Compte-rendu du procès de militants d’extrême-droite du 5 septembre

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Compte-rendu du procès par des militant-e-s de la Jeune Garde Lyon et de la Coordination des Groupes Anarchistes qui a vu condamné 5 militants d’extrême-droite le 5 septembre 2018.

Compte-rendu du procès de militants d’extrême-droite du mercredi 5 septembre.

Notes prise par des militant-e-s de la Jeune Garde et de la Coordination des Groupes Anarchistes.

Nous étions une quarantaine (bien moins que sur des procès précédents où le soutien pouvant aller à plusieurs centaines de personnes) à être en soutien tout le long de la journée des 5 camarades agressés le 14 février 2014 par une dizaine de fascistes.

Par rapport à la plainte et au procès, il était tout à fait normal - et quelque soit notre opinion sur la justice - d’être en soutien de personnes (mineures pour la plupart à l’époque des faits) dont le choix avait été de porter devant le tribunal leur grave agression.

Il n’était pas question non plus de croire à une condamnation exemplaire ou la prise en compte du caractère politique de l’agression : cela avait été rapporté dans de précédentes affaires et ce fut de nouveau le cas le 5 septembre… Le délit d’agression fasciste n’existe pas pénalement alors que beaucoup d’agressions sur Lyon ont ce motif bien précis : les personnes prises pour cibles par les militants fascistes et néo-nazis le sont soit de par leur couleur de peau soit pour leur appartenance politique.

Par rapport à la qualification des faits retenue, elle était bien faible par rapport à la gravité de l’agression puisqu’à quelques centimètres près, cela aurait été devant la cour d’Assises que ce serait tenu le procès. Seule l’agression en réunion avec armes a été retenue et pas la tentative d’homicide pourtant clairement assumée le soir de l’agression par le fasciste ayant porté les coups de couteaux.

Ce procès avait un caractère particulier puisque la veille avait démarré le procès des meurtriers de Clément Méric avec la même crainte à Lyon qu’à Paris : la longue instruction (+ de 4 ans) permettra sûrement de faire croire à un changement chez les agresseurs et une stratégie claire pour la défense… essayer de faire passer les agresseurs pour des victimes, les victimes pour les agresseurs et de totalement dépolitiser le débat.

Après avoir montré les photos extraites des caméras de vidéosurveillance à ses assesseurs, la juge appela les 5 prévenus à la barre : Olivier Nils Marin-Laflèche (28 ans) et Raphael Tortet (29 ans) jugés pour violences en réunion avec arme ; Julien CappaiI (26 ans), Paul Jacques Edouard Tettelin (23 ans) et Guillaume Thierry Paris (29 ans) jugés pour violences en réunion.
Un 6e individu, Ethan Sullivan Lanternier (22 ans) avait jugé par le tribunal pour mineurs.
Tout ce groupe (à part Raphaël Tortet) avait été interpellé le 20 février 2014 une semaine après les faits.
Raphaël Tortet fut interpellé plus tard après reconnaissance sur les bandes vidéo.

Et là pas de surprise quand la parole leur a été donnée : nous étions plus ou moins proche de groupuscules d’extrême-droite (alors que la plupart sont fichés) ; nous ne nous connaissons pas vraiment ; nous sommes aujourd’hui des jeunes gens rangés n’ayant plus de contact entre nous et n’étant plus militant…
Seul Olivier Marin-Lafleche, l’auteur des coups de couteaux, connu comme cadre de Génération Identitaire Lyon, ne cache pas son idéologie.
Il aurait été intéressant pour les juges et avocats de la défense de voir les soutiens des agresseurs en dehors de la salle et notamment ceux de Raphaël Tortet : hooligans racistes du virage sud, membres du (feu ?) Parti National Français et notamment Jérôme Burnichon, grand spécialiste du salut nazi et de la Totenkopf ; et identitaires venus soutenir Marin-Lafleche.
En tout cas, tout ce « beau » monde faisait la bise aux prévenus…

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Parmi les soutien des fascistes au procès, le 1er et 3e en bas en partant de la gauche

Quelle était donc la défense des agresseurs fascistes ?

Comme dans beaucoup d’affaires impliquant des militants d’extrême-droite, c’est la foire à la délation et la balance des noms des autres prévenus est fréquente lors de la garde à vue !

