Accueil du site > Infos > Expression - contre-culture > Spectacle du Komplex Kapharnaüm aux Invites de Villeurbanne

Spectacle du Komplex Kapharnaüm aux Invites de Villeurbanne

Publié le 3 juillet 2009

Maj le 4 juillet 2009

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF impression
2 compléments d'info

Compte-rendu et avis totalement subjectif du spectacle proposé par le Komplexkapharnaum au festival des Invites à Villeurbanne au début du mois de juin 2009.

Place Wilson, à Villeurbanne, hormis quel­ques lam­beaux d’affi­ches sur les flancs de l’église, rien ne laisse pré­sa­ger qu’il va y avoir la repré­sen­ta­tion du spec­ta­cle « Mémento, face B » du KomplexKapharnaüm, la suite de la face A pré­sen­tée la veille. Bon, on s’ins­talle en ter­rasse, on salue les connais­san­ces et on com­mande à boire. Les conver­sa­tions rou­lent, déli­cieu­se­ment mon­dai­nes « Ah, mais ce n’est pas la Croix-Rousse ici. Au moins on peut se garer devant le bar où on boit un coup ! Ah ah ah ». Tiens, on voit appa­raî­tre le bus du Komplex, on y prête une atten­tion dis­traite.

Au bout d’un moment, des sons et le mou­ve­ment de la foule atti­rent l’atten­tion. On voit brus­que­ment surgir 4 ou 5 per­son­nes qui tra­ver­sent la foule en cou­rant et en pous­sant des peti­tes car­rio­les qui por­tent la tech­ni­que : pla­ti­nes viny­les, conso­les, pro­jec­teurs, camé­ras. D’autres dis­tri­buent quel­ques tracts qui por­tent des slo­gans tels que « il faut rendre la colère plus effi­cace ». On les suit ras­suré, c’est une déam­bu­la­tion, on connaît.

Les pre­miers ins­tants confor­tent dans l’idée qu’on ne sera guère bous­culé. Les faça­des d’immeu­bles ser­vent d’écran à des pro­jec­tions de plans fixes, inter­fa­ces de télé­pho­nes por­ta­bles, slo­gans ou vidéos. Certaines inter­views pro­je­tées font tendre l’oreille mais on conti­nue à se saluer et à devi­ser gaie­ment.

Malgré tout, un fil conduc­teur, une trame appa­rais­sent dou­ce­ment à l’arrière plan.

Au bout d’une ving­taine de minu­tes se déroule un tableau un peu plus cons­truit asso­ciant vidéo, inter­view, pro­jec­tions mura­les et col­la­ges. Trois des pous­seurs de car­rio­les se trans­for­ment en trois comé­diens-plas­ti­ciens et font appa­raî­tre leurs pro­pres por­traits qu’ensuite ils pei­gnent, déchi­rent, recol­lent des frag­ments de leurs pro­pres por­traits ébauchant ainsi des per­son­na­ges à mul­ti­ples facet­tes, pléio­mor­phes pour illus­trer la mul­ti­pli­cité d’indi­vi­dus qui coexis­tent au sein d’une même per­sonne et par là-même l’inep­tie de vou­loir défi­nir une per­sonne selon des codes normés. On parle de folie et donc de « nor­ma­lité », de la manière dont la société actuelle tend à apla­nir les dif­fé­ren­ces, par exem­ple en don­nant de plus en plus une réponse médi­ca­men­teuse à ceux qu’elle estime « mala­des ». Déjà on sent poin­dre la néces­sité de résis­ter à cette nor­ma­li­sa­tion. On reprend notre chemin en regar­dant les faça­des, émaillées de peti­tes pro­jec­tions et on s’arrête de nou­veau. Là, le groupe s’atta­que à un autre sujet sur lequel on cher­che à mas­quer ce qui pour­rait faire débat, en l’occur­rence les mas­sa­cres du 17 octo­bre 1961 à Paris, lors­que plu­sieurs dizai­nes de per­son­nes ont été assas­si­nées par la police alors qu’elles mani­fes­taient à l’appel du FLN.

Le tableau illus­tré par des vidéos et de l’affi­chage com­mence d’abord par des des­crip­tions des bidon­vil­les qui cein­tu­raient Paris à cette époque et dans les­quels vivaient les tra­vailleurs venus d’Algérie, puis glisse dou­ce­ment vers le climat poli­ti­que et la répres­sion dont ils ont été vic­ti­mes, sur ordre du préfet de police de l’époque, Maurice Papon, notam­ment à tra­vers la lec­ture de témoi­gna­ges de vic­ti­mes. Le ton devient plus dur, l’ambiance se tend. Dans la foule, les gens sont de plus en plus atten­tifs. La tran­si­tion nous fait avan­cer qua­rante ans en avant au moment de l’ins­tau­ra­tion du couvre-feu de novem­bre 2005. Là aussi, pas de slo­gans sim­plis­tes mais juste la super­po­si­tion de décla­ra­tions de l’époque et au tra­vers d’une sorte de mor­phing des pré­sen­ta­teurs des JT une cri­ti­que de l’uni­for­mi­sa­tion du trai­te­ment de l’infor­ma­tion et de sa mani­pu­la­tion, qui culmine avec le cas des « ter­ro­ris­tes » du TGV.

