Accueil du site > Analyse et réflexion > Récit de voyage en Amérique du Sud

Récit de voyage en Amérique du Sud

Publié le 27 novembre 2005

Maj le 29 novembre 2005

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression
Voyage en Amérique du Sud.

Le voyage a été décidé en quel­ques minu­tes et réa­lisé après 3 mois de tra­vail, de quoi lar­ge­ment sub­ve­nir à mes besoins sur le conti­nent sud-amé­ri­cain. Initialement ce voyage devait être une expé­rience seule qui se fera fina­le­ment à deux, un ami carioca, Marcelo, décide de m’accom­pa­gner ; ainsi je ne serais pas muet dans un conti­nent où je ne connais pas la langue.

Pourquoi l’Amérique du Sud ? La réponse je ne l’ai pas, peut être un rêve de môme, ou bien un désir de luci­dité, de for­ma­tion au monde que j’habite chaque jour sans en connaî­tre la réelle iden­tité, ou juste le désir de modi­fier des pré­ju­gés.

Tracé de l’iti­né­raire sur une feuille vierge, en gar­dant une liberté d’impro­vi­sa­tion ; d’ailleurs le tracé est aléa­toire et la durée du voyage inconnue mais infé­rieure à 2 mois, je verrai bien sur place. Seuls les pays à fran­chir sont dis­tinc­te­ment tracés, c’est à dire le Brésil, le Paraguay, l’Argentine, le Chili, le Pérou et la Bolivie. Ayant déjà voyagé au Brésil 2 mois, le conti­nent sud-amé­ri­cain ne m’est pas tota­le­ment inconnu, mais des sur­pri­ses sont sûre­ment à atten­dre, et j’espère décou­vrir d’autres cultu­res et tra­di­tions.

Départ pour Rio De Janeiro après une escale à Francfort. Vol annulé puis reclassé 2 heures après, pas de pro­blème : c’est mieux de ne pas arri­ver à 7 h du matin, heure de pointe à Rio. J’atter­ris donc à10 heures.

Le Brésil

Premier pas à Rio, pre­mière aperçu d’une ville que je tiens dans mon coeur et que j’ai quitté il y a main­te­nant plus d’un an. J’arpente les rues dans ce bus qui me ramène de l’aéro­port à Ipanema, pas­sant par la zone nord puis zone sud de la ville. Je suis un peu triste de cons­ta­ter qu’à pre­mière vue peu de choses ont changé en mieux, même rien. Constat peu réjouis­sant, la vie semble pire pour les pau­vres et immi­grants du nord, beau­coup plus de monde estt venus gon­fler les fave­las s’étirant plus loin dans la zone nord ; les gens conti­nuent de fleu­rir le maca­dam carioca, leur nombre semble avoir crû. La baie de Guanabara est aussi pol­luée malgré les pro­mes­ses de la Petrobras concer­nant la dépol­lu­tion - mais au Brésil il y a peu de mou­ve­ments écologiques forts, chacun tra­vaille pour lui et l’unité n’a rien d’impor­tant, donc tout semble permis s’il y a un profit à la clef - mais aussi sur­tout à cause du sys­tème de déchets « tout à la mer », la police a une pré­sence accrue sur les routes et leurs abords.

De tout celà, dans le bus, je ne vois que la mine réjouie et heu­reuse des tou­ris­tes qui fleu­ri­ront les plages pol­luées de Copacabana, Ipanema, Barra. Direction la maison de mon col­lè­gue d’expé­di­tion à Ipanema, le temps de lais­ser dans ma mémoire ce pre­mière aperçu de Rio 2005. Sur le trajet de 100 mètres à pied, ma mémoire se réou­vre pour accep­ter la vision d’un jeune homme perché sur la maca­dam, impres­sion de Datura, je le rever­rai plu­sieurs fois, bloqué sur son bout de trot­toir dans l’indif­fé­rence géné­rale.

Pour dis­cu­ter du voyage, quelle plus belle place que la plage ? Bel endroit, c’est beau­coup dire : l’océan est marron, la plage souillée ; je ne retien­drai que les Tangas et les Havaianas, comme le veut la vision que le monde a de Rio. Je me retrouve encore dans le même climat de « guerre civile sociale » entre blanc et noir pour sché­ma­ti­ser. Les ban­de­ro­les pos­tées un peu par­tout « Basta », « paz em 2005 » ne chan­gent rien à l’affaire, et vu la cor­rup­tion du gou­ver­neur de Rio, grand mani­tou diri­geant la dis­tri­bu­tion et l’appro­vi­sion­ne­ment en dro­gues dans l’État, mais aussi le Kasparoff des gang­sters des fave­las grâce à la main de la police mili­taire pour­rie aussi à hau­teur de 70 %, la situa­tion risque de ne guère chan­ger sans une réelle prise de cons­cience de l’ensem­ble des cario­cas.

JPEG - 212.5 ko

Direction Curitiba, ville du sud du Brésil. 12 heures de bus, suf­fi­sam­ment pour dormir, et arri­vée à 6h. Curitiba, 2 000 000 d’habi­tants - petite ville pour le Brésil - ville neuve en pleine essor avec une poli­ti­que envi­ron­ne­men­tale, sociale et de trans­ports en commun futu­riste. Une ville aux anti­po­des de Rio : ici, même le plus pauvre des plus pau­vres a le moyen de sur­vi­vre grâce à une com­bi­nai­son sociale et envi­ron­ne­men­tale.

En effet, le recy­clage et la non pol­lu­tion ont une impor­tance réelle et concrète à Curitiba : les auto­ri­tés échangent des sacs de déchets recy­cla­bles triés par les habi­tants par des bons de nour­ri­ture et de trans­ports en com­muns (2 kg de déchets recy­cla­bles s’échangent contre 1kg de nour­ri­ture) Cela est donc une bonne alter­na­tive envi­ron­ne­men­tale et assure une nour­ri­ture saine à la popu­la­tion la plus pauvre. L’envi­ron­ne­ment est béné­fi­ciaire : moins de pol­lu­tion, moins de détri­tus dans les rues, moins de des­truc­tions de matiè­res recy­cla­bles, moins de pol­lu­tion de l’eau (à l’instar de Sao Paulo) ; mais aussi main­tien d’une demande stable en pro­duits agri­co­les, donc les fer­miers ne vien­nent pas gon­fler les bidon­vil­les, car les auto­ri­tés achè­tent la nour­ri­ture du recy­clage aux fermes envi­ron­nan­tes, et les peti­tes entre­pri­ses sont ali­men­tées en matiè­res recy­clées. Deux tiers des déchets de Curitiba sont donc ainsi recy­clés. A Rio aussi il y a un recy­clage, mais c’est un recy­clage de survie, ramas­ser 60 can­net­tes de soda ou bière équivaut à 3 reals, mais en trou­ver 60 en une jour­née relève de l’exploit à cause du nombre de per­son­nes uti­li­sant ce mode de survie.

Pour ce qui est des res­tau­rants de Curitiba, un buffet à volonté avec sirop à volonté coûte 3,5 reals (1 euro) et la nour­ri­ture est bonne, l’ambiance aussi. Alors pour­quoi des Mc Donalds ? Pour des petits êtres sans iden­tité, anéan­tis par une sous culture inculquée par des médias pous­seurs à la consom­ma­tion et à l’iden­ti­fi­ca­tion dans la société par des pos­ses­sions et consom­ma­tions futi­les.

Direction le musée du plus grand archi­tecte Brésilien contem­po­rain Oscar Niemeyer. L’archi­tec­ture du bâti­ment en forme d’oeil montre déjà la créa­ti­vité et le pou­voir d’inno­va­tion de cet archi­tecte com­mu­niste. Dans le musée, peu de choses sont de Niemeyer, seu­le­ment des phra­ses, et des cro­quis de lui, par contre le musée est riche en expo­si­tions, dont une basée sur le désir sexuel où tout est penis, péné­tra­tion et ins­tinct, de la tête de Jeanne d’Arc à celle d’Atahualpa. Exposition à péter de rire quand on voit le faux puri­ta­nisme bré­si­lien. À en oublier l’oeuvre de Niemeyer !

Le temps est venu pour nous de conti­nuer notre chemin pour pro­chaine des­ti­na­tion : les Foz do Iguaçu. La ville de Foz est un car­re­four économique et tou­ris­ti­que du fait de sa posi­tion géo­gra­phi­que (deux fron­tiè­res : Paraguay et Argentine) et de ses riches­ses natu­rel­les : les chutes de Iguaçu, les chutes d’eau ayant le débit d’eau le plus fort du monde, consi­dé­rées comme l’une des sept mer­veilles du monde moderne, ce qui est la raison de notre escale ici. Nous pre­nons un bus pour nous dépo­ser jusqu’aux chutes du coté bré­si­lien ; le bus s’arrête devant l’entrée de la forêt abri­tant les chutes, et là, sur­prise, pour voir une créa­tion des plus natu­rel­les, nous sommes obli­gés de payer un prix exces­sif, l’équivalent d’une nuit d’hôtel - que nous nous per­met­tons déjà pas - pour entrer. Nous déci­dons de ne pas payer et donc d’oublier cette envie d’admi­rer l’une des plus impres­sion­nan­tes créa­tions de la nature. Eh ! Oui, même les choses natu­rel­les ont un pro­prié­taire et un coût maté­riel alors que nous, simple voya­geur, avons donné de notre temps pour passer visi­ter cette ville et voir une mer­veille de la nature. Ces chutes nous pas­sent sous le nez, espé­rons que la fré­quence des ratées ne sera pas élevée.

Le Paraguay

Oublions, il y a bien d’autres choses à voir ici, comme la ville de Cuidad Del Este au Paraguay. 8 Km à pied, et devant nous une file inin­ter­rom­pue de per­son­nes, peut être 20 000, qui pas­sent la fron­tière. Nous nous incor­po­rons dans la foule. On se croi­rait pres­que en pleine exode du genre « Jeux inter­dits » en moins triste bien sûr. À Cuidad Del Este, un immense marché aux puces s’ouvre devant nous, et nous com­pre­nons bien vite en voyant les prix et la pro­ve­nance des pro­duits les rai­sons de l’attrait de cette ville. Cette ville est le prin­ci­pal point économique du pays, seu­le­ment en impor­tant des objets de Chine peu coû­teux et en les reven­dant un « caca de d’oie » plus cher.

