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L’enjeu de l’agriculture transgénique : La loi du profit s’oppose à la loi de la vie, c’est donc la vie qui a tort.(2003)

Pour informer de première main celles et ceux qui seraient tenté-e-s par les sirènes transgéniques, nous publions le contrat de Monsanto, “Semer la technologie, moissonner les profits.” Les agriculteurs/trices nord-américain-e-s le signent pour acheter des semences transgéniques, aliénant ce qui reste de leur liberté. Nous publions aussi la suite : la lettre “d’extorsion” que nombre d’entre elles/eux ont la surprise de recevoir lorsque le piège se referme. Pour comprendre la signification de ces documents et se libérer de la propagande transgénique (53 millions de dollars ont été mis de côté en 2000 par les industriels des “sciences de la vie” pour imposer leurs Ogm – cet argent est au travail partout, dans les instances professionnelles, scientifiques, étatiques, et bien sûr médiatiques, le plus souvent en recourant à la technique de la tierce personne ou organisation inventée et théorisée par Edward Bernay dès les années 1910 ), il faut situer les Ogm dans leur perspective historique, celle du mouvement séculaire de confiscation du vivant.

Il y a 250 ans pour les animaux et 150 ans pour les plantes, les premiers sélectionneurs professionnels, en hommes d’affaires, comprennent aussitôt que tant que les animaux et les plantes se reproduisent et se multiplient dans le champ du paysan, leur capital ne peut ni se reproduire ni encore moins se multiplier à leur bilan. Ils entament donc leur guerre séculaire contre l’injustice des plantes et des animaux de se reproduire et de se multiplier dans le champ du/de la paysan-ne. Cette guerre, ils la gardent secrète : il leur faut scinder l’unité même du vivant. Si la production reste entre les mains du/de la paysan-ne, la reproduction doit devenir leur privilège. Révéler le but mortifère qu’impose la loi du profit, stériliser les plantes et les animaux, l’aurait mis politiquement hors d’atteinte.

La loi du profit s’oppose à la loi de la vie. Tel est le secret de mieux gardé de la biologie appliquée à l’agriculture, celui que les scientifiques, toutes disciplines confondues, ont entouré d’un rempart de mensonges pendant cent cinquante ans.

En mars 1998, l’annonce par le Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis et une firme privée la Delta and Pine Land Co. du dépôt du brevet “contrôle de l’expression des gènes” l’a enfin révélé. “Terminator” est une technique de transgénèse de stérilisation des plantes. Il “empêche l’utilisation sans autorisation de semences de variétés protégées (les semences de ferme) … puisque les semences non- autorisées ne germeront pas.” Terminator est donc le plus grand triomphe de la biologie appliquée à l’agriculture depuis 150 ans, celui du profit sur la vie. C’est aussi la plus grave faute politique que pouvaient commettre les industriel-le-s des “sciences de la vie” (un cartel de fabricants d’agrotoxiques !) puisqu’elle révélait leur but : stériliser le vivant, exproprier la pratique fondatrice de l’agriculture, semer le grain récolté, confisquer le vivant, bien commun de l’humanité, pour le privatiser.

Les transnationales agrotoxiques qui ont pris le contrôle de la sélection disposent de moyens biologiques, juridiques, économiques et règlementaires pour parvenir à leur fin. Avec l’aide de l’Etat, de ses scientifiques, de la Commission, d’organisations professionnelles de défense des agriculteurs/trices (!), elles s’attaquent soit à la dimension immatérielle de la semence (sa capacité à produire dans un milieu donné), soit à sa dimension matérielle, (le grain). Le brevet, lui, fait de la reproduction le privilège des transnationales.

