Alerte sur le caractère masculiniste des colloques-débats du 25 avril et 26 avril

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Communiqué de presse du Planning Familial du Rhône

A Lyon sont programmés prochainement deux débats (25 et 26 avril 2013) qui, sous couvert d’une thématique générale de droits de l’enfant ou de garde alternée, offrent une vitrine à des arguments masculinistes.

- La première initiative est un colloque-débat sur « l’aliénation parentale » organisé par l’association « l’Enfant et son droit » et le Conseil Lyonnais pour le Respect des Droits, qui aura lieu le 25 avril à la Maison des Associations du 4e arrondissement.
Ce débat s’inscrit dans le cadre de la « Journée Internationale sur l’aliénation parentale ». Cette journée a été créée par des associations masculinistes anglaises. La quasi-totalité des sites qui en font la promotion sont tenus par des associations masculinistes. Le concept d’"aliénation parentale" lui-même a été créé et utilisé par des groupes masculinistes.

Que recouvre la notion de syndrome d’aliénation parentale ?
Le syndrome d’aliénation parentale (SAP) a été inventé par Richard Gardner, psychiatre étasunien au milieu des années 80, qui le définit de la manière suivante « le SAP est un trouble propre aux enfants, survenant quasi exclusivement dans les conflits de droit de garde, où un parent (habituellement la mère) conditionne l’enfant à haïr l’autre parent (habituellement le père). Les enfants se rangent habituellement du côté du parent qui se livre à ce conditionnement, en créant leur propre cabale contre le père » .

Nature de ce concept et groupes utilisant ce concept :
Alors que des inconnues fondamentales demeurent, non seulement sur la nature même de ce concept, mais également sur l’étiologie, les critères de diagnostic, l’étendue et le traitement, un groupe influent de plus en plus actif en Europe essaye d’introduire le SAP dans la sphère judiciaire, en multipliant colloques et formations de magistrats et autres personnels judiciaires.
Ce concept est l’un des fondements de la stratégie des masculinistes. En Amérique du Nord comme en Europe, cette dangereuse théorie est utilisée dans les affaires de divorce par les avocats et les associations de soutien aux pères séparés notamment dans des situations de violences. Il ne s’agit pas de dire que les femmes ne peuvent pas exercer des formes de « manipulation » sur les enfants, mais il est urgent de rappeler que la plupart des violences commises par les hommes sont encore aujourd’hui largement passées sous silence et que la plupart des victimes (femmes et enfants) n’osent pas parler. Avec ce genre de théories prônées comme des vérités absolue, la parole des femmes et des enfants a plus de mal à se faire entendre.

Faire la promotion de ce concept plus idéologique que scientifique, même en toute bonne foi, revient à cautionner le contenu de ce concept et les groupes qui le défendent.

- La deuxième initiative est une conférence organisée sur le thème de la garde alternée par les associations « Père Enfant Mère », « Réseau Colin-Bagnard », « L’enfant et son droit », « SOS Papa », « I Comme Identité » et la fédération « Nos Enfants ont 2 Parents » le 26 avril à l’UDAF. Ces associations reprennent clairement les positions développées par tout le courant masculiniste.
Nous rappelons, s’il est nécessaire de le faire, qu’en tant que féministes nous sommes favorables depuis longtemps au partage des tâches et de l’éducation des enfants. Pour nous, le développement de la garde alternée choisie témoigne d’une évolution vers une plus grande égalité dans les rapports femmes /hommes. Il y a des enjeux complexes autour de la séparation et des vraies souffrances, qui ne sauraient se résoudre par une garde alternée imposée, comme le réclament les masculinistes. Or ceux-ci vont instrumentaliser ces souffrances pour mener de véritables campagnes contre les femmes et les féministes. Ainsi, leurs stratégies consistent à :
· Contester les dispositifs post divorce relatifs aux enfants et à la pension alimentaire.
· Minimiser les violences conjugales, produire des chiffres fantaisistes sur ces violences pour affirmer que les hommes en sont les principales victimes.
· Contester pour certains le droit à l’avortement et à la contraception, le droit au divorce.

Leur discours mêle victimisation des hommes, instrumentalisation des souffrances liées à certaines séparations, négation des violences, sous le masque d’une défense de l’égalité des sexes ou du bien-être des enfants. Leur stratégie de lobbying auprès des médias, des instances politiques ou juridiques est pernicieuse car elle n’est jamais frontale, alors qu’elle a l’objectif d’entraver la liberté des femmes qu’ils ne considèrent pas comme leurs égales.

Il y a un véritable enjeu aujourd’hui à alerter l’opinion publique, les professionnel-le-s du travail social, de la famille, de la Justice, les associations et les politiques sur les objectifs de ces groupes. Aussi, le Planning Familial entend dénoncer l’organisation de ces deux rencontres.

P.-S.

