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Touche pas à ma ZEP : pour les grévistes de Doisneau, « Attention mon lycée va craquer ! »

Vaulx-en-Velin

Le 27 janvier, les personnels du lycée Robert Doisneau de Vaulx-en-Velin, 3e commune la plus pauvre de France, étaient près de 75% en grève. Ils et elles dénoncent les dégradations des conditions d’enseignement prévues par le rectorat, qui veut augmenter les effectifs d’élèves dans des classes de seconde déjà surchargées. En 4 ans, le lycée a gagné 200 élèves sans qu’aucun nouveau moyen ne soit débloqué.

Pour mieux comprendre les enjeux de cette grève, des membres du collectif d’entraide a la rédaction de Rebellyon sont allés à la rencontre des professeurs, surveillants et autres personnels du lycée.

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Pourquoi êtes-vous en grève aujourd’hui ?

Profs : On est en grève pour la question des effectifs. On était censé·e·s n’avoir pas plus de 30 élèves par classe de seconde et on nous apprend maintenant qu’on passera à 35 à la rentrée prochaine.

AED (assistant·e·s d’éducation/surveillants) : On est en grève parce qu’on nous demande d’accueillir des élèves en plus alors qu’on ne nous donne pas plus de moyens. Parce qu’on fait déjà des horaires pas possibles et qu’on ne peut pas accueillir autant d’élèves qu’on nous le demande. Il y a des jours où on arrive et on n’est que deux au lycée en tant que surveillant·e·s, ce qui n’est pas gérable. On fait des semaines de plus de 40 heures par semaine pour 1200 €/mois avec plus de 700 élèves. On a signé des contrats de 39 heures et ensuite on a nous a annoncé qu’on en ferait 41 sans être payé·e·s plus car le rectorat ne veut pas créer de poste supplémentaire.

Profs : Tout se passe comme si, passé la porte du lycée, les difficultés sociales et scolaires des élèves disparaissaient. Et bien ce n’est pas le cas et nos élèves méritent qu’on investisse un peu plus sur leur scolarité qu’ailleurs. Nos élèves ont besoin d’un accompagnement particulier, avoir parfois un peu plus d’heures d’enseignements, travailler dans des conditions d’apprentissage correctes.

Qu’est-ce que cela implique ?

Profs : À 35, on peut moins bien s’occuper des élèves. On demande qu’on maintienne cette limite à 30, au minimum, pour garantir de meilleures conditions pour les élèves.
Y a des bahuts qui ont réussi à maintenir des accords mais c’étaient des accords officieux donc ils tombent d’année en année. Ils n’ont jamais été écrits nulle part.

AED : C’est difficile parce qu’on accueille des lycéens qui viennent de collèges en REP+ (réseaux d’éducation prioritaire) alors que notre lycée, lui, n’a aucun statut spécifique et donc qu’on n’est pas assez pour ces élèves. Ce sont des élèves qui n’ont pas forcément la culture légitime qu’impose le système scolaire, ce qui demande plus d’encadrement et plus de moyens pour les aider à rattraper ce manque. De plus, une grande partie ne peuvent pas se faire aider chez eux et n’ont pas les moyens de se faire payer des cours privés individuels. Le soutien scolaire à l’intérieur du lycée est donc primordial, de même que l’attention qu’on porte à leurs tracas du quotidien.

Profs : Concrètement, à 35, on laisse une partie des élèves sur le carreau et ça, ce n’est pas acceptable.

Lors de la réforme du lycée, ils ont fait un petit accord pour calmer un peu les gens. Il y a eu une mobilisation à l’époque ?

Prof : Oui, il y a eu un peu de barouf. Au tout départ, il y avait une espèce d’accord tacite à 24 élèves par classe. Je ne sais pas combien de temps ça a duré. Il y a 8 ans, moi j’avais 26 élèves par classe. Et puis ça a augmenté petit à petit, 27, 28… et aujourd’hui on est à 30, 31 parfois.

Donc ils ont cassé l’accord tacite pour passer à 35 élèves par classe ?

Profs : Oui. Un accord tacite qu’ils nous avaient renouvelé, entre guillemets, quand on était allés les voir au rectorat. On ne peut pas vraiment parler de renouvellement mais ils nous en ont reparlé cette année en nous disant « oui, on essaie de faire en sorte que… ». Mais comme d’habitude c’est tacite…

Comment sentez-vous la mobilisation ?

Profs : C’est mieux parti que ce qu’on avait escompté. Au moins, on est reçu au rectorat et on va voir ce qui se passe.

AED : Il y a 75% de grévistes dans le lycée, c’est déjà pas mal. On va à 14h au rectorat pour avoir une audience. Si on ne nous entend pas, on continuera la semaine prochaine. On est déterminé·e·s. Il faut que ça change, qu’on reconnaisse que nos élèves ont des difficultés spécifiques et qu’il nous faut plus de moyens pour qu’ils et elles réussissent parce que c’est la génération future !

Les réponses du rectorat toujours en suspens

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A 14h, après 30 mn de manifestation devant le rectorat, des personnels ont été reçus par l’adjointe au recteur à la direction scolaire en charge des personnels non-enseignants.

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A leur sortie, ont apprend qu’il y aura une prochaine audience le jeudi 2 février lors de laquelle les salarié·e·s du lycée Doisneau espèrent avoir des réponses aux questions qu’ils et elles ont posé le vendredi 27 janvier. Le souhait est d’obtenir des propositions précises et non des exposés généraux. Les grévistes espèrent ainsi pouvoir se positionner vis-à-vis de réponses claires, que celles-ci soient satisfaisantes ou pas.

Le représentant syndical d’un autre lycée présent évoque le déroulement au moment du rassemblement d’un comité technique (CT) avec le recteur d’académie, c’est-à-dire le lieu où se décide la répartition des moyens. Les représentant·e·s de FO et de la CGT au CT y portent les revendications présentes dans le tract des personnels du lycée Doisneau et souhaitent que de premières réponses en émergent.

Le représentant de la CGT rappelle ensuite qu’en novembre, une mobilisation a eu lieu dans le cadre de « touche pas à ma ZEP » dans plusieurs établissements, notamment Marc Seguin de Vénissieux et Émile Béjuit de Bron. Il insiste sur l’importance que les lycées luttent côte à côte. Une partie du personnel de Séguin est d’ailleurs aussi en grève ce 27 janvier, celui-ci étant le dernier lycée avec un classement « éclair » du département, classement qui va disparaître à la rentrée prochaine. Il explique que l’an passé, alors que le rectorat voulait supprimer 2 surveillants dans leurs établissements, une grève le jour du bac a permis d’empêcher cette mesure. Ce qui démontre que la lutte peut aboutir.

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Bonus : une super chanson de mobilisation inventée et chantée par le personnel du lycée et des élèves

Chanson de mobilisation au lycée Doisneau

P.-S.

Cet article a été réalisé dans le cadre du collectif d’entraide à la rédaction.

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