La dimension immatérielle : hybrides, Terminator, et Gurts

La technique des soi disant “variétés hybrides” inventée en 1908 pour le maïs aux Etats-Unis dans la foulée de la redécouverte des lois de Mendel s’est généralisée tout au long du XXè siècle aux plantes et aux animaux (volailles, porcs). L’agriculteur/trice a appris à ses dépens que s’il/elle sème le grain récolté de ces plantes soi disant “hybrides”, la moisson est maigre. Il lui faut donc acheter chaque année ses semences. C’est donc “Terminator”, mais mystifié : la plus hénaurme et quelque part la plus esthétique mystification scientifique du XXè siècle. Les généticien-ne-s n’ont-ils/elles pas réussi à croire eux/elles-même et à faire croire à l’absurdité biologique qu’améliorer le maïs exige qu’il ne puisse se reproduire dans le champ du/de la paysan-ne ?! Pour le seul maïs, cette expropriation se traduit par un surcoût annuel de deux à trois milliards de francs (300 à 450 millions d’euros) – en gros le budget de la recherche agronomique en France ! – par rapport aux variétés libres (dont l’agriculteur/trice aurait pu semer le grain récolté) qui auraient permis un progrès génétique plus rapide. Des agriculteurs/trices s’efforcent d’échapper au cartel des semences “hybrides” (Limagrain, DuPont -Pioneer, Monsanto, Novartis), soit en cultivant des variétés anciennes, soit en faisant leurs propres semences à partir des plantes captives (“hybrides”).

“Terminator” est, nous l’avons vu, une méthode transgénique de stérilisation de la descendance d’une semence. Les Gurts (en français Trugs, Techniques de Restriction de l’Utilisation des Gènes) consistent à fabriquer des plantes handicapées et non pas stériles. L’agriculteur/trice doit en quelque sorte racheter le handicap en traitant les semences ou la plante, le plus souvent avec un herbicide. La plante échappe alors à la maladie ou produit normalement. C’est aussi lier l’herbicide à la semence.

La dimension matérielle

Il s’agit d’empêcher l’agriculteur/trice de produire des semences de bonne qualité physique. En 1985, le ministre (socialiste) de l’agriculture, M. Rocard interdisait aux établissements multiplicateurs de trier à façon. En 1989, H. Nallet (socialiste) tentait d’interdire tout tri à façon. Ainsi, l’Etat, soi disant défenseur de l’intérêt général, empêche l’agriculteur/trice de faire les opérations de tri, d’élimination des graines d’adventices ou de précédent cultural, et de traitement des semences pour l’obliger à semer des semences de ferme de mauvaise qualité et faire chuter sa production ! De même, Novartis a voulu réserver aux “semenciers” le pesticide de traitement des semences qui remplaçait le lindane sous prétexte des risques d’allergie qu’il aurait fait courir aux agriculteurs et aux trieurs à façon ! La Coordination de Défense des Semences Fermières a gagné son procès pour refus de vente.

En 1998, sous prétexte de traçabilité, la Commission européenne subordonnne le versement de la prime “blé dur” à l’utilisation de semences commerciales certifiées. Les protestations la forçent à accepter un compromis révélateur : l’agriculteur/trice peut mélanger 2 parts de semences de ferme avec 1 part de semences commerciales. Adieu la traçabilité ! Il serait plus simple de verser directement la prime blé dur aux transnationales. Enfin, en août 2001, J. Glavany (socialiste) autorise la taxation des semences fermières au profit des transnationales !

Le brevet

Cette forme légale de “Terminator” ne présente que des avantages par rapport aux méthodes biologiques : elle est sûre, ne requiert ni investissement ni travail de la part des transnationales, n’introduit aucun risque et fait payer par le/la contribuable les coûts de sa propre expropriation. La propagande des industriel-le-s des “sciences de la vie” justifie le brevet du vivant au nom de la “protection-de-l’investissement-source-de-progrès” bien que cet effet incitateur du brevet n’ait jamais été mis en évidence. Au contraire, les études montrent que le brevet renforce le monopole, ce qui freine l’innovation ! La Directive européenne 98/44 dite de façon mensongère de “brevetabilité des inventions biotechnologiques” organise le brevet des gènes, c’est-à-dire de découvertes. Tout ce qui est transgénique devient brevetable. Comme le montre le cas américain et canadien, l’agriculteur/trice perd alors le droit se semer le grain récolté.
Cette directive est scandaleuse du point de vue libéral censé orienter la politique de l’Union Européenne puisqu’elle crée une discrimination en faveur de “solutions” transgéniques aux dépens des méthodes conventionnelles de sélection, efficaces, élégantes, comportant des risques environnementaux bien moindres, mais qui laissent libre l’agriculteur/trice de semer le grain qu’il récolte.