JPEG - 40.1 ko

Tout s’achète, de la car­tou­che de ciga­ret­tes aux fusils à pompe - les rues sont par­se­mées d’hommes armés - les enfants font le com­merce, même les Américains vien­nent faire leurs achats ici. Mais pour les Brésiliens, la loi inter­dit d’impor­ter des objets du Paraguay pour le Brésil pour une valeur totale supé­rieure à 500 dol­lars. Nous en pro­fi­tons pour ache­ter le peu qui nous manque : cou­teau, lampes, piles. Nous n’en ver­rons pas plus du Paraguay, ce pays où 2% de la popu­la­tion pos­sè­dent 80% des terres culti­va­bles en appli­quant le même sys­tème que les sei­gneurs en Europe au Moyen Age avec des Serfs exploi­tant les terres. Ces pay­sans payent le droit de culti­ver les terres en don­nant une quan­tité ferme de leur récolte même si celle la n’est acquise que de jus­tesse, à savoir que les pay­sans ont besoin, eux, de garder une partie de la récolte pour les grai­nes et une autre pour leur survie ali­men­taire tout au long de l’année.

L’Argentine

Retour aux Foz do Iguaçu pour partir à Buenos Aires où vit un tiers des Argentins. Nous pas­sons la fron­tière puis arri­vons à Puerto Iguaçu, la ville argen­tine pos­sé­dant le coté ouest des chutes de Iguaçu. Nous sommes sur­pris par le confort du bus, le moins cher et le meilleur, avec ser­vice repas, vin, cham­pa­gne, whisky, voyage de luxe à petit prix. Nous pas­sons la forêt du Parana dans toute sa lon­gueur. La terre est rouge au pays des Gauchos, la végé­ta­tion dense, la bio­di­ver­sité semble conser­vée et le ciel est d’un bleu topaze.
....
À l’hori­zon se pro­file déjà Buenos Aires la méga­lo­pole où nous arri­vons tôt ce diman­che matin. Sitôt sortis de la gare rou­tière, les buil­dings, les immen­ses routes à 6 voies, les voi­tu­res « pour » Argentins, et des pas­sants de type euro­péen, nous plon­gent dans le bain d’une autre vision de l’Amérique du sud. Le centre ville me fait penser un peu à la City de Londres. Tout comme Londres, la ville contient de nom­breux petits parcs.

La ville semble calme, mais plus nous nous rap­pro­chons des bâti­ments poli­ti­ques, des ban­ques, tous situés dans une même zone, les traces de révol­tes pas­sées sont de plus en plus nom­breu­ses, jusqu’à recou­vrir toute la place devant la maison rose du pré­si­dent. Avant de venir à Buenos Aires, les évènements poli­ti­ques de 2002 en Argentine avaient dis­paru de ma mémoire. Mais là, face à une telle odeur de révolte ina­che­vée, je me remé­more ce qui s’est déroulé ici et mon col­lè­gue com­plète les man­quesde ma mémoire, à savoir que le temps d’une jour­née l’Argentine a été jetée dans le chaos le plus total. Appuyé par les États- Unis et le FMI, le gou­ver­ne­ment argen­tin de l’époque, sans pré­ve­nir le peuple, a décidé de fermer les ban­ques, de blo­quer les comp­tes - sys­tème du « cora­lito » où seuls 250 $/semaine étaient reti­ra­bles au gui­chet - de déva­luer le peso argen­tin face au dollar amé­ri­cain qui à l’époque avait la même valeur ( le peso argen­tin actuel vaut 3 fois moins que celui de 2002) Plus d’argent dans les ban­ques, une mon­naie qui ne faut qua­si­ment plus rien, des inves­tis­seurs ruinés parce qu’ils ne pou­vaient plus payer leurs cré­dits et per­daient et l’inves­tis­se­ment et le pro­duit, des par­ti­cu­liers ruinés aussi avec des cré­dits qu’ils ne pou­vaient plus payer per­dant le pro­duit convoité (maison, voi­ture) ainsi que l’argent déjà investi dans une telle opé­ra­tion, les entre­pri­ses et même l’État voyant leur dette exté­rieure explo­ser, les entre­pri­ses natio­na­les en suren­det­te­ment. Autant dire que la situa­tion du pays est deve­nue cri­ti­que.
Pourquoi cela s’est pro­duit ? A cette ques­tion, je ne vois que la main du géant amé­ri­cain s’amu­sant avec les pièces du puzzle de ce conti­nent. En effet en rui­nant l’Argentine, les USA rui­nent les chan­ces de succès du Mercosur donc du désir de déve­lop­pe­ment col­lec­tif de tout ce conti­nent, l’Argentine étant avec le Brésil, l’une des deux loco­mo­ti­ves de la créa­tion d’une Amérique latine unie. Ils gar­dent ainsi leur mono­pole économique dans cette région. Dans la conti­nuité de cette mas­ca­rade, les gran­des entre­pri­ses natio­na­les ou pri­vées du pays étant dans une situa­tion finan­cière tel­le­ment cri­ti­que que l’Oncle Sam s’est pro­posé de les rache­ter pour une somme sym­bo­li­que, comme au Monopoly lors­que toutes les mai­sons sont hypo­thé­quées ou ven­dues, toutes les sour­ces de revenu dis­pa­rais­sent et les ris­ques que les ou l’autre joueur implante des mai­sons ou hôtels accroît les ris­ques de faillite exac­te­ment comme ce qui peut se passer en Argentine aujourd’hui.

JPEG - 61 ko

Dire qu’il y a tout juste 50 ans l’Argentine était le cin­quième pays le plus déve­loppé du monde et qu’aujourd’hui 40% de sa popu­la­tion vit sous le seuil de pau­vreté. Si sa situa­tion géo­gra­phi­que était autre, en Europe par exem­ple, son rang aurait été conservé et les atta­ques moins fortes, comme pour la France de 1960, mais pour les inté­rêts yan­kees en Amérique du Sud, elle est un ennemi à éliminer pour ne pas voir naître un conti­nent uni qui échappe à leur contrôle. En voyant tout cela je vou­drais enten­dre une expli­ca­tion plau­si­ble par un cou­pa­ble sur le pour­quoi du rêve capi­ta­liste oppres­seur et absolu, l’enten­dre de sa bouche, cela me per­met­trait d’adop­ter soit une posi­tion peut être plus radi­cale comme Action directe soit plus posée, tout dépen­dra des répon­ses ... En effet on ne traite pas de la même manière un être pourvu de cons­cience et un être dépourvu qui en est dépourvu, enten­dre une réponse accep­ta­ble de leur part serait tout de même assez sur­pre­nant.

Mais dans l’his­toire moderne de l’Argentine, depuis la fin de la seconde guerre mon­diale, j’ai pu cons­ta­ter que les gou­ver­ne­ments argen­tins suc­ces­sifs ont tous tra­vaillé contre l’Argentine, exem­ple la guerre des (îles) Malouines, bap­ti­sées aujourd’hui les Fuck Land par les Argentins, un sui­cide orga­nisé par le gou­ver­ne­ment mili­taire dans le seul but d’effon­drer l’économie du pays car bien mai­gres étaient les inté­rêts de s’acca­pa­rer les Malouines, seul le peu de pétrole et de pos­ses­sion mari­time ayant un inté­rêt économique. Cela reste vieux, les images des bom­bar­de­ment anglais sont sûre­ment encore dans les têtes argen­ti­nes, mais l’Argentine a eu de nou­veau le temps de se re-déve­lop­per économiquement, jusqu’à qu’elle devienne économiquement trop dan­ge­reuse pour les inté­rêts amé­ri­cains dans toute l’Amérique du Sud. Alors elle employa de nou­veau un stra­ta­gème de re-des­truc­tion de l’Argentine. Pour nous ren­sei­gner plus sur cela et sur la situa­tion argen­tine actuelle, nous avons pro­cédé à une séance inter­view dans les rues, cela n’a fait que confor­ter ce que nous pen­sions à savoir que c’est un vol légal de l’argent du peuple argen­tin par le gou­ver­ne­ment de l’époque, orches­tré par l’Empire Américain, donc au final tout les acteurs y trou­vent leurs comp­tes, mis à part le pré­si­dent qui a du pren­dre la fuite en héli­co­ptère.. Et si ce que nous avons pu voir dans le rue ne nous à pas tel­le­ment fait plai­sir (per­son­nes ramas­sant des sacs-pou­belle dans les pou­bel­les du metro pour les reven­dre les ou des gens avec tout ce qu’ils pos­sé­daient de leurs ex-mai­sons, meu­bles, cana­pés, mate­lat, sur le trot­toir, les Argentins pos­sè­dent tou­te­fois une forte iden­tité cultu­relle propre ; dans l’ensem­ble la jeu­nesse semble pou­voir pro­po­ser quel­ques alter­na­ti­ves, ils sem­blent avoir soif de la vie sans en être igno­rants.

Nous avons énormément marché, bien 20 km, pour visi­ter tout en une jour­née, de la rue Florida, à la Boca, Recoleta, San Telmo, Puerto Madero, le centre, quel­ques quar­tiers rési­den­tiels et les stades. Faudrait penser à se laver aussi, le bus risque de nous jeter en route, mais si ce n’est pas le cas nous arri­ve­rons demain a Mendoza.

Mendoza, ville comme il y en a en Europe, rien de spé­cial, sauf la vue sur la Cordillère des Andes. Nous repre­nons avec empres­se­ment le bus le plus attendu, celui qui nous fera décou­vrir les Andes de Mendoza à Santiago du Chili. Une immense barre de mon­ta­gnes s’étend de gauche à droite à perte de vue, des som­mets riva­li­sant de hau­teur les uns les autres. Plus tard nous ver­rons le plus majes­tueux, l’Aconcagua (6959 mètres) , le point culmi­nant du conti­nent. La glace lui forme une cou­ronne que le soleil fait briller éblouissant la cour à ses côtés, Louis XIV aurait sans doute aimé.

