J’irai cracher sur vos urnes

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Note de la modère : cet article a été compliqué à modérer, étant donné qu’il appelle au final à se rendre aux élections, mais il le fait à partir d’une perspective très critique de ces élections et de la démocratie, une perspective de lutte et anti-autoritaire. Il nous a semblé qu’il rentrait dès lors dans les critères de publication de Rebellyon, ouverte à tous les articles locaux ou écrits localement s’inscrivant dans cette perspective. Même si on est plus habitué à y lire des articles de critique du vote tel qu’il nous est imposé, cela reste une manière de plus de penser les élections à partir de ce que nous vivons et ce pour quoi nous luttons, au milieu d’autres textes sur la question, notamment Abstention, cet hygiénisme citoyen dénigré et ignoré dans le système démocratique représentatif, « La Grève des électeurs » est publié le 28 novembre 1888 .

On n’est pas « en démocratie », on est même loin et l’élection qui prétendument fait « la démocratie » à elle seule n’est en rien démocratique. Pourtant nous irons voter. Dans un premier temps.

Prélude

1. En France, le nombre de pauvres  [1] augmente lentement mais sûrement depuis 2002. En 2012, selon la Fondation Abbé Pierre, 3,6 millions de personnes ne sont pas ou mal logées. Parmi elles, 685 000 personnes sans domicile personnel, dont 113 000 personnes sans aucun abri et 411 000 personnes hébergées chez des tiers « dans des conditions de logement très difficiles ». La dernière enquête de l’Insee sur le logement (2006) révèle que 2,2 millions de logements étaient insuffisamment isolés ou chauffés. [2]. En 2008, un homme de 35 ans, cadre supérieur, avait une espérance de vie de 82 ans ; un ouvrier du même âge, une espérance de 76 ans (soit 6 ans de moins) ; et un inactif du même âge, une espérance de 65 ans (soit 17 ans de moins). On continue ? Les pauvres [3] sont 30 % dans les « zones urbaines sensibles », contre 8% en moyenne en France métropolitaine. On trouve dans ces « ZUS » 17% de chômeurs, et 42 % chez les jeunes de 15 à 24 ans [4]. « Combien de gens connaissent déjà leur avenir – Travailler dur pour à peine gagner de quoi survivre – Pour que l’esprit s’apaise, il est nourri de liberté fictive – Nous voilà esclaves sans chaînes – Mais ils sont bien loin les champs de coton – Aujourd’hui sans contraintes, on trime dans les champs de béton » [5].

2. Mais ce chant ne doit pas être audible, la révolte doit être étouffée et les manifestations de colère, discréditées. Aussi, les habitants de la cité ne sont-ils pas des pauvres, mais des délinquants : « 47 % des pères de détenus sont ouvriers, 16 % sont artisans ou commerçants. Les mères sont ouvrières ou employées, le plus souvent « femmes de ménage » ou employées dans les services directs aux particuliers (hôtellerie, coiffure). Plus de la moitié (54 % ) des mères sont inactives » [6] Enfin, la fabrication de boucs émissaires ayant été érigée en priorité nationale, notre gouvernement se targue d’avoir expulsé, en 2011, 32 922 personnes qui avaient fait le choix de venir vivre en France ou simplement d’y passer. Il « vise un objectif de 35 000 expulsions en 2012 » [7].

L’oligarchie est au pouvoir.

3. La démocratie, ça n’existe pas plus que le bonheur universel. C’est une idée, l’idée de l’exercice du pouvoir par le peuple, c’est à dire par nous, par tous, par chacun : sans distinction. C’est donc l’égalité de tous dans l’exercice du pouvoir. Il existe des systèmes d’organisation plus ou moins démocratiques, on peut tendre vers un système plus démocratique, mais on n’est pas et ne sera jamais « en démocratie », pas plus qu’« en égalité ».

4. On en est même loin, et c’est de plus en plus éclatant. En Europe, des bras armés de la phynance [8] exercent directement le pouvoir. Les chefs des gouvernements grec et italien nommés à la fin de l’année dernière sont deux anciens banquiers centraux, membres tout à fait officiels de la Trilatérale. Monti l’Italien a également participé aux dernières réunions du groupe Bilderberg [9] . Les signes d’un pouvoir enlevé des mains des peuples sont du reste nombreux.

5. En France, une très grande part de la classe politique mijote avec la phynance dans la même marmite. Le chef du parti majoritaire, Jean-François Copé, est membre de la Trilatérale. Serge Dassault, sénateur UMP, patron du journal de propagande du parti, le Figaro, est milliardaire, grand industriel et fabricant de bombes en tous genres. La liste est longue à l’UMP de dîners du Fouquet’s quotidiens. Au Royaume du PS, on ne fait guère mieux. Le directeur de campagne de Hollande, Pierre Moscovici, est vice-président du Cercle de l’industrie, un autre « cercle », créé par Strauss Kahn, qui rassemble « les Présidents de grandes entreprises intervenant dans tous les secteurs industriels ainsi que des hommes politiques », comme il se définit lui-même. Plusieurs ex-conseillers de Michel Sapin (alors qu’il était ministre des finances puis de la fonction publique), actuellement responsable du projet présidentiel du parti, distilleront de bonnes idées : ils sont aujourd’hui salariés de banques ou d’assurances [10]. Le PS est également représenté à la Trilatérale en la personne de Madame Guigou [11].


6. Mais nous dit-on parfois, ces liens existent parce qu’ils sont inévitables : comment gouverner sans lien avec les grands patrons ?
Nous considérons pour notre part ces faits comme des données objectives, qui éclairent vivement la question démocratique dans notre époque : voici deux classes, phynancière et politique qui, main dans la main et assistées de la classe médiatique [12], forment notre classe dirigeante. Un gouvernement de peu nombreux : une oligarchie.

