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Temps de crise

Publié le 26 janvier

Brèves « temps de crise », de septembre 2011 à janvier 2012. « La Crise ». Une aubaine patronale pour reconfigurer l’économie, flexibiliser et licencier sans vergogne ; mais aussi une opportunité pour tous les perdants de la guerre économique d’inventer des combines et de s’organiser avec d’autres pour s’affranchir des patrons. (Lire aussi « en guise d’introduction »).

L’adieu au salariat

Augmentation de 1,1% du chô­mage dans le Rhône entre novem­bre et décem­bre 2011. Sur un an la hausse est de 6%. Le nombre de chô­meurs de longue durée aug­mente lui de près de 9% en un an.
De jan­vier à août 2011, les loyers lyon­nais pro­gres­sent de 1,2%. Augmentation dans le même temps des « vols ali­men­tai­res » : on pénè­tre chez des gens et on vide réfri­gé­ra­teurs et pla­cards de cui­sine. Le cro­che­tage de ser­ru­res est en hausse de 17,5% entre octo­bre 2010 et sep­tem­bre 2011. Près de 30 000 lar­cins de plus que l’an der­nier en France. Les ventes de coffre forts connais­sent un boum au cours de l’année. Augmentation de plus de 16% des escro­que­ries et des infrac­tions économiques et finan­ciè­res entre jan­vier et juillet 2011.
+ 50% de cam­brio­la­ges en novem­bre par rap­port au reste de l’année. En cause le chan­ge­ment d’heure couplé au rac­cour­cis­se­ment des jour­nées : on peut cam­brio­ler « de nuit » alors que les gens sont encore au taff. L’exten­sion de l’opé­ra­tion « tran­quillité vacan­ces » – les vacan­ciers pré­vien­nent la police de leur départ qui intè­gre leur domi­cile dans le trajet de leurs patrouilles – n’empê­che pas l’aug­men­ta­tion de 9,2% des cam­brio­la­ges de rési­dence. Environ 11 000 cam­brio­la­ges par an dans le Rhône (rési­dence et com­mer­ces), soit 30 par jours.

Les absents n’ont pas toujours tort

13 octo­bre. Lors d’un dis­cours à l’occa­sion de la pré­sen­ta­tion d’un nou­veau camion électrique, le désor­mais ex-pré­si­dent de Renault Trucks, Stefano Chmielewski, en pro­fite pour trai­ter de « voleurs » ses employés. Trop sou­vent absents, trop sou­vent mala­des et béné­fi­ciant d’un « chô­mage doré » selon lui. « 12% d’absen­téisme, ça veut dire 12% qu’il faut rem­pla­cer, 12% de gens qui pren­nent des cours de vélo le diman­che et se décla­rent mala­des le lundi : ce sont des voleurs. » Les syn­di­cats s’insur­gent et pous­sent des cris d’orfraie. Mais malgré un cer­tain mépris affi­ché pour « ses » ouvriers, Stefano Chmielewski n’a sans doute pas com­plè­te­ment tort. Les absents lui volent bien quel­que chose. En même temps, quoi de plus normal que d’user de tous les stra­ta­gè­mes pour échapper le plus pos­si­ble au tra­vail ? Quand on y est coincé, le meilleur moyen reste encore de ne pas venir, de s’absen­ter en pré­tex­tant tout et n’importe quoi. En se pro­cu­rant par exem­ple des cer­ti­fi­cats médi­caux plus ou moins bidons, avec des méde­cins com­pli­ces.
27 octo­bre 2011. La direc­tion Renault Trucks annonce le recours au chô­mage par­tiel pour début 2012.

« Tout est à nous ! »