JPEG - 57.9 ko

Le Chili

Puis nous pas­sons la fron­tière avec le Chili, pre­mier contact avec la police durant ce voyage : tout est déballé, fouillé, contrôlé, même le fond de notre cavité mer­da­li­que s’ils en avaient le pou­voir. Cela se voit que la « démo­cra­tie » ne vit ici que depuis à peine 10 ans, depuis la fin du règne du plus libé­ra­liste et pro yankee des dic­ta­teurs d’Amérique Du Sud : Pinochet. Je pense que les évènements qui ont amené Pinochet au pou­voir sont à se remé­mo­rer pour savoir dans quel pays nous met­tons les pieds et connaî­tre la men­ta­lité.
1973, Salvador Allende décide de rendre à son peuple toutes les riches­ses dont le pays regorge, en natio­na­li­sant de nom­breu­ses exploi­ta­tions natu­rel­les dont les mines. En appli­quant cette poli­ti­que natio­nale et sociale, Allende s’est retrouvé ennemi numéro un pour les États-Unis qui ont perdu leur part du gâteau au Chili. Alors bien sur, la situa­tion n’en resta pas la, les Américains ont élaboré de nou­veau un plan pour anni­hi­ler Allende. Ils ont financé une immense grève de six mois dans le nord du pays pour blo­quer tous les moyens de com­mu­ni­ca­tion, les infra­struc­tu­res rou­tiè­res (la route 5) n’étaient plus pra­ti­ca­bles pen­dant six mois, l’économie du Chili s’écroula, le peuple demanda la tête d’Allende. Les États-Unis choi­si­rent Pinochet comme suc­ces­seur, l’armée suivit et les États-Unis repri­rent leurs droits voire davan­tage au Chili, et tout cela appuyé par un peuple igno­rant, mépri­sa­ble et détes­ta­ble.

Quelque chose qui sera tou­jours là, c’est bien le pay­sage andin qui se dévoile sous nos yeux : il est magni­fi­que. Mais les routes pas tou­jours sûres : des croix fleu­ris­sent notre par­cours et nous croi­sons un camion couché. Nous pas­sons de 3 200 mètres à envi­ron 1 500 mètres en l’espace de 10 minu­tes après la fron­tière, la des­cente de l’Alpe d’Huez ,c’est de la rigo­lade à côté. Derrière ces mon­ta­gnes, Santiago n’est pas loin, juste à quel­ques minu­tes. 21 h, arri­vés à Santiago, sans rien connaî­tre de la ville, nous sommes perdus à la recher­che d’un lieu pour passer la nuit Après trois heures à tour­ner, nous en trou­vons un hôtel pas cher, bien pourri mais où il y a de l’eau pour laver nos corps cras­seux et nos habits. Nous avons bien besoin d’un vrai lit après tous ces tra­jets à dormir dans le bus, la fati­gue mon­tait et l’énervement aussi. Maintenant la ville s’offre à nous.

Cela com­mence mal : à cause de l’énorme pol­lu­tion atmo­sphé­ri­que, les Andes ne sont même pas visi­bles alors qu’elles sont toutes pro­ches mais l’atmo­sphère ambiante me parait lourde. Dès le début je sen­tais que cette ville n’était pas pour moi, je la qua­li­fie main­te­nant de chiot­tes où les Andes auraient raison de tirer la chasse. Ça pue la naïve insou­ciance , des petits corps frêles enve­ni­més par une culture occi­den­tale lais­sant l’iden­tité de la capi­tale de ce pays à la dérive. Un effet de masse est remar­qua­ble, même les rues pavés ancien­nes du centre ville sont en train de se voir recou­vrir de gou­dron. Le peu de temps que je passe ici me fati­gue, tel­le­ment que nous renon­çons à aller visi­ter la maison de Pablo Neruda. À quoi sert un tel poète dans une telle ville de merde ? Je com­prends mieux main­te­nant le pour­quoi du dégoût qu’on les Argentins vis-à-vis des Chiliens. Je suis en droit de m’inter­ro­ger sur l’uti­lité du Chili pour l’Amérique Du Sud, si elle en a une. Elle n’est là qu’en phare des USA, elle fait parti du plan Alca délais­sant le Mercosur et les autres pays d’Amérique du Sud, favo­ri­sant le marché yankee au détri­ment des besoins de son propre conti­nent. Marre de visi­ter cette ville où les rêves d’Allende sem­blent bien loin.

Nous par­tons pour Valparaiso et le Pacifique. Nous ne sommes que de pas­sage dans cette ville de faux pêcheurs et de vrais tou­ris­tes. Passage à Vina Del Mar, ville qui ne lais­sera que peu de trace dans ma mémoire. Ces villes n’ont que peu d’inté­rêt dans ce voyage : venir au Chili pour se trou­ver dans une ville res­sem­blant à Toulon n’a rien de dépay­sant ; seul le nom de la mer change, les gens sont sem­bla­bles les uns aux autres. Nous lon­geons la côte paci­fi­que en stop, il nous faut partir le plus loin pos­si­ble de toutes ces places où la jeu­nesse bour­geoise enva­hit les plages, où les regards ne volent pas plus haut que la ficelle du string, où les rires sont syno­ny­mes de moque­ries et où l’alcool ouvre la vue.

Direction Con Con en stop. Un méca­ni­cien rouillé par le temps comme sa vieille peu­geot 504 nous y emmène sym­pa­thi­que­ment. Puis nous quit­tons cette ville, tou­jours en stop, dans un pick-up, pro­priété d’un type aux allu­res de nou­veau riche, ne sen­tant plus son cul sur le siège de la voi­ture, ne taris­sant pas d’éloges sur son pays en s’en sen­tant l’ambas­sa­deur. Comme com­man­dité par un tour opé­ra­tor, une visite des ter­mi­naux pétro­liers, des ins­tal­la­tions de gaz, d’oléo­duc, égaye notre route. C’est détes­ta­ble mais com­pléte ma pensée sur la men­ta­lité chi­lienne. Il nous dépose à Quintero. Nous trou­vons une empla­ce­ment un peu plus loin sur une col­line pour poser la tente, la place est infec­tée de mous­ti­ques. Dès le réveil, la pre­mière inten­tion que nous avons est de quit­ter le Chili le plus vite pos­si­ble, tout y est trop cher, les chi­liens dans l’ensem­ble sont un peu « cons-cons ». Nous par­tons à pied rejoin­dre la prin­ci­pale route du Chili, le route 5, qui tra­verse le pays du sud jusqu’au nord. 2-3 heures de marche et 2 h de stop pour qu’une chi­lienne nous prenne à bord de sa voi­ture. Nous en pro­fi­tons pour parler de son pays. Elle semble fati­guée par le coût de la vie , les routes sont toutes payan­tes même si les infra­struc­tu­res sont excel­len­tes ; les prix ali­men­tai­res sont exor­bi­tants pour les salai­res même si le Chili pos­sède la plaine culti­va­ble culti­vée la plus grande du monde (étendue sur envi­ron 2 500 km) Mais le pays est le plus riche que je connais actuel­le­ment d’Amérique du Sud (la poli­ti­que ultra libé­rale de Pinochet faci­li­tée par les aides amé­ri­cai­nes a boosté l’économie, mais à quel prix ?) Arrêt dans une petite ville, Nogalès. La ville de La Liga est notre pro­chaine des­ti­na­tion mais per­sonne ne s’arrê­tant pour nous pren­dre en stop, nous sommes contraints d’opter pour le bus. Arrivée à La Ligua où com­mence le désert d’Atacama, le plus sec du monde.

JPEG - 48.5 ko

Plus ques­tion de faire du stop pour rester à cramer sur le bitume. Un bus relie le nord du pays en s’arrê­tant dans les prin­ci­pa­les villes (La Serena, Antafogasta, Iquique, Copiapo...) nous fai­sant visi­ter ainsi le désert et les villes qui le par­sè­ment mais nous sommes obli­gés de faire l’impasse sur les mines de Chuquicamata. Ces mines font aujourd’hui partie des visi­tes des tour-opé­ra­teurs, le tou­risme doit finan­cer le peu de pro­duc­tion, la mine étant délais­sée par les inves­tis­seurs et seul un col­lec­tif de miniers n’ayant pas d’autre alter­na­tive fait vivre la mine. Départ en bus pour ce trajet plus tou­ris­ti­que que contrai­gnant. Dès l’entrée de ce désert les pneus éclatés, envi­ron une ving­taine par kilo­mè­tre, attes­tent de la cha­leur. Les pay­sa­ges sont mar­tiens, aux mul­ti­ples cou­leurs, tantôt rouges, gris, verts, bleus, marron, en com­bi­nai­sons sur­pre­nan­tes, mélan­gées même avec le bleu de la mer et son écume d’un blanc lui­sant, sans parler de la cou­leur du ciel que les habi­tants de Santiago doi­vent envier. La sym­biose est par­faite avec le pay­sage val­lonné.

La tra­ver­sée du désert ne nous ouvre pas les yeux que sur la beauté du pay­sage, mais aussi sur la poli­ti­que et sur les habi­tants du Chili. Toutes les villes tra­ver­sées ne sont le fruit que de pré­sence de res­sour­ces natu­rel­les (cuivre, sel, gaz...) Il y a d’énormes exploi­ta­tions miniè­res un peu par­tout dans le désert, où tra­vaillent sur­tout les mino­ri­tés indien­nes, abo­ri­gè­nes du nord du pays (qui ne sont pas reconnus mais qui sont exploi­tés) Ces exploi­ta­tions sont reliées direc­te­ment par des ter­mi­naux au lit­to­ral sans ajou­ter de la valeur aux matiè­res pre­miè­res extrai­tes. Sûrement que là aussi les États-Unis y trou­vent leur compte. Il existe aussi de nom­breux petits vil­la­ges, plutôt des com­mu­nau­tés de petits pêcheurs vivant dans le désert.