7. Pour finir, le vote lui même est mis à mal. Alors qu’une réglementation toujours plus abondante nous vient de l’Union européenne, cette dernière demeure largement hors du champ démocratique. Seul le Parlement européen est élu par le peuple, et il n’a que très peu de pouvoir : le véritable législateur, c’est la Commission européenne et le Conseil des ministres qui sont hors du contrôle populaire. Et l’oligarchie se passe du vote quand bon lui semble. Ainsi, nous avons constaté que si le résultat d’un référendum ne plaît pas au pouvoir, celui-ci n’hésite pas à passer outre et à décider du contraire, comme dans le célèbre cas du Traité de Lisbonne en France et aux Pays-Bas.

L’élection, ça n’est pas « la démocratie ».

8. Aujourd’hui, nous voici sommés de choisir, tel le consommateur en supermarché choisissant un shampoing, le candidat qui nous plaira le plus [13]. Écoutons Gaudin, maire de Marseille, qui s’adresse à l’un de ses administrés : « c’est moi qui décide c’est pas vous (...). Les Marseillais ont élu un maire quand ils en ont auront un autre celui là décidera. Pour l’instant c’est moi qui décide j’ai pas besoin que vous me remerciez... » [14]. Ou Raffarin, dans une version courte : « c’est pas la rue qui gouverne » [15]. Nos dirigeants nous assènent cette idée qui finit par devenir une évidence : « la démocratie », c’est l’élection et ce n’est que l’élection. Or l’élection, c’est la représentation, et c’est la majorité. Déconstruisons.

9. La logique de représentation est par essence oligarchique. Nous abandonnons par l’élection notre pouvoir à des personnes peu nombreuses, qui le gardent longtemps (les mandats sont longs et ils sont souvent renouvelés ou passent de main en main). Élections ? Pièges à cons ! Ce n’est pas Mai 1968 qui le dit, c’est Rousseau, dès 1762, prenant pour exemple le système anglais d’alors : « le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement : sitôt qu’ils sont élus, il n’est rien » [16]. Et entre les temps d’élections, les représentants s’en vont faire leur vie et, en bons humains qu’ils sont, poursuivre leurs propres intérêts qui ne sont pas nécessairement les nôtres. La représentation n’est pas le signe de la démocratie. Rancière relève qu’elle existait à l’époque monarchique [17] : jusqu’en 1789, c’est le roi qui convoquait aux états généraux les « représentants » du peuple (ils ne le représentaient guère moins qu’aujourd’hui [18]). Aujourd’hui en pratique, on vote contre et non pas pour un candidat : on choisit le moins pire. Seule la conséquence du vote contre est effective : c’est l’élimination. La conséquence du vote pour est totalement incertaine : les promesses et les programmes ne valent que le temps de la campagne, et nous l’avons vu, la phynance est aux manettes et la classe dirigeante poursuit ses propres intérêts. On vote donc pour des personnes sans trop savoir ce qu’elles feront et en sachant qu’on n’y pourra rien : l’élection, c’est une décision sans objet [19]. De façon régulière, l’oligarchie nous demande notre consentement et on le lui donne : voilà ce qu’est la représentation [20].

10. Il faut ensuite en finir avec la majorité et son « despotisme » [21]. D’abord, rappelons que la « majorité » est toute relative : lors des dernières présidentielles, Sarkozy a été élu avec 19 millions de suffrages sur 44,5 millions d’inscrits (soit 42,7 % des voix), l’abstention et les votes « blancs » ou « nuls » lui donnant la « majorité ». Ensuite, relevons quelques faits. En novembre 1922, Mussolini obtient un vote de confiance du parlement italien avec une large majorité. En janvier 1933, Hitler est nommé chancelier et deux mois plus tard, son parti obtient la majorité au parlement après une élection au suffrage universel. Était-ce encore « la démocratie » ? Continuons : en juillet 1940, une majorité de 88 % des députés et sénateurs réunis votent les pleins pouvoirs à Pétain par voie de réforme constitutionnelle. Les résistants ne sont qu’une minorité agissante, en dehors de la légalité d’alors. Ils sont pourtant salués aujourd’hui de façon unanime.

11. Apparaît au grand jour l’absurde idée selon laquelle une bonne politique va jaillir d’une majorité. La légitimité de celle-ci est morte, et que ceux qui la raniment au son de « c’est le pire système à l’exception de tous les autres » [22] nous permettent de penser que des « moins pires » encore sont possibles et qu’il nous revient de les inventer.

12. Qu’on ne nous prenne donc pas pour des défenseurs du système représentatif. Mais :

Nous irons cracher sur vos urnes,

13. Ce qui signifie tout de même que nous ferons le déplacement jusqu’au bureau de vote. D’une part, nous estimons qu’il est grand temps de porter la contradiction aux à-quoi-bonistes des lendemains qui chantent, ceux qui pensent que de l’inaction d’aujourd’hui naîtra la révolution de demain ou que laisser pourrir la situation finira par faire naître la révolte. Un peuple exsangue et sans idée est un peuple qui crève, et c’est tout. En grossissant le trait, le Moyen-âge, qui s’est encore prolongé jusqu’à la révolution de 1789, est un millénaire et quelques siècles entiers durant lesquels le peuple occidental a courbé l’échine sans élever le ton.

14. Si l’ère sarkozyste que nous venons de traverser a eu une vertu, c’est bien celle de nous enseigner que la régression imposée à tout un peuple ne fait pas venir par magie l’insurrection attendue. C’est même le contraire. L’entreprise de casse des acquis sociaux et des libertés a épuisé et épuise encore sans relâche des bataillons de personnes qui militent pour toutes sortes de causes. Elle nous laisse sans force et sans voix. Quant aux forces : la vague de lutte contre la réforme des retraites s’est brisée sur le roc d’un gouvernement décidé à mettre en œuvre sa politique à tout prix ; la répétition accélérée de lois pénales toujours plus dures et plus scélérates ne nous laisse même plus le temps de les commenter ; la persistance des préfets à expulser des « étrangers » avec toujours plus d’inhumanité nous habitue à cet intolérable. Quant aux voix, nous sommes réduits à penser sur la défensive. Nous nous contentons de demander le retour aux 35 heures, le retour (au mieux) à la retraite à 60 ans, l’abolition des peines planchers ou de la sinistre « rétention de sûreté ». Nous nous contentons de réagir (et encore, pas toujours) selon le tempo des réformes annoncées ou mises en œuvre par le pouvoir : le débat public lui-même résonne de notre défaite.

