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Quel antifascisme aujourd’hui ?

Publié le 31 mars 2011

A l’heure où, entre les violences fascistes dans les rues et la recrudescence du FN dans les médias, la lutte contre le fascisme est toujours plus présente dans les préoccupations militantes, petite réflexion sur la situation actuelle et sur les moyens de lutter. Texte de la CGA-Lyon.

Sommaire :
- Le néces­saire bilan de deux décen­nies « d’anti­fas­cisme »
- Analyser le fas­cisme comme ten­dance
- La situa­tion sur le plan inter­na­tio­nal
- La situa­tion en France
- Une réponse anar­chiste


Le nécessaire bilan de deux décénnies « d’antifascisme »

La lutte contre le fas­cisme a jusqu’à son effon­dre­ment tem­po­raire, été sou­vent amal­ga­mée en France avec la lutte contre le Front National et les idées racis­tes et réac­tion­nai­res qu’il véhi­cule.

Or le Front natio­nal n’est pas à pro­pre­ment parler un parti fas­ciste, même s’il com­porte une com­po­sante fas­ciste. C’est un parti d’extrême droite natio­na­liste, qui a pen­dant long­temps fait coexis­ter des ten­dan­ces idéo­lo­gi­ques dif­fé­ren­tes, depuis les nos­tal­gi­ques de l’Algérie fran­çaise, jusqu’au catho­li­cisme inté­griste, et pour un cer­tain temps, les natio­na­lis­tes révo­lu­tion­nai­res.

Il a repré­senté pen­dant long­temps la face visi­ble et la plus expli­cite d’un natio­na­lisme qui irri­gue la classe poli­ti­que en France, de la droite à la gauche voire à une partie de l’extrême gauche.

Il a repré­senté la for­mu­la­tion expli­cite des consé­quen­ces idéo­lo­gi­ques de ce natio­na­lisme : un dis­cours raciste et xéno­phobe, mais aussi sexiste et homo­phobe.

Il cor­res­pond au choix de la bour­geoi­sie fran­çaise, dans le contexte de crise lié au second choc pétro­lier, de pro­mou­voir une grille de lec­ture raciste et xéno­phobe pour mas­quer les anta­go­nis­tes de classe, et ainsi com­bat­tre le déve­lop­pe­ment de luttes popu­lai­res. Il a également béné­fi­cié des faci­li­tés accor­dées par la sociale-démo­cra­ties, dans une pers­pec­tive poli­ti­cienne, afin de briser sur le plan électoral l’influence de la droite.

La stra­té­gie anti­fas­ciste de riposte domi­nante pen­dant ces 20 der­niè­res années a été la créa­tion de front anti­fas­ciste spé­ci­fi­ques, larges et uni­tai­res, dont la domi­nante idéo­lo­gi­que a été un dis­cours moral, fondé sur les valeurs huma­niste, dans les­quels les réfé­ren­ces de classe et à la nature du natio­na­lisme comme outil des clas­ses domi­nante a été dilué, voire com­plè­te­ment mas­quée.

Même si les liber­tai­res, comme d’autres grou­pes d’extrême gauche, ont tenté de visi­bi­li­ser cette dimen­sion au sein de ces fronts, ils n’ont pu se faire enten­dre de manière audi­ble, ce qui a amené à une pré­do­mi­nance du dis­cours répu­bli­cain en matière « d’anti­fas­cisme ». Cela a sou­vent amené les liber­tai­res a faire les « peti­tes mains » de fronts anti­fas­cis­tes qui pro­mou­vaient une appro­che clas­siste du fas­cisme.

« L’anti­fas­cisme radi­cal » n’échappe pas à ce cons­tat. Malgré la volonté et les ten­ta­ti­ves de relier la lutte contre le fas­cisme à la lutte contre le capi­ta­lisme, la dimen­sion spé­ci­fi­que de ce cou­rant a sou­vent évolué vers une ten­dance à réduire la lutte contre le fas­cisme à la lutte contre les fas­cis­tes, à se conten­ter d’une « riposte » qui pla­çait néces­sai­re­ment la lutte sur le ter­rain même du fas­cisme, lui lais­sant l’ini­tia­tive poli­ti­que, voire dans cer­tai­nes de ses expres­sions, au folk­lore plus qu’à l’action poli­ti­que. Une chose est sûre c’est que le déve­lop­pe­ment des idées natio­na­lis­tes, racis­tes et xéno­pho­bes n’a pas été stoppé, et qu’il a même été donné crédit à la rhé­to­ri­que du fas­cisme qui a ainsi pu se pré­sen­ter comme « anti­sys­tème », comme « révo­lu­tion­naire ».

Un autre aspect de ce bilan est qu’une telle appro­che foca­li­sée sur une orga­ni­sa­tion, le FN, est passé à côté de la réa­lité idéo­lo­gi­que du fas­cisme, à savoir sa stra­té­gie d’implan­ta­tion « méta­po­li­ti­que », c’est à dire en conqué­rant une influence idéo­lo­gi­que par la culture, mais aussi par un patient tra­vail d’implan­ta­tion sociale. Elle a également eu pour effet d’empê­cher de saisir les « nou­vel­les » formes et ten­dance du fas­cisme, celui de la réor­ga­ni­sa­tion d’un cou­rant fas­ciste authen­ti­que, alliant racisme, anti­sé­mi­tisme et rhé­to­ri­que « anti­ca­pi­ta­liste », alliant dis­cours social et natio­nal, et se déve­lop­pant hors de la sphère clas­si­que et iden­ti­fiée du fas­cisme fran­çais, puisqu’il s’enra­cine et se déve­loppe également au sein des mino­ri­tés natio­na­les.

Analyser le fascisme comme tendance

Définir le fas­cisme

Qu’est-ce que le fas­cisme his­to­ri­que­ment ? C’est l’alliance entre dis­cours social et natio­nal, la for­ma­tion d’une « droite r évolutionnaire » qui remet en cause l’idéo­lo­gie démo­cra­ti­que bour­geoise, se vit comme « révo­lu­tion­naire », mais sert les inté­rêts de la bour­geoi­sie en bri­sant les lutte popu­lai­res et toute pers­pec­tive révo­lu­tion­naire. C’est aussi un dis­cours voyant la société - amal­ga­mée à la « nation », ce mythe au ser­vice de la bour­geoi­sie- comme un « orga­nisme » qu’il faut puri­fier (des « enne­mis inté­rieurs » que sont les mino­ri­tés natio­na­les et les étrangers, mais aussi les sub­ver­sifs), diri­ger et défen­dre contre elle même, en la gui­dant d’une main de fer.