Ce pays est étonnant par sa capa­cité à exploi­ter le moin­dre filon sans que cela revienne au peuple. En effet, au sud de Santiago, il se crée une énorme richesse agri­cole pour un faible nombre d’habi­tants (15 000 000) et pour­tant les prix ali­men­tai­res sont exor­bi­tants. Et au nord , de mul­ti­ples res­sour­ces natu­rel­les sont exploi­tées sans que les matiè­res pre­miè­res ne soient chan­gées sur le sol chi­lien, ce qui pour­rait ajou­ter de la plue-value pour les Chiliens. Je pense qu’ici comme au Mexique, les États-Unis favo­ri­sent au début un déve­lop­pe­ment économique puis le font sta­gner pour pro­fi­ter de moin­dres prix car la main d’oeuvre revient bien moins chère pour extraire les res­sour­ces natu­rel­les dont les USA ont besoins. C’est don­nant-don­nant, c’est le sys­tème Alca. Et je ne parle pas de la culture amé­ri­caine qu’ils leur ont ren­trer dans le crâne, il suffit juste de s’asseoir sur un trot­toir et d’obser­ver la jeu­nesse chi­lienne pour s’en rendre compte.

La police est énormément pré­sente : nous sommes contrô­lés tous les 150 km. Tout le monde sort, les vali­ses sont sor­ties quel­ques fois, les iden­ti­tés sont contrô­lées et des ques­tions nous sont posées. Le Chili est une fédé­ra­tion d’états poli­ciers ayant peur de je ne sais quoi. Le socia­lisme est bien mort ici, il ne renaî­tra sûre­ment pas de ses cen­dres et des poètes comme Neruda ne sont main­te­nant que de l’his­toire ancienne. Nous pas­sons la fin de jour­née sui­vante à Arica, demain nous pas­se­rons au Pérou avec le train qui relie la ville à Tacna.

Le Pérou

Arrivée au Pérou dans un train col­lec­tor. Premier contact avec la police et pre­mière amende : mon com­pa­gnon de voyage a un pas­se­port périmé et pas de visa. Les 20 dol­lars de l’amende vont bien évidement direc­te­ment dans la poche de la res­pon­sa­ble des migra­tions de la gare de Tacna, la per­sonne la mieux habillée de toute la ville. La ville a un aspect d’immense bidon­ville.

JPEG - 52.9 ko

C’est un chan­ge­ment radi­cal en venant du Chili, mais dans ces pays l’appa­rence n’est sou­vent qu’illu­sion car la culture est bien dif­fé­rente et l’uti­lité de crépir ou de rendre l’aspect exté­rieur des mai­sons jolies n’est pas pri­mor­diale. Je pen­sais entrer dans une ville ibé­ri­que, mais je me suis trompé, il n’y a rien ici. Chose détes­ta­ble, c’est que sur des monts, à coté des repré­sen­ta­tions incas, des publi­ci­tés (Inca cola, des radios...) sont gra­vées. Ici la culture inca sert à faire consom­mer. Ainsi l’Inca Cola rem­place le Coca Cola, et de nom­breux autres pro­duits font réfé­rence à la civi­li­sa­tion Inca. Les Quechuas actuels ne voient pas leurs tra­di­tions res­pec­tées mais exploi­tée, leur iden­tité n’est pas reconnue mais l’iden­tité de leur ancê­tre inca oui. C’est une des­truc­tion moderne de ce qu’il reste de la civi­li­sa­tion Inca après celle débu­tée par Pizzaro. Cela stan­dar­dise toute une société en fai­sant des indi­vi­dus de sim­ples consom­ma­teurs incons­cients de leur igno­rance ; il y a des choses que l’on a le droit de faire et d’autres non, le consom­ma­teur n’a pas le droit d’être défini après comme le res­pon­sa­ble alors que l’avi­dité de cer­tains a poussé à établir de faus­ses valeurs pour qu’il puisse gran­dir maté­riel­le­ment. Nous nous diri­geons vers Arequipa. Là, c’est ce qui se passe dans le bus qui est inté­res­sant. Au début, je n’ai pas bien com­pris ce qui se tra­mait mais il ne pas fallu long­temps pour com­pren­dre. Ce bus, 50 places assi­ses pour 70 per­son­nes, 6 heures de tra­jets, sort de Tacna sur­char­ché, passe un contrôle de Police où les mines se gri­sent. Les vali­ses sont sor­ties, tout le monde entre dans une salle. Des poli­ciers entrent dans le bus et tous les sacs doi­vent être enle­vés. Surprise ! Alors que tout est ok à l’exté­rieur du bus, des pla­quet­tes embal­lées sont sor­ties du bus par des poli­ciers. Des soup­çons mais pas de preu­ves sur l’iden­tité du pos­ses­seur de cela, mais une femme tout de même reste avec les poli­ciers. Nous repre­nons la route, jusqu’à un pro­chain contrôle 3 heures après. Là une mas­ca­rade se met en route : des sacs pas­sent de mains en mains, des sièges sont déchi­rés pour cacher des paquets, des enfants en cachent sur eux, de gros­ses mamas aussi, tout cela sous les yeux de poli­ciers « aveu­gles ». Quelques paquets de drogue com­men­cent à être trou­vés, une femme subit une fouille plus pous­sée, elle res­tera à quai ainsi qu’une autre per­sonne. Les autres femmes font sem­blant de coudre, la police semble com­pren­dre le manège mais ne peut pas arrêer les trois quart du bus. Même le chauf­feur semble asso­cié à cette affaire, je l’ai vu récu­pé­rer de l’argent après avoir caché des sacs. Quel spec­ta­cle offert à un voya­geur qui s’en va décou­vrir le monde : c’est sur qu’ici, « c’est le Pérou ». Nous repar­tons, tout le monde semble de nou­veau ras­suré, il n’y aura plus de contrôle et nous arri­vons à Arequipa en n’ayant perdu que trois joueurs. Nous renon­çons à monter vers le nord, la dégé­né­res­cence de la culture Péruvienne nous la voyons déjà, pas besoin de se noyer dedans.. Nous délais­sons la capi­tale Lima et de Arequipa nous par­tons pour Cuzco, la « ville impé­riale ».

Arrivée à Cuzco à 4h30 du matin. Visite de la ville dès les pre­miers rayons de soleil. Nous sommes pra­ti­que­ment seuls à cette heure dans la ville. Nous nous hâtons de visi­ter la célè­bre place d’armes avant que les tou­ris­tes affluent. Nous pas­sons en revue les lieux les plus impor­tants. La sous culture espa­gnole sur­plombe le génie de cons­truc­tion inca ; des églises colo­nia­les repré­sen­tent le pou­voir de la reli­gion chré­tienne sur la reli­gion Inca. L’his­toire se répète aujourd’hui avec le désir de mon­trer son pou­voir, sa force, sa gran­deur par des créa­tions, des cons­truc­tions sym­bo­li­ques. C’est une ville-exem­ple de la colo­ni­sa­tion mon­dia­lea­vec le désir d’impo­ser sa culture. Le grand oeil inqui­si­teur de la reli­gion chré­tienne est pré­sent par­tout, dans l’archi­tec­ture, les écrits, les actes passés. l’Église a appuyé la des­truc­tion de la civi­li­sa­tion inca pour affir­mer sa posi­tion domi­nante dans le monde. Elle a aidé à la des­truc­tion de nom­breu­ses tra­di­tions et cultu­res loca­les, et de ce fait le patri­moine his­to­ri­que et cultu­rel mon­dial. Je vois une ville en plas­ti­que où tout est faux, où tout est illu­sion, une ville « mata­dor ». Il est impos­si­ble d’être au Pérou et de ne pas voir le Machu Picchu. Nous nous ren­sei­gnons pour nous y rendre. Pire que les Foz do Iguaçu, l’exploi­ta­tion tou­ris­ti­que est ici à son summum, la majo­rité paye plus de 100 euros pour se rentre au Machu picchu (train + entrée) Je fais mon petit calcul et l’entrée est pos­si­ble pour 40 dol­lars en pre­nant 2 bus à la place du train pen­dant une partie du chemin. D’ailleurs le trajet en bus est plus inté­res­sant, il se fait en com­pa­gnie de Quechuas sym­pa­thi­ques, et le pay­sage coloré des cultu­res agri­co­les accroît le charme de cette région où les mon­ta­gnes sem­blent taillées d’une main d’artiste. Les tra­di­tions per­du­rent dans cette région ; les enfants sont rois, sou­rire aux lèvres, c’est un « Trick or Trak » per­ma­nent ici, même les chiens ont le sou­rire aux babi­nes comme le fait sou­li­gner le globe-trot­ter à mes côtés : « on peut res­sen­tir l’ambiance et l’énergie d’une ville en obser­vant les chien y habi­tant ». On peut res­sen­tir ici une énergie spé­ciale, un bien-être, l’impres­sion de tou­cher au bon­heur. La vie coule pai­si­ble­ment. Le Tibet pos­sède peut être quel­ques liai­sons sur le point énergétique avec le Pérou, c’est à véri­fier. Nous pas­se­rons la fin de l’après midi dans une ville à 50 km du sommet, en atten­dant le train ame­nant à la ville Machu Picchu. Ce train qui soit disant sert par ses béné­fi­ces à la conser­va­tion des ves­ti­ges a été en réa­lité vendu par l’État à une com­pa­gnie amé­ri­caine privée. Les béné­fi­ces ser­vent donc à des inté­rêts per­son­nels et le prix du billet n’est plus jus­ti­fia­ble. Je par­tage l’heure de voyage avec deux Québecois et un Brésilien. Les deux amé­ri­cains du nord pas­sent l’Amérique du Sud en revue pen­dant 6 mois, à peu près tous les pays sauf le Brésil, la Guyane, le Surinam. Intéressant mais trop long pour moi.