Julien Cappai dont le père est un ancien militaire (sic) et dont la perquisition de son domicile a permis de trouver des pistolets à bille, une matraque télescopique, un poing américain ; n’a pas nié avoir été sur les lieux et avoir donné des coups mais n’a pas suivi le groupe jusqu’à la Passerelle. C’est a priori celui qui a reconnu le plus vite les faits : en même temps, dire qu’il a suivi 2 personnes d’extrême-droite alors qu’il buvait un coup dans un bar « alors qu’il ne les connaissait pas plus que ça » ne faisait pas vraiment sérieux !
Mais comme les autres, il ne connaît pas Marin-Laflèche ou de nom, ne veut pas donner le nom des autres car ne veut pas les mettre dans une mauvaise situation et craint les représailles ! Il ne connaît pas plus que ça les autres du groupe mais les suis sans souci alors qu’il est clair que les camarades ont été pris en chasse !
Il travaille aujourd’hui dans l’évènementiel (mariage) en tant qu’autoentrepreneur.
Il n’avait rien sur son casier et était fiché (hooliganisme – merci le stade !).

Guillaume Paris qui était donc au bar avec Julien Cappai, dit ne pas avoir participé à l’agression et a menti sur une 1re déposition sur un horaire. Il change de version devant le juge mais nie les faits qui lui sont reprochés. Mis en cause par Ethan Lanternier lors de sa déposition (connaissance du stade…) tout comme Julien Cappai et Olivier Marin-Lafleche. Reconnu sur les vidéos en train de donner des coups.
Il travaille dans l’hôtellerie (a travaillé longtemps au Mercure Lyon château à Perrache).
Il n’avait rien sur son casier et était fiché (hooliganisme – merci le stade !).

Paul Tettelin était lui avec le « mineur » Ethan Lanternier ; ce sont eux qui ont alertés leurs « copains » dans les bars alentours. Il reconnaît les faits de violence sur la 1re charge mais pas le reste. Participé à l’ensemble de l’agression jusqu’au 2e coup de couteau donné proche de la passerelle des 24 colonnes et a entendu « je les ai plantés » crié par Marin-Laflèche.
Dit ne connaître que le mineur et un Olivier surnommé Mavlick et change de version sur ce qu’il a entendu devant le juge car subit des « pressions policières » et ne dit plus avoir reconnu Marin-Lafleche.
Son avocate essaie de faire croire à une provocation des camarades mais même lui ne la suit pas sur cette piste !
Il travaille dans une boîte de transport TEPMARE.
Il est récidive légale car déjà condamné pour violences sur agents lors d’une manifestation homophobe « manif pour tous » (2 mois avec sursis).

Raphaël Tortet a lui été reconnu par les flics sur les images de vidéosurveillance et est interpellé plus tard. Se trouvait bien sur le quartier (après avoir affirmé le contraire), « vu une connaissance qui paraissait inquiet » et l’a suivi. Dit avoir été tout le temps en arrière du groupe, avoir donné des coups mais n’avoir pas participé à l’ensemble de la charge, nie avoir vu le couteau. Sur les photos, il apparaît souvent au côté de Marin-Laflèche et donc devant et a forcément vu le couteau. Nie bien connaître les autres prévenus (sic).
Pas de casier.

Enfin, Olivier Marin-Lafleche, lui nie tout depuis son arrestation : était chez lui pendant les faits, est sorti plus tard aux Terreaux… Mis en cause par Ethan Lanternier et reconnu par les flics sur les images. Il est reconnu notamment par le pull MERC qu’il porte (il nie en posséder un) le soir de l’agression (apparaît avec le même pull sur une manifestation).
Mais c’est son téléphone qui va le trahir (même s’il va continuer à nier) : par rapport aux bornes déclenchées et aux texto et appels reçus et émis aux autres prévenus (alors qu’ils ne se connaissent pas !)
Son portable sera « borné » 2 fois dans le quartier Saint-Jean avant 20h, puis dans le 1er à 20h11. A 20h16, il borne rue de la bombarde et à 20h30 dans le 2e arrondissement au niveau de la passerelle empruntée par les camarades après les 2 coups de couteaux.
A 20h50, il échange un premier texto avec Ethan Lanternier rue Juiverie puis à 23h avec Julien Cappai et encore 2 autres vers 23h40. Idem avec Raphaël Tortet et Paul Tetelin.
A part ça, ils ne se connaissent pas entre eux !
Il est à souligner que les « enquêteurs » ont mis plus d’un an à demander les saisies téléphoniques des prévenus : et donc, il n’était plus possible d’avoir accès au contenu des textos ! Sinon, leur défense aurait déjà explosé en vol car on imagine bien la teneur des propos sur l’agression et les pressions de Marin –Laflèche sur les autres prévenus.
Olivier Marin-Laflèche est chef d’équipe dans le bâtiment.
Pas de casier mais n’a pas respecté complètement son contrôle judiciaire.

