La bourgeoisie renoue avec ses vieilles habitudes néo fascistes du vingtième siécle

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Définir comme lager les “centres de séjour temporaire et d’assistance” n’est pas de l’emphase rhétorique comme le pensent au fond de nombreuses personnes qui utilisent cette formulation. Il s’agit d’une définition rigoureuse.

Depuis samedi 19 janvier le manque de communication dans la ville de Valence, vitrifiée par le nucléaire, géle les rapports. Les anti fa reçoivent les quolibets des nantis des concerts. Seulement mercredi soir après la bibliothéque du Laboratoire, une idée a germé : réaliser un concert de soutien pour les anti fa, ce qui permettrait de casser ce sale climat délétère. Les choses ne sont pas inexorables, si le Laboratoire peut permettre de briser cette logique c’est bien. La bourgeoisie locale, elle, a tout intêret à ce que la situation se dégrade. Voici le tract distribué au rassemblement de l’Astiv [1].

Samedi 19 janvier 2008, de retour de la manifestation contre le centre de rétention et devant un lieu de concert (le Z à Soyons), des nazis armés de barre de fer et de battes de base-ball attendaient les antifa 26 organisé.es depuis quelques mois en collectif vaillance 26 antifa. Leur combat de l’après midi contre les "lagers" ( à Satolas) est devenu dans la soirée une lutte violente contre les nazis qui criaient "mort aux Bolchos" et divers "heil Hitler". De nombreux blessés graves sont à déplorer. Les barres de fer sont des armes . Un concert qui devait avoir lieu dans un lieu alternatif a été annulé pour ne pas se discréditer et le déplacer vers un village ardéchois.

- Voici la lettre ouverte du collectif vaillance 26 antifa, du 10 janvier 2008 :

Depuis un an la machine s’est accélérée en France, les MEDEF et autres financiers du travail précaire ( Parisot est l’exemple vivant :”la précarité est une loi de la condition humaine. » ) appliquent leur méthode de gestion capitaliste.

Face à une répression systématique des migrants —reflet intérieur des guerres en cours sur la planète destinées à exporter la démocratie—, on ne peut certes pas dire que la réponse ait été à la hauteur. Au-delà de nobles exceptions, en fait, la donnée peut-être la plus évidente des luttes contre les centres de rétention ces derniers temps a été l’écart entre ce que de nombreuses personnes ont dénoncé et ce qu’elles en ont tiré comme conséquences pratiques. On dit "lager", mais on perçoit probablement quelque chose d’autre. Définir comme lager les “centres de séjour temporaire et d’assistance” [2] n’est pas de l’emphase rhétorique comme le pensent au fond de nombreuses personnes qui utilisent cette formulation. Il s’agit d’une définition rigoureuse. Avant de devenir des centres d’extermination méthodiques, les lagers nazis ont été des camps de concentration dans lesquels vivaient reclus les individus que la police considérait, même en l’absence de conduite pénalement répréhensible, comme dangereux pour la sécurité de l’État. Cette mesure préventive —définie “détention protectrice” (Schutzhaft)— consistait à priver certains citoyens de tous leurs droits civils et politiques. Qu’ils fussent réfugiés, juifs, tziganes, homosexuels ou opposants politiques, il revenait à la police, après des mois ou des années, de décider quoi en faire. Ainsi, les lagers n’étaient pas des prisons dans lesquelles on arrivait à la suite d’une condamnation pour quelque délit (dans sa définition totalitaire plus ou moins aberrante) et ne constituaient pas une extension du droit pénal. Il s’agissait de camps dans lesquels la Norme fixait sa propre exception ; en bref, une suspension légale de la légalité. La définition d’un lager, donc, ne dépend ni du nombre d’internés ni de celui d’assassinés [3], mais bien de sa nature politique et juridique.

Les immigrés finissent aujourd’hui en centres de rétention indépendamment d’un éventuel délit, sans aucune procédure pénale : leur internement, à la discrétion du préfet, est une simple mesure de police. Exactement comme c’était le cas en 1940 sous le régime de Vichy, lorsque le préfet pouvait enfermer les individus “dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique” ou “les étrangers en surnombre par rapport à l’économie nationale”. On peut aussi se référer à la détention administrative dans l’Algérie française, à l’Afrique du Sud de l’apartheid, aux ghettos actuels créés par l’Etat d’Israël pour les palestiniens ou aux différents Guantanamo à travers le monde.

