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Urgence sociale

Publié le 17 novembre 2005

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1 complément d'info

Alors que l’explosion de colère se nourrit du mal-vivre, de la désespérance, du déni de reconnaissance et de dignité, le Premier Ministre n’a en réalité rien proposé de concret si ce n’est la réduction de la scolarité obligatoire de 16 à 14 ans pour les jeunes qui en ont le plus besoin ! Oui à l’urgence sociale, Non à l’état d’urgence.

Au-delà de la néces­saire réponse de sécu­rité pour mettre fin aux vio­len­ces inac­cep­ta­bles et aux attein­tes aux per­son­nes et aux biens, le retour au calme passe par un effort immé­diat et consi­dé­ra­ble pour appor­ter des répon­ses concrè­tes aux souf­fran­ces des popu­la­tions concer­nées.

Il faut, à l’inverse du mou­ve­ment de casse des ser­vi­ces publics, déve­lop­per leur pré­sence pour répon­dre aux besoins fon­da­men­taux qui relè­vent de l’État.Oui à l’urgence sociale, Non à l’état d’urgence !

« La révolte des banlieues »

Au cours de ces der­niers jours, l’émeute n’a cessé de s’étendre. Elle a gagné des cen­tai­nes de com­mu­nes. Des mil­liers de voi­tu­res ont brûlé, des cen­tai­nes de locaux et de maga­sins ont été sac­ca­gés.

Voilà l’État d’urgence, voilà le couvre-feux !

Instituée par la loi du 3 avril 1955 qui en décla­rait l’appli­ca­tion en Algérie, mise en œuvre en octo­bre 1961 avec les consé­quen­ces que l’on sait !

L’ampleur et l’extra­or­di­naire vigueur de ce mou­ve­ment s’expli­quent par les effets cumu­lés, sur plu­sieurs décen­nies, du chô­mage, de la pau­vreté et de la dis­cri­mi­na­tion.

C’est aussi une réac­tion au cynisme de cette classe qui trône au sommet de « l’ ordre répu­bli­cain », qui verse quo­ti­dien­ne­ment son mépris sur « la racaille des ban­lieues », et dont la men­ta­lité réac­tion­naire s’incarne par­fai­te­ment dans le lan­gage pro­vo­ca­teur, mépri­sant et bel­li­queux du minis­tre de l’Intérieur.

Aucun effort n’est épargné pour stig­ma­ti­ser les révol­tés et cacher les véri­ta­bles causes de leur colère. Ils seraient des voyous, des cri­mi­nels, des imbé­ci­les mani­pu­lés par des caïds ».

Ceci est un sou­lè­ve­ment de la jeu­nesse, de la jeu­nesse la plus oppri­mée, la plus écrasée, la plus déses­pé­rée.

Même si les émeutes devaient conti­nuer, elles auraient du mal à détruire autant d’entre­pri­ses, d’emplois, de ser­vi­ces publics que le van­da­lisme des voyous - en cos­tume-cra­vate certe, en détruit et qui siè­gent au MEDEF ou à l’UMP.

Oui, ils ont la haine !

Mais, la haine peut être un puis­sant levier d’émancipation humaine, dès lors qu’elle est diri­gée contre l’injus­tice d’un sys­tème néfaste.

Du point de vue des mili­tants, il y aurait beau­coup à dire sur les métho­des employées par les jeunes révol­tés. Ce ne sont pas les métho­des du mou­ve­ment ouvrier. Ils se trom­pent de cible. On ne peut pas cau­tion­ner la des­truc­tion d’écoles, de crè­ches, d’entre­pri­ses, de véhi­cu­les, ... .

Avant l’émergence des pre­miè­res orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, au XIXe siècle, il arri­vait que des ouvriers déses­pé­rés détrui­sent des usines et des machi­nes, ou s’en pren­nent à la pro­priété tous azi­muts. Or, les jeunes dont nous par­lons ne connais­sent pas le monde du tra­vail.

