

L’arse­nal pour une mise au tra­vail géné­ra­lisé se ren­force et s’affine. Il nous fau­drait tra­vailler plus tôt (avec le déve­lop­pe­ment de l’appren­tis­sage dès l’âge de 14 ans), plus long­temps chaque semaine pour aller cla­quer plus d’argent le week-end en centre de loi­sirs ou dans des maga­sins ouverts « excep­tion­nel­le­ment » tous les diman­ches. Travailler pres­que toute notre vie pour consu­mer une retraite (bien méri­tée) en club med pour les moins amo­chés du tra­vail, en hôpi­taux et mai­sons de repos pour les plus « acci­den­tés ». Il nous fau­drait confon­dre vivre et tra­vailler, vivre et être « utile », utile « socia­le­ment », nous dit-on. Travailler c’est être utile mais d’une façon bien par­ti­cu­lière : engrais­ser des patrons tout en étant soi-même docile, crain­tif, envieux, isolé comme un atome économique lancé sur le marché du tra­vail où les seules pers­pec­ti­ves valo­ri­sées sont les solu­tions et réus­si­tes indi­vi­duel­les. Le « chacun pour sa gueule ». Le « marche ou crève » (tris­te­ment véri­fié par les nom­breux sui­ci­des au tra­vail chez PSA, Renault ou Areva).

JPEG - 277.4 ko
reponse provoc chef

Le tra­vail ne doit jamais cesser, ne doit pas s’inter­rom­pre même (et sur­tout) en cas de crise sociale... d’où cette idée de ser­vice mini­mum sous cou­vert de ne pas nuire aux « clients ». Il fau­drait désor­mais se décla­rer gré­viste tout seul, fina­le­ment non plus tant comme tra­vailleur par­ta­geant une exis­tence et des condi­tions de tra­vail avec ses col­lè­gues mais comme indi­vidu libre et abs­trait, avec ses « opi­nions ». Il fau­drait désor­mais que les seules exis­ten­ces col­lec­ti­ves soient prises en charge par les syn­di­cats qui doi­vent deve­nir léga­le­ment, avec la régle­men­ta­tion sur le ser­vice mini­mum, des ins­tan­ces co-ges­tion­nai­res, de bons « par­te­nai­res sociaux ». Plus direc­te­ment, l’enca­dre­ment strict du droit de grève c’est la limi­ta­tion des moments où peu­vent se créer un rap­port de force effec­tif et une vie col­lec­tive entre col­lè­gues de tra­vail, entre cama­ra­des d’ate­lier. C’est le désa­mor­çage de la puis­sance poli­ti­que lié au monde du tra­vail, à notre ins­crip­tion économique. La limi­ta­tion du droit de grève tend à annu­ler toute pos­si­bi­lité de pou­voir peser direc­te­ment sur nos vies, sans en passer par le relais des pou­voirs publics. A terme les seuls à pou­voir comp­ter dans la France d’après seront les puis­sants du jeu poli­ti­que, les gagnants du monde économique ; les autres devront subir la réforme néces­saire. Avec les forces de l’ordre pour calmer toute contes­ta­tion, garan­tir le bon ordre poli­cier au besoin.

JPEG - 417 ko

Pour s’oppo­ser à cette mise au pas géné­ra­li­sée les jour­nées de mobi­li­sa­tion ne suf­fi­ront pas. Pourtant, il y a dans les arrêts de tra­vail qui se mul­ti­plient à cette occa­sion un moment à saisir pour se ren­contrer, pour déve­lop­per des soli­da­ri­tés qu’on peut mobi­li­ser à bien d’autres fins que la « pro­chaine jour­née d’action ». Déjà, à l’éphémère ras­sem­ble­ment d’indi­vi­dus (aussi nom­breux soient-ils) que sont les mani­fes­ta­tions-pro­ces­sions, s’ajou­tent çà et là des piquets de grève qui sont autant de lieux où peu­vent s’ancrer une conflic­tua­lité, se nouer des com­pli­ci­tés et opérer un blo­cage réel de l’économie (plutôt qu’un simple ralen­tis­se­ment de l’acti­vité lié à un jour chômé). Cette capa­cité de blo­cage cons­ti­tue encore une menace. C’est ce qui effraye encore un peu la France d’en haut (c’est ce qui pousse Sarkozy à évoquer l’inter­ven­tion des tanks pour calmer le jeu). Parce que la guerre sociale se joue là pour com­men­cer. Bloquer réel­le­ment pour repren­dre un peu de la vie que le tra­vail nous arra­che tout aussi réel­le­ment.

Des gré­vis­tes

Pour dif­fu­ser ce tract :

PDF - 11.2 ko

P.-S.

Les photos jointes au texte pour l’illustrer sont du piquet de grève du jeudi 18 octobre 2007 aux ateliers de maintenance SNCF d’Oullins.