C’est un dis­cours idéo­lo­gi­que qui se fonde sur une vision raciste ou eth­no­dif­fé­ren­cia­liste iden­ti­taire (racisme bio­lo­gi­que ou cultu­rel) qui divise l’espèce humaine en grou­pes aux­quels il assi­gne une « race », une iden­tité essen­tia­li­sée, c’est à dire une ensem­ble de carac­te­ris­ti­ques sté­réo­ty­pi­ques. C’est enfin un dis­cours assi­gnant ces iden­ti­tés à un ter­ri­toire, autour d’une mys­ti­que de la terre et des morts (cf Maurras, l’un des théo­ri­ciens fran­çais du fas­cisme).

C’est une idéo­lo­gie qui oppose le capi­ta­lisme indus­triel, cor­po­ra­tiste, consi­déré comme « authen­ti­que », au capi­ta­lisme finan­cier, arbi­trai­re­ment séparé, et amal­gamé aux juifs par le dis­cours anti­sé­mite, ce qui permet de pro­té­ger la classe capi­ta­liste par une stra­té­gie de bouc émissaire.

Le fas­cisme et la crise

Dans une période de crise d’adap­ta­tion capi­ta­liste, le fas­cisme est l’ultime recours du capi­ta­lisme et de la bour­geoi­sie : pour briser toute résis­tance des clas­ses popu­lai­res à ses offen­si­ves, mais aussi pour « mettre de l’ordre » en son sein. Tant que son pou­voir n’est pas remis en cause, la bour­geoi­sie a inté­rêt à pré­ser­ver le cadre de la démo­cra­tie repré­sen­ta­tive, car le pou­voir d’influence est la forme de pou­voir la plus effi­cace et la plus économique. Mais dès lors que ce pou­voir est fra­gi­lisé, la ten­ta­tion fas­ciste sus­cite rapi­de­ment l’adhé­sion de larges sec­teurs de la bour­geoi­sie.

Dans la période actuelle, la crise économique et sociale capi­ta­liste a sus­cité un cer­tains nombre de résis­tan­ces popu­lai­res qui inquiè­tent la bour­geoi­sie. Parallèlement, elle béné­fi­cie depuis plus de dix ans d’un avan­tage cer­tain dans la lutte des clas­ses liée à la désor­ga­ni­sa­tion du mou­ve­ment ouvrier à l’échelle inter­na­tio­nale :

Du fait de l’effon­dre­ment de l’URSS, la fin de l’illu­sion sta­li­nienne a marqué l’affai­blis­se­ment des mou­ve­ments de clas­ses qui se situaient en réfé­rence à l’union sovié­ti­que. Faute d’un projet révo­lu­tion­naire alter­na­tif, c’est le fata­lisme et le sen­ti­ment de l’immua­bi­lité du sys­tème capi­ta­liste qui s’est ins­tallé dans de large sec­teurs des clas­ses popu­lai­res

L’inté­gra­tion d’une partie du mou­ve­ment ouvrier par le sys­tème capi­ta­liste, lié à la bureau­cra­ti­sa­tion et à l’électoralisme, a affai­bli l’auto­no­mie de celui-ci et l’a rendu dépen­dant de la poli­ti­que sociale-démo­crate.

Cet avan­tage, la bour­geoi­sie veut le pous­ser et c’est ce qui l’amène à mener une offen­sive sans pre­cé­de­ment contre les conquê­tes socia­les popu­lai­res, qu’elle n’est plus contrain­tes de conser­ver pour pré­ve­nir une dyna­mi­que révo­lu­tion­naire, puis­que l’exis­tence d’une alter­na­tive au capi­ta­lisme n’est plus portée que par une frac­tion très res­treinte du mou­ve­ment ouvrier et des clas­ses popu­lai­res, inau­di­ble pour le plus grand nombre, en partie du fait de la puis­sance des relais idéo­lo­gi­ques de la bour­geoi­sie.

La stra­té­gie de « contre révo­lu­tion pré­ven­tive », appli­quant notam­ment la doc­trine de la guerre révo­lu­tion­naire à la ges­tion de la contes­ta­tion sociale, est à l’oeuvre.

La doc­trine de la guerre révo­lu­tion­naire repose sur 2 aspects : isoler un « ennemi inté­rieur » rel ou dési­gné du corps social. Créer dans ce sens des « hié­rar­chies par­ral­lè­les visant à saper la base sociale de cet « ennemi inté­rieur », c’est à dire les liens qu’il entre­tient avec la popu­la­tion.

Le statut quo aujourd’hui qui permet au capi­ta­lisme de se main­te­nir, sans explo­ser sous les contra­dic­tions qui le tra­vaillent, est lié à la capa­cité d’adap­ta­tion de celui-ci, et plus lar­ge­ment des sys­tè­mes de domi­na­tion. Il est lié à l’absence de pers­pec­tive révo­lu­tion­naire, faute de pers­pec­tive (projet de société alter­na­tive) et de dyna­mi­que d’auto-orga­ni­sa­tion de masse.

Mais l’Etat et la bour­geoi­sie savent que ce statut quo est pré­caire, et ten­tent de pré­ser­ver l’avan­tage en menant une offen­sive géné­ra­li­sée qui vise non seu­le­ment à faire payer la crise aux tra­vailleu­ses et tra­vailleurs, et ainsi pour elle se « refaire », mais aussi à les démo­ra­li­ser. Mais elle s’ins­crit plus lar­ge­ment dans la logi­que sys­té­mi­que du capi­ta­lisme, celle de l’appro­pria­tion d’une part tou­jours plus impor­tante des riches­ses créées par les tra­vailleu­ses et tra­vailleurs.

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La situation sur le plan international

Cette situa­tion est visi­ble clai­re­ment sur le plan inter­na­tio­nal. On assiste à un triple mou­ve­ment : le ren­for­ce­ment des outils de coer­ci­tion des états et des régi­mes coer­cii­tifs visant à répri­mer les mou­ve­ments popu­lai­res liés à la révolte des clas­ses popu­lai­res contre leurs condi­tions de vie.