15. Bien sûr que de la seule élection ne viendra pas le salut. Mais de l’abstention, non plus. Nous considérons que tous ceux qui professent que de l’abstention de plus en plus massive naîtra le changement sont des flemmards. Ils sont en outre mal informés : l’abstention massive est contemporaine de l’élection et elle ne l’a jamais terrassée. La Convention de 1792 fut élue au suffrage universel masculin [23] mais déjà, seul un dixième de la population prit part au vote [24]. Aujourd’hui nous avons l’élection, exactement comme nous avons (pour certains) notre emploi : nous n’aimons pas ça mais nous y œuvrons. Il n’y a pas de caution apportée par les votants au système électoral. Il n’y a pas plus de symbolique ou de sens à voter qu’à ne pas voter. Le votant et l’abstentionniste seront chacun tirés dans les camps respectifs de ceux qui aiment le vote et de ceux qui ne l’aiment pas et qui les feront chacun parler à leur guise. En réalité l’opération de vote ne parle pas plus loin que le contenu du bulletin déposé. Ce qui parle en revanche, c’est tout ce que nous pensons, nous disons et nous faisons, à côté du vote.

16. D’autre part, il faut penser stratégie et s’inscrire dans le temps : il faut ne pas aimer le vote (s’en méfier et vouloir le combattre à long terme), et pourtant savoir s’en saisir dans l’instant car il existe dans le réel. Ce sont les grèves de 1936 qui ont gagné les congés payés et la réduction du temps de travail. Mais elles ne l’ont pu que parce que le Front populaire était au pouvoir. Le choix de ceux qui gouvernent demain n’est donc pas indifférent. Nous voulons mettre au pouvoir ceux à qui nous saurons le mieux résister [25]. La reconduite de l’actuel président et de l’actuel gouvernement, ce serait pour nous et pour beaucoup d’autres amis, partir au travail déjà épuisés. Nous pouvons éviter une telle situation. Nous pouvons créer un contexte qui nous redonne souffle et créativité dans le combat. Nous irons donc voter.

17. Nous irons même joyeux. Nous l’avons dit : aux élections, et plus encore aux élections présidentielles, on vote contre. Et concrètement, voter contre Sarkozy, ce n’est pas minimaliste, dérisoire ou désespéré. C’est le commencement d’une nouvelle ère. Avant de mettre du désodorisant, il faut d’abord tirer la chasse : c’est parce que nous voulons construire que nous allons mettre une belle ardeur à évacuer les gravats. Nous ne nous abstiendrons pas ni ne voterons blanc pour « faire passer un message ». Et nous précisons : exactement comme la participation au vote n’apporte au vote aucune légitimité, le vote pour un candidat ne légitime pas le candidat. Avec les bulletins glissés dans l’urne, nous ne voterons pour personne au sens où nous n’apporterons caution à personne, ni au premier, ni au second tour, ni aux législatives. Pour la bonne et simple raison qu’aucun candidat ne trouve grâce à nos yeux car nous ne voulons pas d’un chef. Nous cracherons donc nos bulletins. Dans un premier temps aux présidentielles, nous voterons contre, et fermement. Les lois s’écrivent encore au Parlement, alors aux législatives, dans un deuxième temps, nous voterons contre encore, contre l’UMP, et contre le PS si nous pouvons.

Et demain...

18. Appelé par des généraux putschistes en Algérie puis par le président de la République d’alors, De Gaulle forme un gouvernement en mai 1958 puis rédige un projet de constitution sur mesure qui sera adopté presque sans modification. Ce projet est écrit par un « petit nombre de personnalités » comme cela avait été le cas « pour les constitutions « autoritaires » » [26]. Au sens d’un changement à la racine du mode d’exercice du pouvoir, la dernière révolution française a donc eu lieu hier. Et il est temps de déborder ce cadre récent mais archaïque. La Constitution de 1793 proclamait que « la résistance à l’oppression est la conséquence des autres Droits de l’Homme », précisant pour les mal-comprenants que « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». Cette constitution-là n’est jamais entrée en vigueur, mais nous savons qu’il ne tient qu’à nous de la faire vivre.

19. Nous affirmons que le pouvoir appartient de plein droit au peuple et ce, en permanence ; qu’il en est aujourd’hui dessaisi ; et qu’il doit s’en emparer et apprendre à l’exercer. Pour ce qui nous concerne, nous avons décidé de ne plus obéir à l’injonction de nous taire entre les élections. C’est d’ailleurs ce qui nous permet de voter pour le moins pire : ce n’est pas un blanc-seing que nous lui offrons, mais bien plutôt la promesse d’incessantes confrontations avec nous.

20. En France c’est demain, après les législatives, que le véritable travail va commencer : nous nous y préparons.

Comité visible, avril 2012.
(Pour tout contact : comitevisible(chez)riseup.net)

Notes

[1Les « pauvres », ce sont ceux qui ont un revenu mensuel inférieur à 50 % ou 60 % du revenu médian (selon les définitions). Le revenu médian : la moitié de la population touche moins et l’autre plus (il était de 1590 € en 2009 pour un individu). En 2009, 4,5 millions de personnes vivaient avec moins de 795 € par mois, soit 761 000 personnes de plus qu’en 2002. (www.inegalites.fr, sur la base de chiffres de l’Insee. Les autres données statistiques proviennent de la même source).

[2Le prix moyen des loyers du secteur privé a augmenté de 47 % entre 2000 et 2010 Contre 19 % d’augmentation pour les prix à la consommation (rapport 2012 de la Fondation Abbé Pierre).

[3Ayant un revenu de 60% du revenu médian pour cette statistique, qui concerne l’année 2008.