JPEG - 204.8 ko

Le Lendemain, j’entre seul au Machu Picchu, Marcelo se lais­sant emporté par ses sautes d’humeur si fré­quen­tes... Je retrouve les trois voya­geurs du train, et nous pas­sons ensem­ble cette jour­née au Machu Picchu . Sans la foule, le lieu serait plus apte à la réflexion, pour rece­voir toute l’énergie déga­gée de ce lieu. Difficile de nepas penser à « Tintin et les Picaros ». L’air est calme, on se sent déta­ché du reste du monde. Seule ma tente est visi­ble d’en haut, comme pour me rap­pe­ler d’où je viens. Avec Carl, l’un des Québécois , nous gra­vis­sons la mon­ta­gne sur­plom­bant le Machu Picchu - cra­chage de clops assuré - pour arri­ver au sommet, à 2 700 mètres. De là, plus rien n’est visi­ble, à notre der­nier pas le ciel en des­sous de nous s’est refermé. Après plus d’une heure et un joint, il nous laisse enfin admi­rer de haut cette cité. Peut-être que la fumée du joint a chassé les nuages, c’est le joint sal­va­teur du Machu Picchu. C’est sur­pre­nant toute cette cons­truc­tion en pareil endroit. Pour moi, elle révèle tout autant voire plus du génie de cons­truc­tion des êtres humains que Notre-Dame de Paris ou la Cathédrale d’Istanbul . Le réel inté­rêt se trouve dans l’énergie spi­ri­tuelle du lieu ; encore faut il avoir les capa­ci­tés pour la sentir. Je passe là envi­ron 10 heures, puis le soir, vidé, je redes­cends à la ville. Au res­tau­rant, j’entends l’Internationale à la télé ; je chan­tonne le refrain, ce qui fait rire la cui­si­nière péru­vienne.

Le len­de­main , nous par­tons pour Puno. Comme pra­ti­que­ment tou les tra­jets, il se fait de nuit, pour arri­ver tôt le matin sans perdre une jour­née. L’his­toire et la mys­ti­que de la ville nous inter­pelle sitôt la pan­carte Puno fran­chie. C’est la ville d’ori­gine des Incas, aux bords du lac Titicaca. D’après une légende, les Incas sont sortis du lac, et d’après d’autres, une civi­li­sa­tion ancienne s’y trouve enfouie. Puno est une grande ville au allure de bidon­ville ; la cir­cu­la­tion se fait tantôt sur du bitume tantôt sur de la terre, mais comme dans toutes les régions péru­vien­nes où nous sommes passés, les voi­tu­res indi­vi­duel­les sont rares et les trans­ports en commun vétus­tes sont le prin­ci­pal mode de cir­cu­la­tion moto­risé. Le marché est très bien acha­landé et un lieu idéal de ren­contre pour les habi­tants. Les femmes ven­dent leur propre récolte. D’ailleurs dans les champs tra­vaillent plus de femmes que d’hommes. Je ne sais pas ce que font les hommes, mais les femmes ici sem­blent tenir beau­coup de rôles.

Énormément de petits champs dans cette région mais peu de camions pou­vant trans­por­ter la mar­chan­dise, le marché a donc une place impor­tante économiquement aussi. Beaucoup de dif­fé­ren­ces socia­les et eth­ni­ques entre les habi­tants mais cela ne semble guère poser de pro­blè­mes. L’alti­tude (envi­ron 4 000 m) laisse des mar­ques sur les visa­ges des­hom­mes et des femmes, ainsi que sur leur façon d’être : ils sem­blent fati­gués. Les gens sont hum­bles, dignes malgré la pau­vreté , la même chose que dans les autres villes de cam­pa­gnes pau­vres que nous avons tra­versé au Pérou. La ville se trouve proche de la fron­tière avec la Bolivie, il nous faut pren­dre le bus.

La Bolivie

Le bus nous dépose à 2 km de la fron­tière. Nous sommes tou­jours à 4 000 mètres. Même à cette alti­tude il fait chaud pour par­cou­rir ces 2 km, l’air est rare et la fati­gue vient vite. Arrivés à la fron­tière, per­sonne pour régu­la­ri­ser notre entrée. Des mai­sons en bri­ques sont cons­trui­tes entre les deux points de contrô­les, et des gens flâ­nent au soleil. C’est bien la fron­tière la plus ouverte que j’ai vue. Nous pre­nons un bus pour Copacabana, tou­jours sur la rive du lac Titicaca, près des îles de la Lune et du Soleil.

JPEG - 53.8 ko

Nous arri­vons en plein car­na­val ou fête de la vierge (elle n’y est pas beau­coup repré­sen­tée) La fête a lieu dans la semaine la plus impor­tante pour les Aymaras et Quechuas, la seule semaine où ils oublient un peu la dureté de leurs vies. Ils com­mé­mo­rent leur his­toire, leurs tra­di­tions, leur culture. C’est magni­fi­que s’assis­ter à une telle fête, les clai­rons annon­cent l’arri­vée des conquis­ta­dors, Pizzaro en tête, des dan­seurs figu­rent l’armée espa­gnole para­dant dans la joie et la moque­rie. des cos­tu­mes tous plus beaux les uns que les autres (les sacri­fi­ces finan­ciers de toute un année) habillent ces dan­seurs et dan­seu­ses toute la jour­née même sous les trom­bes d’eau gelée. Ce car­na­val n’a rien à voir avec ceux du Brésil, il ne repose pas que sur des culs qui se balan­cent et des strings, mais sur une vraie his­toire pour ces eth­nies, et je suis scié de voir tout ce qu’il repré­sente, tant d’oppres­sions, de souf­fran­ces, d’impuis­sance, de luttes pour conser­ver une indé­pen­dance cultu­relle. C’est une leçon de qua­lité. En revan­che ce qui m’a choqué c’est le fait que de nom­breu­ses per­son­nes ici ne connais­sent pas les valeurs du car­na­val. Elles ne la connais­sent pas la stan­dar­di­sa­tion de la mon­dia­li­sa­tion , et rejet­tent sou­vent toute culture étrangère, si bien qu’il arrive par­fois que des per­son­nes ne veu­lent pas nous écouter ou des com­mer­çants nous servir, mais cela est com­pré­hen­si­ble et ces actes com­pa­ti­bles avec leur his­toire depuis 500 ans.

Le len­de­main, à 5h30 du matin, nous sommes réveillés par une fan­fare cas­tillane. Le car­na­val reprend ses droits, il s’étale dans le temps, don­nant aux indi­gè­nes un sem­blant de revan­che sur le passé. En effet cette terre a été « sucée » par les colo­ni­sa­teurs jusqu’à en faire aujourd’hui un désert aride de toute richesse. Par exem­ple, la ville de Potosi qui fut jadis l’une des villes les plus riches du monde, mais cette richesse a dis­paru dans les mains espa­gno­les. Cette ville abri­tait les plus gran­des mines d’argent, pro­dui­sant plus de 80% de l’argent cir­cu­lant alors, ce qui a même pro­vo­qué une crise économique en Europe, l’abon­dance de l’argent lui fai­sant perdre sa qua­lité de métal pré­cieux. Bien sûr les mineurs étaient qua­si­ment escla­ves. 8 000 000 sont morts dans ces mines, au tra­vail ou de sili­cose. L’espé­rance de vie des mineurs était de 5 ans, avec pour seul remède contre la dureté du tra­vail (par rou­le­ments de 36 heures) des feuilles de coca et de l’alcool à plus de 90°. Ces mines sont tou­jours exploi­tées mais comme celles de Chuquicamata, où il n’y a pra­ti­que­ment plus rien à extraire et qui appar­tient aujourd’hui aux miniers. La ville est deve­nue l’une des plus pauvre du monde, avec un nombre de veuves et d’orphe­lins en cons­tante aug­men­ta­tion. Il y a aussi des cultu­res bien plus ancien­nes datant des Incas sur les mon­ta­gnes. Nous mon­tons à l’obser­va­toire inca. À cette alti­tude, cela prend du temps pour une petite grim­pette. Comme c’est une place ésotérique du monde inca, nous pre­nons le temps de médi­ter. Une fois arrivé à l’Arche inca, la pluie se met à tomber, et en quel­ques minu­tes un arc-en-ciel enjambe le Lac Titicaca. Signe ? Hasard ?.. Après être des­cendu, nous mon­tons une seconde mon­ta­gne au milieu de la ville au milieu d’une fête reli­gieuse où la montée à la croix de Jésus est repré­sen­tée. C’était aussi un lieu spi­ri­tuel pour les Incas.

JPEG - 98.7 ko

Nous redes­cen­dons dans la ville assis­ter à la parade pour la conser­va­tion des cultu­res et des tra­di­tions. La bière coule à flot. À cette alti­tude, la mousse rem­plit les deux tiers du verre, elle coule aussi pour moi, il faut bien pro­fi­ter, un verre m’est même offert par des Aymaras ivres (ils le sont tous...) Il fait chaud et la ten­ta­tion de plon­ger dans le Titicaca est trop forte, je plonge dans cette étendue d’eau froide à 3 800 mètres. Retour de nou­veau dans les rues en liesse où, ivres d’alcool, la moitié des gens sont bour­rés, cer­tains effon­drés sur le trot­toir, d’autre dan­sant seul là où la musi­que est loin des oreilles. C’est la jour­née la plus joyeuse que nous pas­sons malgré une forte tou­rista incontrô­la­ble. Nous par­tons pour La Paz en fin d’après-midi.

Le bus est tou­jours sur­chargé , et nous lais­sons nos places assi­ses à deux vieilles femmes pour ces 4 heures de voyage. Le bus monte sur un bateau pour passer la partie étroite du Titicaca en proie aux vagues. Nous chan­tons en pas­sant en revue tous les clas­si­ques de la musi­que fran­çaise, mais les pas­sa­gers sont indif­fé­rents à notre pres­ta­tion et un grand nombre de pas­sa­gers ten­tent de trou­ver le som­meil. Nous arri­vons le soir à La Paz et nous trou­vons un petit hôtel proche de la gare rou­tière.