De nombreuses choses que nous avons répétées pendant des années (le lien entre guerre et expulsions, le quadrillage policier des territoires et des cerveaux, l’expérimentation de formes extrêmes de contrôle et d’inertie sociale, le lynchage médiatique de ceux qui rompent les rangs, etc.) ont été ponctuellement et haineusement confirmées. De l’extension de la détention administrative à l’invention permanente de nouveaux ennemis pour justifier de nouvelles opérations militaires, de l’agression contre les limites écologiques de la planète aux essais grandeur nature d’un conflit nucléaire.

Ce n’est pas un hasard si, au regard des conditions infâmes de détention dans les centres pour immigrés, les bons démocrates ne revendiquent pas l’application d’une loi quelle qu’elle soit, mais bien celle des droits de l’homme (et dans les limites des différentes conventions internationales signées pour les défendre). Les droits de l’homme sont l’ultime masque face aux femmes et aux hommes auxquels il ne reste rien d’autre que la simple appartenance à l’espèce humaine. Comme on ne peut pas les intégrer comme citoyens, on fait mine de les intégrer comme Humains. Sous l’égalité abstraite des principes, croissent partout des inégalités réelles.

De ce point de vue, l’introduction de la loi de Brice Hortefeux n’en a pas modifié la substance mais a seulement aggravé une situation déjà existante. L’obligation de rentabilité ( 27 000 expulsions exigées), idée qui vient des entreprises à la mode Parisot , la transformation du code du travail et les modifications de l’attribution des inspecteurs du travail en sont aussi la marque de fabrique.

Les nouveaux centres de rétention sont construits dans différentes régions afin de rendre plus efficace la machine à expulser. Le gouvernement et les administrations locales n’en sont pas les seuls responsables. Une telle machine de l’abjection a besoin pour fonctionner du concours de nombreuses structures publiques et privées : de diverses ONG qui gèrent les lagers aux firmes qui fournissent les services, au centre de rétention ( par exemple les tâches administratives à St Exupéry sont accomplies par des boites privées et la bouffe assurée par la Sodexo ou d’autres marchand de soupe), et aussi des compagnies aériennes qui déportent les clandestins aux aéroports qui organisent les “zones d’attente”, en passant par les associations qui collaborent avec la police. Il s’agit, au sens historique du mot, de collabos qui s’enrichissent des rafles, de la captivité et des déportations, qui plus est au nom de principes humanitaires.

C’est au nom de l’Humanité, en effet, qu’aujourd’hui on bombarde, qu’on crée des camps de réfugiés, qu’on sème le désespoir et la mort. Aux côtés des militaires et de la police travaillent des centaines d’organisations non-gouvernementales qui se gardent bien de dénoncer les causes des désastres dans lesquels elles interviennent, intéressées comme elles le sont à en exploiter les conséquences. Le marché de l’humanitarisme est l’un des marchés du futur, il suffit de penser que les ONG représentent déjà, prises toutes ensemble, la septième puissance économique mondiale. Ces chacals peuplent et composent à divers titres cette zone grise dont a parlé Primo Levi en se référant aux internés et à tous les allemands qui collaboraient activement avec les nazis.

Toutes ces responsabilités sont bien visibles et bien attaquables. Des actions contre les centres de rétention (comme c’est arrivé il y a quelques années en Belgique lorsqu’une manifestation s’est conclue par la libération de quelques clandestins) à celles contre les “zones d’attente” (comme en France aux dépends de la chaîne d’hôtels Ibis qui fournit des chambres à la police) ou pour empêcher les vols de l’infamie (à Francfort, un sabotage de câbles à fibres optiques avait mis hors d’usage, il y a quelques années, tous les ordinateurs d’un aéroport pendant plusieurs jours), il y a mille pratiques qui peuvent être réalisées contre les expulsions. L’hostilité contre les “centres de séjour temporaire” est un premier pas.

Notes

[1Association de Solidarité avec Tou-te-s les Immigré-e-s de Valence

[2centres de rétention pour immigrés en attente d’expulsion - en conformité avec les accords de Schengen

[3Entre 1935 et 1937, avant le début de la déportation des juifs, il y avait 7500 internés en Allemagne

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