Dimanche 19 novembre, 19h, soirée d’information et de soutien
avec en avant-première
“NanoVent”, pièce de théâtre ’’nanotechnologique’’
à l’ADAEP 163, Cours Berriat, Grenoble.

informations issues du tract d’appel à soutien aux deux manifestants
Rappel des faits
De février à mai 2006, le collectif Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies (OGN) organise une cinquantaine de réunions publiques d’information en France, réunissant au total plus de 2000 personnes. OGN diffuse des milliers de documents pour alerter sur les conséquences sociales, militaires, sanitaires et environnementales des nanotechnologies. Il appelle à une manifestation lors de l’inauguration officielle du centre Minatec, le 1er juin à Grenoble.
Le 1er juin, un millier de personnes marchent dans les rues de Grenoble contre Minatec, contre une science au service des industriels et des militaires. La Police a déployé un important dispositif pour bloquer le cortège juste avant la gare. Quelques manifestant-e-s brisent une vitrine de banque et un panneau de pub. Le cortège arrive devant le cordon de CRS bloquant la rue Alsace-Lorraine. Les manifestant-e-s sont dispersé-e-s violemment avec Flasballs et gaz lacrymogènes, puis pourchassé-e-s dans les rues. Les CRS utilisent des grenades de désencerclement sur un rassemblement pacifique Place St-Bruno : une jeune fille est grièvement blessée au visage. Les quelques manifestant-e-s rassemblé-e-s Place Félix Poulat rejoignent ensuite « la BifurK », lieu d’information et de débats sur les nanotechnologies depuis le 29 mai.
Le 2 juin, jour de l’inauguration retardée, les grenoblois se réveillent dans une ville en état de siège : la zone autour de Minatec est soumise à des restrictions de circulation et de stationnement draconiennes depuis la veille au soir. Elle est verrouillée par des grilles anti-émeutes. Des centaines de policiers sont déployés dans la ville. Ils fouillent et contrôlent systématiquement tout rassemblement de plus de cinq personnes, parfois plusieurs fois de suite. Malgré ce harcèlement, les militants anti-Minatec distribuent des tracts pour informer et débattre dans les rues avec les grenoblois.
A 7h00 sur le campus, un campement de 30 militant-e-s est évacué manu militari par 200 policiers. A partir de 8h30, la Bifurk est encerclée par la police (notamment Brigade Anti-Criminalité). Toute personne entrante ou sortante doit subir une fouille complète et un contrôle d’identité.
A 9h30, deux membres du collectif OGN sont interpellés alors qu’ils se dirigent vers le centre-ville à vélo. Ils sont maintenus 10h en garde-à-vue, emmenés menottés à leur domicile pour une perquisition, et doivent se soumettre à un prélèvement ADN pour fichage (qu’ils refusent). Ils seront jugés le 20 novembre par le Tribunal Correctionnel pour : « n’étant pas porteurs d’une arme, avoir continué volontairement à participer à un attroupement après les sommations de dispersion, le 1er juin 2006 ».
La répression des opposant-e-s continue
. Le 9 mai 2006, l’émission de TéléGrenoble "Une heure pour avancer sur la crainte des nanotechnologies" a confronté en direct un militant anti-Minatec à deux promoteurs du projet. Le siège parisien de TéléGrenoble a immédiatement reçu de vives protestations de la part d’Olivier Noblecourt, directeur de cabinet du maire de Grenoble (financeur de Minatec). Ces pressions ont contribué au départ de la chaîne du journaliste animant l’émission.
. Pour avoir hébergé l’Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies, les collectifs d’associations Cap Berriat et La Bifurk ont subi des pressions de la part de la mairie de Grenoble, notamment des menaces de baisse de subvention.
. Le 18 septembre 2006, deux personnes identifiées comme « opposantes » se sont vues refuser l’accès à l’inauguration de l’exposition Nanodialogue au CCSTI, après fouille et contrôle d’identité par la Police. Un groupe d’étudiants invités par leur professeur a failli ne pas pouvoir entrer pour les même raisons, et a été suivi par un policier des RG durant tout l’évènement.
. Deux autres manifestants seront jugés le 10 janvier 2007 à Grenoble, pour « outrage à agent » et « violences sur agent », suite à une interpellation lors de la manifestation du 1er juin 2006 et une autre lors de l’évacuation matinale et musclée du campement sur le campus le 2 juin.
Pourquoi nous avons manifesté contre Minatec ?
Parce que nous sommes pour une science orientée par le bien commun et contrôlée par la population, pour une science qui ne soit pas au service des profits industriels et de l’Armée, pour une science qui ne détruise pas notre santé et notre environnement.
Les nanoparticules, amiante-bis ? Les nanoparticules sont commercialisées sans étude toxicologique. En juin 2006, un rapport remis au Ministère de l’Ecologie affirmait : « Aucune évaluation des risques, y compris pour les nanostructures les plus fabriquées, n’est actuellement disponible. Toutefois les résultats de tests de laboratoire […] laissent penser que les organismes vivants peuvent être affectés par l’exposition à des nanomatériaux. » (http://www.ecologie.gouv.fr). Quelques jours plus tard éclatait en Allemagne le premier scandale sanitaire impliquant les nanos : le nettoyant ménager « Magic Nano » a été retiré en urgence des rayons, après avoir déclenché des phénomènes de détresse respiratoire chez 97 consommateurs. Minatec, centre de recherche militaire
En mars 2006, la Ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie visitait le chantier de Minatec en expliquant son importance pour l’Armée. Quatre ans plus tôt, la Délégation Générale pour l’Armement (DGA) signait une convention avec Minatec, permettant à l’Armée de participer au choix des recherches et d’acquérir les technologies inventées. Minatec permettra aux militaires de produire le matériel des guerres du futur : drones, missiles intelligents, gaz de combat… C’est ce que décrit un rapport publié en septembre 2006 par l’Observatoire des Armements (http://www.obsarm.org).