En 1845, les Fabricants de Chandelles, Bougies, Lampes, Chandeliers, Réverbères, Mouchettes, Éteignoirs, et des Producteurs de Suif, Huile, Résine, Alcool, et généralement de tout ce qui concerne l’Éclairage, s’adressaient à MM. les Membres de la Chambre des Députés en ces termes : “Messieurs, … Nous subissons l’intolérable concurrence d’un rival étranger placé, à ce qu’il paraît, dans des conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu’il en inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit ; car, aussitôt qu’il se montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s’adressent à lui, et une branche d’industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n’est autre que le soleil, nous fait une guerre (si) acharnée … Nous demandons qu’il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, oeils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d’avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd’hui à une lutte si inégale. … Et d’abord, si vous fermez, autant que possible tout accès à la lumière naturelle, si vous créez ainsi le besoin de lumière artificielle, quelle est en France l’industrie qui, de proche en proche, ne sera pas encouragée ?”

Frédéric Bastiat (1801-1850) journaliste et économiste libéral, bataillait en 1845 contre le protectionnisme.150 ans plus tard, les imposteurs néo-libéraux du cartel des agrotoxiques dénoncent le “privilège (inexistant) de l’agriculteur/trice”, semer le grain récolté, pour se faire conférer au nom de leur philanthropie verte, un privilège bien réel sur la faculté des plantes et des animaux de se multiplier…

Il suffit de constater que l’agriculture transgénique est portée par le cartel des agrotoxiques pour avoir la certitude qu’elle poursuit l’empoisonnement, ce coup-ci irréversible, de notre planète.

La raison impose donc de se tourner vers d’autres méthodes d’autant plus impérativement qu’il n’y a aucun problème agricole ou alimentaire qui ne puisse être résolu de façon élégante, durable, économique par les méthodes agronomiques traditionnelles perfectionnées les connaissances nouvelles tirées de l’agroécologie. Bien sûr, ces méthodes ont l’immense inconvénient de faire faire gratuitement dans les champs ce que les industriel-le-s font à coûts exponentiellement croissants pour l’agriculteur/trice, le/la consommateur/trice et l’environnement. L’agriculture transgénique ferme définitivement le double mouvement séculaire d’industrialisation de l’agriculture et du vivant (la recherche de l’uniformité, de la standardisation, de la spécialisation industrielles) et de confiscation du vivant. Loin de représenter une ouverture vers un avenir radieux, l’agriculture transgénique est la dernière manifestation de l’obscurantisme réductionniste caractéristique de l’agronomie “ scientifique ” et de l’idéologie passéiste de l’industrialisation de l’agriculture et du vivant, dont l’échec humain, économique, environnmental, social, esthétique, est maintenant évident.

Semez de la technologie.
Moissonner les profits.
Contrat d’utilisation de technologie
Termes et conditions

I. L’Agriculteur doit utiliser les graines de colza Roundup Ready pour un semis et un seul. Ce semis est destiné à la production de graines de colza vendues pour la consommation. L’Agriculteur s’engage à ne pas conserver de grain produit à partir de semences de colza Roundup Ready dans le but de le replanter, qu’il s’agisse de vente, de don, d’échange ou de toute forme de transfert du grain récolté dans le but de le semer. L’Agriculteur s’engage également à ne récolter aucune repousse spontanée de colza Roundup Ready.