[4Contre 8% de chômeurs (tous âges confondus) dans les autres quartiers des villes comprenant une « ZUS », en 2008.

[5IAM, « Libère mon imagination », L’école du micro d’argent, 1997.

[6Francine Cassan et Laurent Toulemonde, « L’histoire familiale des hommes détenus », Insee première, avril 2000.

[7AFP, 10 janvier 2012.

[8« De tous côtés on ne voit que des maisons brûlées et des gens pliant sous le poids de nos phynances » (Jarry, Ubu Roi,1895). « Quelle est la puissance despotique d’aujourd’hui qui soumet absolument le corps social et le laisse exsangue d’avoir capté la substance de son effort ? (…) le système bancaire-actionnaire qui, lui, conserve unilatéralement le produit intégral de ses captations ». F. Lordon sur son blog : La pompe à phynance.

[9Voir le site de ces deux cercles, où se retrouvent acteurs et défenseurs de la phynance pour papoter sur le sort du monde : des sortes de Davos plus discrets. La Trilatérale a été créée en 1973 à l’initiative de gouvernants et de phynanciers du Japon, d’Europe et des États-Unis. Le groupe Bilderberg réunit une fois par an depuis 1952 le même genre de personnages étasuniens et européens. Sur ces cercles, lire H. Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Seuil, 2011, p. 36 s. notamment. Lire aussi : Marc Roche, « Goldman Sachs, le trait d’union entre Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos », Le Monde, 14 novembre 2011.

[10Thierry Aulagnon est membre du comité de direction de la Société générale, Éric Lombard est PDG de BNP Paribas Cardif et directeur du Groupement français des Bancassureurs et Godefroy Beauvallet est directeur du Fonds Axa pour la Recherche (http://www.jolimai.org/?p=193).

[11Ne laissons pas de côté les « ni-ni » du Centre : l’un des principaux conseillers économiques de Bayrou, par ailleurs ancien vice-président du Modem, n’est autre que Jean Peyrelevade, ancien président de Suez puis du Crédit lyonnais (notamment), actuellement président de la banque Leonardo and Co. Quant à Jean-Louis Bourlanges, ancien soutien de Bayrou ensuite rallié à Sarkozy, ancien député européen, magistrat à la Cour des comptes, il émarge à la Trilatérale. Le cas du parti qui s’élève, comme chacun sait, contre l’establishment est plus obscur car les soutiens phynanciers sont plus discrets. Il faut remonter à la campagne de 1988 pour relever de nombreux soutiens de la noblesse (S. Garde, « Le Pen, faux ennemi de l’establishment », L’Humanité, 29 avril 2002). La famille Le Pen (car le FN est avant tout un clan aux mains de papa) est certes plus proche de la PME que de la multinationale mais, logée dans un château, elle a bel et bien quitté les origines ouvrières du grand-père (un pêcheur mort en mer – « Les dégâts de la Marine », Les dossiers du Canard enchaîné, n°120, 2011).

[12Les nouveaux chiens de garde : un livre de Serge Halimi, 1997 ; un film éclairant, réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat (sorti le 11 janvier 2012).

[13Merci à Alain pour cette image...

[14France inter, 22 mars 2012. C’était à propos de l’interdiction du meeting de Mélenchon sur les plages du Prado.

[15En mai 2003, sur les manifestations contre la réforme Fillon des retraites

[16Rousseau, Du contrat social.

[17Notamment, La haine de la démocratie, La fabrique, 2005.

[18La classe politique est une classe au sens littéral : pour exemple en 2008, 59 % des députés étaient cadres, ingénieurs et « professions intellectuelles supérieures » et 1% employés et ouvriers alors que ces derniers constituaient la moitié de la population active (www.inegalites.fr).

[19Lire à ce sujet Alain Badiou, Circonstances 1, Kosovo, 11 septembre, Chirac/Le Pen, Léo Scheer, p. 33 et 34.

[20« Nous sommes dans un régime qui permet au peuple de s’exprimer, mais où seul l’avis des classes possédantes compte » L. Canfora, La démocratie, histoire d’une idéologie, Seuil, 2006, p. 415

[21Là encore la critique est ancienne : Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 1, 1835.

[22Disait Churchill à propos du système représentatif (discours à la chambre des communes, à Londres le 11 novembre 1947). Il s’y connaissait en démocratie, lui qui avait déclaré fort pertinemment, moins d’un mois après l’accession d’Hitler au pouvoir en Allemagne : « le génie romain, personnifié par Mussolini, le plus grand législateur vivant, a montré à de nombreuses nations comment on peut résister à la déferlante socialiste et il a indiqué la voie que peut suivre une nation lorsqu’elle est courageusement gouvernée. Avec le fascisme, Mussolini a élevé un phare que les pays engagés dans la lutte au corps-à-corps avec le socialisme ne doivent pas hésiter à prendre pour guide » (discours devant la Ligue antisocialiste, 18 février 1933 ; cité par L. Canfora, p. 286).

[23Pour certains, il ne s’agit pas d’un véritable suffrage universel, vu la complexité du mécanisme de l’élection (Canfora, déjà cité). On n’en était pas loin quoi qu’il en soit.

[24J. Godechot, Les constitutions de la France depuis 1789, Flammarion.

[25« Occupons le vote », Vacarme, n°58, hiver 2012, également en ligne sur www.vacarme.org.

[26J. Godechot, déjà cité. C’est à dire les constitutions de Napoléon Bonaparte (an VII, X et XII) et celle de Napoléon III (1852). Car c’est cela la Ve République : le Bonapartisme : un dictateur élu et plébiscité par le peuple.