Le voyage urbain se ter­mine par un retour place Wilson où, sur une toile géante, l’indi­vidu et son contrôle sont repla­cés au centre du débat et le final réaf­firme la néces­sité de résis­ter à ce contrôle, à l’enca­dre­ment forcé et à l’uni­for­mi­sa­tion qui fait se fondre les per­son­na­li­tés riches en cou­leurs en une masse inerte, grise.

Les artis­tes vien­nent saluer le public, manière de s’appro­prier et de reven­di­quer leur action.

KomplexKapharnaüm prend la rue et la détourne. Il en fait une tri­bune poli­ti­que et sociale et pro­pose une grille de lec­ture à entrées mul­ti­ples : la bio­lo­gie végé­tale, la psy­chia­trie, l’his­toire des résis­tan­ces pour que la cité rede­vien­nent un lieu de dis­cus­sion et d’échange, le lieu où se fait la poli­ti­que.

La déam­bu­la­tion, pré­texte au ras­sem­ble­ment, est ponc­tuée d’inter­pel­la­tions qui doi­vent servir de cata­ly­seurs à la dis­cus­sion col­lec­tive. Chaque phrase ou scène pro­je­tée est plus qu’un simple slogan sans appel ou une jolie phrase poé­ti­que.

Au final, KomplexKapharnaüm évite deux écueils : celui d’un spec­ta­cle trop esthé­ti­que, lisse, qui ne pro­vo­que aucun débat et celui d’une action mili­tante spec­ta­cu­laire, rafa­les de slo­gans et de scènes conve­nues que l’on a ensuite plus qu’à répé­ter bête­ment et digé­rer tran­quille­ment

P.-S.

ouaip, j’attends des retours avec plaisirs.

Proposer un complément d'infos

modération à priori

Attention, votre message n'apparaîtra qu'après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

  • Le 6 juillet 2009 à 14:04

    effectivement, on parle souvent d’un nombre plus proche des 200 ou plus je crois que de seulement quelques dizaines, mais il semble que le nombre soit difficile à établir, notamment à case de la disparition de nombreux corps et par le fait que la police a tout fait pour noyer, au propre comme au figuré cet évènement. D’ailleurs, je suis à la recherche d’info sur cette journée, si quelqu’un a des sources à proposer.

  • Le 5 juillet 2009 à 17:03, par nerpro

    massacre du 17 octobre : des centaines de morts et non des dizaines.
    Merci


Dans les prochains jours :

Infos locales

3 septembre


31 août

  • Droits sociaux - santé - services publics

    Retraites : réunion d'information à Lyon1

    Réunion d’infor­ma­tion sur la réforme des retrai­tes le jeudi 2 Septembre à 12h30 : Amphi Jordan, Bât. Braconnier, La Doua.
    La mobi­li­sa­tion redé­marre sur le campus !


30 août

  • Migrations - sans-papierEs

    Présentation / discussion autour du prochain camp No Border

    Le pro­chain camp No Border ce sera à Bruxelles à partir du 25 sep­tem­bre. Présentation, pro­jec­tion et dis­cus­sion le 8 sept. à 19 h à La Gryffe dans le cadre d’une tour­née d’infos faite par des mili­tan­tEs bruxel­loi­sEs.


25 août

  • Discriminations

    « 100 villes contre la lapidation » : Rassemblement du 28 août à Lyon

    Dans le cadre de la cam­pa­gne pour sauver Sakineh et plus lar­ge­ment pour dénon­cer la lapi­da­tion et les exé­cu­tions, le Comité Internationale Contre la Lapidation a lancé un appel à une jour­née de mobi­li­sa­tion le 28 août « 100 villes contre la lapi­da­tion » .


22 août

  • Migrations - sans-papierEs

    cartes postales à l'Elysée

    L’ opé­ra­tion « cartes pos­ta­les » est une énième action en sou­tien à Guilherme et sa famille.


18 août

  • Résistances et solidarités internationales

    « Moi aussi, je boycotte ! » déclare le Président du tribunal correctionnel de Mulhouse

    Le Collectif 69 Palestine appelle à sou­te­nir les cinq mili­tants du Collectif Boycott 68 assi­gnés en cor­rec­tion­nelle le 13 sep­tem­bre, pour avoir appelé au boy­cott des pro­duits israé­liens à Carrefour de Mulhouse le 26 sep­tem­bre 2009. Des actions ont eu lieu à Lyon le 13 jan­vier et le 29 mai 2010.


16 août


12 août


25 juillet


21 juillet