II. L’Agriculteur ne doit acheter et utiliser sur tous les semis de colza Roundup Ready que les seuls herbicides de la marque Roudup prévus pour cette utilisation. L’Agriculteur doit acheter ensemble les herbicides de la marque Roundup et le Contrat d’Utilisation de Technologie chez le détaillant de son choix. Les semences ne sont plus remboursables après la date où les parties se sont mises d’accord sur la superficie plantée.

III. Monsanto garantit la tolérance des plantes issues des semences de colza Roundup Ready à l’herbicide Roundup quand il est utilisé selon les prescriptions et la dose spécifiées sur l’étiquette.

IV. L’Agriculteur accorde à Monsanto le droit d’inspecter toutes les terres ensemencés en colza appartenant à l’agriculteur ou louées par ce dernier, ainsi que toutes les terres cultivées par l’agriculteur, d’y prélever des échantillons et d’y faire des tests ; de vérifier les champs de colza de l’Agriculteur ainsi que ses lieux de stockage pendant les 3 années suivantes pour s’assurer qu’il respecte les termes de l’Accord. Toutes ces inspections seront faites à un moment raisonnable et si possible, en présence de l’Agriculteur. L’Agriculteur s’engage aussi à indiquer sur demande le lieu de tous ses champs ensemencés avec du colza pendant les trois années à venir. L’Agriculteur a ou devra obtenir toutes les autorisations nécessaires pour que Monsanto exerce son droit d’inspection, de prélèvement des échantillons et de test.

V. Si l’Agriculteur viole un des Termes ou Conditions de cet Accord, il perdra tout droit d’en obtenir un autre dans l’avenir, et Monsanto pourra immédiatement mettre fin au présent Accord. Dans l’éventualité d’une utilisation des semences de colza Roundup Ready non spécifiquement autorisée dans le cadre de cet accord, l’agriculteur reconnaît qu’il fait courir à Monsanto un risque substantiel de perte de contrôle sur les semences de colza Roundup Ready et qu’il pourrait être impossible de déterminer précisément le montant des dommages ainsi occasionnés à Monsanto. Par conséquent, l’agriculteur s’engage :
a. à payer à Monsanto 15 dollars/acre pour chaque acre planté avec des semences de colza Roundup Ready et non couvert par cet Accord ; et
b. à remettre à Monsanto ou un agent désigné par Monsanto, aux frais de l’Agriculteur, toute graine contenant le gène Roundup Ready qui résulterait de l’utilisation non autorisée de colza Roundup Ready ; ou bien, à la demande de Monsanto, l’Agriculteur devra détruire toutes les cultures contenant le gène Roundup Ready résultant de l’utilisation non autorisée de colza Roundup Ready ; et
c. si l’Agriculteur vend, donne, transfère ou transmet de quelque façon que ce soit toute graine contenant le gène Roundup Ready contrairement aux Termes et Conditions de cet Accord, l’Agriculteur devra payer à Monsanto la plus grande de deux sommes suivantes : soit une somme égale à 15 dollars par acre susceptible d’avoir été ensemencé en utilisant les semences qui auraient été vendues, données, transférées ou transmises ; soit une somme égale à la somme reçue par l’Agriculteur au moment de la vente, du don, du transfert ou de la transmission ; et
d. à payer à Monsanto tous les frais occasionnés par le non-respect de tout terme ou condition de l’Accord par l’Agriculteur, y compris tous frais de justice et dépenses supportés par Monsanto.

VI. Les Termes et Conditions de cet Accord s’appliquent à l’Agriculteur à titre personnel et engagent les héritiers, les représentants personnels, les successeurs, les ayant-droit légaux ; toutefois, les droits de l’Agriculteur mentionnés dans cet accord ne peuvent pas être transférés ou cédés sans un accord écrit de Monsanto.