A ce propos voir http://rebellyon.info/Conference-masculiniste-a-Lyon.html, et écouter l’émission sur bruitetfureur.info

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  • Le 27 avril 2013 à 11:41, par Olivier

    N’y-a-t-il pas un risque à faire plus de publicité à ces gens-là qu’ils n’en méritent en alertant l’opinion publique ? Il me semble que la gauche a, malgré elle, participé à la montée de l’extrême-droite en répétant inlassablement à l’opinion publique : « attention, ces gens sont dangereux ! »
    L’opinion publique, c’est-à-dire des gens pas forcément bêtes et méchants, finissent souvent par se retourner contre ceux-là mêmes qui prétendent les éclairer. Je pense que les idioties des masculinistes parlent d’elles-mêmes pour une grande majorité de cette opinion publique. A trop vouloir les montrer du doigt on risque, il me semble, de les victimiser, de faire d’eux des « gens qui dérangent » et qui donc, par un raisonnement absurde, auraient sûrement raison. C’est à mon avis en bonne partie grâce à cette arnaque intellectuelle que l’extrême-droite s’est imposée politiquement et dans les pensées. (Grâce aussi bien sûr à la droitisation du reste de la classe politique et notamment du PS.)
    Je pense que la gauche devrait apprendre à faire confiance au bon sens des gens et d’arrêter de penser qu’il faut « éduquer » les masses.
    Je crois enfin que ce qui peut battre les masculinistes c’est moins de relayer leurs gesticulations que de rappeler encore et toujours les chiffres qui ne mentent pas année après années : le nombre de femmes battues, les viols envers les femmes et les enfants, la division totalement inégale des tâches ménagères, etc.
    Il me semble que hors du « milieu » militant ces gens-là sont peu connus. Certes un de ces imbéciles monte sur une grue de temps en temps mais je n’ai pas l’impression que parmi la population son discours ait eu un grand écho...

  • Le 25 avril 2013 à 23:18, par sophie

    En même temps, on leur laisse le terrain en n’encourageant pas les discours et recherches qui pourraient les contrer...

    En outre, ce qui n’est pas dit dans ce communiqué, c’est que, outre « · Contester les dis­po­si­tifs post divorce rela­tifs aux enfants et à la pen­sion ali­men­taire. · Minimiser les vio­len­ces conju­ga­les, pro­duire des chif­fres fan­tai­sis­tes sur ces vio­len­ces pour affir­mer que les hommes en sont les prin­ci­pa­les vic­ti­mes. · Contester pour cer­tains le droit à l’avor­te­ment et à la contra­cep­tion, le droit au divorce. »,

    ce soit-disant syndrôme a servi en premier lieu, et sert toujours, à discréditer la parole de mères qui, soit divorcent (ce qui est logique) lorsqu’elles apprennent de leurs enfants les actes odieux du mari-père sur eux.elles (violences sexuelles), et en plus (les vilaines) portent plainte contre eux pour ces violences sexuelles sur leurs enfants, soit divorcent, la séparation étant alors ce qui fait se sentir le/la gamin.e suffisamment en sécurité pour leur révéler les mêmes actes commis par le père-mari...la plainte pour violence sexuelle sur les enfants, portée par la mère, vient alors se greffer en plein milieu d’une procédure de divorce souvent déjà conflictuelle dans ce cas (un père maltraitant envers ses gônes a étrangement tendance, souvent mais pas forcément toujours, à être aussi auteur de violences conjugales envers son épouse...fait qui ne semble pas imaginé, à ce jour, par les acteurs du monde judiciaire).

    In fine, grâce au SAP, ces mères deviennent d’horribles harpies qui salissent leur ex dans l’unique but de l’évincer totalement de la garde des enfants...et de les priver de père.

    Des mères (et des pères) qui utilisent leurs gônes pour régler leurs comptes avec leur (ex)conjoint.e dans le cadre d’un divorce, ça peut exister, mais pas au point de justifier ce discrédit systématique, et extrêmement dangereux pour une majorité d’enfants concernés, porté ainsi sur la parole des mères lorsqu’elles tentent de les protéger d’un père violent sexuellement.

    Enfin, il faut rappeler que les divorces conflictuels sont une très petite minorité des divorces, et c’est cette minorité qui est montée en épingle par ces asso masculinistes comme si elle constituait 90% des divorces... alors que c’est plutôt l’inverse, en proportion !

    En complément sur ce sujet du SAP, on peut lire :

    - la traduction réalisée par Léo Thiers-Vidal et qui nous montre la genèse de ce concept « scientifique » : http://www.caf.fr/sites/default/files/cnaf/Documents/Dser/PSF/089/RP89-Paula%20Joan%20Caplan%28trad%20Leo%20Thiers-Vidal%29.pdf

    - le dossier du site de sysiphe : http://sisyphe.org/spip.php?rubrique82

    - mes propres travaux, au chapitre qui est consacré à l’impact de cette croyance en la malignité des mères, en France : http://sophia.perrin.free.fr/memoireM2redacrvdef.htm#_Toc289739828

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