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Balade à Lyon de la secrétaire d’état à l’Écologie : enfumage et langue de bois sur l’énorme pollution du Rhône aux PCB

7 compléments

Aprés 40 années de pollution, 20 années de langue de bois, Kosciusko-Morizet, la secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie est à Lyon ce mercredi 10 octobre pour lancer un comité de pilotage chargé d’enfumer les plus curieux et de continuer à permettre la préservation des intérêts des principaux responsables de la pollution aux PCB du Rhône.

La pollution du Rhône aux PCB [1]

Vingt ans aprés la première plainte, a lieu ce mercredi 10 octobre à Lyon, le premier comité de pilotage (COPIL) PCB-Rhône : "Cette première réunion doit permettre de partager et d’améliorer la connaissance actuelle sur le phénomène de pollution, d’informer sur les actions mis en œuvre par l’Etat et sur les projets de renforcement" dixit Kosciusko-Morizet, secrétaire d’état chargée de l’Ecologie [2].

Quelle belle propagande !

1- Les PCB qu’est-ce que c’est ?

Les PCB sont considérés comme une molécule cancérigène mutagène reprotoxique, explique le professeur Dominique Belpomme, président de l’Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac). Une partie se stocke dans les tissus graisseux et peut y rester longtemps, puis se libérer pour fabriquer un cancer. Ils expliqueraient certains cancers comme les lymphomes, des cancers du sein et de la prostate, et ont aussi des impacts sur la reproduction.

2 - Quelle pollution à Lyon ?

Pendant plus de quarante ans, des tonnes de Poly-Chloro Biphényls (PCB) ont été rejetées dans le Rhône. Le fleuve est souillé de l’Ain à la Méditerranée.

3 - Depuis quand ?

" Vieux serpent de fleuve que la pollution du Rhône aux PCB", rappelait Politis le 5 juillet 2007.

Cela fait 20 ans que la Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature a déposé une plainte contre X pour le déversement annuel de centaines de kilogrammes de PCB et que l’INRA a démontré la concentration anormalement élevée en PCB dans la chair des poissons péchés en amont de Lyon [3].

- La pollution du Rhône revient à l’ordre du jour en 2005 avec une analyse de poissons dans le Canal de Jonage, près du Parc Industriel de l’Ain. A l’origine de ces analyses : un pêcheur.

4- Les responsables

L’entreprise Tredi [4] à Saint-Vulbas et l’entreprise Arkema [5] à Saint-Auban auraient déversé l’essentiel de la pollution ; quant à la préfecture du Rhône, la Région, le gouvernement (ministères de l’environnement, de l’agriculture, etc) ils ont tous été avertis et ont préféré ne rien faire et ne rien dire [6].

5- Réactions de certains responsables

- L’entreprise Tredi à Saint-Vulbas (Ain) affirme que les quantités concernées ont "toujours" été "inférieures aux normes légales fixées"
et précise par ailleurs qu’en amont de l’usine, "le Rhône est pollué par le PCB", "Le lac Léman est connu pour en receler".

Cependant, l’entreprise n’apporte aucune preuve de ces affirmations et a décidé de ne pas participer au comité PCB-Rhône.

- Hélène Blanchard, vice-présidente (Verte) chargée du dossier à la région Rhône-Alpes demande « une étude épidémiologique sur les populations ayant consommé de grandes quantités d’aliments pollués, par exemple certaines communautés asiatiques et africaines de la région lyonnaise ».

Cela a déjà été fait, cette pollution est connue depuis environ 20/25ans [7], avec des résultats sans appel et qui n’ont pourtant rien changé à la pollution, à part augmenter sa concentration.

- Kosciusko-Morizet, secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie souhaite "approfondir les évaluations de l’impact écologique et sanitaire des différentes pollutions et mobiliser les moyens nécessaires, notamment sur le plan de la recherche, pour apporter des réponses à la hauteur de ces enjeux". « Ces risques concernent ceux qui consommeraient beaucoup de poissons. Quelqu’un qui mangerait un poisson du Rhône ne courrait aucun danger », exlique-t-elle à Libération...