VII. Tous les Termes, Conditions et Dispositions de cet Accord sont dissociables. Au cas où un Terme, une Condition, une disposition ou une application de celui-ci viendrait à être interdit ou à être légalement inapplicable, cela n’affecterait pas le reste de l’Accord ni aucune autre application de ses Termes, Conditions ou disposition. L’utilisation du titre “ Contrat d’utilisation de technologie ” est une simple facilité de désignation et ne doit pas affecter cet Accord ou être utilisé dans sa construction ou son interprétation.

- xx xx 1998

Cher Monsieur xxx,

Comme vous le savez, le 12 juillet 1998, Monsanto, avec l’assistance de la compagnie Robinson Investigation Ltd, a mené une enquête pour déterminer si vous aviez planté de façon illégale du colza Roundup Ready en 1998 sans l’autorisation de Monsanto Cananda Inc. Nous joignons pour mémoire une copie de notre accord de licence technologique.

Nous avons terminé notre enquête et nous avons de bonnes raisons de croire que du colza Roundup Ready a été planté sur près 250 acres (parcelles cadastrées SE 28302, NE 2830Z et SE 19302) en violation des droits de propriété de Monsanto.

La plantation de colza Roundup Ready sans licence d’autorisation est une grave violation des droits de propriété de Monsanto.

Avant de prendre une décision définitive et dans un souci de résoudre ce problème rapidement et à moindre coût, nous sommes prêts à vous éviter une procédure judiciaire aux conditions suivantes :

I. Vous payez sur-le-champ à Monsanto la somme : 250 acres x $115 = $28 750.

II. Vous reconnaissez à Monsanto le droit de prélever des échantillons sur toutes les terres dont vous êtes propriétaire ou que vous louez ainsi que dans vos silos à grains pendant les trois années après la date de cette lettre.

III. Vous vous engagez à ne pas divulguer les termes spécifiques de ce contrat à qui que ce soit. IV. Vous accordez à la seule discrétion de Monsanto le droit de divulguer les faits et les termes relatif à l’enquête et à cet accord.

L’acceptation de cette offre sera reconnue par l’envoi d’un chèque certifié de 28 750$ à Monsanto et par une copie retournée signée de cette lettre avant le 14/12/98.

Sincèrement,

MONSANTO Canada Inc.

Le coût de l’expropriation du vivant : le colza tolérant au RoundUp

Le colza est semé à raison de 7 kg par hectare. Un quintal de colza vaut environ 22 euros. Le coût par hectare des semences de ferme est donc de 1,54 euro (environ 10 francs). Dans le cas du colza transgénique de Monsanto (dit RoundUp Ready), le coût des semences est de l’ordre de 60 euros/hectare (prix des semences 33,3 euros/ha + le coût de la “ licence d’utilisation de la technologie ” 25 euros/ha, soit un total de 58,3 euros/ha auquel il faut ajouter le surcoût de l’utilisation du glyphosate vendu sous la marque RoundUp par rapport au glyphosate générique).

Le coût des semences transgéniques est donc 40 à 50 fois plus élevé que les semences conventionnelles de ferme pour un rendement inférieur.

Pourquoi les agriculteurs/trices canadien-ne-s se sont-ils/elles laissé-e-s berner ?

Certain-e-s invoquent la facilité d’utilisation du RoundUp , “biodégradable” selon Monsanto (!) Un responsable de la vulgarisation agricole de l’Université d’Etat de Virginie et du Ministère de l’Agriculture est plus proche de la vérité : “ Traditionnellement aux Etats-Unis, les entreprises introduisent une nouvelle variété que nos spécialistes du service de vulgarisation testent dans les champs pendant au moins 3 à 5 ans. Les spécialistes présentent la nouvelle variété aux agriculteurs et leur donnent une information objective sur ses qualités et défauts.