À 5heu­res du matin, La Paz est déjà éveillée. Même les éboueurs dor­mant sur leurs camions « pou­belle » se réveillent et com­men­cent leur toi­lette. Les mar­chés atti­rent déjà les clients et le jeu des klaxons reprend la partie de la veille. Petite douche froide dans cet hôtel miteux et la jour­née com­mence. Nous nous trou­vons dans une cuvette entou­rée de mon­ta­gnes avec pour végé­ta­tion des mil­liers de bidon­vil­les. Ici aussi il y a peu de voi­tu­res indi­vi­duel­les, beau­coup de trans­ports en commun, cer­tains taxis sont mêmes col­lec­tifs et sui­vent un iti­né­raire affi­ché. Le nom de la ville est trom­peur : par­tout des mili­tai­res surar­més et une une police omni­pré­sente.

Des enfants à la pelle cirent les chaus­su­res d’incons­cients... et au milieu de tout celà, Simon Bolivar s’élève, fixant le pays qu’il a rendu indé­pen­dant. Parler d’indé­pen­dance est un bien grand mot sur­tout quand le pré­si­dent du pays parle espa­gnol avec un accent amé­ri­cain, et quand les gran­des mines de gaz subis­sent le même sort que les mines de Potosi, le peuple ne pro­fi­tant pas des riches­ses extrai­tes dans leur sol. Le gou­ver­ne­ment pré­fère le profit plutôt que la santé de sa popu­la­tion qui ne peut pas chauf­fer ses mai­sons et sa nour­ri­ture dans cer­tai­nes régions déser­ti­ques et sans bois. C’est un peuple usé par le temps que nous voyons, chaque révolte s’est finie en mas­sa­cre comme à El Alto où à Potosi. Même Che Guevara y a laissé sa vie. Que faire quand les USA ren­sei­gnent une armée boli­vienne prête à tuer son propre sang ? Un impé­ria­lisme en rem­place un autre, l’impé­ria­lisme Yankee rem­plaçe l’impé­ria­lisme espa­gnol.

Nous sommes fati­gués par tous ce que nous avons pu voir durant ce voyage, cela nous parait inu­tile de passer dans les régions plus au sud de la Bolivie, les régions les plus dures. Direction Santa Cruz en pas­sant par Cochabamba. La région de Santa Cruz coupe en deux le pays, ici c’est la forêt tro­pi­cale. Cette région vit essen­tiel­le­ment d’agri­culture, d’exploi­ta­tions miniè­res, d’indus­tries et de la défo­res­ta­tion.

Arrivée à Santa Cruz, capi­tale économique du pays à l’image de Saõ Paulo moins les buil­dings à la chaîne. La culture euro­péenne pré­do­mine : nom­breux minets et loli­tas, des shop­pings-cen­ters, le retour au mode de pensé ein­culqué par le capi­ta­lisme. Merci à l’oncle Sam. Je n’aime pas ce genre de ville dans ces pays , ce ne sont que des bulles que les exploi­teurs gon­flent et per­ce­ront un jour. Cela est sûre­ment déjà pla­ni­fié comme tout dans le conti­nent.

JPEG - 115.5 ko

Nous quit­tons cette merde de ville bour­geoise pour rejoin­dre Quijarro dans un mini­bus anti­que des années 70. Technique Paris-Dakar, nous fai­sons notre petit rallye Raid au milieu de la forêt du Pantanal, sur des routes en terre rouge défoncé par les camions sur 1000 km. Cela com­mence bien : la roue de secours se déta­che du toit, là où sont nos vali­ses. Premier arrêt pour les repla­cer. Commence main­te­nant les sla­loms entre les trous, le pas­sage de riviè­res, le contour­ne­ment en force sur les talus de camions embour­bés, et des ponts en bois peu ras­su­rants. Bref, c’est une vraie étape du Dakar jour et nuit. Plusieurs fois nous nous arrê­tons dans de petits vil­la­ges aux bords de la route, des vil­la­ges vivant essen­tiel­le­ment d’agri­culture. Le pay­sage est magni­fi­que, mais 24 heures dans ces condi­tions ce n’est pas facile. Chaque point d’eau est exploité par la vie, où une mul­ti­tude d’espè­ces y trou­vent leur bon­heur et leur raison d’être.

JPEG - 37.2 ko

Enfin arri­vés, nous pas­sons la nuit à Puerto Suarez, ville fron­ta­lière avec le Brésil. Cette ville me fait revi­vre la nos­tal­gie de nos anciens, en France, et le mythi­que cinéma per­ma­nent où ils ren­contraient sou­vent la femme de leur vie. Bien sûr ici ce n’est pas la France d’antan mais dans le fond ce n’est pas bien dif­fé­rent : tout le monde se retrouve le soir à la vidéo­thè­que pour voir un film bidon qui aura tout de même servi à faire sortir tout le monde et favo­risé la ren­contre avec l’autre, chose perdue en France. Nous pas­sons notre der­nière nuit en Bolivie.

À nouveau le Brésil

Nous rejoi­gnons tôt et à pied la fron­tière que nous fran­chis­sons fur­ti­ve­ment pour ne pas payer une amende de 150 boli­vars pour pré­sence illé­gale sur le ter­ri­toire boli­vien à cause de la conne­rie des poli­ciers de Copacabana. Ma situa­tion est de nou­veau régu­la­ri­sée à la police fédé­ral de Corumba, du côté bré­si­lien. C’est dif­fi­cile de parler de citoyens du monde lorsqu’on voit une telle dif­fé­rence entre deux villes sépa­rées seu­le­ment par la douane. Ce serait aussi facile de dire qu’il n’y a pas de fron­tiè­res : les rêves ne sont que des rêves. Cette ville est aux anti­po­des de son homo­lo­gue boli­vienne : rues pavés, der­niers modè­les de voi­ture, éboueurs, port, tou­risme...et les émigrants boli­viens se voyant refu­ser tout visa, Mercosur ou pas ! Moi, Français, le visa m’a été donné immé­dia­te­ment. J’ai un peu de nos­tal­gie de la Bolivie quand je vois la men­ta­lité et la culture des Brésiliens de Corumba, et c’est de nou­veau parti pour bouf­fer de la merde chère.

Nous par­tons pour Campo Grande dans le Mato Grosso do Sul. Nous sommes de nou­veau astreints à plu­sieurs contrô­les de police durant le trajet. Nous tra­ver­sons la région du Pantanal sous le déluge. On y voit d’immen­ses élevages de vaches de 10 000, 20 000 têtes ou des cultu­res de soja - en par­fait non res­pect de l’envi­ron­ne­ment - avec des pro­prié­tés de plu­sieurs dizai­nes de kilo­mè­tres carrés. Je pense à Chico Mendes dans sa lutte contre la défo­res­ta­tion, dans sa lutte pour la sau­ve­garde de l’Amazonie il y a plus de 25 ans. Mais quelle manne d’argent à court terme est la défo­res­ta­tion ! Pour le Brésil en plein essor, puiser dans ses res­sour­ces pour déve­lop­per l’indus­trie apporte bien plus de reconnais­sance sur le moment pour des gens avides. eh ! Oui, pour la plu­part des hommes, s’élever dans la vie à bien plus d’impor­tance que de s’élever devant la mort... En cette fin de voyage, mes pen­sées vont à quel­ques hommes : Chico Mendes, Gandhi, Malcom X, Martin Luther King, Che Guevara et de nom­breux ano­ny­mes, et c’est avec une boule à l’esto­mac que j’observe ce qui m’entoure, et m’entou­rera tou­jours si la majo­rité ne trouve pas la force de faire Sa révo­lu­tion. Il est impos­si­ble de la faire à sa place, tout comme il est impos­si­ble de deman­der à des mou­tons de deve­nir ber­gers. Le sen­ti­ment d’unité n’exis­tera pro­ba­ble­ment jamais tant que l’Homme n’accep­tera pas tout ce qu’il doit accep­ter pour sortir de sa condi­tion. Nous arri­vons dans la ville des Vaches, Campo Grande, une ville en super­plas­ti­que qu’il est inu­tile de garder en mémoire.

Nous repar­tons très vite pour Brasilia. Ayant pris langue avec un paysan du Pantanal à la gare rou­tière, nous nous ren­sei­gnons sur la vie des pay­sans. Il nous fait savoir qu’il ne chan­ge­rait sûre­ment pas sa vie pour deve­nir comme tout les gens sans visa­ges des villes, même si la vie isolée qu’il mène est par­fois dif­fi­cile. Les atta­ques d’ ani­maux ne sont pas rares et, même si ils sont tou­jours armés d’une arme à feu et d’un grand cou­teau, et pro­vo­quent des morts ; plu­sieurs de ses amis ont été tué par des félins. On en est loin dans nos cam­pa­gnes fran­çai­ses, avec juste quel­ques atta­ques de coqs aux mol­lets ou plus rare des tau­reaux qui char­gent. Le Pantanal reste der­rière nous tandis que nous nous diri­geons vers le dépar­te­ment fédé­ral, vers Brasilia.