Le déve­lop­pe­ment de mou­ve­ments popu­lai­res pous­sés par la néces­si­tés, qui se confron­tent aux inté­rêts de la bour­geoi­sie et des Etats, pour défen­dre leurs inté­rêts. Et enfin le déve­lop­pe­ment de cou­rants idéo­lo­gi­ques qui s’ins­cri­vent dans la défense des inté­rêts de la bour­geoi­sie confronté à ces sou­lè­ve­ment, mais qui se pré­sen­tent comme « révo­lu­tion­nai­res » et « anti­ca­pi­ta­lis­tes ». Ces ten­dan­ces cor­res­pon­dent aux dif­fé­ren­tes formes que pren­nent le fas­cisme.

En europe, on cons­tate le déve­lop­pe­ment de mou­ve­ments natio­na­lis­tes, et notam­ment « natio­na­liste révo­lu­tion­nai­res », qui se tra­dui­sent à la fois par des vio­len­ces contre les mino­ri­tés natio­na­les (arabes, noirs, juifs, rroms,...), et contre les mili­tant-e-s anti­fas­cis­tes et pro­gres­sifs (agres­sions de cama­ra­des en Russie, en Serbie, etc...) Aux Etats unis, on cons­tate le déve­lop­pe­ment de grou­pes natio­na­lis­tes et racia­lis­tes, depuis les sup­pré­ma­cis­tes blancs jusqu’aux « minute men » ser­vant d’auxi­liè­res à la poli­ti­que de répres­sion de l’immi­gra­tion amé­ri­caine. En amé­ri­que du sud, le déve­lop­pe­ment de grou­pes para­mi­li­tai­res de type natio­na­lis­tes et de grou­pes néo-nazis répond aux mêmes dyna­mi­ques.

En Turquie, les grou­pes fas­cis­tes tels que les loup gris mènent une poli­ti­que de vio­lence et de ter­reur fas­ciste contre les mino­ri­tés natio­na­les kurdes, armé­nien­nes, les mino­ri­tés reli­gieu­ses (hale­vis), et les mili­tant-e-s révo­lu­tion­nai­res.

Dans un cer­tains nom­bres de pays où la reli­gion musul­ma­nes est majo­ri­tai­res, les grou­pes qui assu­ment ce type de poli­ti­que se cachent der­rière le masque de la reli­gion : nervis fas­cis­tes ira­niens se récla­mant de l’islam qui répri­ment et atta­quent les mili­tant-e-s ouvriers et fémi­nis­tes ira­nien-ne-s, fas­cis­tes ou réac­tion­nai­res reli­gieux tels que les frères musul­mans, les sala­fis­tes, les mili­tant-e-s du FIS en Algérie, qui ser­vent de sup­plé­tifs à la répres­sion antiou­vrière et anti­fé­mi­niste, ainsi que de « fausse oppo­si­tion » et de « fausse alter­na­tive » à des pou­voirs natio­na­lis­tes dis­cré­di­tés, qui mènent eux aussi une répres­sion directe des luttes popu­lai­res.

Ce type de mou­ve­ment existe également dans bon nombre de pays catho­li­ques ou ortho­doxes, à tra­vers notam­ment des mou­ve­ment réac­tion­nai­res reli­gieux qui assu­ment ce type de poli­ti­que.

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Manifestation antifasciste - Lyon - le 10 avril 2010

La situation en France

La période récente se tra­duit par une montée en puis­sance du natio­na­lisme, entre­tenu notam­ment par le pou­voir poli­ti­que, mais aussi les relais média­ti­ques et idéo­lo­gi­ques de la bour­geo­sie. Si ce natio­na­lisme irri­gue la quasi tota­lité des cou­rants poli­ti­ques, depuis la gauche colo­niale jusqu’à l’extrême droite, les cou­rants fas­cis­tes sont le fer de lance de sa dif­fu­sion en milieu popu­laire, au moyen d’une rhé­to­ri­que « sociale » pseudo-anti­ca­pi­ta­liste.

Au sein des caté­go­ries de popu­la­tion dési­gnée par l’idéo­lo­gie natio­nale comme cons­ti­tuant le « corps natio­nal », le fas­cisme joue un rôle mobi­li­sa­teur pour les inté­rêts de la bour­geoi­sie, en pré­sen­tant la vio­lence sociale non pour ce qu’elle est, le résul­tat du capi­ta­lisme, mais pour l’effet de l’action « d’enne­mis inté­rieurs » ou « d’enne­mis exté­rieurs ». Ces « enne­mis inté­rieurs » et « éxterieurs » sont dési­gnés comme étant les mem­bres de mino­ri­tés natio­na­les, reli­gieu­ses, sexuel­les du pays, ou les étrangers.

En contexte de crise, c’est la ten­dance « socia­liste-natio­nale » qui se déve­loppe le plus rapi­de­ment, autour notam­ment d’un anti­sé­mi­tisme viru­lent (qui se masque der­rière un dis­cours pré­ten­due­ment anti­sio­niste) réac­ti­vant la figure de bouc émissaire du juif, d’une isla­mo­pho­bie viru­lante (sub­sti­tuant ou le plus sou­vent ajou­tant à la figure bouc-émissaire du juif celle du musul­man), et plus lar­ge­ment d’un racisme « décom­plexé ».

Cette ten­dance « socia­liste-natio­nale » est repré­senté par plu­sieurs orga­ni­sa­tions se récla­mant plus ou moins ouver­te­ment du natio­na­lisme révo­lu­tion­naire : Egalité et réconci­lia­tion et ses alliés (Dieudonné et les relais de l’Etat d’Iran en France que sont les mili­tants du centre Zahra), qui pri­vi­lé­gie un front anti­sé­mite visant à mobi­li­ser au côté des natio­na­lis­tes fran­çais une partie des per­son­nes appar­te­nant à la mino­rité natio­nale arabe. Les iden­ti­tai­res qui pri­vi­lé­gient un front « anti­mu­sul­man » qui vise à mobi­li­ser au côté des natio­na­lis­tes révo­lu­tion­nai­res euro­péens les cou­rants racis­tes qui se cachent der­rière une « lai­cité » à deux vitesse, et une partie des per­son­nes appar­te­nant à la mino­rité natio­nale juive (notam­ment la frange fas­ciste du sio­nisme, comme en témoi­gne l’orga­ni­sa­tion d’une mani­fes­ta­tion com­mune iden­ti­tai­res-LDJ devant l’ambas­sade d’Israel).

