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Procès du Militante Gruppe à Berlin

Publié le 17 novembre 2009

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Axel, Florian et Oliver sont trois militants allemands soupçonnés d’appartenance au Militante Gruppe (MG). Le 16 octobre 2009 à Berlin s’est déroulé la dernière scéance de leur procès.
Verdict : de 3 ans à 3 ans et demi de prison ferme.

L’affaire com­mence en juin 2001, à Berlin. Lorsque le siège de Daimler-Benz part en fumée et que des (ex-)nazis encore au gou­ver­ne­ment reçoi­vent des let­tres de mena­ces. Les fan­tô­mes du passé resur­gis­sent, on s’en prend au grand Capital : mais ça sen­ti­rait pas l’extrême gauche ?
En effet, les actions ne tar­dent pas à être reven­di­quées par un groupe anti­ca­pi­ta­liste jusque-là inconnu des ser­vi­ces fédé­raux : le Militante Gruppe [1].

Le par­quet fédé­ral ouvre alors une enquête sur cette « asso­cia­tion ter­ro­riste ». Le BKA (plus ou moins nos RG) est mis sur l’affaire. Ils se met­tent à pister quel­ques indi­vi­dus du milieu anti­ca­pi­ta­liste ber­li­nois. Ils y met­tent les moyens, mais disons que ça ne rap­porte pas gros : aucune preuve, à peine des pistes, et pen­dant ce temps-là, le Militante Gruppe reven­di­que tou­jours des incen­dies.
En plus, le BKA fait quel­ques bour­des. Entre autres, un flic a laissé fil­trer des infos à la presse, ce qui permit aux sur­veillés d’appren­dre dans les jour­naux qu’ils sont offi­ciel­le­ment dans le col­li­ma­teur de la fli­caille, Le contre-sommet du G8 à Rostock en 2007 donne l’occa­sion de per­qui­si­tion­ner tout un tas de lieux mili­tants, des appar­te­ments, des voi­tu­res... mais le BKA ne trouve tou­jours pas de preuve acca­blante.

Jusqu’au jour où...
Dans la nuit du 31 juillet 2007, sur le ter­rain de l’entre­prise MAN dans le Land de Brandenburg/Havel, Florian, Axel et Oliver sont arrê­tés, après avoir essayé , aux dires des poli­ciers, d’avoir incen­dié des véhi­cu­les de l’armée.
Le même jour, un prof d’uni­ver­sité à Berlin, Andrej, a lui aussi été arrêté, les domi­ci­les et lieux de tra­vail de trois autres per­son­nes sont per­qui­si­tion­nés à Berlin et Leipzig. L’accu­sa­tion qui leur est portée est « appar­te­nance à une asso­cia­tion ter­ro­riste (Militante Gruppe) ».
Après qu’Andrej ait été épargné de déten­tion pré­ven­tive par le juge d’ins­truc­tion, la cour de jus­tice fédé­rale leva le mandat d’arrêt le 24 octo­bre par manque de preuve.
Le 28 novem­bre 2007 la cour a décidé de libé­rer Axel, Florian et Oliver de la déten­tion pro­vi­soire contre une cau­tion de 30 000 euros par per­sonne. La cour décide alors de ne plus pour­sui­vre le MG comme « asso­cia­tion ter­ro­riste » mais comme une « asso­cia­tion cri­mi­nelle » .

Commence alors pour Axel, Florian et Oliver un long procès ; en tout 63 dates, étalées entre sep­tem­bre 2008 et octo­bre 2009.

Parallèlement au procès, de nom­breu­ses manifs et actions de sou­tien ont eu lieu à tra­vers le pays. Les reven­di­ca­tions étaient l’abro­ga­tion des lois anti­ter­ro­ris­tes et l’aban­don des pour­sui­tes.
Le sou­tien aux inculpés fut assez fédé­ra­teur, puisqu’on prit parti pour les trois anti­mi­li­ta­ris­tes jusque dans la gauche par­le­men­taire . (notam­ment au sein du SPD, sociaux démo­cra­tes). La ques­tion brû­lante « peut-on condam­ner des anti-mili­ta­ris­tes ? » a encore fait couler de l’encre.

Le jour du ver­dict, devant le tri­bu­nal, une cin­quan­taine de per­son­nes se sont réu­nies. Sur une des ban­de­ro­les, il y avait une jeep qui brûle, et en com­men­taire « ce qui brûle en Allemagne ne fait pas de dégâts en Afghanistan ».

La ban­de­role a été confis­quée, et le ver­dict est tombé pour Axel Florian et Oliver : de 3 ans à 3 ans et demi ferme. Ils res­tent dedans jusqu’en 2010 au moins.

En atten­dant, des manifs et incen­dies en soli­da­rité fusent un peu par­tout à tra­vers la Bundes Republik ; la mobi­li­sa­tion est impor­tante. Le Militante Gruppe y est quasi un sym­bole.
Il a non seu­le­ment reven­di­qué plus de 20 incen­dies ; mais aussi impulsé, voire mené, un débat sur l’action directe vio­lente au sein de la gauche radi­cale alle­mande. « Die Militante Gruppe, Die Salz in der Suppe ! » [2]

Depuis 2003, plus d’une cen­taine de 4x4 et autres BMW brû­lent chaque année à Berlin. Le Militante Gruppe aurait-il mis le feu aux pou­dres ?

P.-S.

Si vous voulez en savoir plus, il y a quelques articles en français sur http://einstellung.so36.net/fr.
Si vous êtes germanophone, http://de.indymedia.org ou http://taz.de sont aussi de bonnes sources. A la rigueur les Berliner Morgen Post.
Ce sont les sources à partir desquelles j’ai rédigé l’article.

Notes

[1] A noter que Militanz, en allemand, ne signifie pas « militantisme » en français, mais « activisme armé ».

[2] Le sel dans la soupe !

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