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  • Le 5 mai 2012 à 16:19, par gégé

    j’en ai marre. je pousse un coup de colère
    serieux depuis mon arrivé sur lyon, je passe au moins 4 fois par semaine à lire les nouvelles breves, les futures actions, les articles mais là en période électorale ca me fait franchement chier de voir à travers ce site une autre campagne qui est le « non » vote. avec des compléments d’infos qui sont remplis de jugements, et de fermeture d’esprit.
    Perso je vote. je vote en allant manifester, je vote en gueulant que j’en ai marre de toutes ces conneries qui m’entourent dans cette société qui ne me convient pas, je vote en disant NON, je vote en refusant d aller faire un boulot de merde qu’on me donne juste pour faire baisser le taux de chômage et oui je vote aussi aux urnes. élire UN président me fait gerber mais je peux voter pour éviter qu’on se tape encore sarko .... oui....si personne ne faisait rien dans les urnes, en attendant que les choses changent et que le vote d’un président ne soit plus utile, n’importe qui peut venir au pouvoir et refaire nos lois. je vais voter pour éviter ça et éviter que ce soit lui qui revienne. donc ca me gene de voir sur ce site tout le monde qui se tirent des choses à la gueule parce que l’un vote et l’autre non , donc c’est un faux anarchiste, non c’est toi le faux anarchiste, non tu dois pas voter, ne votons pas, non ne votons pas.
    chacun fait ce qu’il veut, et je pense que si nous sommes sur rebellyon c’est que nous sommes tous d accord pour la liberté d expression et d’opinion. on peut tres bien expliquer nos positions sans se faire tailler dans tous les sens.
    tu votes pas, je vote, dans tous les cas on est des camarades qui disons Non à notre façon.

  • Le 25 avril 2012 à 18:48, par dominique

    Ca me fait tristement sourire de voir des anarchistes réclamer plus de censure ...
    Un article s’éloigne un peu des Saintes Ecritures selon Sainte Louise Michel et Saint Bakounine ...et hop !... : voilà les bigots qui poussent des cris indignés : « Oh sacrilèges !!!.. ».

    L’article du « Comité Invisible »publié ci-dessus n’en a que plus de pertinence...

  • Le 22 avril 2012 à 20:54, par nectar

    Vieille technique journalistique pour faire passer un article, mettre un titre trompeur... nos reves ne logent pas dans vos urnes , dans toutes les urnes cela me semble clair

  • Le 21 avril 2012 à 15:51, par dominique

    @ :A

    Je ne serai le dindon de rien du tout : tu as mal lu.

    Je n’irai PAS voter mais j’en ai marre des litanies et des postures... surtout quand elles remplacent des réflexions critiques.

  • Le 21 avril 2012 à 08:20, par A

    Exellent texte ne t’en deplaise Dominique.
    Retrancher dans tes considerations politiciennes,celui ci semble t’indisposer.
    Libre a toi d’avaler toutes les couleuvres,tu sera une nouvelle fois le dindon de la farce electorale.

  • Le 20 avril 2012 à 15:50, par dominique

    Encore une fois , ce n’est pas les litanies qui feront avancer quoi que ce soit........
    .........ni traiter les gens qui auront fait le choix de voter à gauche de « con » ou « collabo » [SIC] ....
    Je ne méprise pas celles et ceux qui auront fait le choix de voter N.ARTHAUD, MELENCHON ou POUTOU, ou celles et ceux qui voteront HOLLANDE pour virer SARKO une bonne fois pour toute.
    Le mépris pour celles et ceux de ma classe sociale n’est pas dans mon arsenal.
    De mème, je ne pense pas qu’une ré-élection de Sarko , entrainant encore plus de misères, fera avancer la lutte ; je pense au contraire qu’elle ne fera que décourager encore plus celles et ceux qui se battent contre ce système.
    Bien-sûr, , je ne me fais aucune illusion sur les élections et suis conscient que la lutte de classes est , en définitive, la voie la plus efficace pour un changement radical de société et la fin du capitalisme et de toute forme d’oppression.

  • Le 20 avril 2012 à 07:58, par Arto

    ABSTENTIONNISTE MON FRERE, SOIT FIER !

    Bien sûr qu’on n’ira pas à la kermesse électorale de printemps ! Trop de respect pour la démocratie, la vraie ! Trop de mémoire de ce que nous ont promis et fait les élus de tout poil ! Trop de rancœur contre cette bourgeoisie voleuse et exploiteuse ! Trop de rage contre toute cette canaille parlementaire qui s’en fout plein les poches et nous donne des leçons de justice.

    Les élus, c’est voleurs de vie, croque-morts et cancrelats, rien que de la gangrène, de la vermine. Tout ce beau monde en costard nous ruine la vie. On ne rêve que d’une chose, c’est de les foutre à la porte, c’est de leur vider les poches, qu’ils nous rendent tout ce qu’il nous ont volé, à commencer par l’espoir d’une vie meilleure.

    Pour nous, la démocratie, la justice, ce sont les gens d’Argentine qui en ont marre de crever la faim et qui ensemble s’en vont se servir dans les grands magasins. Ca, c’est de la démocratie active, c’est de la ré-appropriation, de la redistribution, de la justice. La démocratie, c’est cette mère de famille au chomdu qui pique les jouets de Noël dont ses gosses rêvaient. C’est Simon, mon copain de Haifa, qui s’en va d’Israël pour ne pas faire le service militaire et tuer ses frères au coin d’une rue. C’est Gérard, employé dans un hôtel de Roissy qui refuse d’aménager des chambres pour que les flics y stockent des sans papiers en attente d’expulsion. C’est Alice quand elle crache à la gueule du délégué CFDT de sa boite lorsqu’il signe l’accord sur les 35 heures. La démocratie, la vraie ce sont tous ces hommes et ces femmes qui refusent ce système, tous ces exploités qui s’entraident et résistent tant qu’ils peuvent à ce monde infâme qui leur parle de justice et organise le pillage.

    On l’a collée mille fois sur les murs, et on la collera encore l’affiche “Abstention, abstention active !” Abstentionniste mon frère, soit fier ! Refuser de participer à cette arnaque mondialisée, c’est la moindre des choses si l’on a encore un soupçon de mémoire et un zeste de lucidité. N’élisons plus nos voleurs, ne légitimons plus la vraie racaille, celle des bandits en col blanc qui nous enferme dans des banlieues de misère, celle qui nous fait travailler comme des chiens pour des salaires de rien, celles qui nous lâche ses flics pour mieux cacher ses larcins.