Enfin, à cela s’ajoute la frac­tion mari­niste du FN qui tente de déve­lop­per un dis­cours « natio­nal et social » proche de celui des iden­ti­tai­res, mais qui dif­fère en ce qu’il pri­vi­lé­gie un cadre natio­na­liste fran­çais au cadre natio­na­liste euro­péen (supré­ma­ciste blanc) des iden­ti­tai­res.

Toutes ces ten­dan­ces ten­tent de dévier la révolte sociale vers une appro­che natio­na­liste, xéno­phobe et raciste, en se pré­sen­tant comme « révo­lu­tion­nai­res ». Leur radi­ca­lité for­melle leur permet d’amener aux thèses natio­na­lis­tes une partie des tra­vailleu­ses et tra­vailleurs en révolte contre le sys­tème capi­ta­liste, à tra­vers un « anti­ca­pi­ta­lisme » qui se réduit à la défense du cor­po­ra­tisme contre le « capi­tal finan­cier », à pré­sen­ter la nation comme un recours contre la « finance inter­na­tio­nale », à une cri­ti­que des valeurs consu­mé­ris­tes, sans contenu de classe, sans lien avec la réa­lité des luttes popu­lai­res. C’est en ce sens que ces cou­rants dif­fè­rent des cou­rants natio­na­lis­tes de la droite clas­si­que : en période de crise ceux-ci appa­rais­sent trop ouver­te­ment comme les repré­sen­tants de la classe bour­geoise (en témoi­gnent les affai­res Béttencourt, etc...), et sus­ci­tent donc la méfiance au sein des clas­ses popu­lai­res. Alors que la radi­ca­lité de pos­tu­res des natio­na­lis­tes révo­lu­tion­nai­res, leur convic­tion d’être « révo­lu­tion­nai­res », leur permet d’atti­rer aux thèses natio­na­lis­tes des indi­vi­dus appar­te­nant aux clas­ses popu­lai­res, en mobi­li­sant les valeurs réac­tion­nai­res lar­ge­ment pré­sen­tes dans la société (sexisme, homo­pho­bie, chau­vi­nisme...).

Soral a ainsi d’abord cons­truit son image de « rebelle’ » sur un dis­cours anti­fé­mi­niste et homo­phobe, pré­senté comme un « refus du poli­ti­que­ment cor­rect », puis sur un anti­sio­nisme anti­sé­mite qui a visé à ins­tru­men­ta­li­ser la ques­tion pales­ti­nienne pour relé­gi­ti­mer l’anti­sé­mi­tisme his­to­ri­que des fas­cis­tes fran­çais.

L’outil inter­net a donné une caisse de réso­nance impor­tante à des cou­rants au départ confi­den­tiel, qui ont su uti­li­ser les nou­vel­les tech­no­lo­gies (vidéos sur dai­ly­mo­tion, you­tube), pour dif­fu­ser leur pensée. Ils ont également su uti­li­ser des pas­se­rel­les, sous la forme de sites inter­nets relayant en lien leurs dis­cours ou de per­son­nes cau­tion­nant leur dis­cours (les uni­ver­si­tai­res « Bricmont », le jour­na­liste « Michel Collon ») au nom d’un « anti-impé­ria­lisme » hérité du sta­li­nisme ou du tiers­mon­disme d’une part, les pseu­dos lai­ques relayant un dis­cours racis­tes (par exem­ple l’offi­cine raciste « riposte laique ») der­rière une pré­ten­due cri­ti­que de l’islam .

Sur inter­net par exem­ple, de nom­breux sites dif­fu­sent l’idée d’un « nouvel ordre mon­dial » (expres­sion qui pro­vient à l’ori­gine de la droite radi­cale amé­ri­caine) dirigé par les « sio­nis­tes » et les « illu­mi­na­tis ». Il ne s’agit de rien d’autre que du bon vieux dis­cours natio­nal-socia­liste et fas­ciste sur le « com­plot juif et franc maçon mon­dial », qui a adopté une nou­velle forme pour contour­ner le dis­cours anti­fas­ciste et la légis­la­tion de l’Etat sur le racisme.

Cette nou­velle forme du dis­cours sur le « com­plot judéo-maçon­ni­que » a des succès inat­ten­dus, au sens où de telles appro­ches sont repris par des musi­ciens de rap, y com­pris ceux qui affi­chent des sym­pa­thies liber­tai­res (par exem­ple Kenny Arkana), qui en igno­rent peut-être l’ori­gine, mais qui les bana­li­sent et contri­buent à leur dif­fu­sion dans la jeu­nesse popu­laire.

On retrouve ces influen­ces dans les cou­rants fas­cis­tes ou natio­na­lis­tes spé­ci­fi­ques aux mino­ri­tés natio­na­les : ainsi, les sio­nis­tes de ten­dance fas­ciste de la Ligue de défense juive repren­nent le dis­cours raciste anti-arabe des iden­ti­tai­res ou la théo­rie du « choc des civi­li­sa­tions » et du danger isla­mi­que. A Belleville, des natio­na­lis­tes chi­nois ont orga­ni­sés une mani­fes­ta­tion « contre l’insé­cu­rité » au cours de laquel­les des pas­sants noirs ou arabes ont été pris pour cibles, dési­gnés comme des « voleurs » sur cri­tè­res racis­tes, ce qui a pro­vo­qué les applau­dis­se­ment des réseaux iden­ti­tai­res fran­çais (par exem­ple sur le site inter­net « fran­çais de souche »)

De même une partie des cou­rants fas­cis­tes pana­ra­bes et des cou­rants fas­cis­tes se récla­mant de l’islam poli­ti­que repren­nent la rhé­to­ri­que anti­sé­mite issue du natio­na­lisme fran­çais.

Ces conver­gen­ces expli­quent le déve­lop­pe­ment de front com­muns entre natio­na­lis­tes fran­çais et natio­na­lis­tes se reven­di­quant des mino­ri­tés natio­na­les, qui peut appa­raî­tre sur­pre­nante au pre­mier abord, puis­que c’est le natio­na­lisme fran­çais qui en excluant juifs et arabes du corps natio­nal a « créé » de toute pièce les mino­ri­tés natio­na­les, en créant dans le même temps les condi­tions de l’oppres­sion raciste des indi­vi­dus qui y sont alors assi­gné par leur ori­gine et/ou leur cou­leur de peau.

