A Vaulx-en-Velin, le commissariat municipal attaqué après l’annonce d’une série de mesures sécuritaires

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Hélène Geoffroy, la maire de Vaulx-en-Velin, a saisi l’occasion d’une série d’incidents dans la ville sans lien entre eux a priori, pour annoncer jeudi 31 mai une série de mesures répressives pour plus d’un million d’€. Alors même que le manque de budgets sociaux ou éducatifs sont régulièrement dénoncés. Réaction immédiate : près de 100 personnes ont attaqué le commissariat municipal le lendemain.

Des policiers municipaux armés, leurs effectifs doublés, des brigades de nuit et 80 caméras de surveillance dernière génération. La maire de Vaulx et récente "secrétaire nationale du PS chargée de la “République des territoires” n’a pas perdu de temps pour donner sa vision de la politique de la ville en 2018. Ce sera dans la droite ligne de Collomb. Retour sur cette mise en scène politique.

Le 18 mai, Emmanuel Macron enterre le « Plan Banlieues » de Borloo qui prévoyait des injections massives de crédit vers les quartiers populaires. Le 23 mai, à la suite des tirs à la Kalachnikov à Marseille, Macron explique que « nos quartiers ont du talent » mais « aussi de la violence ».

A Vaulx, le 18 mai, une personne tire des coups de feu sur une autre à proximité d’une école. Le 25, un jeune homme est blessé au visage par d’autres. De nouveaux tirs sont encore signalés. Ces faits, terribles mais sans lien entre eux a priori, s’inscrivent dans un climat de tensions dans toute l’agglomération lyonnaise.

Des rodéos quotidiens sont ainsi mentionnés par le Progrès, à Bron, Décines et Vénissieux. Le 19 mai, à la Duchère, une rixe entre 2 personnes finit avec 200 personnes caillassant la police. Le même jour à Vénissieux, et cela durera pendant plusieurs nuits, les flics sont visés par des tirs de mortier et de cocktails molotov. Le 23 mai, c’est à Villeurbanne que des coups de feu sont tirés. Sans que cela n’émeuve outre mesure ni les politiques ni les médias, il faut dire que ça reste d’un autre niveau qu’à Marseille. Mais à Vaulx, les incidents vont permettre à la nouvelle responsable PS de dérouler son programme.

Les enquêtes sur les différentes affaires de tirs de Vaulx sont toujours en cours. Pour Hélène Geoffreoy, même sans aucune preuve, l’explication est toute trouvée : « Cette flambée de violence est liée au processus de transformation urbaine que nous menons, et qui bouscule ce qui est enraciné dans la ville en termes de trafics ».

Démêler d’où proviennent exactement des disputes entre groupes semble pourtant bien difficile à établir. Encore plus y trouver un lien avec la rénovation urbaine, d’autant que tous les tirs n’ont pas eu lieu dans le quartier du Mas du Taureau touché par cette réhabilitation. Les autres rixes se sont déroulées à la Thibaude et la Tase dont, selon la mairie elle-même, la rénovation est terminée depuis 2006.

Par contre, avec 22% de chômage et des loyers en hausse conséquence de la rénovation urbaine, la situation ne peut être qu’explosive à Vaulx. Depuis le début de l’année, les écoles, collèges et lycées de la ville sont régulièrement en grève pour demander une hausse des moyens et une solution à la fin des contrats aidés mettant fin à une présence humaine nécessaire pour encadrer les élèves. La mairie leur répond sans cesse qu’elle n’a pas de moyens pour cela.

Là, en quelques jours, comme par magie, Geoffroy débloque « un budget dépassant le million d’euros » pour des mesures répressives. Il ne s’agit pas de minimiser ces tirs en pleine journée à proximité d’écoles. Mais il faut sortir du choc et regarder en face ces événements graves, mais isolés. Comme toujours, l’émotion est utilisée à dessein pour faire passer la pilule sécuritaire.

La maire de Vaulx ne fait que suivre la voie ouverte par Macron dans ses derniers discours, ou Gérard Collomb dans sa politique municipale qui avait aussi tout misé sur une omniprésence des caméras de vidéosurveillance [1], les flics municipaux surarmés, organisés en milice. On l’imagine quasi au garde à vous quand elle déclare : "Pour les fauteurs de trouble, la réponse doit être sécuritaire. On ne fait pas de médiation avec les gens qui font du trafic", signifiant bien qu’elle n’a absolument pas l’intention de remettre en place des médiateurs de rue, ni de répondre favorablement aux professeurs

Au final, c’est la double-peine pour les Vaudais·es. Ils et elles sont une fois de plus l’objet de ce que le chercheur Mathieu Rigouste appelle une « ségrégation endocoloniale ». C’est toute la population d’un quartier qui se voit criminalisée. Ainsi, au lendemain du premier tir, ce n’est pas la Maire, la police municipale ou nationale qui sont intervenues, mais la gendarmerie et les CRS qui ont encerclé tous les soirs le Mas du Taureau où , pendant près d’une semaine, les bus ne passaient même plus.

Une partie de la jeunesse vaudaise en a bien conscience. Le vendredi, après les annonces démagos de la maire pour se faire mousser sur le dos de la population d’une des 20 communes de France où le taux de pauvreté est le plus élevé, le commissariat était attaqué

Des heurts pendant plusieurs heures, une centaine de grenades lacrymos et une quinzaine de tirs de LBDEvidemment, rien de politique pour le représentant syndical SGP-Police FO qui ne voyait pas de lien avec les annonces de la maire.

Les révoltes qui secouent la ville depuis près de 40 ans sont encore et toujours renvoyées à quelque chose d’absurde, à de la délinquance. Avec pour seule réponse la répression.

P.-S.

Article écrit dans le cadre du collectif d’entraide à la rédaction

Notes

[1Caméras dont l’efficacité est depuis des années et des années remise en question, comme le rappelle cette note de lecture de l’ouvrage de Laurent Mucchielli « Vous êtes filmés, enquête sur le bluff de la vidéosurveillance"

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