    Ils veulent nous parler de justice, eux qui s’engraissent sur notre dos et s’auto-amnistient ? Ils veulent nous parler d’insécurité, eux qui nous entassent dans des banlieues aux portes des usines de morts et nous font bouffer leurs OGM et leur dioxine ? Ils veulent nous parler de solidarité, eux qui ne rêvent que de privatiser la santé comme tous les services publics ? Ils veulent nous parler d’humanité, eux qui bombardent les populations et intronisent les dictateurs ? Ils veulent nous parler de mémoire et de transparence, eux qui crachent tous les jours sur leur promesse de la veille ?

    Qu’ils aillent au diable ! Bientôt pour se faire élire, il ne leur restera que les voix enchaînées de quelques chiens à la botte. Alors, il tenteront d’inventer une nouvelle arnaque démocratique, le référendum ou le sondage. Et si cela ne suffit pas, ils introniseront une nouvelle gauche. Les ATTAC, Bovet, Motivés et consorts sont déjà dans les starting-blocks, Vieux chevaux de retour ou mules de cirque, ils sont tous prêts pour la course au pouvoir, au pognon, au privilège.

    Il fut un temps où les abstentionnistes se cachaient, se taisaient, lucides mais honteux. Au moins maintenant, ce pouvoir immonde nous a fait subir tant d’humiliations, tant d’arnaques qu’il devient de plus en plus difficile d’aller voter sans passer pour un con … ou un collabo.

    Agir au lieu d’elire !

    Abstention !

  • Le 19 avril 2012 à 19:41, par dominique

    Je pense qu’il fallait publier ce texte.
    Il est interessant à plus d’un titre.
    Comme le dit très bien un intervenant, l’anarchisme n’est pas une parole d’évangile ou un dogme ...

    On a le droit de se poser des questions sur l’abstentionisme sans étre forcément un « votard ».

    Censurer un tel texte aurait été ridicule.

  • Le 19 avril 2012 à 18:38, par Combi

    Points de vues, reportages, interview et blagues sur l’abstention à écouter dans la dernière mégacombi de Radio Canut...
    http://audioblog.arteradio.com/MegaCombi/frontUser.do?method=getPost&postId=3052081&blogName=MegaCombi

  • Le 19 avril 2012 à 08:21, par Fablyon

    @ mem69 :

    Salut à toi :)

    Bon j’avais envie de rebondir sur la notion d’insulte. C’est clair que certains textes (sur Rebellyon et ailleurs) ne sont pas tendres avec le vote, les électeurs et autres. Mais je pense qu’ils ne sont généralement pas dirigés contre ceux qui votent, mais plus profondément contre le système électorale. Après, la dialectique n’est pas chose aisée, et le parler, d’autant plus quand un sujet nous tient à coeur, le dire ou l’écrit non plus.

    Il nous faut chercher à dialoguer, au delà de nos invectives, et c’est surement ce qui est le moins facile :)

  • Le 18 avril 2012 à 19:03, par mem69

    Merci à la modération d’avoir publié cet article. Et merci aux auteur(e)s de l’avoir écrit !!

    Merci car j’en ai marre de me sentir insulté à la lecture de certains articles de Rebellyon dont j’apprécie énormément le travail par ailleurs.
    C’est d’autant plus douloureux de ce faire insulter par quelqu’un que l’on respecte ou qu’on admire...

    Aller voter ne fait pas de moi un mouton !
    Pas plus d’ailleurs que choisir de ne pas mourir de faim ou de froid sous prétexte que les seuls moyens que je connaisse de subvenir à mes besoins sont corrompus par un système qui me débecte.

    Cet article fait vraiment du bien à lire et les commentaires permettent de se faire une meilleure idée de l’âge mental de certains commentateurs et de l’ouverture d’esprit des autres.

    MERCI

  • Le 17 avril 2012 à 14:49, par Clement Duval

    Je vous laissent a vos commentaires et autres considerations electoralistes et
    pour certains a leurs derisoires magouilles et manipulations et je vous tirent ma reverence.
    Sinceres salutations anarchistes.

    Abstention !

  • Le 17 avril 2012 à 13:36, par Fablyon

    @ Clement Duval :

    Le souci c’est que je crois que tu prends une position assez désaréable. Tu serais le seul à savoir décrypter, à comprendre la démarche, à la voir, à comprendre l’anarchisme ...

    Ne te dis tu pas deux secondes que les lecteurs de ce texte ont une vision similaire à la tienne (les autres commentaires les prouvent) mais n’en font pas un foin pas possible, genre « moi j’ai la pureté de pensée, alors il faut me respecter » ?

    En fait, je partage ton point de vue sur le texte en grande partie, mais pas cette espèce de cathéschisme anarchiste que tu déblattère en 3 commentaires comme d’autre parle au nom du seigneur à chaque phrase ...

  • Le 17 avril 2012 à 12:10, par super-gardien du temple akbar !

    clément : Tu oublies bien vite qu’au 19e des anarchistes se sont présentés à des élections, de ceux dont les anars d’aujourd’hui se réclament (pour certains), comme Proudhon par exemple. Le vote peut être un outil de lutte, qu’on s’en serve ou pas.

    Quant au ton de tes commentaires, mais pour qui te prends-tu ?
    Arrêtes de confondre « l’anarchisme » et ta personne, les courants et les tendances sont légions derrière cette étiquette alors arrêtes d’en parler comme un bloc monolithique.

  • Le 17 avril 2012 à 10:55, par Clement Duval

    @clement duval : Qui te parle de gardien du temple ? Tu semble ne pas avoir compris
    le sens de ma demarches et propos qui non que faire de confusionisme,ambiguitée,magouilles et autres manipulations et cela semble déranger certains.
    Désoler qui a me repeter et n’en deplaisent a certains pseudos libertaires qui semble
    avoir le cul entre deux chaises l’anarchisme a mes yeux ne saurait un fourre tout.