Dans beau­coup de cités, le taux de chô­mage frôle les 40%.À la dif­fé­rence de gré­vis­tes, qui dis­po­sent d’orga­ni­sa­tions et d’ins­tan­ces de déci­sion col­lec­tive, ils n’ont aucun moyen de l’expri­mer.

Quoi qu’il en soit, l’atti­tude du gou­ver­ne­ment et des médias envers de telles des­truc­tions est par­fai­te­ment hypo­crite.

On com­prend par­fai­te­ment la colère des tra­vailleurs et des famil­les qui souf­frent de ces des­truc­tions. Ils sont eux-mêmes des vic­ti­mes du capi­ta­lisme.

De Villepin et Chirac en appel­lent au « retour à l’ordre ». De Villiers aussi, qui pré­co­nise l’envoi de l’armée pour mater la rébel­lion. Mais de quel ordre s’agit-il ? C’est l’ordre d’un petit nombre de grands capi­ta­lis­tes sou­met­tant l’ensem­ble de la société à leur soif de profit et de pou­voir.C’est un ordre où la jeu­nesse accepte pas­si­ve­ment son sort, où les tra­vailleurs se plient doci­le­ment aux lois du marché, où les riches s’enri­chis­sent davan­tage pen­dant que la pau­vreté et la pré­ca­rité se géné­ra­li­sent.

L’hos­ti­lité impla­ca­ble de Sarkozy envers les ban­lieues, allè­gre­ment pré­sen­tées comme des nids d’inté­gris­tes musul­mans, de cri­mi­nels, voire de ter­ro­ris­tes, n’est que l’autre ver­sant de son hos­ti­lité envers les tra­vailleurs de la SNCM, de la RTM ou de n’importe quelle autre caté­go­rie de sala­riés qui essayent de lutter contre la régres­sion sociale.

Cette rébel­lion recoupe celle qui couve dans le monde du tra­vail. Elle inter­pelle le mou­ve­ment syn­di­cal et poli­ti­que, qui ne doit pas se tenir à l’écart d’un mou­ve­ment aussi impor­tant. Entre cette jeu­nesse et les repré­sen­tants endur­cis du capi­ta­lisme qui leur envoient les CRS, notre choix est fait.

Quand François Hollande se refuse à deman­der la démis­sion de Sarkozy, sous pré­texte de ne pas vou­loir encou­ra­ger les émeutes, il ne fait qu’encou­ra­ger Sarkozy lui-même !

Ceci dit, la seule démis­sion de Sarkozy ne suf­fi­rait pas. Ce qu’il faut reven­di­quer, c’est l’orga­ni­sa­tion immé­diate d’élections légis­la­ti­ves, pour se débar­ras­ser de ce gou­ver­ne­ment au plus vite.

Les jeunes n’ont pas besoin de dis­cours mora­li­sa­teurs, mais d’un pro­gramme d’action auda­cieux.

Nous devons exiger de ce gou­ver­ne­ment qu’il réu­nisse immé­dia­te­ment, dans toutes les pré­fec­tu­res, l’ensem­ble des per­son­nes, hommes, femmes, jeunes, élus, repré­sen­tants des ser­vi­ces publics, des asso­cia­tions qui aujourd’hui, agis­sent face à cette situa­tion pour enten­dre les besoins et élaborer les répon­ses. Ce dia­lo­gue doit débou­cher dans les jours qui vien­nent sur la mise en place au plan natio­nal de mesu­res d’urgence.

Aujourd’hui, notre devoir, c’est d’expli­quer patiem­ment mais sans détour à chaque jeune, à chaque tra­vailleur, à chaque chô­meur et à chaque retraité que le capi­ta­lisme signi­fie la régres­sion sociale per­ma­nente.