C’est faux : ces risques concernent principalement la population qui boit de l’eau du Rhône tous les jours ou qui mange des produits irrigués par l’eau du Rhône tous les jours et depuis des années, c’est à dire une bonne dizaine de millions d’habitants pour la vallée du Rhône. Louer la recherche n’y changera rien.

- Xavier Richaud, procureur de la République à Lyon affirme lui, qu’ "avant 2005, nous n’avions eu aucune plainte ni remontée d’initiative d’organismes comme la DRIRE".

C’est faux : une première plainte avait été déposée par la Frapna, en 1986 et une quinzaine de plaintes sont à présent enregistrées.

La volonté du parquet d’étouffer l’affaire va plus loin : le parquet de Lyon a demandé le "dépaysement" de l’information ouverte pour « déversement de substances nuisibles dans les nappes souterraines ou superficielles », vers le pôle de santé publique rattaché au tribunal de grande instance de Marseille...

6- Conclusion

Autant dire qu’ils sont tous décidés à se taire et surtout à continuer à travailler à la préservation de leurs intérêts personnels.

Notes

[1Polychlorobiphényles (PCB), plus connus sous le nom de pyralène

[3En effet :
- A l’automne 1985, au printemps et à l’automne 1986 des campagnes de prélévement ont toutes démontré le caractère élevé de la concentration en PCBs présente dans la partie comestible des poissons du Rhône vivant juste en amont de Lyon.
- À l’automne 1986, des analyses réalisées à la demande de la Fédération Rhône-Alpes des Associations de Protection de la Nature (FRAPNA) à partir des moules d’eau douce ont permis de préciser l’origine de la pollution. Les concentrations en PCB étaient 100 fois plus élevées chez les individus capturés en aval du collecteur des effluents de la zone industrielle de la plaine de l’Ain, site sur lequel se trouve une usine de destruction des PCB.
- À la même époque, la capture de poissons par le Conseil Supérieur de la Pêche (CSP) a également démontré la présence d’une forte contamination chez les individus prélevés en aval du collecteur.
Pour les raisons précisées plus haut (exposition des zones de captage d’eau potable, consommation humaine des poissons contaminés) l’INRA a réalisé un rapport transmis en novembre 1986 à la Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale (DDASS)
du Rhône. Ce rapport a également été communiqué au Ministère de l’Environnement.
_(Monod G. et al. INRA Fév. 1990)

[4Tredi, av Charles de Gaulle 01150 SAINT VULBAS, dans la zone industrielle de la Plain de l’Ain.

[5ARKEMA S.A.
Usine de Saint Auban - 04600 Château-Arnoux-Saint-Auban

[6Les pêcheurs amateurs consommant régulièrement leurs prises ont, par exemple, été laissés dans l’ignorance.

[7Elle a été détectée à l’époque suite à un problème de santé dans la communauté asiatique. A cette époque le préfet, alerté par les services sanitaires, avait demandé une enquête
épidémiologique qui confirma que le problème de santé correspondait en fait à une ingestion de PCB contenu dans le NUOC NAM fabriqué artisanalement à partir de poissons péchés principalement dans le canal de Miribel. Source : WWF .

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  • Le 22 juillet 2011 à 14:25

    On peut apprécier, avec le recul des années, la portée de l’action de la secrétaire d’Etat à l’environnement, Kosciusko-Morizet, venue à Lyon fin 2007 :

    - En juin 2009, la préfecture du Rhône a annoncé la levée partielle des interdictions de consommation de certaines espèces de poissons du Rhône et de la Saône. Les silures, les tanches, les carpes, les anguilles, les barbeaux, brèmes et brochets restent interdites à la consommation.

    Les associations FNE et Frapna s’insurgent contre ces réouvertures "scientifiquement contestables" et dont les décisions ont été prises de façon "unilatérale et sans consultation". Selon elles, ce sont les pressions des fédérations de pêche qui ont aboutit à ces levée partielles d’interdiction, au détriment d’une étude sanitaire fiable.

    Cette réouverture partielle de la pêche laisse sceptique, les poissons pouvant se déplacer dans les zones interdites : même à faible dose, le PCB a des effets de perturbateur endocrinien.