Un peu d’ésotérisme pour cette ville de Brasilia fondée sur le même axe que Karnak et Paris et en forme d’oiseau en plein vol. La griffe de l’archi­tecte Oscar Niemeyer est pré­sente par­tout, du bureau du pré­si­dent, au sénat et par­le­ment, au bureau fédé­ral de la jus­tice, à l’hom­mage à Kubitschek (le fon­da­teur de la ville) au pont sur le lac, au temple à sept faces et jusqu’à la cathé­drale de Brasilia, autant dire tout les bâti­ments publics impor­tants. Cela peut prêter à sou­rire quand on connaît les idées poli­ti­ques et les décla­ra­tions de Niemeyer : « Notre pre­mier combat et de lutter contre l’empire d’Amérique du Nord », « Gorbatchev est un traî­tre », « Quand il n’y a plus d’espoir, alors il y a la révo­lu­tion ». Il a des­siné de sa main de génie un lot de cons­truc­tions publi­ques qui sont uti­li­sées aujourd’hui par un gou­ver­ne­ment de pan­tins à la solde des Américains du Nord. La ville même de Brasilia parait légère, il n’y a pas trop de cons­truc­tions hasar­deu­ses, même si d’après le créa­teur de Brasilia, le plan de la ville lui serait venu tout seul, natu­rel­le­ment, « par hasard », pour cons­truire une ville en forme d’oiseau sur le même axe que Karnak et Paris ; il est vrai que cela deman­dait une sacrée ima­gi­na­tion pour des­si­ner une ville en forme d’oiseau. Il fut le seul archi­tecte à avoir rendu des plans brouillons faits en 10 minu­tes. De nom­breu­ses choses peu­vent ici être vues de façon mys­ti­que , en étroite liai­son entre cette ville et l’Égypte d’Akhénaton. Pas mal de choses sont soit disant faites par hasard mais ici, Niemeyer est plus qu’ori­gi­nal, il entre dans le cercle fermé du génie mys­ti­que, comme pour les tours jumel­les sur l’axe de Karnak, qui voient le soleil se cou­cher entre elles le jour de l’anni­ver­saire de la ville. Niemeyer dit ne pas l’avoir voulu cons­ciem­ment et s’être retrouvé sur­pris en l’appre­nant. Est-il pos­si­ble de parler de hasard quand on sait que la même chose exis­tait à Karnac et à Paris entre les piliers de l’Arc de Triomphe ? Tout cela situé sur le même axe. La touche ésotérique de ce voyage se fait d’elle-même, je ne la cher­che pas, mais elle vient seul comme à Copacabana. Marcelo a dis­paru en me lais­sant un mes­sage comme quoi il repar­tait à Rio, et je passe deux nuits à dormir seul dehors, dans une nou­velle ban­lieue de Brasilia qui me fait penser à nos ban­lieues fran­çai­ses à leur début. Les bâtis­seurs répè­tent la même erreur que les Français : ils par­quent les tra­vailleurs et les fonc­tion­nai­res venus du Nord du pays dans ces nou­veaux ghet­tos sans espa­ces, dans des immeu­bles parais­sant confor­ta­bles mais se dégra­dant très vite. Mon voyage s’arrête pra­ti­que­ment là. Je pars seul pour Salvador de Bahia, avec l’envie d’entrer dans une com­mu­nauté hippie à Arembepe, où vécut Janis Joplin et où des chan­teurs comme Jimi Hendrix, Mick Jagger, Gilberto Gil sont passés. Ce sera un autre voyage - peut-être plein d’autres - et ici je pour­rai faire en toute séré­nité mes bilans du voyage.

Quelques conclusions

Environ 15 000 km de par­couru, pres­que la moitié de la Terre, faut main­te­nant en sortir l’uti­lité. Un voyage c’est tou­jours un gain de luci­dité, main­te­nant je ne sais pas pour moi à l’heure d’aujourd’hui si cela a réel­le­ment chan­ger quel­ques choses, je peux extra­po­ler des images à ce que je pen­sais, à ce que je savais, et je peux main­te­nant être sûr, la dépen­dance aux medias s’envole un peu.

Ce qui s’est pré­senté devant moi de la manière la plus chro­ni­que, c’est sûre­ment l’impor­tance de la main-mise des USA sur tout le conti­nent sud-amé­ri­cain, le fait qu’ils cham­bou­lent le puzzle sud amé­ri­cain pour mieux le domi­ner. Tout cela est pré­mé­dité depuis long­temps, le sort futur de chaque pays est déjà scellé et connu par les déci­deurs amé­ri­cains. L’avenir de ces pays n’est pas entre leurs mains, même la plus grande révolte n’y chan­gera rien, n’importe quel pré­si­dent n’y chan­gera rien ; seule la prise de cons­cience col­lec­tive et le sacri­fice intel­lec­tuel per­son­nel peu­vent faire chan­ger les choses , mais cette vision est bien uto­pi­que quand on voit que beau­coup ont volon­tai­re­ment renoncé à leur condi­tion d’Homme. Même la prise de cons­cience de l’impor­tance de l’unité n’existe pas, encore moins la prise de cons­cience de l’impor­tance de soi dans l’unité. Dans les gran­des villes, les pen­sées col­lec­ti­ves n’exis­tent pas, c’est la pensée de l’impor­tance du soi pour soi qui pré­do­mine.

A l’encontre des gran­des villes, les vil­la­ges ayma­raa et que­chuas de l’ouest de la Bolivie et du sud est du Pérou offrent une alter­na­tive ances­trale de vision du monde avec un sys­tème qui a fait ses preu­ves, basé sur le main­tien de la culture, le res­pect et l’entraide mutuelle mais aussi la méfiance de l’étranger. De même en Argentine , la jeu­nesse m’est apparu assez lucide sur l’ensem­ble de la vie ; j’ai eu moins affaire ici à des loli­tas et des minets qu’au Chili. Du Chili, je ne pour­rais qu’en être l’ambas­sa­deur des pay­sa­ges natu­rels ; le cin­quante-troi­sième État des USA fait bien honte à la foule qui était venue accla­mer le poète Pablo Néruda à son retour d’exil mais satis­fait plei­ne­ment la foule de gré­vis­tes tuant le futur de leur pays en 1973.

Alors l’Alca ou le Mercosur ? Si j’étais tech­no­crate amé­ri­cain ou chi­lien je dirai l’Alca, mais je ne le suis pas. Pourquoi l’Alca ? Créer une nou­velle ban­lieue des États-Unis, exploi­ter le pays pour déve­lop­per les sys­tè­mes de com­mu­ni­ca­tions et mili­tai­res des yan­kees, cela sert juste à gros­sir l’œil de Big Brother. Qui désire que le pays de la « liberté » le traque ? Pas moi en tout cas, le télé-écran est arrivé déjà à un haut niveau de contrôle, il contrôle en masse. Pourquoi pas le Mercosur ? C’est pas dif­fi­cile de faire le Mercosur, il faut juste deman­der l’auto­ri­sa­tion à mon­sieur le pré­si­dent du monde, j’y tra­vaille sur le champ :

- Monsieur le pré­si­dent du monde,

Étant affligé suite à la vision du sort que vous réser­vez à tout le conti­nent sud amé­ri­cain, je me suis permis de vous écrire et de vous expli­quer, briè­ve­ment et sim­ple­ment, les inter­dic­tions que créent votre pré­sence sur ce conti­nent.

Imaginez, non égoïstement, un conti­nent sud amé­ri­cain uni. Excusez moi, l’ima­gi­na­tion n’est pas donnée à tout le monde, alors lais­sez moi guider votre ima­gi­naire. Je ne consi­dè­re­rai que les pays foulés par mes deux pieds et j’omet­trai donc la Colombie, l’Equateur et le Venezuela. Commençons par l’essen­tiel, le Brésil contient 11% des riches­ses d’eau mon­diale, et pour ce qui est de l’agri­culture elle pos­sède tous les cli­mats favo­ra­bles et les terres du Parana sont fer­ti­les. Le Brésil peut être un gre­nier ali­men­taire pour les autres pays de la com­mu­nauté. Pour le com­plé­ment ali­men­taire l’Argentine peut appor­ter d’autres pro­duits au vu de ses cli­mats com­plé­men­tai­res dans le nord mais aussi la Patagonie, sans oublier que le Chili pos­sède tout de même la plus vaste plaine culti­vée du monde. Les ques­tions de l’eau et de l’ali­men­taire ne devraient même pas se poser, la mal­nu­tri­tion ne devrait pas exis­ter. Pour les besoins de nos socié­tés moder­nes, le plan­cher sud amé­ri­cain regorge de matiè­res pre­miè­res, pétrole, gaz, char­bon, cuivre, mine­rais, or, argent, acier, fer... Des villes ,comme Sao Paulo, ont une indus­trie qui serait apte à ajou­ter de la valeur à ces matiè­res pre­miè­res. Tout le conti­nent sera sur une phase rapide de déve­lop­pe­ment économique, et de non dépen­dance, il serait même capa­ble de pro­gres­ser en autar­cie à la vue de toutes ses riches­ses. Maintenant, regar­dez la com­plé­men­ta­rité des riches­ses : le pétrole du Brésil pour ache­mi­ner les riches­ses minière comme le cuivre du Chili, qui lui ser­vira à la créa­tion d’ins­tal­la­tion pour le gaz extrait de Bolivie qui lui pro­po­sera une alter­na­tive écologique et moins chère aux moyens de trans­port, lais­sant la place à d’autres inves­tis­se­ments comme le tou­risme (les Andes, la Patagonie, l’Amazonie, les ves­ti­ges pré­co­lom­biens du Pérou, les sta­tions bal­néai­res, les déserts, les salars, les îles écologiques) appor­tant une manne d’argent sup­plé­men­taire ser­vant la moder­ni­sa­tion des moyens de com­mu­ni­ca­tion. De là, le déve­lop­pe­ment économique se fera de lui même, même les régions les plus déso­lées auront leurs places si on leur laisse leur exploi­ta­tion propre, culture de pomme de terre (ces cultu­res pou­vant être finan­cées par des cultu­res de soja plus valo­risé dans d’autres régions plus fer­ti­les comme le Pantanal au Brésil), extrac­tion de sel dans les déserts de sel, peti­tes exploi­ta­tions pis­ci­co­les sur le Titicaca ou le Pacifique dans le nord du Chili ou au Pérou, créa­tion d’indus­tries ici où là au lieu d’une exploi­ta­tion des mines par des étrangers qui ont appau­vri les régions comme celle de Potosi, délo­ca­li­sa­tion des grands cen­tres économiques pour favo­ri­ser de peti­tes villes avec une vraie iden­tité. En zap­pant les inter­mé­diai­res, les pou­voirs d’achats seraient accrus, l’argent pour­rait donc servir à la recher­che et l’inves­tis­se­ment dans de nou­vel­les tech­no­lo­gies au ser­vice de l’envi­ron­ne­ment, du non gas­pillage des res­sour­ces natu­rel­les non renou­ve­la­bles comme l’arro­sage au goutte à goutte des champs culti­vés qui économise 85% de l’eau pota­ble riche en matière orga­ni­que (l’arro­sage inten­sif est inu­tile, favo­rise la sali­ni­sa­tion et donc la sté­ri­lité des terres , et coûte plus cher à long terme) et à la conser­va­tion de la bio­di­ver­sité grâce à la baisse d’émission de CO2 en favo­ri­sant l’hydro­gène qui ne contient pas de car­bone dans sa molé­cule (alors que le char­bon pos­sède 4 atomes de car­bone pour 1 atome d’hydro­gène et le pétrole contient lui 2 atomes de car­bone pour 1 atome d’hydro­gène), car c’est la com­bus­tion du car­bone qui est la pre­mière source de pol­lu­tion atmo­sphé­ri­que alors que c’est la com­bus­tion d’hydro­gène qui est recher­chée. Le Mercosur pour­rait pro­po­ser donc de nom­breu­ses alter­na­ti­ves pos­si­bles pour ce conti­nent riche, vous le savez très bien, mais votre manque de cou­rage à affron­ter votre avi­dité vous pousse à de tels agis­se­ment égoïstes. Élevez vous sur votre échelle sociale, et reje­tez l’échelle de Jacob mais n’oubliez pas cela : « Le désir, de sa nature, est souf­france ; la satis­fac­tion engen­dre bien vite la satiété ; le but était illu­soire ; la pos­ses­sion lui enlève son attrait ; le désir renaît sous une forme nou­velle, et avec lui le besoin ; sinon, c’est le dégoût, le vide, l’ennui, enne­mis encore plus rudes que le besoin. » Cordialement, avec mes aboie­ments les plus sin­cè­res.

