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Travail, mariage, patrie ?

Publié le 6 février 2009

Maj le 29 décembre 2008

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1 complément d'info

Blabla Mai 68, blabla il faut en finir, blabla il faut recommencer, ça a réussi, ça a raté...Les réactionnaires sont devenus progressistes, les progressistes ont tourné réacs...blablabla...on a vu émerger des oxymores comme capitalisme soixante-huitard et révolution conservatrice. Anniversaire, fête, commémoration, muséification. Sous les pavés, les cafards prolifèrent. De l’air ! J’étouffe ! Sortir un tant soit peu de la suffocation suppose d’en parler. La boucle est bouclée. Je participe ainsi, comme tous les mutins de pannurge, à l’enlisement mortifère...Nous sommes coincés dans le carcan des idées trop reçues. Alors, comment s’en sortir sans sortir ?

Ouvrons à notre tour le lourd dos­sier glacé... lettre M comme mariage ! Que décou­vrons-nous ? Le méchant mou­ve­ment de mai aurait cassé l’idyl­li­que union en met­tant en avant un indi­vidu consu­mé­riste, nar­cis­si­que et conqué­rant, mais aussi inquiet, indé­ter­miné et fra­gi­lisé. Les gosses auraient des­ti­tués les adul­tes, les femmes auraient castré le phal­lus, l’indi­vidu aurait sup­planté le couple...le monde à l’envers ! C’est en tout cas ce que défen­dent cer­tains rabou­gris sur mon écran à cris­taux très liqui­des, atta­quant de grands kids roses, passés du col Mao au Rotary, qui n’ont que le mot liberté à la bouche. Ils ran­gent dans des casiers bien pro­pres, font des exé­gè­ses. Le Show ne cadre pas, bien évidemment, les acteurs hors-champs, les muti­lés, les héri­tiers comme les dégou­tés. Comme je me sens déjà céder à la basse cari­ca­ture, je m’en vais faire des recher­ches.

Prenons l’étymologie...
Mariage : Mas, maris ; « mâle ».
Couple : « copula » : chaîne, laisse, cram­pon, grap­pin...
Mais alors, pour­quoi tant de cri­ti­ques de la cri­ti­que aujourd’hui ?

Extension du domaine de la lutte

« En sys­tème économique par­fai­te­ment libé­ral, cer­tains accu­mu­lent des for­tu­nes consi­dé­ra­bles ; d’autres crou­pis­sent dans le chô­mage et la misère.(...)De même, le libé­ra­lisme sexuel, c’est l’exten­sion du domaine de la lutte, son exten­sion à tous les âges de la vie et à toutes les clas­ses de la société »
Michel Houellebecq nous offre un indice. Il fut un des ana­lyste acide de la situa­tion sur laquelle aurait débou­ché la révolte de mai. Alors que ses romans n’offrent appa­rem­ment aucune clef pour res­pi­rer, un autre regard éclaire pour­tant com­ment le réduc­tion­nisme pour­rait bien opérer.
On voit com­bien ses per­son­na­ges mor­bi­des sont pro­fon­dé­ment cor­se­tés dans les valeurs domi­nan­tes des démo­cra­ties-mar­chés triom­phan­tes. Ainsi, frus­trés par les sté­réo­ty­pes qu’ils ne maî­tri­sent pas, ils se sen­tent - propos carac­té­ris­ti­que- comme des « cuis­ses de poulet sous cel­lo­phane dans un rayon de super­mar­ché ».
Or, le désar­roi pour­rait bien se trans­muer en une chance. Contrairement au dis­cours misé­ra­bi­liste et nos­tal­gi­que qui se lamente sur la déli­ques­cence pré­sente et plaint ceux qui sont au bord du chemin de la pros­pé­rité mari­tale et économique, de nom­breux êtres témoi­gnent que l’on peut être très heu­reux au bord du chemin. A condi­tion de n’y être pas seul.

Aveuglés par les « consé­quen­ces », comme si un fait causal pro­vo­quait des effets dans une phy­si­que méca­niste, on ne peut appré­hen­der un tant soit peu le désir poly­mor­phe qui sous-ten­dait la contes­ta­tion du mariage et, plus lar­ge­ment, de la famille nucléaire bour­geoise. Il n’y pas Le Désir de Liberté, d’Individualité, d’Autonomie, mais bien une cons­tel­la­tion, une cris­ta­li­sa­tion com­plexe.

Mai 68 n’a pas eu lieu

Il est stu­pé­fiant de voir à quel point peut tré­pas­ser un champs de forces devenu Marque, com­ment un événement suc­combe à sa répé­ti­tion.
Qu’est ce qui s’est passé ? C’est la seule ques­tion qui per­mette de se sortir du bou­clage sclé­rosé. Tout ce qui était créa­teur dans le mou­ve­ment fut mar­gi­na­lisé, plas­ti­fié. Mais ce n’est pas ce qui compte. Un événement qui peut être récu­péré ou idéa­lisé, n’en com­porte pas moins quel­que chose d’indé­pas­sa­ble. Il ne s’agit donc pas de vanter un 68 ori­gi­naire, ni de fus­ti­ger la période ulté­rieure.