2 sep­tem­bre 2011. Braquage au fusil à pompe et à la hache au Casino de Vaise. À 6h du mat’ deux mecs ren­trent et bra­quent les deux chefs de rayon. Ils les pous­sent au fond du maga­sin. Le coffre est ouvert. Les deux hommes s’empa­rent de 10 000 euros avant de pren­dre la fuite à bord d’une voi­ture volée. La police débar­que peu après sirè­nes hur­lan­tes mais ne peut que cons­ta­ter. L’heure tourne. Il est 8h. Les clients vont arri­ver dans une demi-heure. Le tra­vail reprend dans la foulée.
14 sep­tem­bre 2011. Braquage au rayon bijou­te­rie des Galeries Lafayette à la Part-Dieu. Un scoo­ter s’arrête devant l’entrée de la bijou­te­rie. Deux jeunes cas­qués et gantés entrent à toute vitesse, arme de poing et barre de fer à la main. Ils se diri­gent vers le stand « Lafayette Or » et défon­cent les vitri­nes devant les agents de sécu­rité impuis­sants. Ils raflent le butin et se bar­rent comme ils étaient venus.
4 octo­bre 2011. Rue Garibaldi, dans le 3ème, la gérante d’un com­merce se fait bra­quer la recette de son mago. Butin 8 600 euros.
À 4h30 du matin, le 21 octo­bre 2011, trois hommes mas­qués dis­quent le rideau métal­li­que d’une bijou­te­rie au Carré de la Soie (Vaulx-en-Velin), ainsi que les vitri­nes puis défon­cent les pré­sen­toirs avant de repar­tir avec des bijoux et des mon­tres. Valeur esti­mée entre 20 000 et 30 000 euros.
Lundi 24 octo­bre 2011, braquo dans une bou­lan­ge­rie à la Croix-Rousse, le soir. Installé chez lui, le bou­lan­ger regarde la scène via son écran de vidéo-sur­veillance. Il alerte les poli­ciers qui cueillent un des bra­queurs dans la soirée (chaus­su­res pleins de farine).

« Allo maman, ici bébé ! »

4 octo­bre 2011. Un centre de radio­lo­gie situé à Oullins est vic­time d’un vol par effrac­tion. La porte d’entrée est forcée et les auteurs repar­tent avec un échographe. Une machine dont la valeur est esti­mée à 50 000 euros.
Dans la nuit du 18 octo­bre 2011, la porte d’entrée de l’hôpi­tal à St-Foy-les-Lyon est dégon­dée et des indi­vi­dus repar­tent avec un échographe, deux sondes, un ten­sio­mè­tre et un appa­reil de mesure de fré­quence car­dia­que fœtale. Alors qu’elle est osten­si­ble­ment la plus pro­ba­ble, la piste d’un groupe de futurs parents anxieux est d’emblée écartée par les enquê­teurs.

Toujours aussi efficace

7 sep­tem­bre 2011. Après les faux plom­biers et les faux poli­ciers, les faux ven­deurs de parfum. Sous cette iden­tité, un homme par­vient à ren­trer chez une vielle dame à Décines et lui sub­ti­lise carte d’iden­tité, carte ban­caire et livret postal.
13 sep­tem­bre 2011. Une aide à domi­cile est inter­pel­lée pour s’être servi de la carte bleue de la vieille dame dont elle s’occupe. Entre jan­vier 2010 et mai 2011, elle a réussi à détour­ner 36 160 euros.
4 octo­bre 2011. Une vieille rési­dant rue Francis de Pressensé (Villeurbanne) reçoit la visite d’un homme se pré­sen­tant comme agent de désin­fec­tion. Il vient trai­ter son domi­cile contre des cafards et autres insec­tes, dit-il. Une fois chez elle, il l’occupe et en pro­fite pour la dépouiller de 400 euros.
26 octo­bre 2011. Vers 11 heures, deux faux poli­ciers s’intro­dui­sent au domi­cile d’une vielle dame, habi­tant Vaise. Ils affir­ment avoir inter­pellé l’indi­vidu qui a commis un cam­brio­lage chez elle, quel­ques jours aupa­ra­vant. En réa­lité, la dame subit un nou­veau vol : à leur départ, elle cons­tate la dis­pa­ri­tion de divers bijoux conte­nus dans un coffre-fort. Sans doute ce que les pre­miers avaient négli­gem­ment oublié.

Avec alcool, la fête est plus folle

Conséquences d’un arrêté muni­ci­pal pris cet été, la vente d’alcool à Lyon a été inter­dite à partir de 22h du 18 juillet jusqu’au 10 sep­tem­bre. C’était sans comp­ter sur l’opi­niâ­treté des fêtards noc­tur­nes.
Mardi 30 août 2011, dans la nuit, quatre jeunes hommes sont inter­pel­lés après s’être intro­duit par les égouts dans un débit de bois­sons, rue Sainte-Catherine (1er arron­dis­se­ment).
Dans le quar­tier de Charpennes, le 19 sep­tem­bre 2011, dans la nuit, des poli­ciers pro­gres­sent dans un sous-sol car une voi­sine a entendu des bruits sourds dans la cave. Soudain, ils tom­bent nez-à-nez avec un mec en train de donner des coups de mar­teaux dans un mur de la réserve d’un bar-tabac où sont entre­po­sés des fûts de bières et des car­tou­ches de ciga­ret­tes. Il leur intime l’ordre de recu­ler. Comme ils n’obtem­pè­rent pas, il frappe un deck au visage (4 jours d’ITT).