Le sys­tème capi­ta­liste est abso­lu­ment inca­pa­ble de répon­dre aux besoins de la popu­la­tion. Son exis­tence est devenu incom­pa­ti­ble avec les conquê­tes socia­les. Ses repré­sen­tants s’en pren­nent aux tra­vailleurs, aux chô­meurs, aux retrai­tés. Le chô­mage, la pré­ca­rité et la misère s’aggra­vent. Au moment même où de Villepin parle d’atté­nuer la « souf­france » de la jeu­nesse, le gou­ver­ne­ment et le Medef lan­cent une nou­velle atta­que contre l’indem­ni­sa­tion des chô­meurs. La révolte des ban­lieues est une expres­sion concrète des très vives ten­sions qui tra­ver­sent la société fran­çaise. Elle est une nou­velle preuve - parmi bien d’autres - que la France est entrée dans une époque de pro­fonde ins­ta­bi­lité sociale, au cours de laquelle les tra­vailleurs de ce pays seront confron­tés à l’impé­rieuse néces­sité de mettre fin au capi­ta­lisme.

Saddok Abed, conseiller du 1er ardt Lyon

« Là, ce peuple tra­vaille et souf­fre et la souf­france et le tra­vail sont les deux figu­res de l’homme » V.Hugo

  • Le 17 novembre 2005 à 23:24, par Luc Comeau-Montasse

    Oui pour tout ce que vous donnez à comprendre de ce qui a explosé ces dernières semaines

    Ci-dessous, un texte qui 50 ans après, colle encore de très près à l’actualité, et dénonce par avance la dérive dans laquelle nous entrainent les irresponsables à la recherche de fauteuils élyséens, gestionnaires de haine.

    « L’ennui est que nous n’en savons pas assez sur la haine.
    En conséquence, nous ne la prenons pas assez au sérieux.
    Considérez, par exemple, la question de la délinquance juvénile aux Etats-Unis à l’heure où nous écrivons. L’opinion publique pratique la « politique de l’autruche », plus encore qu’elle ne l’avait fait pour des sujets comme la tuberculose ou les maladies vénériennes.
    ...
    La syphilis est devenue une maladie comme une autre. Nous avons séparé le dégoût moral provoqué par les conditions dans lesquelles elle est contractée du problème de la guérison. Nous avons laissé au prédicateur, au professeur, à l’éducateur de la santé publique le soin de s’occuper du rôle moral de la question. Le médecin approchera la personne atteinte avec toute l’objectivité qu’on peut attendre du sérieux médical.
    Tous les sentiments de honte, d’embarras et de culpabilité que le public attachait originellement à cette maladie sont maintenant réservés au fait que nous ne connaissons pas toutes les réponses au problème de la prévention, que les mesures préventives et curatives, même quand elles sont connues et utilisées, ne sont pas toujours assez vite accessibles et assez bon marché dans toutes les communautés.

    En ce qui concerne la délinquance juvénile, nous n’en sommes pas arrivés à un stade aussi éclairé. Nous ne la prenons pas assez au sérieux.
    Considérons un crime particulièrement choquant, par exemple celui d’un adolescent, délinquant sexuel, qui tue un enfant plus jeune, pas tout à fait de sang froid, mais dans une crise de panique et sans ce soucier réellement de la victime.
    Quelle est la réaction générale du fidèle lecteur des journaux qui rendent compte, d’une manière incomplète et habituellement déformée d’un crime comme celui-là ?
    Elle oscille généralement entre deux extrêmes.
    Le lecteur est d’abord choqué comme il se doit ; il espère qu’on trouvera bientôt le criminel, qu’il aura ce qu’il mérite et qu’on le mettra en sûreté là où il ne pourra plus faire de mal.
    Ce pourrait être une bonne occasion aussi, pense-t-il, pour réduire les frais du budget de la maison de correction locale et pour admonester le superintendant de l’école afin qu’il veille à ce que les trois « R »* soient enseignés convenablement, plutôt que de gâter ces jeunes par toutes sortes d’absurdités baroques, comme des loisirs organisés et des groupes de discussion de type familial, et tout ce qui s’ensuit.
    On peut aussi juger nécessaire de dépense une somme considérable pour que les institutions de l’Etat comptent quelques « chambres fortes » de plus.
    Cela règle le problème pour un moment.

