La traque aux étrangers s’accélère ce mois d’août à Lyon

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Depuis le début de l’été, les placements et les reconduites à la frontière d’étrangers se multiplient. Parmi les personnes concernées, des jeunes majeurs et des étudiants.
Le RUSF 69 constate, pour l’agglomération lyonnaise, une augmentation de presque 50% des placements en rétention des étudiants par rapport à ce qu’il a observé au cours de l’année scolaire 2006-2007.

Au cours de cette
année scolaire, 4 étudiants ont été placés en rétention, 2 d’entre eux ont été expulsés. Depuis mi-juillet, ce sont 6
étudiants qui ont été placés en rétention avant expulsion ; pour l’un, l’expulsion a déjà eu lieu, pour les autres,
c’est l’attente avant une expulsion quasi certaine.

Une augmentation de presque 50% des placements en rétention à Lyon

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David RAMIANDRY, étudiant malgache, a été arrêté le 13 juillet et expulsé le 26 juillet.
David a 23 ans ; il était en France depuis 6 ans. Il vient de passer en 2e année de BTS « Assistant Technique
Ingénieur » au lycée de La Martinière à Lyon (9e arr.). Il a été arrêté le 13 juillet dans le métro, lors d’un
contrôle d’identité et a fait l’objet d’un Arrêté Préfectoral de Reconduite à la Frontière (APRF). Placé au centre
de rétention de Lyon, il a été expulsé le 26 juillet, après 13 jours de rétention. Sa procédure d’arrestation et de conduite au centre de rétention a d’abord été jugée illégale, en première instance, par le Juge des Libertés. Ce n’est que suite à l’intervention du Parquet qu’elle a été validée en seconde instance par la cour d’appel de Lyon. Son expulsion l’interrompt
brutalement dans ses études et brise la vie qu’il était en train de construire en France.

Daddy NDOMBE MANDA, étudiant congolais, a été arrêté le 17 juillet et est en rétention depuis 25 jours.
Daddy a 19 ans. Il est orphelin de père et de mère. Il a fui la République Démocratique du Congo (RDC) : il y était menacé, avec d’autres membres de sa famille, pour ses appartenances politiques ; il y a été emprisonné et risque la prison s’il y retourne. Il est arrivé en France en 2005. Il a été placé, sur ordonnance du juge
pour enfants, sous la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PIJ), d’abord comme mineur isolé, puis comme jeune
majeur isolé. Depuis son arrivée en France, il suit une formation en alternance en restauration au Château de la
Barge à Grézieu-la-Varenne (Rhône). Jusqu’à présent, toutes ses demandes de titres de séjour (demande d’asile, demande de titre "étudiant") ont été rejetées. Une Obligation de Quitter le Territoire (OQT) avant mars a été assortie au dernier rejet, en février 2007. Cette obligation a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon.
Daddy a été arrêté le 17 juillet dans le métro, lors d’un contrôle d’identité, et placé au Centre de rétention dès le 18 juillet. Il a déjà été présenté deux fois au Juge des Libertés (19 juillet et 3 août), en vain. La première fois, le Juge le libère considérant que la Protection judiciaire de la Jeunesse constitue une bonne garantie de représentation ; une fois de plus, le Parquet fait appel de cette décision ; la cour d’appel de Lyon accepte les arguments du Parquet contre cette libération et décide l’enfermement de Daddy. Le 3 août, le Juge des Libertés décide son maintien en rétention pour 15 jours supplémentaires, jusqu’au 18 août. Jusqu’à cette date, Daddy est expulsable à tout moment.

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Abdallah-Amine HAMDANE, étudiant marocain, a été arrêté le 2 août et expulsé le même jour.
Abdallah-Amine a 26 ans. Il est arrivé en France en décembre 2002, avec un visa étudiant. Depuis son arrivée, il a régulièrement suivi ses études. Adballah-Amine n’a plus de famille connue au Maroc : ses parents sont décédés et il n’a plus de contact avec son frère. En revanche, en France, il a un cousin et sa famille et vit avec une Française depuis 2 ans. Son dernier renouvellement de titre (octobre 2006) a été refusé et assorti d’une obligation de quitter le territoire français le 15 mai 2007. Abdallah-Amine a été placé au Centre dans la journée du 2 août, il devait passer devant le Juge des Libertés le 4 août qui devait juger de la légalité de son placement au centre et son maintien en rétention. Abdallah-Amine souhaitait demander l’assignation à résidence : il s’était résigné à son expulsion et voulait seulement récupérer ses affaires. Il n’en a pas eu le temps, il a été expulsé le soir même de son arrivée. Pourquoi tant d’empressement ? La Préfecture, fixée sur son objectif d’expulsions mensuelles, craignait-elle une ordonnance de libération par le Juge des Libertés, voire l’annulation de l’arrestation ?

R. A., étudiant algérien, a été arrêté le 23 juillet. Son expulsion est prévue pour mercredi 15 août.
R.A. a 24 ans. Arrivé en France en 2001, il est étudiant à l’université Lyon 2. Il est sans papier depuis 2005. Il a
été arrêté à Lyon lors d’un contrôle routier le 23 juillet et a fait l’objet d’un APRF. Placé en rétention à Nîmes, il
a été assigné à résidence à Lyon. Il a reçu une convocation pour son embarquement ce mercredi 15 août.