Rouler sur l’or

Une tonne d’or volée à Limonest le 30 août 2011 au matin. Les deux gar­diens neu­tra­li­sés à l’aide d’une bombe lacry­mo­gène. Et les voleurs repar­tent à bord du camion conte­nant l’or (d’une valeur de 300 000 euros). Juste une petite équipe de 5 à 7 hommes. Pour passer les bar­ra­ges de gen­dar­mes, ils aban­don­nent intel­li­gem­ment le camion quel­ques cen­tai­nes de mètres plus loin et trans­bor­dent la mar­chan­dise peu volu­mi­neuse. Reste à l’écouler chez des pro­fes­sion­nels.

Vraisemblablement ennuyée par son taff de secré­taire d’agence immo­bi­lière dans l’Ouest lyon­nais, une meuf échafaude un plan avec son petit ami et un pote. Les deux mecs ren­trent dans l’agence et simu­lent un vol par effrac­tion le 21 juin 2011. Ils embar­quent des ordi­na­teurs et des clefs de com­mer­ces et de clients qui veu­lent vendre leur appart. Pendant les mois sui­vants, la secré­taire indi­que aux deux bon­hom­mes l’emploi du temps des ven­deurs et les moments où les apparts peu­vent être visi­tés en toute tran­quillité. Une fois à l’inté­rieur, les deux hommes se ser­vent par­ci­mo­nieu­se­ment si bien que les gens vont mettre des mois avant de se rendre compte qu’ils n’ont pas égaré leur carte bleue mais qu’on leur a volé. Les enquê­teurs arri­vent à remon­ter jusqu’à eux grâce à la vidéo-sur­veillance d’un hyper­mar­ché où ils uti­li­sent une carte bleue déro­bée. Interpellés le 6 et 9 sep­tem­bre 2011, les trois se ramas­sent douze mois de prison dont 8 avec sursis.

Octobre 2011. Toujours autant de vols de cuivre dans la région lyon­naise. En cause, l’explo­sion du cours du cuivre en 2010 et donc l’explo­sion des vols : + 237% par rap­port à 2009. 99 per­son­nes arrê­tées pour ces his­toi­res l’an der­nier. Et 91 cette année... L’État essaie bien d’endi­guer le phé­no­mène en signant des par­te­na­riats avec les pro­fes­sion­nel du bâti­ments (pro­tec­tion des chan­tiers) et la gen­dar­me­rie (sur­veillance du réseau ferré par héli­co­ptère), mais rien ne semble miner la déter­mi­na­tion des voleurs. En moyenne dans le Rhône, un vol de métaux a lieu toutes les 36h. Dernière grosse saisie en date, la décou­verte, le 26 octo­bre 2011, lors d’un contrôle à Saint-Fons dans le coffre d’une voi­ture de 250kg de câbles de cuivre. Depuis l’État a signé un par­te­na­riat avec les fer­railleurs. Désormais, ils vont être obli­gés de tenir un regis­tre des reven­deurs et de payer par chè­ques et non plus en espè­ces.

Grillés par les gendarmes

Après les métaux, le vol de ciga­ret­tes est en hausse. Les bra­qua­ges se sui­vent et se res­sem­blent, un le 31 mars 2011, un autre le 29 juillet 2011 et le troi­sième le 24 août 2011, tous dans le sud-est. À chaque fois des camions pro­ve­nant de la ban­lieue lyon­naise et bour­rés à cra­quer de car­tons pleins de car­tou­ches de ciga­ret­tes. Le 13 sep­tem­bre 2011, après des recou­pe­ments d’infor­ma­tions et des fila­tu­res, 80 gen­dar­mes, dont le GIGN, arrê­tent deux hommes, l’un à Seyssel et l’autre à Givors. Le second est jus­te­ment un ancien inté­ri­maire employé quel­ques mois dans une société de trans­ports. Il avait assez vite capté les tour­nées, les modes de livrai­son et les consi­gnes de sécu­rité pour les chauf­feurs.