    - L’association Robin des Bois a publié récemment un atlas des sites contaminés au PCB.

    Cet atlas permet de prendre la mesure de l’irresponsabilité de Kosciusko-Morizet : il existe encore en 2011, 437 sites d’où se diffuse la pollution au PCB (24 anciens sites de production, 42 sites de regroupement, de maintenance et d’élimination, 297 sols et remblais pollués et 74 récupérations non autorisées de cuivre dans des transformateurs ayant entraîné des rejets).

    Kosciusko-Morizet dégage !

  • Le 14 octobre 2007 à 12:05

    toujours pas d’infos sur l’eau potable . Faudrat’il attendre 20 ans avant de s’apercevoir que l’eau potable est polluée ,ou alors comme le nuage de tchernobyl la pollution s’arrête à la frontière ? richard

  • Le 12 octobre 2007 à 17:02, par Coco

    Merci. Corrigé.

  • Le 12 octobre 2007 à 16:51, par gigi

    merci pour cet article.
    Je tenais a vous faire parvenir les conséquences des PCB sur la santé de l’homme, selon un rapport du ministère de l’écologie :

    " Quels enjeux pour l’homme et l’animal ?

    Très solubles dans les graisses, ces substances s’accumulent dans les tissus graisseux tout au long de la chaîne alimentaire. L’homme se contamine par l’ingestion d’animaux ou de produits d’origine animale, notamment le lait, les œufs et les poissons, contaminés par le PCB.

    « Il est à noter que la toxicité aiguë des PCB est faible pour l’homme : une exposition accidentelle de courte durée aux PCB n’a pas de conséquence grave. Une exposition aiguë à forte dose est associée à des irritations de la peau (chloracné). Plus rarement, ont été observés des infections hépatiques, neurologiques, des bronchites chroniques, des maux de tête, des vertiges, des dépressions, des troubles
    de la mémoire et du sommeil, de la nervosité et de la fatigue, et de l’impuissance. Ces troubles sont, pour certains, réversibles.

    S’agissant des effets chroniques (exposition sur le moyen et le long terme), les PCB présentent divers effets néfastes chez l’animal, notamment toxicité pour la reproduction, immunotoxicité et cancérogénicité. Ils ont été classés en tant que substances probablement cancérogènes pour l’homme.
    Les effets sur les hormones thyroïdiennes et les conséquences possibles sur le développement du cerveau sont l’objet de discussions à l’heure actuelle.
    Outre ces possibles effets cancérogènes, les effets chroniques des PCB sont des dommages du foie, des effets sur la reproduction et la croissance. » ".

  • Le 12 octobre 2007 à 11:48, par PéKa

    Bonjour à tous,

    Un site qui aborde beaucoup des sujets liés à l’eau, le lien ci-dessous pointe l’article concernant la pollution du Rhône par les PCB, mais je vous invite à lire les autres articles :

    http://www.eauxglacees.com/Pollution-du-Rhone-la-video-qui

    Personnellement j’ai arrêté il y a plus d’un an l’achat d’eau minérale en bouteille pour des considérations écologiques, et je suis maintenant bien perplexe sur la qualité de l’eau de mon robinet situé à Lyon.

    Merci pour les infos lues sur ce site.

    PéKa

  • Le 12 octobre 2007 à 08:51, par Judi

    Bonjour ; je suis chimiste et je voulais juste signaler une herreur :
    "Les PCB sont considérés comme une molécule Cancérigène Mutagène Reproductible"
    Les produits dit CMR : le R signifie reprotoxique et non reproductible.
    Cancérigène : peut provoquer le cancer.
    Mutagène : peut provoquer des altérations génétiques héréditaire (sur toute la déscendance !! malformation, trisomie par exemple).
    Reprotoxique : Alteration de la fertilité, risque pour le bébé pendant la grossesse.

    Voilà, continuer à faire ce que vous faites ; vos articles sont toujours très intéressant !
    Ciao !
    Judi

  • Le 11 octobre 2007 à 22:48, par Yopi

    Si certains ont encore des doutes, des films sont disponibles pour mesurer le cynisme actuel des responsables. En voilà un ici et d’autres sont disponibles au même endroit.

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