    Personnes encore une fois n’est dupes de l’objectif electoraliste d’un telle article
    en direction du courant libertaires(c’est pas nouveau).

    Pauvres naifs,les anarchistes non que faire de ce torchon d’article et de cette
    grossiere manipulation.

    Au royaume des aveugles,les borgnes sont rois !

    l’urne cercueil de vos illusions !

    Abstention !

  • Le 17 avril 2012 à 03:31, par PloumPloumTralala

    C’est exactement ce genre de pratiques qui fait la force de l’anarchisme, je parle de publier un tel article, pas l’article en lui-même avec lequel je suis en désaccord bien qu’il soit posé sur des bases anti-autoritaires.

    Justement, poser ce genre de discussion au sein du mouvement anarchiste n’est pas un crime ou un non-respect de la norme libertaire ou de je ne sais quel principe supérieur, mais au contraire démontre qu’il ne saurait y avoir de dogme anarchiste : « être abstentionniste » (alors qu’en fait on est plutôt anti-électoraliste quand on est anarchiste) sans savoir pourquoi, ça a du sens et on ne peut blâmer celui qui le fait sans avoir lu tous les volumes de Bakounine, mais il est bien intéressant de se demander pourquoi on le fait, si c’est une chose qui peut aider ou non le mouvement révolutionnaire ou non, comme se l’est posé le mouvement anarchiste depuis ses premiers balbutiements. Après, évidemment, on peut arriver à d’autres conclusions, comme d’autres qui serait d’abandonner l’anti-étatisme ou l’anti-capitalisme, mais ce serait alors sortir d l’anarchisme (bon, la bonne vieille rengaine qu’il y a autant d’anarchismes que d’anarchistes, c’est juste un label qui nous a fait voir des imposteurs comme Chomsky ou Onfray). Certes, la multitude de pratiques, d’idées, de désirs, de projets, d’expérimentation sociale est propre à l’anarchisme, mais il ne la fait pas s’ouvrir à n’importe quelle action dès lors qu’on lui colle le nom de révolutionnaire (des jeunes pop aux jc) ou d’underground, subversives, etc.

    Je l’ai dit, je ne suis pas d’accord avec les perspectives de ce texte et on a pas tous les mêmes analyses en terme de stratégie politique, d’expériences historiques, etc. Dans le texte, notamment sur le pourquoi de la réussite des grèves en 36 avec le Front Populaire au pouvoir, on peut très vite amener une analyse beaucoup moins complaisante avec Léon Blum. http://www.infokiosques.net/spip.php?article95 Ou bien encore se souvenir de l’incapacité du front populaire à aider les antifascistes (et notamment les anarchistes) qui luttaient en Espagne contre le fascisme et qui furent liquidés par les staliniens, les socialistes et une partie des républicains. Ce qui donne parfois à réfléchir sur ce que représente donner une légitimité à un futur pouvoir qui pourrait nous sembler à priori être un barrage au fascisme ou à je ne sais quel maux de la société.

    Et de là découle une critique faite aux anarchistes qu’on retrouve sous sa forme embryonnaire dans ce texte : si vous votiez pour une gauche radicale, on pourrait avancer plus rapidement vers la révolution sociale. Il n’en est rien, d’une part, c’est renvoyer aux anarchistes la faute d’une défaite, la montée du fascisme ou l’augmentation des inégalités sociales et économiques. C’est quand même un comble de le reprocher à des gens qui passent leur temps à lutter et qui sont loin d’être les plus nombreux. Et d’autre part, on peut renvoyer l’argument inverse, si tous ces gens de gauche venaient lutter avec nous, construire des mouvements populaire, alors oui, c’est sûr, le fascisme en prendrait un coup et les bourgeois flipperaient un peu plus que de voir des curés républicains du dimanche enfiler leurs pantoufles après l’élection.

    Moi je suis plutôt content de voir que les débats continuent pour arriver d’autres critiques et de nouvelles réflexions, d’ailleurs, amusant mais aujourd’hui était publié sur non-fides un texte de Malatesta sur les « Anarchistes électoralistes »
    http://www.non-fides.fr/?Anarchistes-electoralistes

  • Le 17 avril 2012 à 02:07, par @clement duval

    « ’anarchisme qui ne saurait etre(on se repete) un fourre tout. »
    Mais l’anarchisme est un fourre tout ,ne t’en deplaise ,et il y a autants de tendances anarchistes qu’il y a de personnes anarchistes.
    Il y en a qui font de l’entrisme dans les grands syndicats ,d’autres qui crachent sur les syndicats ..il y en a qui ont une orientation communisante ,d’autres qui sont tellement individualistes que ca tourne plus a une justification de leur egoisme qu’autre chose et qui sont au fond plus libertariens au sens americain que libertaires..il y en a qui pensent qu’il est interdit de voter a un anarchiste (au nom d’un dogme peut etre mal compris ?) ,certains qui pensent qu’une decision peut etre prise par un vote majoritaire meme dans un systeme libertaire ,d’autres qui pensent que l’avis contraire d’une seule personne dans une assemblee devrait constituer un veto ,..
    Il y a meme eu dans l’histoire le paradoxe des « ministres anarchistes » (sic) a la fin de la guerre civile espagnole..
    Bref ,l’anarchisme est varie et toujours changeant,chacun se fera sa propre opinion ,mais un « gardien du dogme »qui vient sur ce site expliquer ce que l’on a le droit ou pas de dire/penser je trouve ca moyen..

  • Le 17 avril 2012 à 00:29, par lag

    Ce texte a au moins le mérite de souligner plusieurs points.

    La révolte ne naît pas forcément de l’épuisement. La mise à genoux de générations de travailleur-euses, de chômeur-euses, l’expulsion de dizaines de milliers de sans-papiers, la répression de tout ce qui bouge à coup de fichiers, de caméras et de tribunaux n’ont pas allumé d’étincelle, bien au contraire. Si certain-es, et heureusement, y auront trouvé des raisons supplémentaires de se battre, le tout anéantit plutôt les efforts, les années de lutte et les forces en les isolant et en les décourageant. A-t-on vraiment besoin de contempler le désastre jusqu’au bout pour en espérer un sursaut ?

