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Retour de flammes

Publié le 5 novembre 2005

Maj le 7 janvier 2006

Dans le sillage des émeutes éclatant depuis une dizaine de jours en région pari­sienne [1], l’insur­rec­tion gagne l’agglo­mé­ra­tion lyon­naise autour du 5 novem­bre : Vénissieux, Rillieux-la-Pape, Saint-Fons, Meyzieu, Bron, Saint-Priest, Lyon... En 6 jours, plus de 200 voi­tu­res flam­bent et les affron­te­ments se mul­ti­plient avec la police : 8 flics sont ainsi bles­sés à Vénissieux dans la nuit du jeudi 10 novem­bre ; 8 bus TCL sont pris pour cible mardi soir, un bus est incen­dié tota­le­ment à Vaulx et un cock­tail molo­tov jeté sur une rame de métro vide à la sta­tion Mermoz-Pinel ; des écoles, des annexes de la pré­fec­ture et des mai­ries sont atta­quées - avec une men­tion spé­ciale pour l’incen­die du garage de André Gérin, maire natio­nal com­mu­niste de Vénissieux et grand fan de Sarko.

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Le 8 novem­bre, l’état d’urgence est décrété pour Lyon et Vénissieux, sans que le couvre-feu soit pour le moment appli­qué ; par contre les arres­ta­tions se mul­ti­plient (une qua­ran­taine au moment où ce truc est rédigé) et les peines de pri­sons fermes tom­bent quasi sys­té­ma­ti­que­ment, même si aucune preuve maté­rielle n’accré­dite la thèse des poli­ciers ; c’est ça aussi l’état d’excep­tion... 2 à 4 mois pour jets de pier­res ou pour avoir fait le guet si on vous ramasse à proxi­mité des « zones chau­des », jusqu’à 6 mois pour une pré­somp­tion de déten­tion d’engin incen­diaire... Après les lacry­mos et les balles de flash-ball, ce sont les déci­sions de « jus­tice » qui tom­bent dures, et les choses ris­quent de se corser encore pour les inter­pe­léEs qui pas­se­ront au tri­bu­nal dans les mois qui vien­nent, loin de tout sou­tien col­lec­tif.

Une tren­taine de per­son­nes venues assis­ter le 9 novem­bre au triste spec­ta­cle des com­pa­ru­tions immé­dia­tes ont d’ailleurs été expul­sées du Tribunal de Grande Instance à coups de matra­ques. Hasard ou coïn­ci­dence, un maga­sin four­nis­sant les magis­trats en robes et cha­peaux rigo­los a vu sa vitrine fra­cas­sée une fois la nuit venue. Voilà pour un petit bilan à la fois par­cel­laire et néces­sai­re­ment pro­vi­soire, vu que dans les jours qui vien­nent la gué­rilla sociale devrait illu­mi­ner encore la nuit lyon­naise...

Post-Scriptum sur la soli­da­rité émeutière...

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Face au trai­te­ment média­ti­que des émeutes urbai­nes dans les média bour­geois [2] il est impor­tant de res­sai­sir la posi­ti­vité et le souf­fle de cette insur­rec­tion popu­laire. Sur les formes d’orga­ni­sa­tion, on a déjà affaire à une action col­lec­tive décen­tra­li­sée, qui mani­feste à la fois l’émergence de forces auto­no­mes (on lutte depuis ses lieux de vie, en pro­fi­tant des avan­ta­ges tac­ti­ques et des réseaux de socia­bi­lité qui défi­nis­sent le « quar­tier ») et une réelle soli­da­rité entre cités (« la conta­gion ») Les modes d’action et de coor­di­na­tion en grou­pes affi­ni­tai­res ont permis de mener des offen­si­ves d’enver­gure sans qu’il y ait néces­sité de mettre en place un appa­reil cen­tra­lisé et avec une grande effi­ca­cité tac­ti­que (les flics ont été lar­ge­ment dépas­sés par la mobi­lité des émeutiErEs, leur capa­cité à esqui­ver l’affron­te­ment ou au contraire à le mener en bloc) et poli­ti­que (per­tur­ba­tion nette des acti­vi­tés économiques avec les blo­cage induits dans les trans­ports, mise en évidence des logi­ques répres­si­ves qui défi­nis­sent « l’ordre répu­bli­cain ») Enfin, l’émeute cons­ti­tue la scène d’un affron­te­ment direct avec l’État et l’ordre normal de la domi­na­tion, en visant prin­ci­pa­le­ment 1. des biens publics et privés (roua­ges de l’admi­nis­tra­tion ou de l’économie mar­chande, ins­ti­tu­tions sco­lai­res légi­ti­mant la mise au ren­cart et l’exploi­ta­tion des jeunes mar­gi­na­li­séEs, dis­po­si­tifs de trans­ports gérant la ségré­ga­tion spa­tiale des quar­tiers...) 2. les forces de sécu­rité et leur fonc­tion de ges­tion du par­tage riches/pau­vres, de main­tien de l’ordre exis­tant (un ordre mas­si­ve­ment iné­ga­li­taire qui ne signi­fie que le contrôle et l’exploi­ta­tion), les flics qui assu­rent quo­ti­dien­ne­ment l’ordre dans les quar­tiers à coups de contrô­les d’iden­tité, de matra­ques et de flash-ball.

Et la suite ? Étendre la situa­tion insur­rec­tion­nelle sur nos lieux de vie mais également au cœur des métro­po­les. Assurer le sou­tien juri­di­que et finan­cier pour les sau­va­geon-nes inter­pellé-es et empri­sonné-es. Pour le reste, quand on a du pétrole, on a des idées !

Edma Skée

Portfolio

Notes

[1] Pour mémoire, le 2 octobre deux adolescents originaires de Vénissieux et Mions sont morts dans des circonstances comparables : poursuivis par des gendarmes alors qu’ils n’avaient à se reprocher qu’un simple défaut de permis de conduire.

[2] Les événements y sont interprétés en termes de guerre ethnique, comme le résultat d’un complot islamique ou d’une offensive mafieuse : sauf que la France n’est pas une ethnie, c’est le nom d’un mode d’exclusion et d’exploitation ; sauf que les appels au calme lancés par les imams ont précédé les attaques et les affrontements les plus violents ; sauf qu’un quartier quadrillé par les CRS et sous le feu des caméras, ce n’est pas l’idéal pour mener tranquillement ses affaires...

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