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Olivier Marin-Laflèche à l’Agogé (salle de boxe fasciste) - 3e en partant de la droite
Olivier Marin-Laflèche à l’Agogé (salle de boxe fasciste) - 3e en partant de la droite

Après la plaidoirie de l’avocat des parties civiles, les avocats de la défense (chacun le sien – vive la solidarité !) ont cherché à tirer d’affaires leurs clients respectifs et essayer d’inverser le rôle agresseurs-victimes… et bien évidemment de ne pas faire le lien politique de l’agression tout en cherchant à politiser les victimes ! Ou même de faire croire qu’il « fallait bien que jeunesse se fasse »…
Les réquisitions de la procureure était assez hallucinante vu la gravité des faits et les condamnations du tribunal un peu plus importante pour certains.
En tout cas, les 5 prévenus sont déclarés coupables (moindre reconnaissance pour les victimes) :

-  Julien Cappai : réquisition 12 mois dont 3 avec sursis et condamné à 12 mois avec sursis et 400€ d’amende.
-  Guillaume Paris : réquisition 12 mois dont 3 avec sursis et condamné à
12 mois avec sursis et 400€ d’amende

-  Paul Tetelin : réquisition 12 mois ferme et condamné à 6 mois ferme et 400€ d’amende
-  Tortet Raphaël : réquisition 15 mois dont 9 avec sursis et condamné à 18 mois dont 9 avec sursis
-  Olivier Marin Laflèche : réquisition 18 mois dont 6 avec sursis et condamné à 24 mois ferme

Les dommages et intérêts pour les victimes seront donnés le 8 novembre prochain.
Les peines fermes sont aménageables même pour Marin-Lafleche l’auteur des coups de couteaux...
A suivre s’ils font appel (10 jours pour le faire) et ce que dira le juge d’application des peines.

Comme d’habitude dans ce genre de procès, les fachos locaux toutes tendances confondues sont venues se montrer au tribunal (une vingtaine), provoquer et repartis sans créer les soucis voulus.
On les connaît beaucoup moins téméraires lorsqu’ils sont en petit groupe.

En tout cas, ce que l’on peut retenir de ce procès est la condamnation d’un cadre identitaire lyonnais investi depuis plusieurs années à la Traboule et à l’Agogé, la salle de boxe fasciste.
Ces deux locaux sont toujours ouverts et continuent de propager leur haine de l’autre sans aucunes réactions des autorités !
Nous continuerons à lutter contre ces groupuscules, leurs locaux et seront présent-e-s pour lutter aux côtés des victimes de violence de l’extrême-droite !

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Olivier Marin-Laflèche en « voyage » en Serbie pour un jumelage avec un autre club de boxe fasciste

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  • Le 16 septembre à 10:46, par Ceci étant, l’incarcération ce n’est jamais une victoire.

    chouette, un texte qui se réjouis de la non fermeté de cette justice laxiste...
    Je trouve un peu inquiétant qu’une organisation se réclamant de l’anarchisme, se plaigne à demi mot du manque de fermeté de la justice républicaine. Pour citer quelque extraits :

    « Et là pas de surprise quand la parole leur a été donnée : nous étions plus ou moins proche de groupuscules d’extrême-droite (alors que la plupart sont fichés) »
    « Pas de casier mais n’a pas respecté complètement son contrôle judiciaire. »
    « Les réquisitions de la procureure était assez hallucinante vu la gravité des faits et les condamnations du tribunal un peu plus importante pour certains. »
    « Les peines fermes sont aménageables même pour Marin-Lafleche l’auteur des coups de couteaux... »

    Je trouve sa quand même un peu délicats de crié à la persécution judiciaire et crié au scandale quand il s’agit de camarade, mais de faire les caliméros quand la justice n’est pas jugée assez sévère avec nos ennemis politique.
    Il y aurait pu avoir un peu plus de recul, est montré justement la différence de traitement par la justice entre nos camarades et ceux de l’extrême droite. Mais souligné le laxisme, et surtout se plaindre de l’existence de peine aménageable, faire pleinement confiance dans les fichiers de police, c’est vraiment pas très classe, et sa fait un peu classe de maternelle.

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