Mais cela tra­duit au contraire la pro­fonde parenté idéo­lo­gi­que entre ces dif­fé­rents cou­rants, et le fait qu’ils se nour­ris­sent les un-e des autres, au détri­ment des clas­ses popu­lai­res, et par­ti­cu­liè­re­ment des indi­vi­dus vic­ti­mes de l’oppres­sion raciste parce qu’assi­gnés à une « mino­rité natio­nale ».

Cela montre qu’il n’existe pas d’alter­na­tive au racisme domi­nant dans le déve­lop­pe­ment d’un natio­na­lisme au sein des mino­ri­tés natio­na­les, puis­que celui-ci repro­duit le dis­cours raciste domi­nant et converge par­fois avec le natio­na­lisme domi­nant, mais au contraire dans le déve­lop­pe­ment d’un anti­ra­cisme popu­laire qui com­batte toutes les formes de racis­mes, sur le plan idéo­lo­gi­que comme sur le plan pra­ti­que.

Les dif­fé­rents cou­rants fas­cis­tes ont pro­gres­sés sur le plan orga­ni­sa­tion­nels comme sur le plan de leur influence idéo­lo­gi­que et cultu­relle : ils ont ainsi réus­sis à impo­ser leurs « sujets », leurs « appro­ches » dans le débat poli­ti­que : une appro­che éthno-dif­fé­ren­tia­liste des ques­tions poli­ti­ques et économiques au détri­ment d’un appro­che de classe, une rhé­to­ri­que fondée sur la « menace inté­rieure » ou « exté­rieure » que repré­sen­te­raient les mino­ri­tés natio­na­les ou reli­gieu­ses, au détri­ment de l’affir­ma­tion de la ques­tion sociale, etc...

L’influence de l’idéo­lo­gie natio­na­liste a pro­gressé, et celle de l’idée de la « guerre du tous contre tous également ». Dans le même temps les dis­cours ouver­te­ment sexis­tes ou homo­pho­bes, qui cons­ti­tuent également une partie du corpus fas­cis­tes, ont gagné du ter­rain. L’influence de l’idéo­lo­gie fas­cis­tes dépasse de loin celle des grou­pes cons­ti­tués, mais ceux-ci pro­gres­sent quan­ti­ta­ti­ve­ment et orga­ni­sa­tion­nel­le­ment, notam­ment dans les cam­pa­gnes, mais aussi en ouvrant des locaux pignons sur rue dans plu­sieurs gran­des villes.

Il est également signi­fi­ca­tifs que des dis­cours repre­nant les canons de l’idéo­lo­gie fas­ciste ne sont pas consi­dé­rés comme tels y com­pris au sein de la gauche et de l’extrême gauche, voir d’une partie du cou­rant anar­chiste. C’est ce qui expli­que notam­ment l’invi­ta­tion de « Riposte laïque » sur radio liber­taire, la pro­mo­tion d’un livre déve­lop­pant l’idée de la défense de « valeurs de l’occi­dent » aux éditions du monde liber­taire, où le tra­vail avec des orga­ni­sa­tions relayant le disc­pirs des anti­sé­mi­tes comme Gilad Atzmon au nom de la soli­da­rité avec la Palestine . Ce qui expli­que par exem­ple la tolé­rance dont a long­temps béné­fi­cié Dieudonné au sein de l’extrême gauche au nom d’une pos­ture « rebelle », cer­tains grou­pes le trou­vant fré­quen­ta­ble jusqu’à ce que celui-ci invite Faurisson sur scène.

On peut trou­ver des éléments d’expli­ca­tion dans la fai­blesse de réflexion sur le fas­cisme de « l’anti­fas­cisme des années 90 », qui s’est foca­lisé sur les grou­pes fas­cis­tes plutôt que sur leur idéo­lo­gies (quand dans sa ver­sion gau­chiste ou social démo­crate il ne s’est pas contenté d’une dénon­cia­tion du FN), qui a négligé la lutte idéo­lo­gi­que anti­fas­ciste pour se consa­crer exclu­si­ve­ment à la néces­saire (mais pas suf­fi­sante) lutte et auto­dé­fense contre les grou­pes fas­cis­tes cons­ti­tués. On peut aussi trou­ver une expli­ca­tion à cela dans l’amal­game fré­quent entre natio­na­lisme, fas­cisme et racisme. Or si le fas­cisme se nour­rit et fait la pro­mo­tion du racisme et du natio­na­lisme, il ne s’y résume pas, et réci­pro­que­ment : on retrouve l’idéo­lo­gie natio­na­liste dans une grande partie du spec­tre poli­ti­que, comme le dis­cours raciste. La spé­ci­fi­cité du fas­cisme réside dans le déve­lop­pe­ment d’une dis­cours social « anti­sys­tème » qui permet de recru­ter au sein des milieux popu­laire en période de crise des per­son­nes qui auraient pu être atti­rées par un réel dis­cours révo­lu­tion­naire.

Une réponse anarchiste

Cela sou­lève la néces­sité d’une contre-offen­sive idéo­lo­gi­que. Cela fait appa­raî­tre de manière d’autant plus criante la néces­sité d’une réponse poli­ti­que anar­chiste.

D’abord sous la forme d’une auto­for­ma­tion sur les formes que pren­nent les dis­cours racis­tes et fas­cis­tes au sein de notre orga­ni­sa­tions, et plus lar­ge­ment, dans le mou­ve­ment liber­taire et le mou­ve­ment social.

Ensuite sous la forme du déve­lop­pe­ment de luttes popu­lai­res qui res­tent le meilleur moyen d’impo­ser nos thé­ma­ti­ques (lutte de classe, soli­da­rité, refus de la domi­na­tion mas­cu­line et de l’homo­pho­bie...) dans le débats poli­ti­ques et de briser ainsi les ten­ta­ti­ves d’hégé­mo­nie cultu­relle des natio­na­lis­tes et des fas­cis­tes

Enfin sous la forme du déve­lop­pe­ment d’une auto­dé­fense anti­fas­ciste qui évite le piège d’un tête à tête anar­chis­tes contre fas­cis­tes, qui pla­ce­rait l’Etat, et les cou­rants poli­ti­ques ins­ti­tu­tion­nels dans le rôle d’arbi­tres, usant tour à tour de la répres­sion pour l’un et pour l’autre, ce qui n’empê­che pas l’Etat par ailleurs de sou­te­nir ponc­tuel­le­ment les fas­cis­tes (en leur garan­tis­sant l’immu­nité ou en les pro­té­geant). Cette auto­dé­fense anti­fas­ciste, c’est une culture d’auto­dé­fense à déve­lop­per dans nos quar­tiers, nos lieux de tra­vail, nos asso­cia­tions, nos syn­di­cats, qui ne se résume pas à l’auto­dé­fense phy­si­que, néces­saire, mais aborde aussi l’auto­dé­fense idéo­lo­gi­que contre les offen­si­ves fas­cis­tes mas­quées der­rière des « pas­se­rel­les ».

