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"Viols, on etouffe !"

Publié le 12 mars 2013

Communiqué de l’association Grisélidis de Toulouse (et cabiria), sur le viol en général, et sur les conséquences des politiques paternalistes, de criminalisation de la prostitution, et des personnes immigrées. Victimes de viols, d’agressions ou de tentatives de meurtre, leurs conditions sont marginalisées par les connivences et négligences d’un appareil faussement sécuritaire.

Les viols concer­nent 75 000 femmes chaque année. Ce sont des sœurs, des mères, des filles, des copi­nes, des col­lè­gues, des conjoin­tes. Les agres­seurs sont très majo­ri­tai­re­ment des hommes, des frères, des pères, des fils, des copains, des col­lè­gues, des conjoints.

Nous ne sou­hai­tons pas vous parler de la dou­leur, de la peur, de la honte inhé­rente à chaque viol. En tant que concer­nées, qu’accom­pa­gnan­tes de femmes vic­ti­mes de viols, nous vou­lons vous parler de ce qui se passe après, quand une femme violée se relève, quand elle décide de se rendre au com­mis­sa­riat. S’il n’y a qu’une femme sur dix qui porte plainte après avoir été violée, c’est non seu­le­ment à cause de la honte, de la dou­leur, de la peur mais c’est aussi à cause du mépris poli­cier et judi­ciaire pour les femmes qui ont subi ces crimes. C’est un véri­ta­ble par­cours de la com­bat­tante pour celle qui décide de dénon­cer et de pour­sui­vre son ou ses vio­leurs, et qui va devoir affron­ter un sys­tème patriar­cal sexiste et culpa­bi­li­sant, où le stig­mate de « celle qui l’a peut-être bien cher­ché » est pré­sent à tous les niveaux.

Et parmi ces femmes, il y a des pros­ti­tuées, des tra­vailleu­ses du sexe, c’est-à-dire des femmes qui tari­fent des ser­vi­ces sexuels... Leurs clients sont très majo­ri­tai­re­ment des hommes. Alors com­ment reconnai­tre un client d’un agres­seur ? Un client c’est celui qui res­pecte le contrat. Un agres­seur c’est celui qui ne res­pecte pas le contrat. Un agres­seur c’est celui qui refuse de mettre un pré­ser­va­tif alors qu’elle l’a exigé, celui qui ne paye pas, celui qui frappe, celui qui menace avec une arme, celui qui blesse, viole, par­fois tue ! Cette dif­fé­rence semble claire et pour­tant les hommes de lois ne sem­blent pas aptes à saisir cette dif­fé­rence.

Comment sont trai­tées celles qui osent porter plainte :

Les pros­ti­tuées et les tra­vailleu­ses du sexe, ainsi que les asso­cia­tions avec qui elles tra­vaillent en ont marre de cette conni­vence mas­cu­line entre les poli­ciers et les juges qui, non seu­le­ment met­tent en doute la parole des femmes, n’ins­trui­sent pas les plain­tes d’agres­sion, n’enquê­tent pas pour retrou­ver les agres­seurs, n’arrê­tent pas les agres­seurs lorsqu’elles don­nent leur adresse et leur signa­le­ment, mais en plus, requa­li­fient la plainte pour viol en agres­sion sexuelle. Parfois même, ils se sub­sti­tuent à la jus­tice en pro­po­sant au vio­leur de payer la passe à la pros­ti­tuée afin de régler la plainte « à l’amia­ble ». D’autres fois, la jus­tice relâ­che les hommes reconnus cou­pa­bles de viol aggravé en bande dans l’exer­cice de leur fonc­tion de poli­cier sur une pros­ti­tuée (Nice). Enfin, et dans les cas les plus graves, c’est la femme qui se retrouve pour­sui­vie pour défaut de papiers ou pour délit de raco­lage.

Paroles de femmes : « Depuis ma ten­ta­tive de meur­tre, je n’ai pas de nou­vel­les de la police alors que j’ai reconnu mon agres­seur sur le fichier il y a plus d’un an », « J’ai une col­lè­gue escorte qui a porté plainte pour deux viols qu’elle a subi par le même agres­seur, elle a été à la police, elle l’a iden­ti­fié, il est tou­jours en liberté », « Les agres­seurs (et proxé­nè­tes) d’une pros­ti­tuée n’ont pas res­pecté le contrôle judi­caire et leur injonc­tion de rester à dis­tance. Alors qu’ils l’agres­sent à nou­veau, elle appelle la police qui ne déplace pas… », « J’ai parlé aux médias, pour leur dire que j’ai été violée et que la police n’a pas arrê­tée mon agres­seur. Depuis, la police me menace. »

Quasiment sys­té­ma­ti­que­ment, les dom­ma­ges et inté­rêts des pros­ti­tuées reconnues vic­ti­mes par la jus­tice sont revus à la baisse car la CIVI (Commission d’Indemnisation des Victimes d’Infractions) qui consi­dère qu’elles ont concouru à leur agres­sion, comme si les vio­len­ces fai­saient partie des ris­ques du métier.

Cette ges­tion du sys­tème poli­cier et judi­ciaire sexiste et dis­cri­mi­na­toire pour les pros­ti­tuées nour­rit un sen­ti­ment d’impu­nité chez les agres­seurs et d’impuis­sance chez celles qui ont été agres­sées.

Le silence de celles qui ne por­tent pas plainte….