De nos jours, il en faut peu aujourd’hui pour se pren­dre une per­quiz’ dans la gueule. Dès qu’on sort un tant soi peu du cir­cuit économique en sou­ti­rant frau­du­leu­se­ment à tel ou tel réseau de pro­duc­tion-consom­ma­tion de quoi sur­vi­vre, les flics sont là pour tomber sur le dos des récal­ci­trants et leur rap­pe­ler leur place dans l’ordre social.
Le 19 sep­tem­bre 2011, un mec se fait péter pour un vol de gaines électriques sur un chan­tier (600 euros). Perquisition chez lui et dans un second véhi­cule où les flics retrou­vent une tren­tai­nes de jeux PS3 neufs sous blis­ter, ainsi que de nom­breux pro­duits cos­mé­ti­ques. En GAV, l’homme reconnaît 300 vols à l’étalage en 1 an dans dif­fé­rents maga­sins de l’agglo­mé­ra­tion lyon­naise. À raison d’un vol par jour envi­ron, il sub­sis­tait comme ça. Les pro­duits retrou­vés sont res­ti­tués aux pro­prié­tai­res. On ne le dira jamais assez : atten­tion à ce qu’on garde chez soi.
Trois employés d’une can­tine d’un lycée de la Tour-du-Pin pas­sent en procès le 12 décem­bre 2011 pour vol et recel. Ils avaient pris l’habi­tude de rame­ner gigots d’agneau, pots de sauce et autres pro­duits sur­ge­lés chez eux toutes les semai­nes, et ce depuis 2003. Suspendus de leur fonc­tion, en contrôle judi­ciaire avec inter­dic­tion de se voir, ils encou­rent des peines de prison.
Le 24 jan­vier 2012, un jeune homme est inter­pellé dans l’Ain. Agent de sécu­rité pour une société de trans­port à Meyzieu, il pro­fi­tait de son taf pour déro­ber des jeux vidéos et les reven­dre. En garde-à-vue, il reconnaît avoir carotté 400 jeux entre février et novem­bre 2011. C’est un simple contrôle dans un maga­sin spé­cia­lisé dans les pro­duits d’occa­sion de Vaulx-en-Velin qui avait permit aux flics de cons­ta­ter que 56 jeux vidéos avaient été dépo­sés par une même per­sonne.

Bien mal acquis ne profite jamais... ou alors aux autres !

Elle avait vrai­ment une chance inso­lente. Le 25 novem­bre 2011, une jeune bour­geoise ori­gi­naire des Monts d’Or empo­che 11 000 euros aux machi­nes à sous du casino Le Pharaon. Mais la roue tourne. Repérée dans l’établissement, elle est asper­gée de gaz lacry­mo­gène à sa sortie et se fait voler son pac­tole. L’homme a réussi à pren­dre la fuite.

La suite, les brèves de septembre à décembre :

En guise d’intro­duc­tion
C’est une bien curieuse société dans laquelle nous « vivons ». Une société qui se sait abso­lu­ment détes­ta­ble et péris­sa­ble. Une société qui n’a plus rien à pro­po­ser si ce n’est de sauver les meu­bles ou ce qu’il en reste : sauver les emplois, l’économie en crise, la pla­nète. Derrière l’appa­rente abon­dance des « pro­jets poli­ti­ques » et autres « pro­mes­ses » venant du champ poli­ti­que tra­di­tion­nel se cache le chan­tage à la poli­ti­que du « moin­dre mal » : nous gérons comme nous pou­vons, disent les diri­geants de tout poil, si nous n’étions pas là, ce serait l’extré­misme, le chaos, la guerre civile.

Police par­tout
Des flics par­tout, à toute heure du jour ou de la nuit. Qui patrouillent, contrô­lent et font les chauds. Et qui par­fois aussi se plai­gnent, se font mettre à l’amende. Petit tour d’hori­zon de la condi­tion poli­cière.

En lutte
Profs, che­mi­nots, pos­tiers, putes, pom­piers, tra­vailleurs sans-papiers. Les luttes se croi­sent sans jamais trop se ren­contrer. Mais sont autant d’occa­sions d’orga­ni­sa­tion avec ses sem­bla­bles.

Lyon Métropole
Des camé­ras aux der­niers chan­ge­ments concer­nant les Hôpitaux Psychiatriques : der­niè­res avan­cées des dis­po­si­tifs de contrôle métro­po­li­tains.

Guerre sociale
Où l’on voit bien que der­rière la tran­quillité appa­rente des centre-villes se jouent des conflits sans merci.

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