    L’autre réaction se manifeste de manière naïve et sentimentale. Le lecteur d’un tel fait divers peut se souvenir de ce qu’il a tiré d’un roman récent, ou d’un film où la psychiatrie est vaguement évoquée, ou du discours de l’autre jour au local de l’Association des Parents et Maîtres. En conséquence, il verse de chaudes larmes sur les pages racontant le cas du délinquant.
    Voyez, il n’a jamais eu de chance, pauvre gosse ! La façon dont il a été élevé ! Car après tout, qui est à blâmer, sinon les parents et l’école ? Il n’a pas assez lu la bible ou l’a trop lue !
    ... Et peut-être que l’on devrait prendre la peine de distribuer quelques ballons de football de plus dans ce vilain quartier, et pourrait-on envoyer des rideaux neufs à la maison de redressement, après tout.
    Ou peut-être pourrait-on suggérer qu’on envoie en prison les parents des délinquants au lieu de leurs enfants, ou au moins qu’on les « force » à suivre des cours sur l’éducation à donner aux enfants.
    ...
    En résumé, l’attitude des contribuables envers de telles questions est assez pitoyable à considérer. Ou bien nous nous durcissons, et avons recours aux défenses les plus démodées et les plus visiblement stupides contre la honte, l’anxiété et la culpabilité, ou bien nous devenons sentimentaux et pleins d’illusions quand nous considérons la malheureuse chaîne d’évènements qui conduit à un crime comme celui-là.

    Sur deux points, disons le en passant, les deux camps sont d’accord.
    D’abord, il faudrait « donner bientôt une solution » à ces problèmes.
    Ensuite une telle solution devrait « être simple et pas chère ».
    Car qui, même mieux informé, oserait se rallier publiquement à l’idée d’une cotisation élevée destinée aux mesures préventives et curatives ?

    Nous pensons qu’il est temps pour la communauté de s’éveiller à des faits vitaux. La délinquance, et particulièrement le phénomène de la haine, invariablement en cause dans les crimes les plus graves est une chose sérieuse.
    Nous n’en savons pas assez sur le sujet, et nous devons en apprendre davantage.
    Il ne convient pas de gâter le délinquant en considérant comme « astucieuses » ses escapades mineures jusqu’à ce que vienne le jour où le volume de haine accumulé éclate dans une destruction sans frein.
    il ne convient pas davantage de le mettre en prison, de l’envoyer d’audience en audience, afin que le public ait sa représentation et soit assuré « qu’on fait quelque chose » bercé de l’illusion que la prison ou les soins dans une quelconque institution de redressement résolvent le problème.

    En fin de compte, cela revient à dire que notre civilisation est devenue trop policée et trop décente pour recourir à la grossière mesure qui consisterait à détruire ou à isoler l’individu qui ne s’y adapte pas. Malheureusement, elle ne semble pas encore assez sage, ou capable du nécessaire courage financier pour franchir les degrés qui conduiraient à la guérison. »

    * « R »eadind, w« R »ritting, a« R »ithmétic : lire, écrire et compter.
    Toutes ces tendances sont clairement perceptibles dans les actions de ce gouvernement.

    Fritz Redl et David Wineman « L’enfant agressif » (Tome 1 « Le moi désorganisé » 1951)


    Apparemment, ceux qui gèrent les problèmes actuels relatifs aux émeutes que nous avons connus ces dernières semaines, ont choisi l’option que les auteurs décrivent comme illusoire et inefficace sur le long terme.
    Pire même, plus de cinquante années après cette analyse, certains hommes politiques, en France mais aussi dans beaucoup d’autres pays dits civilisés, se tournent à nouveau vers ce que Fritz et Wineman considéraient comme des solutions (barbares) d’un autre temps à savoir celles qui retirent au délinquant (considéré parfois comme « terroriste » de manière à pouvoir lui appliquer un régime d’exception) ses droits de citoyen du monde et lui font subir des sévices psychologiques et physiques d’un autre temps.


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    Le site Lois Sauvages nous alerte sur la situa­tion d’une famille au centre de réten­tion de Lyon, avec un père malade et une mère enceinte et un bébé.


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