Voir le courage des cheminots des ateliers d’Oullins pendant la guerre : Octobre lyonnais en 1942 : « Pas un homme en Allemagne ! »

Portfolio

piquet de grève oullins porte quai rhone feu pour se rechauffer à 4h du mat il fait froid fumi eteind par un chef jaune les cheminots se tiennent

Proposer un complément d'infos

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

  • Le 24 octobre 2007 à 01:45

    Ne vous laissez pas avoir ! Nous vous soutiendrons..

    TOUT LE MONDE DANS LA RUE LE 20 NOV, si nous n’agissons pas tous ensemble , ces lois nauséabondes passeront : Cap sur le démantelement de l’Etat Social !

  • Le 19 octobre 2007 à 19:57

    Fait.

    Le pdf est dispo. en fin d’article.

    Il suffit de faire un copier-coller dans openOffice puis de cliquer sur le bouton « Export to pdf ».

  • Le 19 octobre 2007 à 12:29, par Job Santer

    Je vous écris de la Nièvre, Trou Noir de la misère où disparaissent les plus vulnérables.

    Contrairement aux banlieues , dans nos campagnes , nous n’avons pas de syndicats , de solidarité combatives ... donc pas de grèves , mais pas de trains ni de bus non plus.

    Je suis de tout cœur avec ceux qui ont le courage de se battre dans les villes ... j’ai conscience de la nécessité de cette solidarité contre ces patrons voyous qui prétendent soumettre les travailleurs au développement de leurs profits avec l’approbation des pouvoirs politiques .

    Si la guerre prend tout son sens par le vol des droits sociaux des travailleurs par les patrons qui décuplent leurs profits, je fais déjà partie de l’ armée des pauvres qui n’ont plus rien à perdre parce qu’ils m’ont déjà tout pris.

    Le pouvoir n’a aucune chance contre une résistance éparpillée, organisée et déterminée .

  • Le 18 octobre 2007 à 23:46

    Bonne analyse.
    Faudrait balancer le tract original sur rebellyon en pdf pour pouvoir le réimprimer et le rediffer.


Infos locales

6 septembre

  • Migrations - sans-papierEs

    Présentation / discussion autour du prochain camp No Border

    Le pro­chain camp No Border ce sera à Bruxelles à partir du 25 sep­tem­bre. Présentation, pro­jec­tion et dis­cus­sion le 8 sept. à 19 h à La Gryffe dans le cadre d’une tour­née d’infos faite par des mili­tan­tEs bruxel­loi­sEs.


5 septembre


3 septembre

  • Rapports sociaux de genre

    Soirée de soutien au livre du CLAS à propos du viol

    Vendredi 1er octo­bre à 19h au « Z » - RN 86 à Soyons 07 (proche valence) - Entrée 5 euros.

  • Migrations - sans-papierEs

    Face au racisme et à la xénophobie d'État : La solidarité de classe, pas l'hypocrisie républicaine

    Tract CGA manif 4 sep­tem­bre :
    - Une suren­chère répres­sive et raciste
    - Une his­toire qui ne date pas d’aujourd’hui
    - Libéralisation de la parole raciste et stra­té­gie de divi­sion
    En se posant en ges­tion­nai­res de l’État et du capi­ta­lisme, les cou­rants poli­ti­ques de gauche qui font mine de s’émouvoir de la poli­ti­que actuelle, ont depuis des années apporté leur pierre à l’édifice d’une répu­bli­que raciste et xéno­phobe.


31 août


26 août

  • Education - partage des savoirs

    Appel à actions anti-bizutage/usinage à l'ENSAM, site de Cluny (pour commencer...)

    Une grande école publi­que abrite tou­jours un bizu­tage mental appelé « usi­nage » durant près d’un tri­mes­tre. Nous avons nommé l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), établissement com­posé de 8 cen­tres dont un près de chez nous, à Cluny, à 20 km de Mâcon. Un col­lec­tif local anti-usi­nage s’est créé et invite à une pre­mière action le 31 août où nous nous espé­rons nom­breux...


25 août

  • Discriminations

    « 100 villes contre la lapidation » : Rassemblement du 28 août à Lyon

    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

  • Migrations - sans-papierEs

    cartes postales à l'Elysée

    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

  • Résistances et solidarités internationales

    « Moi aussi, je boycotte ! » déclare le Président du tribunal correctionnel de Mulhouse

    Le Collectif 69 Palestine appelle à sou­te­nir les cinq mili­tants du Collectif Boycott 68 assi­gnés en cor­rec­tion­nelle le 13 sep­tem­bre, pour avoir appelé au boy­cott des pro­duits israé­liens à Carrefour de Mulhouse le 26 sep­tem­bre 2009. Des actions ont eu lieu à Lyon le 13 jan­vier et le 29 mai 2010.