Coordination des Groupes Anarchistes
La plume noire, 8 rue Diderot , 69001 Lyon
Permanences mer­credi 17h-19, samedi 15h-19h
Émission Idées Noires, tous les mer­cre­dis 20h-21h sur le 102.2 Mhz de Radio Canut
groupe-lyon [at] c-g-a.org
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  • Le 23 janvier à 00:51

    Et pour finir ,’l’histoire nous montre justement que le fascisme a vaincu militairement en profitant des divisions entre anars,communistes et soce dems.(attention ,ceci n’est pas un blanc sein aux soces dems ,ni aux communistes,qui ont commis pleins de saloperies ,on est d’accord,on parle de tactique)
    En Espagne bien sur avec les affrontements entre cnt/poum/stals/soces dems ,et aussi en allemagne :
    avant de pouvoir prendre le parlement ,les nazis ont d’abord pris la rue (a l’epoque nazis ,communistes et meme sociaux democrates avaient leur milices de rues armees qui controlaient reellement des quartiers entiers)
    on va pas refaire l’histoire ,mais la haine entre soces dems et communistes etait telle que tout rapprochement tactique pour contrer la montee du nazisme fut impossible.
    Staline lui meme interdit expressement au parti communiste allemand tout rapprochement strategique avec ceux qu’il baptisait « sociaux-traitres ».
    On connait la suite..et 1933 n’a pas amene le soulevement ouvrier qu’attendaient certains communistes radicaux ...
    Bref heureusement on n’en est pas la a Lyon en 2012 ,ils sont tres tres loin de prendre le pouvoir (quoique une entree du FN au gouvernement dans une coalition umpfn a l’italienne n’est pas exclue dans le futur),mais si on laisse les fafs controler des quartiers entiers on est mal..et c’est pas les anars tous seuls qui vont leur botter le cul.
    au debut des annees 90 nombre de militants anars Italiens disaient que combattre les fascistes n’etait pas important,que c’etait du folklore ,que soces dems et communistes etaient autant des ennemis que les fafs bla bla blah..on a vu le resultat 15 ans plus tard a Rome ...D’ailleurs casa pound est l’exemple a suivre pour les fafs ,que ce soit pour les identitaires ou Lyon Dissident....ca devrait faire reflechir .

  • Le 23 janvier à 00:13

    Flora , qu’est ce qui te fais « bondir » quand on dit que la social democratie russe (mencheviks) qui a participee a la premiere revolution russe et aux premiers soviets,une partie de la social-democratie des annees 70 qui pronait l’autogestion comme voie pour en finir avec le capitalisme (Meme Rocard a l’epoque du PSU !),et enfin les « socialistes » de l’ere Tapie-Mitterand ne sont pas identiques ?
    Je ne mettrai pas dans le meme sac le vrai soce dem Allende que le faux soce dem et vrai ultra-liberal Tony Blair.
    Non les democrates,memes bourgeois, ne se transforment pas generalement en nazis,meme quand pointe le « danger » revolutionnaire ...Certains petits bourgeois et grands industriels par contre oui quand ca les arrange..(mais bien peu de grands patrons sont fans de la democratie,au contraire il admirent plutot en ce moment le regime Chinois pour son « efficacité » ) Ou,autre exemple, la droite parlementaire allemande anti-communiste des annees 30 ,qui fustigeait la republique de Weimar et etait nostalgique de l’autocratisme du 2e reich..et a donc soutenu l’avenement du 3e..
    Non,les sociaux-democrates allemands ne se sont pas « transformés » en fascistes pour sauver le capitalisme,au contraire ils ont paye un lourd tribut au fascisme,comme leurs « ennemis » communistes ,et la plupart des militants des 2 partis sont morts en camp de concentration...
    Croire que la bourgeoisie serait une organisation monolitique qui prendrai la decision collective et secrete d’etre fasciste ou democrate au gré des evenements ,c’est limite conspirationniste.(manque plus que les illuminatis au tableau..)
    La bourgeoisie n’est pas une organisation ou un parti unique(pas plus que le proletariat,)elle est composee d’individus qui ne pensent pas tous pareils ,bien qu’evidemment ils vont avoir plutot interet individuellement a proteger leur interet de classe en cas de menace de revolution ,et donc a soutenir ou bien le statut quo social, ou la repression.
    Tu es contre l’ideal democratique dans les luttes ? developpe un peu ...?
    tu es donc pour la transformation sociale sous la houlette des « savants » ? (mais qui decide de qui est un « savant » ?) ou bien es tu pour les conseils ouvriers ,ou la democratie directe,democratiques par definition ?

  • Le 22 janvier à 20:19, par S.

    Flora,
    Tu mélanges mes propos et ceux d’un autre commentaire.
    Le sens de mes propos n’a jamais été de dire « c’était mieux avant ». Ni qu’avant les années 80 le PS c’était un parti révolutionnaire. Mitterand a envoyé le contingent en Algérie, et ce n’était pas la première crapulerie du socialisme réformiste.
    Mais par contre oui je maintiens sur la social-démocratie.
    Rosa Luxembourg, par exemple, est une figure de la social-démocratie Allemande.
    Les partis socialistes guesdistes par exemple, avaient pour programme l’abolition du capitalisme et le socialisme. C’était d’ailleurs le cas pendant très longtemps du PS.
    Bien entendu entre le programme et les actes, il y a toujours eu un gouffre. Mais c’est aussi ce qui explique l’ancrage ouvrier historique du PS, dont il reste quelques traces dans le nord.
    Ca fait mal mais :
    http://www.ina.fr/politique/partis-politiques/video/CAF89019626/mitterrand.fr.html

    Maintenant évidemment c’est de l’opportunisme, personne ne prétendra le contraire.

