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Rencontre avec les organisatrices du rassemblement World Hijab Day interdit à Lyon

Organisé chaque année, le World Hijab Day fondé par Nazma Khan, une styliste américaine, est un événement destiné à déconstruire les préjugés. Cette année sous couvert d’état d’urgence, le préfet Delpuech a choisi d’interdire le rassemblement préparatif de cet événement qui devait avoir lieu samedi 30 janvier place des Terreaux. Pourtant, en même temps un rassemblement contre l’état d’urgence était lui autorisé au même endroit !

Les questions n’étaient pas préparées, la rencontre s’étant faite par hasard entre un contributeur de rebellyon et des personnes directement impactées par une mesure découlant de l’état d’urgence, l’objectif était simplement de comprendre en quelques minutes, en quoi leur événement pouvait présenter pour le préfet des « risques de troubles graves et avérés à l’ordre public ». Autant le dire tout de suite, cet arrêté préfectoral est une vaste blague, car l’objectif du World Hijab Day était simplement de placer une caméra sur une place publique pour demander aux passants de poser leurs questions sur le voile directement aux personnes concernées puis de mettre les vidéo sur internet...

Rencontre improvisée avec Naella, étudiante et Youtubeuse ainsi qu’Hajer, Stylistes ; les organisatrices de la World Hijab Day Lyon :

Aujourd’hui, vous vouliez organiser un rassemblement pour préparer le World Hijab Day qui a lieu le tous les 1er février, mais l’événement a été interdit. Pouvez-vous m’en dire un peu plus ? Et d’abord pourquoi le 30 janvier alors que c’est le 1er février ?

Naella : la World Hijab Day, c’est bien le 1er février. Mais, le week-end en amont, on fait des événements pour faire des vidéos afin qu’on puisse synchroniser la publication de toutes les vidéos du monde en même temps pour squeezer la toile le 1er. Donc il est demandé à tous les militants à l’international de le faire le week-end précédent. Par ce que, c’est plus facile d’avoir des contacts dans la rue ce jour-là. On devait donc le faire aujourd’hui pour participer aux publications de vidéo de lundi.

OK, ça marche, j’ai bien compris

Naella : La World Hijab Day a pour but d’aller au contact de personnes non musulmanes qui veulent éclaircir cette question du voile, pour discuter, échanger, écouter les questions et réactions que les gens peuvent avoir, mais aussi de leur proposer d’essayer l’expérience de porter un voile pour quelques instants.

On l’a fait l’année dernière, ça c’est très bien passé, on a eu a peut près 100 personnes qui sont venues nous parler. Environ 80 d’entre elles ont décidé d’essayer le foulard. On a publié des vidéos de témoignages de ses passants sur YouTube qui ont fait plus de 100 000 vues cumulées qui ont été ensuite reprises par des journaux ce qui fait monter à 500 000 relais de cette vidéo !

La journée en elle même c’était super bien passée. C’était une expérience enrichissante et inoubliable, un moment de bien vivre ensemble et un vrai moment de partage. Du coup, c’était tellement sympa qu’on s’est dit qu’on allait remettre ça encore une fois à Lyon, puisque Lyon était le précurseur de cet événement l’année dernière en France !

Mais cette année, l’événement s’est vu interdit à Lyon au nom d’excuses qu’on pourrait discuter et qui sont plus que critiquables, mais par contre, il a été autorisé à Paris au sein même de la place de la République.

OK, mais pourquoi vous avez voulu faire cet événement et pourquoi à Lyon ?

Naella : Pourquoi le faire sur Lyon ? Je vais commencer par le local et après on va élargir le cadre.

Bien on est Lyonnaises. À un moment donné, on a envie de faire aussi les choses chez nous. C’est une première, pourquoi pas le faire chez nous ! C’est ce qu’on s’est dit l’année dernière. On aurait pu le faire sur Paris, car en terme de réseaux, on avait des amis étudiants et pros et on aurait pu le faire là-bas, sauf que Lyon, c’est aussi une grande ville, c’est aussi une belle ville, c’est une ville d’ouverture d’esprit, de militantisme, d’associatif, on voulait donc justement que sa ce passe au local, ou cœur de cette ville qui est finalement la nôtre depuis notre enfance et de tous les jours donc voilà pourquoi on avait choisi Lyon