    Ceux et celles qui sont frappé-es par le bétonnage, les radiations, la prison, les coups de massue ont droit à un répit, même temporaire et partiel. Ils/Elles ont le droit de vivre, certes contraints par des chefs, mais des chefs qui n’oseront pas tout de suite s’y attaquer, et contre qui ils/elles se retourneront de toute façon.

    Entre une politique non-révolutionnaire et une politique contre-révolutionnaire, il y a bel et bien une différence. Ce n’est pas parce que la première remplacerait la deuxième qu’il faudrait s’en contenter. Mais on aurait peut-être intérêt à s’élever contre un pouvoir qui nous craint plutôt qu’à hurler contre un pouvoir qui tantôt nous méprise et nous laisse crever, tantôt nous écrase pour nous faire crever.

    « Il ne faut pas aimer le vote », c’est certain. Mais on peut voter en crachant sur les urnes, et dès l’élection passée, repartir de plus belle. Le prochain pouvoir n’aura pas plus de crédit que le précédent, il aura seulement l’avantage de ne pas avoir gangréné le pays depuis dix ans. Alors je ne suis peut-être pas libertaire, ou anarchiste, ou quoi que ce soit, mais à coup sûr anti-autoritaire. Et si le geste dérisoire d’aller voter permet de deserrer un peu le joug, de se défaire d’une parcelle d’autorité pour mieux s’attaquer à la suite, pas de problème. Voter n’a pas plus d’effet concret que d’aller à une manif ou publier un commentaire sur Rebellyon, mais puisque je fais le reste, pourquoi ne pas faire ça aussi.

  • Le 16 avril 2012 à 21:10, par Clement Duval

    Pas question de puretée de ma part mais question de sinceritée envers l’anarchisme
    qui ne saurait etre(on se repete) un fourre tout.
    Ambiguitée,confusionisme,magouilles et autres petites manoeuvres politiciennes
    tres peu pour moi.
    Un brulot electoraliste dans un site dit libertaire ou anarchiste,quoi de plus normal(sic)

    Vous avez dit anarchisme ? La luciditée vous connaisser ?

  • Le 16 avril 2012 à 20:05, par un modère

    @Clément, on a effectivement beaucoup échangé dans le forum de modération de l’article. L’avis final de modération, même s’il est discuté, parfois âprement comme tu l’as fait (avec beaucoup d’invectives et de raccourcis), reste l’affaire des modérateurs/trices mandaté-e-s, ou au moins membres du collectif d’animation de Rebellyon. Si tu veux le rejoindre, bienvenue, y’a plein de taf’.

    On publie ce que des camarades écrivent, dans la mesure où leurs articles s’inscrivent dans une perspective anti-autoritaire (et pas uniquement « anarchiste » ou « libertaire », nous ne sommes pas là pour faire la police du déviationnisme d’après le petit livre de Bakounine ou de n’importe quel-le autre). Que les élections puissent être débattues entre nous, à partir d’un point de vue absolument pas électoraliste contrairement à ce que tu dis mais à partir de la situation présente, c’est peut-être aussi le signe qu’il faut redynamiser leur critique radicale. On n’a pas vu de campagne cette année contre les élections sur Lyon par exemple. On peut aussi ne pas estimer illégitime la question de ces élections à la vue de la faiblesse actuelle des luttes (quand t’es concerné-e directement par la répression, en tant que chômeur-euse ou immigré-e, qu’on te dise qu’il faut attendre que les luttes refleurissent et que les élections ne servent à rien ça te fait une belle jambe en attendant pour gamelle ou vivre sans passer par la case prison).

    Voilà, pour le reste de mon opinion sur ce texte (avec lequel je ne suis globalement pas d’accord même si j’ai soutenu sa publication), j’y reviendrais plus tard sans la casquette de modère.

  • Le 16 avril 2012 à 16:50, par Fablyon

    Je n’aime pas cet article, car, sans le vouloir je pense, il tend à laisser entendre « plutôt le rouge ce sera plus facile d’aller vers le noir ». Seulement, pour moi, c’est une erreur, y compris historique, tant on sait qu’assez vite le pouvoir en main, l’idée se corrompt.
    C’est toute la phrase de la Louise « le pouvoir est maudit, c’est pour cela que je suis anarchiste ».

    Au final, le texte, en ne voyant que l’électoralisme comme problème et se privant de la perspective liée au pouvoir, il s’affaiblit de lui même. Même s’il reste une base intéressante de débat.

    @ Clément Duval : 1 texte sur des centaines publiés te déplait et tu pars ? Au nom d’une pureté plus bigote d’anarchiste in fine ? Dommage. C’est ton choix, je le respecte, mais je trouve cette décision bien rapide et démesurée.

  • Le 16 avril 2012 à 16:26, par Clement Duval

    Cette article electoraliste et politicien a pour but(d’une maniere sournoise) de
    ratisser large ,abstentionistes et libertaires(ou anarchiste),celui ci a mes yeux n’a rien a voir dans un site dit libertaire(Rebelyon).
    Redacteur depuis plus de 3 ans a Rebelyon je me suis opposer a la publication de
    celui ci sur le site de ce torchon electoraliste,en vain des pseudos libertaires au sein de la redaction qui semble avoir le cul entre deux chaises on put mener a bien leurs
    petites manoeuvres politiciennes.
    Personnes ne saura dupes de leurs tristes gesticulations electoralistes.
    Comme signaler a la redaction etant en desacord avec ce fumeu article et ne voulant cautioner cette manoeuvre politicienne a cent lieu de l’anarchisme,je prefere quitter la redaction et arrete toute colaboration avec le site.

    L’anarchisme ne saurait etre un fourre tout !

    Au royaume des aveugles,les borgnes sont rois !

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