Chaque année, à Toulouse plus de 30 pros­ti­tuées décla­rent avoir subi un viol, la plu­part du temps, elles ne por­tent pas plainte. Lorsque les vio­len­ces et les viols ne sont pas dénon­cés et lorsqu’ils ne sont pas reconnus par la jus­tice le sen­ti­ment d’impu­nité des agres­seurs aug­mente… Il est urgent que cela cesse !

Mais pour­quoi ne por­tent-elles pas plainte ? Il y a bien sûr la culpa­bi­lité inhé­rente au fait de subir un viol, qui sou­vent empê­che les vic­ti­mes de parler. Il y aussi le mépris avec lequel cer­tains poli­ciers et cer­tains juges trai­tent les affai­res d’agres­sion des tra­vailleu­ses du sexe et des pros­ti­tuées. La police se déplace dif­fi­ci­le­ment quand les pros­ti­tuées appel­lent le 17. Pourquoi aller porter plainte alors que les rares femmes qui ont osé dénon­cer et deman­der répa­ra­tion ont rare­ment été reconnues comme vic­ti­mes par la jus­tice ? Mais il y a deux obs­ta­cles prin­ci­paux : la cri­mi­na­li­sa­tion de la pros­ti­tu­tion et la cri­mi­na­li­sa­tion de l’immi­gra­tion.

En effet, les poli­ti­ques sécu­ri­tai­res, anti-migra­tion abo­li­tion­nis­tes/pro­hi­bi­tion­nis­tes cri­mi­na­li­sent les per­son­nes pros­ti­tuées et les migrant-e-s. En France, la Loi sur la Sécurité inté­rieure de 2003 a fait du raco­lage, même passif, un délit pas­si­ble de 3750 euros d’amende et de deux mois d’empri­son­ne­ment. Les actions de soli­da­rité et de sou­tien avec les pros­ti­tuées, ainsi que la loca­tion d’un appar­te­ment ou d’une cham­bre d’hôtel à une pros­ti­tuée sont consi­dé­rées comme du proxé­né­tisme. Si la pros­ti­tu­tion est légale, tous les moyens de l’exer­cer sont en revan­che répri­més par la loi. Les maires et les pré­fets par­ti­ci­pent aussi à la mas­ca­rade avec des arrê­tés muni­ci­paux anti-sta­tion­ne­ment dans la rue où les femmes tari­fent des ser­vi­ces sexuels en camion­nette. Les pros­ti­tuées se retrou­vent obli­gées d’aller tra­vailler hors agglo­mé­ra­tion, dans des lieux isolés où per­sonne n’est là pour les aider en cas d’agres­sion. Enfin, on ne compte plus les lois de res­tric­tion de l’immi­gra­tion et d’immi­gra­tion choi­sie qui sont très défa­vo­ra­bles aux femmes issues des pays pau­vres.

Les pros­ti­tuées et tra­vailleu­ses du sexe rap­por­tent ainsi les paro­les d’agents de la police et de juges : « Qu’est-ce que vous faites là ? C’est inter­dit ce que vous faites. Rentrez chez vous madame. C’est la faute de la fille, qu’est-ce qu’elle fait en France » (d’une pros­ti­tuée qui a signalé la mort d’une col­lè­gue tuée par un client), « Quoi c’est juste un client qui t’a pas payé. Ce sont les ris­ques du métier » (d’une pros­ti­tuée qui a signalé le viol qu’elle vient de subir). Une pros­ti­tuée d’ori­gine Bulgare qui a signalé plu­sieurs agres­sions à la police natio­nale expli­que : « Plusieurs fois on appelle la police, elle ne vient pas. Alors les Bulgares elles n’appel­lent plus ».

Dans les faits, ces lois répres­si­ves et, pour cer­tai­nes, spé­ci­fi­ques à la pros­ti­tu­tion, res­trei­gnent l’accès des pros­ti­tuées vic­ti­mes au droit commun, c’est-à-dire au droit à la jus­tice. Car les tra­vailleu­ses du sexe ont peur d’aller porter plainte, peur qu’on pro­fite de la situa­tion pour les « ficher », peur d’être arrê­tées pour raco­lage, peur d’être menées au centre de réten­tion pour défaut de papier lorsqu’elles iront porter plainte, et enfin peur qu’on leur retire leur titre de séjour, par­fois condi­tionné à l’arrêt de la pros­ti­tu­tion.

Les femmes qui tari­fent des actes sexuels sont des femmes comme les autres… Comme toutes les femmes, elles sont sou­vent mal­me­nées, mal­trai­tées par le sys­tème poli­tico-judi­ciaire mais elles le sont encore plus parce qu’elles sont migran­tes et/ou pros­ti­tuées. Ni invi­si­bles, ni dis­po­ni­bles, les pros­ti­tuées récla­ment une égalité de trai­te­ment avec toutes les femmes, que les lois qui exis­tent déjà pour toutes et tous soient appli­quées comme l’a prévu le légis­la­teur et que le gou­ver­ne­ment cesse d’édicter des lois spé­ci­fi­ques qui stig­ma­ti­sent et excluent les per­son­nes pros­ti­tuées du droit commun au pré­texte de les « pro­té­ger ».

P.-S.

Le conseil d’administration de l’association Grisélidis à Toulouse. Soutenu par le Planning Familial, Cabiria, le STRASS, Act Up Paris et Act Up Sud-Ouest.

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