Dans un second temps, pourquoi on a voulu faire cet événement ? Parce qu’à un moment donné, on a en marre qu’on parle de nous, on entend beaucoup de personne dans les médias qui ont des discours plutôt virulents à l’égard du foulard et qui de mieux finalement que des voilées pour parler de ce qu’elles ont sur la tête

Hajer : Je voudrais juste rajouter que le mouvement du World Hijab Day est né en 2013 aux USA et que depuis 2013, il se fait un peut partout dans le monde, dans plus de 140 pays. Mais en fait personne n’avait tenté l’expérience en France ce qu’on a trouvé un peu dommage. C’est pour ça que l’année dernière on s’est dit pourquoi pas initier le mouvement

Naella : Pour ma part à côté de mes études je suis youtubeuse, je fais des tutos foulard. L’événement s’inscrivait de ce fait dans une même cohésion.

J’ai entendu parler d’une youtubeuse voilée qui se plaignait de discrimination sur le net c’était toi ?

Naella : Non c’est Asma une autre youtubeuse [1]. Mais oui il y a un gros problème en France. En Angleterre, les femmes voilées youtubeuses se font financer par la pub et sont payées comme les autres. Comme par exemple Enjoy Phoenix, la Lyonnaise qui fait des tutos maquillage qui est une des plus suivies de YouTube France [2]. Mais en France, peut être c’est un peu jeune, ça fait un peu moins de 5 ans que la première, Asma s’est lancée. Mais, ça ne prend pas auprès des marques et des pubs, personne ne nous approche pour nous proposer des partenariats ! Il n’y a que les partenariats communautaires ou quelques gens un peut ouverts d’esprit qu’on arrive à avoir, mais on n’arrive pas à approcher les grandes marques comme en Angleterre donc on ne peut pas en vivre...

En quelques mots est ce que tu pourrais me dire : qu’est-ce que c’est de porter le voile au quotidien à Lyon ?

Naella : En quelques mots, c’est un peu dur. En fait, je ne pense pas que cela soit spécifique à Lyon, c’est la question du foulard en France plutôt que tu voulais me poser non ?

Oui c’est la question du regard des autres, est-ce que c’est surtout la loi qui est oppressive ou les gens au quotidien ?

Naella : Bien, au début c’était peut-être un peu le regard des autres de temps en temps. Mais maintenant, c’est surtout le problème de la loi qui s’en mêle et c’est là que ça devient vraiment difficile. On le voit aujourd’hui avec cet arrêté préfectoral d’interdiction de notre événement qui est scandaleux, car il dit très clairement que nos tenues vestimentaires peuvent porter à confusion et qu’elles sont provocatrices vis à vis de l’ordre public. Donc ça veut dire à un moment donné que des citoyennes françaises de confession musulmane font le choix de se voiler et on considère qu’elles sont provocatrices dans leur manière de s’habiller, donc là ça devient vraiment problématique quand la loi s’en mêle.

Après être voilée au quotidien, c’est tellement compliqué de répondre à cette question sans faire de discours victimaire par ce qu’on n’a surtout pas envie de faire de la victimisation, par ce que, ce n’est pas de ça qu’on a besoin aujourd’hui. Mais, c’est à double tranchant. On rencontre autant de personnes qui ont envie de comprendre et qui nous demandent "Alors pourquoi vous portez le voile, vous êtes soumises ou non ?" C’est tout le temps la première question des médias, mais c’est tout de suite ce qui vient !

Mais NON on n’est pas soumises !!!

On arrive à échanger avec nos concitoyens français, mais on vit des agressions au quotidien, ça, c’est important de le préciser parce que les médias ne le relayent pas. La semaine qui a suivi les attentats tragiques au bataclan, il y a eu plus de 100 femmes voilées agressées sur Lyon et ça, on n’en parle pas ! C’est les recensements officiels des associations qui luttent à Lyon contre l’islamophobie. Mais les médias n’en parlent pas ... et nous c’est ce qui nous pose problème. Quand on en arrive à vivre des violences, on a envie que ça se sache, on est persuadées qu’il y aurait plein de gens qui condamneraient ces violences, mais en fait, ça se sait pas ... c’est ça qui est difficile, on est des citoyens en marge ...

C’est du coup aussi une des raisons d’avoir fait cette World Hijab Day ?

C’est aussi la raison oui. Être à disposition pour répondre aux questions, pouvoir échanger, et remettre la réalité en place !

P.-S.

Échange & Retranscription : Hamilton Hughes
Relecture : Mirella Bellucci
Photo : Prise sur le Facebook de l’évènement

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