Manifeste de l’occupation du parc Sergent Blandan

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Un texte distribué pendant l’occupation...

1. Si nous occupons aujourd’hui la caserne Sergent Blandan, c’est pour prendre au pied de la lettre le projet de parc de proximité expérimental proposé par la mairie et lui donner la consistance que jamais la logique de planification administrative ne pourrait lui conférer. Parce qu’en somme, nous allons lui donner une âme.

2. Si nous occupons la caserne Sergent Blandan aujourd’hui c’est parce que nous pensons que la citoyenneté telle qu’entendue par les institutions, fussent-elles participatives, est beaucoup trop exiguë pour permettre d’inventer de nouvelles formes de vivre ensemble. Nous pensons qu’agir dans la cité n’en passe pas nécessairement par les canaux bien référencés de la représentation politique ou même de la concertation, lorsqu’il s’agit comme ici de « renouvellement urbain ». La qualité politique de cette occupation tient précisément dans ce qui n’est habituellement jamais mis en jeu lors de ces concertations : la capacité des gouvernés à s’organiser par eux même.

3. « La concertation n’est pas là pour décider, ni dessiner ensemble.... Les élus et les services vont prendre des orientations pour le programme sur la base de contraintes budgétaires, réglementaires, technique […] La concertation, ce n’est pas de la coproduction. C’est une aide à la conception et à la création. Évidemment, on ne pourra pas tout prendre en compte. La charte de la concertation du Grand Lyon précise bien que la concertation est différente de la coproduction, et qu’en aucun cas, la codécision n’est juridiquement possible. »
Un représentant du Grand Lyon (C.R Atelier de concertation, caserne Sergent Blandan 02/12/2008)

4. Dans les comptes rendus des concertations réalisées pour la réhabilitation de la caserne Sergent Blandan, les habitants du quartier ainsi que l’association de défense de la caserne ont fait preuve de leur détermination à voir le parc devenir un lieu public, favorisant la faune et la flore locale, l’histoire du site et la création artistique, mais surtout son ouverture. Un lieu véritablement public donc, élaboré et mis en oeuvre par les intéressés, les habitants, les usagers. Si nous occupons la caserne Sergent Blandan, c’est aussi pour en restituer la qualité d’usage et nous ne pouvons concevoir de ne pas associer pleinement les habitants à cette entreprise. Parce que nous ne sommes soumis à aucune « contraintes budgétaires, réglementaires ou techniques » associer les voisins et les usagers veut dire pour nous décider ensemble, coproduire, concevoir, créer, codécider de l’avenir du parc.

5. A aucun moment il n’est question pour nous de nous approprier cet espace au sens d’une prise propriétaire. Nous revendiquons l’usage des Bâtiments au titre de lieu public, de lieu d’expérimentation écologique, sociale et créative et pour cela nécessairement aussi de lieu de vie. Nous pensons qu’un lieu n’a d’esprit que s’il est habité et investi quotidiennement, et pour cela certains d’entre nous vivrons sur place. Nous voulons que le parc ne soit pas un lieu de passage mais là où il y aura lieu de s’arrêter. En ce sens, l’occupation est une tentative d’inscrire notre vie collective et partagée au coeur de la vie du parc.

6. La restitution du parc à l’usage public est une évidence précisément parce que jamais tant qu’aujourd’hui l’espace public ne nous était devenu aussi hostile. Les villes contemporaines, dans la compétition acharnée qu’elles mènent entre elles, sont de moins en moins en mesure d’admettre notre présence. Les inclassables, les roms, les clochards, les artistes, les fous, les énervés, tous ceux et celles que la littérature et le cinéma encensent et la réalité urbaine expulse… A Lyon, l’architecture même nous contraint à ne plus pouvoir nous coucher sur un banc, à ne plus nous réunir à plus de cinq sans attirer la suspicion. Nous ne sommes pas des sans-voix mais ceux dont la voix, les corps, les formes de vies, ne sont plus supportées dans la cité.

7. Depuis de nombreuses années, nous avons développé des savoirs faire écologiques liés à nos manières de vivre : la culture de la récupération, la fabrication et l’utilisation quotidienne de vélos, l’équipement de moteurs à l’huile sur les camions… Nous pensons que cette expérience trouvera parfaitement à s’épanouir dans le parc de la caserne, en construisant une centrale d’huile, des jardins partagés, des bassins de récupération d’eau de pluie, des toilettes sèches, un atelier de réparation et de construction de vélo et tout ce qui sera rendu possible par ce nouvel espace et qu’il reste encore à inventer.

8. Le caractère dissensuel de cette occupation n’est pas seulement formel mais constitutif de notre prise de parole. Il revêt une puissance propre, celle de refuser par avance le consensus et d’en faire un préalable aux débats. En faisant effraction, nous ne faisons qu’affirmer de manière positive notre capacité à participer à la chose publique, nous initions très pratiquement la possibilité d’imaginer autrement ce que veut dire habiter, créer et vivre en ville.

9. Cette occupation se veut un acte esthétique autant que politique, parce qu’elle modifie l’expérience urbaine, parce qu’elle s’immisce au cœur du problème de l’agencement des corps dans l’espace, parce qu’elle pose concrètement la question de la normalisation et de la sécurisation des espaces publics. Nous faisons acte de création en modifiant l’ordre sensible de l’urbain, pour y imprimer durablement une autre ambiance.

10. Nous ne pensons pas « qu’un autre monde est possible  », nous travaillons à ce que ce monde-ci soit plus respirable.

Lyon, vendredi 21 janvier 2011

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  • Le 26 janvier 2011 à 12:07

    Quel dommage que la mairie joue contre vous, vous rentreriez parfaitement dans le projet de réhabilitation du parc :
    http://www.grandlyon.com/Le-parc-Blandan.2997.0.html

    Ils insistent sur le côté vétuste des bâtiments. Vous avez l’électricité ?

  • Le 25 janvier 2011 à 11:54, par mimi

    Bravo pour vos actions, il faut continuer à interpeller les citoyens, pour que l’étincelle de lucidité qui est en train de poindre puisse s’agrandir et les toucher de plus en plus. . Enfin notre bonne vieille terre s’éveille, réfléchit, et sort de son cocon individualiste trop structuré. Un jour prochain, toutes ces personnes oseront sortir pour aller vers leurs voisins et partager ....
    Ne vous y trompez pas, de nombreuses personnes oeuvrent individuellement ou en groupe pour que « ce monde-ci soit plus respirable » par des actions pacifiques .
    Nous vous souhaitons beaucoup de courage et de la persévérance et n’hésitez pas à regarder autour de vous, vous découvrirez des personnes qui partagent vos idéaux et qui n’hésiteront pas à vous aider.
    mimi

  • Le 24 janvier 2011 à 20:19, par ana

    je propose plutôt un commentaire car je tiens à dire mon étonnement devant cette action CONCRETE et courageuse : ce serait intéressant de connaître les réactions des habitants du quartier. En fait pour qu’un autre monde soit possible, ça doit commencer ainsi , par des changements , des projets collectifs, de l’entraide parce que cela concerne un public et d’autres façons d’envisager le quotidien. Bravo pour la réparation de vélos et pour les moteurs à huile et vive l’autonomie
    CHAPEAU et bonne continuation

  • Le 22 janvier 2011 à 23:20, par François

    Très joli texte, espérons que ce qui est écrit dans ce manifeste puisse prendre corps dans un lieu prochainement... Courage !

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