I. A., étudiant guinéen, a été arrêté le 8 août, assigné à résidence, il est expulsable à tout moment.
I.A. a 24 ans. En France depuis 2002, il est étudiant à Grenoble. Il a un titre de séjour « étudiant » jusqu’en 2006.
En 2006, il oublie de renouveler son titre. Arrêté le 8 août à Lyon, il fait l’objet d’un APRF. Assigné à résidence
à Grenoble par le Juge des Libertés le 10 août, il est expulsable à tout moment.

Beny JOHANSON, étudiant béninois, a été arrêté le 8 août, son expulsion est prévue pour le 15 août.
Beny a 23 ans. Arrivé en France en 2002, il est étudiant à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon, puis à
l’université Lyon 2. En 2006, les problèmes de santé de sa mère l’obligent à rentrer au Bénin ; ce séjour lui fait
rater les inscriptions. Pour l’année 2007-2008, il a une pré-inscription à l’Institut de Commerce de Lyon. Il a une
amie française depuis 4 ans et sera bientôt père d’un enfant français. Son oncle, sa tante et ses cousins vivent à
Lyon et sont aussi français.
Beny a été arrêté le 8 août lors d’un contrôle routier à Villefranche et un APRF lui a alors été notifié. Le Juge des
Liberté l’a assigné à résidence à Lyon.

Beny conteste son APRF devant le tribunal administratif de Lyon :

l’audience est prévue lundi 13 août à 10h30 (salle 3).

Il est convoqué à l’aéroport mercredi 15 août.

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Tout est normal, dit le ministre
« Pas de particularisme pour le mois d’août » affirme, ce jeudi 9 août, Brice Hortefeux, ministre en charge de la
politique de l’immigration. France en vacances, consciences endormies, les arrestations et expulsions se sont
multipliées. Mais, de fait, l’augmentation des reconduites à la frontière et l’accélération de la traque aux
étrangers s’inscrivent dans la logique de la politique engagée par le gouvernement en matière d’immigration :
toujours plus d’immigration « choisie », toujours plus de tri parmi les immigrés. Une logique du chiffre et du
résultat déjà existante à l’époque où Nicolas Sarkozy était ministre de l’intérieur (les reconduites effectives à la
frontière avaient augmenté de 140% entre 2002 et 2006) et qui, aujourd’hui, provoque la troublante satisfaction
d’un Jean-Marie Le Pen.

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Pour nos camarades étudiants, cela veut dire toujours plus de pression sur leurs épaules et aucun droit à l’erreur,
des parcours scolaires interrompus, des vies brisées et une dignité bafouée dans l’accélération des procédures
d’expulsion ou, au contraire, l’acharnement des autorités à les maintenir enfermés derrière murs et grillages des
centres de rétention.

Le RUSF 69 dénonce la criminalisation des étrangers et le sort réservé aux étudiants étrangers ; elle exige
l’égalité d’étudier entre les étudiants.

Etrangers, Français, même droit d’étudier : une carte d’étudiant doit valoir une carte de séjour,
assortie des même droits et devoirs que pour les étudiants français (possibilité de redoubler, de se
réorienter ; droit au travail, au logement, aux bourses)

- Le RUSF69 exige la régularisation de Beny et de tous les étudiants sans papiers.

- Le Réseau Universités Sans Frontières de Lyon (RUSF69) dénonce l’expulsion expresse de Abdallah-Amine et l’acharnement du Parquet et du Juge à maintenir Daddy en rétention.

- Le RUSF69 exige la libération immédiate de Daddy et sa régularisation. Daddy doit pouvoir terminer ses études en France !

Le RUSF69 appelle à venir soutenir Beny lors de son passage au tribunal administratif de Lyon

lundi 13 août, 10h30, salle 3

Le RUSF69 appelle chacun à venir manifester son indignation à l’aéroport lors de l’embarquement de Daddy pour le Congo, prévu dans les prochains jours.

P.-S.

Réseau Universités Sans Frontières de Lyon RUSF69
contacts : rusf69(Arobase)no-log.org
06.34.49.73.84

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  • Le 27 août 2007 à 11:24, par Marcato Eliane

    Bonjours à tous !

    Il y a une contradiction de la loi Sarkosi étant donné que les jeunes arrêtés font de hautes études et donc

    sont bien intégrés et parlent bien le francais, pourqoi alors les « arrêter et les déporter » ? De plus si la Loi

    de discrimination positive (certes injuste !) s’applique à tous ils devraient « bénéficier » au contraire d’une

    protection ! Finalement n’importe qui même après avoir passé 15 ans mini de sa vie, peut être « raflé » et

    « disparaitre » de notre pays sans que l’on donne des explications aux copains de ces jeunes, des amis des

    famille,etc... Celà fait peur pour les jeunes et les enfants un peu « halés » car on les arrêtes de « préférence »

    pour vérifier si il a des papiers !!!! Mon gendre a eu ce « problème » car il est d’origine Camerounaise et il

    vaut mieux pour lui éviter le centre ville quoique qu’il aie ses papiers et sa famille à Lyon ma fille a « peur »

    depuis (car on cherche aussi si il porte de la « poudre » )ect........Rien n’est épargné à ces jeunes on se

    croirais revenu du temps de la guerre quand on chassais les juifs et autres apatrides et les camps de

    rétentions sont des camps de tansits vers l’exclusion comme l’étaient ceux que l’on réservais

    aux« républicains espagnols » et juifs allemands !!! Il faut bien faire le parallèle comme quoi on a pas

    « évolué » depuis surtout si il y a collaboration avec les pays ou sont renvoyés ces jeunes francais !!!

    Bien à vous

    Marcato

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