- Avec un peu plus de sérieux, voici ce que je retiens d’un tel voyage :

Après quatre siè­cles de résis­tance aux colo­ni­sa­tions espa­gnole, por­tu­gaise, fran­çaise, hol­lan­daise et anglaise puis un siècle de lutte contre l’impé­ria­lisme étasunien qui se sont tra­duits par le géno­cide des popu­la­tions, l’escla­vage, la spo­lia­tion des riches­ses... avec la com­pli­cité des oli­gar­chies loca­les, l’Amérique Latine est aujourd’hui un conti­nent qui s’enfonce de plus en plus dans la pau­vreté, bouffé par les appé­tits néo­li­bé­raux.

Cinq cents des plus gran­des entre­pri­ses trans­na­tio­na­les contrô­lent 80% de la pro­duc­tion et des ban­ques - envi­ron 48% appar­tien­nent aux États-Unis, 30% à l’Union Européenne et 10% au Japon - l’Amérique Latine est une terre d’iné­ga­lité criante. La pau­vreté touche 240 mil­lions d’habi­tants dont plus de 107 mil­lions d’indi­gents. Le nombre de pau­vres a aug­menté de 7 mil­lions en 2002, le taux de chô­mage et la pré­ca­ri­sa­tion des emplois sont en cons­tante aug­men­ta­tion. Le taux de mor­ta­lité atteint les 30 pour 1000 nais­san­ces, le taux de déser­tion sco­laire des ado­les­cents est de 37%... Nous sommes loin des pers­pec­ti­ves de la Conférence au Sommet du Millénaire orga­ni­sée par les Nations Unies en sep­tem­bre 2000 qui pré­voyait de réduire de moitié la pau­vreté dans les 15 ans à venir. Encore des dis­cours de tech­no­cra­tes déma­go­gues comme ceux sur le déve­lop­pe­ment dura­ble.

La dette externe, créée sou­vent de toute pièce par des gou­ver­ne­ments mili­tai­res ou ultra-libé­raux mis au pou­voir par les USA, pour­tant déjà rem­bour­sée plu­sieurs fois, ne cesse d’aug­men­ter (le Brésil en tête de liste) - 4 fois plus d’endet­te­ments qu’en 1982 - La suré­va­lua­tion sys­té­ma­ti­que du dollar étasunien, la dépré­cia­tion per­ma­nente des mon­naies des pays du Tiers Monde est uti­li­sée à des fins de domi­na­tion - l’Argentine n’en a-t-elle pas payé les frais ? Cette domi­na­tion permet de conti­nuer à finan­cer le déve­lop­pe­ment économique des États-Unis, tout en empri­son­nant les pays du Sud dans des méca­nis­mes de dépen­dance qui les obli­gent à s’ali­gner sur les exi­gen­ces du libre-échange. Aux anti­po­des du Mercosur, le sys­tème Alca qui pro­pose la créa­tion d’une zone de libre échange avec les États-Unis, prévu pour début 2006, est l’expres­sion la plus abou­tie de la poli­ti­que de domi­na­tion économique, com­mer­ciale, cultu­relle et mili­taire des pays latino-amé­ri­cains. Son appli­ca­tion mène­rait irré­mé­dia­ble­ment à l’annexion du conti­nent latino-amé­ri­cain par les États-Unis ; c’est pra­ti­que­ment le cas du Chili. Mais d’autres trai­tés exis­tent comme les accords bila­té­raux, tels le Plan Colombie, le plan Puebla Panamá, les Traités de libre com­merce qui sont d’autres formes de néo­co­lo­nia­lisme et de dépen­dance. Voilà ce que pro­pose le capi­ta­lisme nord amé­ri­cain pour lutter contre la pau­vreté et les iné­ga­li­tés en Amérique du Sud. Les USA sont même prêts à faire assas­si­ner Hugo Chavez, lui qui déclare « s’employer à bâtir une société pla­né­taire basée sur l’être humain », s’il appli­que sa révo­lu­tion boli­va­rienne au Venezuela : « pren­dre son destin en main, donner ses pro­pres solu­tions à ses pro­blè­mes, se regar­der avec ses pro­pres yeux et écrire sa propre his­toire ».
Chavez pro­pose un sys­tème alter­na­tif à l’Alca , le sys­tème Alba qui « a pour objec­tifs la trans­for­ma­tion des socié­tés latino-amé­ri­cai­nes avec la par­ti­ci­pa­tion démo­cra­ti­que et directe des peu­ples. Le com­merce et l’inves­tis­se­ment ne sont pas des fins en soi mais des moyens de par­ve­nir à un déve­lop­pe­ment juste et dura­ble. Pour attein­dre ces objec­tifs, le projet boli­va­rien ren­force le rôle de l’État dans la défense des ser­vi­ces publics au béné­fice de toute la popu­la­tion et conserve sa fonc­tion de régu­la­teur et coor­di­na­teur de l’acti­vité économique pour ne pas l’aban­don­ner aux seuls inté­rêts des inves­tis­seurs ». L’Alba est donc basé sur la coo­pé­ra­tion, la com­plé­men­ta­rité économique, la soli­da­rité entre les dif­fé­rents peu­ples et pro­pose une société plus huma­niste. Cuba et le Venezuela ten­tent d’appli­quer ce projet depuis 2004. Cela ne rap­pelle t-il pas Allende ?

Les autres conclu­sions que j’ai tirées de ce voyage res­te­ront per­son­nel­les, et n’ont pas leur place dans cet arti­cle.


Dans les prochains jours :

Infos locales

5 septembre


3 septembre

  • Rapports sociaux de genre

    Soirée de soutien au livre du CLAS à propos du viol

    Vendredi 1er octo­bre à 19h au « Z » - RN 86 à Soyons 07 (proche valence) - Entrée 5 euros.

  • Migrations - sans-papierEs

    Face au racisme et à la xénophobie d'État : La solidarité de classe, pas l'hypocrisie républicaine

    Tract CGA manif 4 sep­tem­bre :
    - Une suren­chère répres­sive et raciste
    - Une his­toire qui ne date pas d’aujourd’hui
    - Libéralisation de la parole raciste et stra­té­gie de divi­sion
    En se posant en ges­tion­nai­res de l’État et du capi­ta­lisme, les cou­rants poli­ti­ques de gauche qui font mine de s’émouvoir de la poli­ti­que actuelle, ont depuis des années apporté leur pierre à l’édifice d’une répu­bli­que raciste et xéno­phobe.


31 août


30 août

  • Migrations - sans-papierEs

    Présentation / discussion autour du prochain camp No Border

    Le pro­chain camp No Border ce sera à Bruxelles à partir du 25 sep­tem­bre. Présentation, pro­jec­tion et dis­cus­sion le 8 sept. à 19 h à La Gryffe dans le cadre d’une tour­née d’infos faite par des mili­tan­tEs bruxel­loi­sEs.


26 août

  • Education - partage des savoirs

    Appel à actions anti-bizutage/usinage à l'ENSAM, site de Cluny (pour commencer...)

    Une grande école publi­que abrite tou­jours un bizu­tage mental appelé « usi­nage » durant près d’un tri­mes­tre. Nous avons nommé l’Ecole Nationale Supérieure d’Arts et Métiers (ENSAM), établissement com­posé de 8 cen­tres dont un près de chez nous, à Cluny, à 20 km de Mâcon. Un col­lec­tif local anti-usi­nage s’est créé et invite à une pre­mière action le 31 août où nous nous espé­rons nom­breux...


25 août

  • Discriminations

    « 100 villes contre la lapidation » : Rassemblement du 28 août à Lyon

    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

  • Migrations - sans-papierEs

    cartes postales à l'Elysée

    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

  • Résistances et solidarités internationales

    « Moi aussi, je boycotte ! » déclare le Président du tribunal correctionnel de Mulhouse

    Le Collectif 69 Palestine appelle à sou­te­nir les cinq mili­tants du Collectif Boycott 68 assi­gnés en cor­rec­tion­nelle le 13 sep­tem­bre, pour avoir appelé au boy­cott des pro­duits israé­liens à Carrefour de Mulhouse le 26 sep­tem­bre 2009. Des actions ont eu lieu à Lyon le 13 jan­vier et le 29 mai 2010.