La dérive totalitaire des nanos Les nanotechnologies rendent possibles de nouveaux outils de contrôle social d’une puissance inégalée dans l’histoire humaine : vidéosurveillance invisible, nanopuces lisibles à distance (RFID) ou implantables sous la peau, biométrie… Ces outils permettront toutes les dérives sécuritaires. Quand les puces sous-cutanées seront obligatoires et les rues truffées de nanocaméras, quelles seront les résistances possibles face à un pouvoir totalitaire ?
Enfin, Minatec a été construit sans débat public, sans information sur ses nuisances environnementales et sanitaires, sans information sur ses implications militaires et policières. Minatec est contrôlé par le Commissariat à l’Energie Atomique, structure opaque. 75% des 190 millions d’euros de Minatec sont des fonds publics : Conseil Général de l’Isère, Métro, Ville de Grenoble… Mais les profits de Minatec, eux, seront avant tout pour les industriels.
Communiqué des deux manifestants à la suite du procès du 20 novembre 2006 à Grenoble :
Notre relaxe marque pour nous la fin d’un cycle qui a débuté le 2 juin dernier dans un sordide fourgon de police pour s’achever hier dans une salle du Tribunal correctionnel. De ce "voyage répressif", nous retiendrons le sadisme de certains policiers, la puanteur des cellules, l’humiliation de la fouille au corps et de la perquisition, la pression suite à notre refus de prélèvement ADN, la pénible et surréaliste ambiance du Tribunal, l’infantilisation face aux juges et au procureur ; mais aussi, et surtout, nous retiendrons la solidarité collective, le soutien par la présence et la pensée, tous les liens forts d’entraide partagés.
Cette relaxe doit beaucoup à la cinquantaine de témoignages écrits reçus, aux 250 personnes qui sont venues nous soutenir au Tribunal et à la très bonne plaidoirie de notre avocat. Nous enverrons dans les jours qui viennent sur Indymedia Grenoble un récit détaillé de notre procès, histoire de partager les moments intenses vécus hier.
Ce verdict, s’il nous apporte un soulagement personnel, ne diminue cependant pas notre colère et notre volonté de changement social. Ce procès a été pour nous l’occasion de remettre en lumière les raisons pour lesquelles nous avons manifesté le 1er juin dernier : une recherche scientifique au service des profits industriels et de la puissance militaire ; une course au high tech qui méprise ses conséquences sociales et environnementales ; de nouvelles technologies de contrôle social qui feront l’omnipotence des Pinochet du futur.
Ce qui s’est passé en juin dernier préfigure une société techno-totalitaire, un Etat qui étouffe toute résistance par la force des CRS et de leurs grenades, de la BAC et de leurs flashballs, des RG et de leurs indics. Ou, plus insidieusement, une société qui éteint l’esprit critique par les campagnes de "com", les débats sans enjeux, les postures pseudo-critiques des décideurs politiques, les comités d’éthique oligarchiques, autant de dispositifs d’acceptabilité pour éviter le "scénario OGM" et éloigner la population des réels centres de décision, d’une réelle information.
Face à la destruction de notre environnement, face au pillage des pays du Sud, face à la misère psychique et aux inégalités sociales d’une France "à la pointe du progrès", nous n’avons pas besoin de Minatec et de ses frigos intelligents, de Minalogic et de ses écrans toujours plus plats, du Techno-Sillon-Alpin et de son tunnel sous la Bastille ; nous avons besoin de renouer avec la politique, la réflexion sur la société que nous voulons pour nous et nos enfants, la résistance en actes et en pensées.
De janvier à juin 2006, l’Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies a montré qu’en se regroupant à quelques dizaines, avec un budget ridicule, en organisant une soixantaine de réunions d’information et en diffusant des milliers de documents, il est possible de faire vaciller l’image lénifiante des nanos, construite à coup de centaines de milliers d’euros et de cabinets publicitaires ; de transformer l’inauguration pompeuse de Minatec en échec médiatique. L’inlassable travail d’enquête de Pièces et Main d’Oeuvre, mais également toutes les actions de résistance -occupation du chantier de Minatec en décembre 2004, nombreuses soirées d’information, diffusion de canulars comme le "Faux Métroscope", "Libertys" ou "Tunnelis"…- montrent qu’il est possible de résister au "système technicien" que dénonçait déjà Jacques Ellul dans les années 70.
Parce que nous refusons de rentrer dans la logique de l’Etat qui, en choisissant d’arrêter quelques manifestants sur mille, cherche non seulement à criminaliser les mouvements politiques, mais également à les personnifier, nous n’avons pas pris la parole publiquement devant les médias présents lors du procès (M6, France3, Le Daubé, Télégrenoble, l’AFP, etc.). Pour nous, ce procès était avant tout celui de Minatec ; le procès de l’Etat, des industriels et des militaires ; le procès d’une organisation sociale qui détruit le Bien commun.
Pour terminer, nous vous invitons à deux futurs procès : le 10 janvier 2007, pour soutenir les deux autres personnes inculpées lors des évènements contre Minatec ; et, vraisemblablement, notre possible futur procès pour « refus de prélèvement ADN »…
Les deux manifestants jugés à Grenoble le 20 novembre 2006
procesminatec(Arobase)no-log.org