    Pour le reste, je répond surtout au commentaire de cp1871, que tu soutenais.
    Tu dis :
    « Seulement, à certains moments de l’histoire, dès que l’exige l’intérêt de la classe dominante, les démocrates n’ont aucun scrupules à favoriser le fascisme, et à commettre des horreurs »
    Mais c’est précisément ce qu’explique le texte ci-dessus.
    Par contre, cp1871 attaque l’antifascisme (et notamment l’antifascisme révolutionnaire libertaire) en l’amalgamant avec « l’antifascisme » républicain, et là, c’est une autre affaire, parce que c’est un refrain connu dans le mouvement libertaire et dans le courant ultragauche, qui a conduit par le passé soit à la passivité devant la barbarie fasciste (théorisée par des logiques pseudo-révolutionnaires et/ou mécanistes), soit au basculement dans l’autre camp...

    Par la même occasion, désolé mais Dauvé c’est pas vraiment une référence, il est pas allé aussi loin dans ses errements que P. Guillaume mais il en a largement cautionné les prémices, même s’il tente maladroitement de s’en disculper, et qu’il a pris par la suite positions contre ces errements . De mon point de vue ceci dit il a plus cherché à se trouver des excuses qu’à affronter ses responsabilités dans cette dérive.

    De même ta présentation de l’affaire de la Vieille Taupe est un peu légère, même Dauvé et Quadruppani sont obligé de reconnaître des errements qui ont favorisé ces dérives (mêmes si ils en profitent par la même occasion pour minimiser leur responsabilité).

  • Le 21 janvier à 13:50, par Flora

    Comme tu l’écris S., j’« enfonce des portes ouvertes », et bien je ne le pense pas. Quand je lis que le PS c’était mieux avant les années 80, sans non plus que son auteur fasse une apologie de la sociale démocratie (encore heureux !), ou que celle-ci est historiquement anticapitaliste (nous ne devons pas avoir la même définition de l’anticapitalisme), ça me fait bondir. Cela montre comment l’idéal démocratique, surtout dans sa version dite « sociale », berce encore d’illusions des personnes. C’est problématique car cela risque d’être un frein dans les luttes en cours et à venir.
    Par ailleurs, il ne faudrait pas me faire dire ce que je n’ai pas dit et ne pense pas : la démocratie n’est pas l’équivalent du fascisme. Seulement, à certains moments de l’histoire, dès que l’exige l’intérêt de la classe dominante, les démocrates n’ont aucun scrupules à favoriser le fascisme, et à commettre des horreurs. Ceci devrait nous interroger sur la soi disant opposition viscérale entre fascisme et démocratie. Les choses sont loin d’être binaires ! « Ce genre de conneries », comme tu l’écris, c’est à dire les réflexions critiques qu’ont eus des personnes issues de l’ultra-gauche sur la démocratie (le bon bouquin par exemple de Gilles Dauvé et Karl Nésic, Au delà de la démocratie), le fascisme, l’antifascisme, ne conduisent pas toutes, et loin de là, aux élucubrations antisémites de Pierre Guillaume, par exemple. Il fit de la vieille taupe un lieu de rendez vous pour les négationnistes, ce qui jeta un total discrédit en effet sur cette librairie, qui auparavant avait été un lieu de rencontres et d’activités pour des militants révolutionnaires... C’est une nuance que je tenais à apporter car il ne faudrait pas non plus tout mettre dans le même sac !

  • Le 13 janvier à 16:33, par S.

    A Flora :
    Au sens historique, la social-démocratie se définit comme anticapitaliste. Ce qui n’est plus le cas du PS aujourd’hui. Mais évidemment entre le discours et la pratique il y a une contradiction fondamentale, et ce que tu dis est juste mais enfonce juste les portes ouvertes.
    Quant au rôle contre-révolutionnaire de la social-démocratie en Allemagne en 1919, ou son rôle dans la colonisation, c’est la même chose, tu ne nous apprends rien et tu enfonces des portes ouvertes. Le rappel est nécessaire (tu as raison de le faire) mais ne va pas dans le sens de ta critique de ce texte, puisque les faits en sont connus des auteurs... Et qu’ils n’ont jamais prétendu le contraire...
    Personne n’a fait la promotion de la social-démocratie ici ou prétendu qu’elle défendait les intérêts des prolétaires. Ni la promotion de la démocratie bourgeoise qui est anti-ouvrière et coloniale...
    Personne n’a non plus prétendu qu’il fallait se focaliser uniquement sur l’antifascisme, et la CGA-Lyon, qui a écrit se texte, est présente sur le terrain de la lutte des classes.
    Donc à part un procès d’intention, on en est où ?
    Par contre, équivaloir démocratie et fascisme (un vieux poncif d’ultragauche -au sens de la gauche conseilliste, mais aussi d’une partie du mouvement trotskyste), c’est juste nier les effets concrets du fascisme sur les minorités, et sur la classe ouvrière... Nier aussi le caractère génocidaire du fascisme... Et c’est ce genre de connerie qui nous a conduit à la vieille taupe...

