9 avril 1834 : début de la 2e révolte des canuts et sa Sanglante semaine

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Le 9 avril 1834, à Lyon, débute la seconde insurrection des Canuts. Après l’échec des grèves de février, puis le vote de la loi contre les associations ouvrières, le jugement des "meneurs" de février, en fait des mutuellistes, ce 9 avril, met le feu aux poudres ...

« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant »

Au début de l’année 1934, le patronat juge que la bonne conjoncture économique a fait augmenter de manière excessive les salaires des ouvriers et prétend leur imposer une baisse. En résulte un conflit, des grèves, dont les meneurs sont arrêtés et traduits en justice. Leur procès commence le 5 avril, au moment où la Chambre des pairs discute d’une loi destinée à durcir la répression contre les associations républicaines. Les républicains parviennent à créer un amalgame entre les associations politiques, qui sont en réalité visées par ce texte, et les associations mutuelles ouvrières auxquelles les canuts lyonnais sont très attachés. Aussi, le 9 avril, des milliers d’artisans se soulèvent tandis que les meneurs édictent des « ordres du jour » qu’ils n’hésitent pas à dater du « 22 germinal an XLII de la République ».

L’armée occupe la ville et les ponts, mais déjà les premières fusillades éclatent avec la troupe, qui tire sur la foule désarmée. Aussitôt, les rues se couvrent de barricades. Les ouvriers organisés prennent d’assaut la caserne du Bon-Pasteur, et se barricadent dans les quartiers en en faisant de véritables camps retranchés, comme à la Croix Rousse. C’est le début de la « Sanglante semaine ».

De nouvelles fusillades ont lieu avec la troupe. Les insurgés s’emparent du télégramme, du quartier de la Guillotière, puis de Villeurbanne où les casernes sont prises. Le drapeau noir flotte sur Fourvière, St Nizier et l’Antiquaille.

Le 11 avril 1834
Les combats se poursuivent. Le quartier de la Croix Rousse est bombardé par la troupe qui a reçu des renforts, massacre de tous les habitants de l’immeuble de la rue Transnonain. Tentatives d’insurrection à Saint Etienne et à Vienne.

Le 12 avril 1834
La troupe attaque et prend le quartier insurgé de la Guillotière, après avoir détruit de nombreuses maisons avec l’artillerie.

Le 14 avril 1834
L’armée reconquiert progressivement la ville et attaque pour la troisième fois le quartier de la Croix Rousse, massacrant de nombreux ouvriers.

Le 15 avril 1834
Fin de la « Sanglante semaine ». La deuxième grande insurrection des Canuts est matée dans le sang. Plus de 600 victimes sont à nouveau à déplorer. 10.000 insurgés faits prisonniers seront jugés dans un « procès monstre » à Paris en avril 1835, et condamnés à la déportation ou à de lourdes peines de prison.

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- Sur la première révolte :

Le 22 novembre 1831, à Lyon. Les ouvriers prennent possession de la caserne du Bon Pasteur, pillent les armureries. Plusieurs corps de garde de l’armée ou de la garde nationale sont attaqués et incendiés. Les ouvriers se rendent maître de la ville, qui est évacuée par les autorités. La bataille est rude. Environ 600 victimes dont environ 100 morts et 263 blessés côté militaire, et 69 morts et 140 blessés côté civil.

Le 23 novembre 1831, à Lyon. Les ouvriers occupent l’Hôtel de Ville. Une tentative de gouvernement insurrectionnel voit le jour. Mais, soit par manque de projet politique, soit par la ruse des autorités, ces dernières reprendront le contrôle de la ville à partir du 2 décembre 1831. Une armée de 26 000 hommes, 150 canons commandée par le fils du roi et le maréchal Soult, mate la rébellion. Il y a 600 morts et 10 000 personnes sont expulsées de la ville.

- À l’origine de ces révoltes... :

Vers 1825, un industriel propriétaire d’une filature possède des métiers à filer du modèle A qui fabriquent 100 broches à l’heure. Admettons, le salarié qui s’occupe de cette machine est payé 10 F de l’heure, soit 10 centimes par broche. Deux ans plus tard, l’évolution technologique met sur le marché des métiers à filer qui produisent 200 broches à l’heure. Les gains de productivité du capital technique sont importants et les industriels qui ne possèderont pas ces nouveaux métiers seront inévitablement battus par ceux qui les utiliseront. L’industriel, pour se développer, doit donc être parmi les premiers à pouvoir acheter ces nouvelles machines s’il n’est pas capable de fabriquer lui-même des machines innovantes. De manière à conserver cette capacité à investir et à suivre le progrès technologique, il va imposer le calcul suivant :

La machine va produire 200 broches mais le salarié n’a rien à voir dans ce progrès technologique, il va continuer à être payé 10 F de l’heure mais rien ne pourra l’empêcher de calculer son nouveau tarif aux pièces : celui-ci sera divisé ici par deux, il passera à 5 centimes par broches. Ce nouveau tarif sera injustement apprécié au regard des manipulations qui vont doubler et fatiguer d’autant le salarié. La réparatition de la plus-value est alors totalement en faveur du Capital aux détriments des travailleurs. Les canuts vont se révolter en lançant ce slogan qui sera repris tout au long du XIXème siècle : « le tarif ou la mort » .

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Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant !

Réflexions sur les canuts et le capitalisme français :

Les canuts sont des artisans de la soie ayant une grande qualification professionnelle et dont le métier est reconnu par l’aristocratie qui porte les résultats de leurs travaux. Ruinés par les nouveaux ateliers industriels installés dans la banlieue de Lyon qui produisent plus et à moindre coût et la crise économique de 1830, ces artisans n’ont plus comme choix que de s’embaucher comme ouvrier dans ces nouvelles usines ou rester chez eux à travailler 18 heures par jour. Devenir salarié et ne plus être son propre patron passerait encore s’ils étaient associés au développement de leurs usines mais l’application de ces règles du calcul du salaire au pièce ou du tarif horaire va leur faire comprendre la nature exacte des règles de ce nouveau système industriel. Il comprenne rapidement les défauts et l’aliénation du salariat industriel.

Suffisamment instruits en calcul de gestion, ils vont refuser ce système et se révolter en suivant le modèle de la Révolution. Ainsi pour eux, il vaut mieux mourir en combattant que d’accepter cette spoliation du travail. Leur revendication ne pouvait pas être plus légitime, et elle était justifiée par l’augmentation des cadences. Mais la monarchie va réprimer cruellement cette révolte. Les frères de Louis XVI et les nobles ont là une occasion de prendre leur revanche. Ils vont appliquer le droit de propriété individuelle de 1789 et en cela ils vont respecter ce droit fondamental obtenu par le peuple français, mais ce droit va servir maintenant à fonder leur monopole sur la propriété des moyens de production et les profits tirés des gains de productivité. Une armée royale de 26 000 hommes mettra fin à la première révolte de 1831. En 1834, lors de la seconde révolte, l’armée devra tirer au canon pour réduire les insurgés.

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Le capitalisme viendra systématiser ce mode de calcul : la fixation du salaire doit être libre en fonction du marché afin de respecter le droit de propriété individuel des entrepreneurs. Alors que l’exode rural s’installe au profit des usines et des villes, ceux qui refusent la diminution du tarif doivent s’en aller et laisser place aux paysans qui se présentent aux portes des usines et qui eux seront bien obligés d’accepter le nouveau tarif, surtout s’ils ne connaissent rien au monde de l’usine.

L’épreuve de force de 1831 menée par les industriels ne réussit que par la peur de la Monarchie de revoir les révoltes populaires instaurées une nouvelle république capable de protéger la propriété du travail des citoyens, et remettre en place une propriété collective organisée par la communauté des ouvriers. L’armée devint ainsi, mieux que la religion catholique, le véritable défenseur du système de pouvoir. En préférant se reposer sur les soldats plutôt que sur les salariés, le pouvoir s’engagea aussi dans une voie criminelle qui allait lui permettre de sacrifier de plus en plus de soldats pour conforter son système.

La révolution de 1848 instaurera les Ateliers Nationaux, véritable retour à une propriété collective pour les ouvriers mais les lois économiques et la concurrence du système capitaliste, le manque d’esprit d’entreprise parmi la population depuis le départ des protestants, ne permettront pas à cette révolution d’aboutir à un réel progrès. Plutôt que de voir le retour de la Monarchie, le peuple et l’armée préféreront le retour à un pouvoir napoléonien. La république bourgeoise de 1871 poursuivra cette voie et sans scrupule massacrera la Commune de Paris et toute discussion sur son système de pouvoir au service des capitalistes. Le paroxysme de ce système fut atteint dans les années 1916-1917 avec le massacre de centaines de milliers de soldats en quelques semaines lors de la guerre des tranchées durant la Première guerre mondiale. Ce ne sont pas les romantiques, écrivains, peintres et musiciens, qui, en célébrant le temps des cathédrales et les chevaliers, les peuples celtes, égyptiens et autres, purent réintroduire des réseaux de résistance et de solidarité protégés par de nouveaux chevaliers en armes.

Les gains ainsi dégagés au profit des propriétaires des moyens de production servent à toujours pouvoir acheter les machines les plus modernes, les plus productives. Force est de constater que depuis 1831, la France a su devenir le pays industrialisé pour lequel les gains de productivité sont essentiellement dus au capital technique, le pays où l’automatisation à été la plus vaste alors que la formation des personnels est restée très en deçà des besoins provoqués par cette évolution technologique. La prédominance de l’image de l’ingénieur dans l’imagerie populaire fut bien le vecteur de cette culture élitiste qui mit la technologie au service des capitalistes.

Et la technologie, plus sûrement encore que le rationalisme scientifique quelque peu fumeux, étouffa davantage la spiritualité source de l’alternative organisée en réseau. Viendra ensuite le temps des catastrophes technologiques : industrielles, nucléaire, les marées noires. Les citoyens comme les dirigeants de ces industries devront avouer leur stupéfaction et leur effroi devant des conséquences que leur esprit scientifique n’avait pu imaginer. La menace terroriste, en s’emparant des technologies pour détruire les centres de la société industrielle et financière, achèvera cette remise en cause du système de l’économie libérale. Un autre mode de propriété de ces richesses et de ces moyens de production doit être restauré. Cette évolution passe par une actualisation et de la propriété individuelle et de la propriété collective, celle des états comme celle des communautés.

Et aujourd’hui, on pourrait dire plutôt :

« Mourir en travaillant ou vivre libre en combattant »

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