“ Avec les variétés génétiquement modifiées, ce processus a été largement courcircuité du fait de la hâte des entreprises à construire leurs parts de marché. Maintenant, elles s’adressent directement aux agriculteurs avec des contrats et les spécialistes de la vulgarisation sont sur la touche. (…) C’est un cas classique de situation décrite dans la littérature, où le développement commercial et le marketing devance de loin la science ”
(Mark Griffith. “ The Emperor’s new transgenic clothes ”, 10 octobre 1999. )

En d’autres termes, les services publics permettant de donner une information objective aux agriculteur/trices sont remplacés par le marketing et la propagande. Comme l’agriculteur/trice n’a pas les moyens de mettre en place les protocoles expérimentaux rigoureux permettant de juger des qualités et des défauts des semences, il/elle est aussi impuissant-e que le/la consommateur/trice devant le rayon de poudres à laver du supermarché. A cela, il faut ajouter le chantage qu’exerce Monsanto sur les agriculteurs/trices signataires de “l’Accord” : l’agriculteur/trice s’est engagé-e à ne pas récolter de repousse spontanée. Revenir aux semences conventionnelles le met presque à coup sûr en infraction avec cette disposition et donc sous la menace d’un procès !

Faire manger des chimères au/à la consommateur/trice aurait été difficile, sinon impossible, même pour les meilleurs spécialistes de marketing – de la manipulation. Les industriels ont donc obtenu des scientifiques qu’ils abandonnent le terme “chimère” génétique pour le terme insignifiant d’Organismes génétiquement modifié. Lequel permet le discours anesthésiant sur la continuité qui va des débuts de la domestication des plantes et des animaux (et donc de leurs modifications génétiques) aux manipulations génétiques, alors que l’agriculture chimérique introduit une “rupture” (terme utilisée par l’Académie des Sciences qui se garde bien d’en tirer les conséquences). Les techniques ont comme d’habitude une avance de plusieurs décennies sur les connaissances scientifiques. L’agriculture transgénique introduit non pas des risques nouveaux, mais une incertitude biologique radicale. Mais il suffit de constater que cette agriculture transgénique est portée par le cartel des agrotoxiques pour avoir la certitude qu’elle poursuit l’empoisonnement, ce coup-ci irréversible, de notre planète.

La raison impose donc de se tourner vers d’autres méthodes d’autant plus impérativement qu’il n’y a aucun problème agricole ou alimentaire qui ne puisse être résolu de façon élégante, durable, économique par les méthodes agronomiques traditionnelles perfectionnées les connaissances nouvelles tirées de l’agroécologie. Bien sûr, ces méthodes ont l’immense inconvénient de faire faire gratuitement dans les champs ce que les industriels font à coûts exponentiellement croissants pour l’agriculteur, le consommateur et l’environnement. Avec l’agriculture transgénique, il s’agit de fermer définitivement le double mouvement séculaire d’industrialisation de l’agriculture et du vivant (la recherche de l’uniformité, de la standardisation, de la spécialisation industrielles) et de confiscation du vivant. Loin de représenter une ouverture vers un avenir radieux, l’agriculture transgénique est la dernière manifestation de l’obscurantisme réductionniste caractéristique de l’agronomie “scientifique” et de l’idéologie passéiste de l’industrialisation de l’agriculture et du vivant, dont l’échec humain, économique, environnemental, social, esthétique est évident.

L’agriculture transgénique sert simplement la soif de profit et de domination du cartel des agrotoxiques aux dépens de la collectivité. Ce cartel et ses officines de relations publiques manipulent la clique des biotechnicien-ne-s publics/ques et des technocrates de la recherche dont les carrières et le pouvoir dépendent de son succès pour assurer la propagande des “Ogm-qui-vont-nourrir-la-planète-et-protéger-l’environnement.” Le rapport de l’Académie des Sciences et la collection de textes hâtivement assemblés par l’Académie de Médecine, tous deux publiés dans la foulée du déferlement compassionnel du Généthon témoignent avant tout du savoir faire de ces officines et de la dépendance des scientifiques vis-à-vis des industriels autoproclamés des “ sciences de la vie. ”