  • Le 12 janvier à 21:34, par Flora

    En réponse aux deux commentaires du 8 janvier :
    La social-démocratie, dès ses origines, porte en elle une contradiction de taille et insoluble : celle de vouloir à la fois ménager les intérêts de la bourgeoisie et ceux de la classe ouvrière. Comment ? en humanisant le capitalisme, qui par essence est un système inhumain. En effet, issue de la bourgeoisie, la sociale-démocratie, ne souhaite surtout pas renoncer à la propriété privée, au capitalisme, à l’Etat, et ne peut donc en aucun cas être favorable à un mouvement révolutionnaire.
    Les socialistes néo-libéraux du PS ne constituent en aucun cas une rupture par rapport à leurs prédécesseurs. En effet, la sociale-démocratie a toujours su merveilleusement bien défendre ses intérêts de classe, cela au détriment de ceux des prolétaires, et bien avant Mitterand ! Exemples :
    - En 1914, les sociales-démocraties européennes finissent par soutenir la guerre. -Durant la guerre d’Algérie, c’est un gouvernement social démocrate, qui en plus de soutenir le colonialisme, donne les pouvoirs de police à l’armée d’Alger et contribue ainsi à la banalisation de la torture.
    - En 1919, en Allemagne, les deux révolutionnaires Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht se font assassinés par les Corps francs, sur l’ordre des sociaux démocrates... La classe ouvrière allemande n’a pas attendu les nazis en 1933 pour se faire laminer, les sociaux-démocrates avaient déjà bien entamé le sale boulot. Alors quant à dire, S, que nous serions lieux lotis en démocratie, et bien ce n’est pas toujours le cas !
    L’exemple de la révolution allemande montre en premier lieu que la démocratie, y compris dans sa version sociale, a tout intérêt a favoriser l’extrême-droite si elle ne veut pas se laisser déborder par un mouvement révolutionnaire, et que certains militants aujourd’hui se plantent complètement en voulant élargir le front antifasciste aux organisations sociales démocrates- LO et NPA compris. Quant aux militants de ces mêmes structures, tous ne sont pas des ennemis, les gens font ce qu’ils peuvent. Ensuite, cela montre que la démocratie n’est pas l’antithèse absolue du fascisme (en principe, oui, mais dans les fait non) et qu’il est dangereux de se focaliser sur la lutte antifasciste, alors que le fascisme n’est que l’arbre qui cache la forêt. Donner la priorité à l’ antifascisme c’est s’en prendre surtout à une manifestation du système capitaliste au lieu de s’attaquer globalement au système, et cela n’intéresse pas les orgas démocrates.
    Dire que la sociale démocratie est anticapitaliste est faux, elle propose juste une limitation des effets les plus nuisibles du capitalisme, et aujourd’hui ce n’est même plus le cas. Etre anticapitaliste c’est vraiment aller dans le sens de l’abolition du système économique présent et tout ce qui va avec : la propriété, le travail salarié, la notion de valeur et d’échange, mais aussi tout pouvoir, toutes dominations (sexisme, racisme, homophobie...), et non d’aspirer à une société de petits producteurs.
    Pour finir, je ne m’enferme pas dans « ghetto élitiste », je propose juste des pistes de reflexion sur comment on pourrait en finir avec ce monde merde.

  • Le 8 janvier à 14:42, par S.

    Le fascisme et la démocratie représentative sont effectivement deux systèmes politiques qui défendent les intérêts de la bourgeoisie. De la à les équivaloir, c’est du grand n’importe quoi...
    A mon avis ce qui démontre une incompréhension du fascisme, c’est le genre de com’ de cp1871.
    D’abord parce que ces deux régimes bourgeois ne permettent absolument pas les mêmes possibilité d’action ouvrière.
    Ensuite parce qu’ils n’ont pas du tout les mêmes conséquences concrètes sur les minorités nationales et/ou religieuses, sexuelles, et sur les femmes, au moins dans les métropoles impérialistes.

  • Le 8 janvier à 02:06

    @flora
    les mots sont importants..
    Qu’est qu’ un social democrate pour toi ? si tu parles des socialistes neo-liberaux du PS,effectivement ce sont des ennemis...
    Mais il faut savoir aussi que datant de bien avant l’apparition des « socialistes liberaux » des annees Mitterrand , la social-democratie (ou reformisme) est une composante historique du mouvement anticapitaliste ,qui a echouée jusqu’a nos jour a abolir ou meme a freiner le capitalisme..
    (mais reconnaissont que les revolutionnaires plus radicaux et sans compromis ont eux aussi echoué jusqu’a maintenant a abolir ou affaiblir le capitalisme)
    Des organisations comme LO ou leNPA sont aujourd ’hui sur une ligne reformiste qui ne dit pas son nom,pourtant ca ne fait pas de leurs militants des ennemis.
    Attention a ne pas s’enfermer dans un ghetto elitiste des « revolutionnaires plus radicaux que tout le monde » qui se reunissent dans une cabine telephonique pour refaire le monde...je trouve tres bien d’elargir le front antifasciste ,tant qu’on ne se compromet pas avec l’etat, le ps ,ou les derniers staliniens de la banlieue lyonnaise.
    ici un article interressant qui parle du reformisme entre autres choses
    http://redskins-limoges.over-blog.org/article-les-trois-fleches-precisions

  • Le 7 janvier à 13:37, par Flora

    Je suis d’accord avec cp 1871. L’antifascisme contribue ainsi au renforcement de l’Etat. Il est aussi la subordination de tout à la destruction d’un ennemi absolu devant lequel n’importe quel autre cible devient secondaire. Le fascisme apparaît comme un ennemi tellement prioritaire qu’il transforme tous les autres ennemis- républicains et sociaux démocrates, par exemple, qui se joignent aux manifs antifa et qui bien sûr n’aboliront jamais le capitalisme et l’Etat- en alliés.

  • Le 6 janvier à 13:49, par @Le 6 janvier à 13:44

    l’article n’a pas été modifié depuis sa mise en ligne, il a toujours eu la signature CGA.

  • Le 6 janvier à 13:44

    Il me semble qu’au départ cet article n’était pas signé, si ?

  • Le 25 avril 2011 à 16:44, par cp1871

    Cet article démontre l’impossibilité pour l’anarchisme et ses variantes de la compréhension du fascisme.

    Le fascisme et la démocratie ont les mêmes racines et sont de la même classe sociale, la bourgeoisie.

    Le fascisme et la démocratie sont toutes deux expressions de la dictature du capital.
    La démocratie a fait le lit du fascisme. Elle a été son complice dans la préparation à la seconde guerre mondiale.

    La bourgeoisie utilise le danger fasciste pour affaiblir la classe ouvrière

    L’anti-fascisme substitue l’option révolutionnaire capitalisme/communisme, l’option(toujours bourgeoise) démocratie/fascisme

  • Le 2 avril 2011 à 20:28, par rectif

    "la pro­mo­tion d’un livre déve­lop­pant l’idée
    de la défense de « valeurs de l’occi­dent » aux éditions du monde liber­taire"

    ce bouquin, en effet très criticable, n’a jamais été publié par les éditions du ML mais par les éditions libertaires, qui ne sont pas liées a la FA...


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    L’asso­cia­tion « Chilenos en Rennes » débar­que à Lyon, et vous invite à une pro­jec­tion-débat, le diman­che 20 mai à 19h30, au bar De l’Autre CôTé du PonT.

  • Expression - contre-culture

    Soirée de Lancement de la revue Volée de plomb

    Le groupe « Retour de mani­velle » vous invite au lan­ce­ment de sa revue :
    Ce numéro ques­tionne les pos­si­bi­li­tés d’auto­no­mie dans une société tech­no­lo­gi­que­ment assis­tée, à tra­vers la réap­pro­pria­tion des savoir-faire et notam­ment ceux qui relè­vent de l’impri­me­rie :

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    Au Lavoir Public, 4 impasse Flesselles, Lyon 1er pré­sente LUTTES, Une expo­si­tion de Papy@rt

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