Ce qui compte, c’est que ce fut « un phé­no­mène de voyance », comme si un monde voyait tout d’un coup ce qu’il pro­dui­sait d’absurde, dans son iner­tie, et voyait aussi la pos­si­bi­lité d’autre chose, d’un vent frais, d’un coup de dé, d’une redis­tri­bu­tion des cartes. Il n’y avait pas le « Mariage » d’un côté et la « Société » de l’autre, mais va-et-vient, cou­plage inten­sif, trans­ver­sa­lité...

Et nom­breu­ses étaient les cartes à inter­ro­ger : le contrat léga­li­sant l’exploi­ta­tion et la domi­na­tion mas­cu­line parce qu’il repo­sait sur la divi­sion iné­gale des rôles, le culte d’une viri­lité et d’une fémi­nité essen­tia­liste dont a besoin leur com­mer­cia­li­sa­tion, la pos­ses­sion mutuelle sur le modèle contrac­tuel, bour­geois,patriar­cal, pro­prié­taire comme vol au même titre que le capi­tal, le fli­cage amou­reux pousse-à-la-consom­ma­tion et dépo­li­ti­sant, l’auto­rité pater­nelle des pseu­dos « lois » de l’économie et le giron mater­nel de l’Etat cocon.

Mais, les désirs se sont trans­mués. D’où la réac­tion que nous vivons actuel­le­ment. On s’est par exem­ple mis à faire la pro­mo­tion d’un « style de vie rebelle », d’un dis­cours sur la liberté sexuelle appuyé par les forces com­mer­cia­les tels que des pro­prié­tai­res de bars, les pro­duc­teurs de porno, de sex-toys, les télé­cra­tes ... Par ailleurs, les femmes « libé­rées » font les poti­ches dans les tor­chons fémi­nins. Les « gays » émancipés para­dent et deman­dent le droit au mariage. Sur ce point signi­fi­ca­tif, alors que dans les années 70’, l’embryon du mou­ve­ment remet­tait radi­ca­le­ment en ques­tion le mariage comme une forme d’oppres­sion, cette quête pour l’égalité visi­ble opère désor­mais tou­jours en mul­ti­ples de deux avec, comme règle suprême, le roi couple bien régu­la­risé. Curieuse volonté de rame­ner l’État dans la cham­bre à cou­cher, de former des cou­ples nor­maux, avec des enfants nor­maux et se fondre dans un sys­tème de parenté bétonné depuis des siè­cles.

Tout le dis­cours sur la dif­fé­rence, si impor­tant dans les années 70, se trouve ainsi esca­moté pour faire place au dis­cours du même : cet idéal de confor­mité qui consiste à publi­ci­ser la famille et ses liens natu­rels au tissu social, au nom du sacro-saint bien-être natio­nal.

Alors, et de manière assez clas­si­que, l’Ordre Moral fait front, veut réins­tau­rer la Famille et la Patrie une et indi­vi­si­ble contre la frag­men­ta­tion « com­mu­nau­taire » qu’aurait pro­duit l’insur­rec­tion de mai.
Occultant ainsi le fait que notre pré­sent est marqué par une oscil­la­tion entre des idées post-soixante-hui­tar­des abâ­tar­dies et le retour des idéo­lo­gies les plus rétro­gra­des.

Bref, nous ne sommes pas contraints de choi­sir entre la nos­tal­gie et la dénon­cia­tion. Par contre, nous pou­vons assu­mer une cer­taine fidé­lité à ce qu’il s’est passé, envers la remise en ques­tion, par exem­ple, des divi­sions nor­ma­ti­ves, telles que celles entre l’homme normal et le patho­lo­gi­que, le sérieux et le juvé­nil, le social et l’aso­cial, le viril et le fémi­nin, ... Et ce, non pas pour abolir les points de repère d’un revers de la main nihi­liste, mais pour les mettre au tra­vail, pour les inter­ro­ger dans un pro­ces­sus créa­teur de ques­tion­ne­ments plus que de répon­ses toutes faites.

En ce sens, Mai 68, comme de nom­breux autres événements qui ouvrè­rent de nou­veaux tra­jets, est plus que jamais en acte. Ou plutôt, notre aujourd’hui se devrait d’être en acte, par fidé­lité aux événements passés, cons­cients des impas­ses sur les­quel­les ils menè­rent sans pour autant les juger d’un point de vue sur­plom­bant. Leurs échecs n’expli­quent rien, à part notre propre apa­thie à expé­ri­men­ter de nou­vel­les voies au futur anté­rieur, à repren­dre l’événement plutôt que de nous asseoir sur ceux passés.

Vers où nous dira-t-on ? Les pos­si­bles tracés ne préexis­tent jamais aux brè­ches.
Qu’ils cau­sent les« soixant-hui­tards » et leurs oppo­sants ! Nous sommes déjà ailleurs.

Nicolas Zurstrassen

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  • Le 6 mars 2009 à 00:18

    Ce qui est important c’est le cheminement qui a conduit à mai 68, comme actuellement la lente très lente colère qui monte. Après, on peut épiloguer sur le « sexes des anges » . Mais là n’est pas le plus important. On peut aussi refaire la guerre d’Espagne, 36 ....
    La lutte ne se conjugue qu’au présent.

    herope


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