Nouvelle provocation policière à Oaxaca, Mexique

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Oaxaca

La police mexicaine a de nouveau frappé au matin du 2 Novembre, empêchant ainsi le déroulement de la commémoration de la victoire « de tous les saints » et le recueillement en mémoire des personnes mortes et disparues pendant le conflit.

Le 2 novembre, au Mexique, c’est la fête des morts, la fête de tous les saints. Mais c’est aussi, depuis l’année dernière, l’anniversaire de la « bataille de l’Université ».
En effet, le 2 novembre 2006, les éléments de la Police Fédérale Préventive (PFP) tentaient d’entrer dans la cité universitaire pour en déloger les membres de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO), mais aussi une de leur radio, Radio Universidad. Cette dernière était alors un des seuls médias autonomes qui continuait à soutenir le mouvement populaire et à informer les habitants de l’activité du mouvement.
Après sept heures d’affrontements, la PFP se repliait, vaincue. La cité U restait aux mains de l’APPO, et Radio Universidad émettait.

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Cette année, en commémoration de cette victoire – et comme le veut la tradition pour la fête des morts – il était prévu de rendre hommage à toutes les personnes tombées pendant le conflit en mettant en place un autel de sable, de fleurs, de bougies et de toute sorte d’offrandes.
En plus de cela, et pour se rappeler la retraite de la PFP, des barricades devaient être montées au croisement où, l’année dernière, la police s’était retirée.

À six heures, le 2 novembre au matin, une centaine de personnes s’active au croisement pour entreposer le sable et commencer la sculpture (une représentation de squelette). Ils ont à peine le temps de mettre en place le matériel qu’une dizaine de patrouilles policières arrive et les encercle. Elles arrêtent une vingtaine de personnes et enlèvent toute trace de ce qui ne ressemble pas encore à un autel. Les autres personnes fuient où elles peuvent, en attendant de savoir quoi faire.
Une nouvelle intimidation.

À la radio, l’information passe : à treize heures, une marche partira de l’hôtel des enseignants pour se rendre au dit croisement, poser l’autel quoiqu’il arrive, et faire un « meeting » où chacun pourra prendre la parole. À treize heure devant l’hôtel, seulement deux-cents personnes sont présentes (ce qui est peu par rapport aux marches d’un million de personnes qu’a connu Oaxaca). De fait, les discussions deviennent de plus en plus fortes pour savoir si oui ou non la marche est maintenue. Quelques personnes sont réticentes tandis que d’autres, plus nombreuses, ne le sont pas du tout. On nous informe que toutes les personnes arrêtées le matin ont été libérées. La marche aura finalement lieu. Tout le long du trajet, les hauts parleur n’auront de cesse de demander aux gens de marcher en file indienne, avec un cordon de sécurité féminin de chaque côté.

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Au fur et à mesure qu’on approche du lieu, la tension monte : les uns surenchérissent dans les demandes de responsabilisation et d’ordre dans le cortège ; les autres récoltent pierres et barrières pour les barricades, visages masqués.

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À quelques centaines de mètres, la voiture de tête s’arrête, la marche aussi. Les enceintes de la voiture informent : il y a des patrouilles de tous les côtés. S’ensuivent des discussions plus ou moins calmes pour savoir si la marche continue ou non. On commence à s’énerver assez fort et, finalement, un vote à main levée suivi de cris de joie redonne de l’entrain au cortège. Les barricades mobiles avancent. Après quinze minutes, la marche reprend…

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…Pour s’arrêter cent mètres plus loin. Au micro, on dit qu’on va s’arrêter là, que c’est dangereux, qu’il ne faut pas tomber dans le piège de la provocation. Un homme tente de prendre le micro, on lui refuse. Il crie que le vote a parlé, et que l’autel doit être mis, que la marche doit continuer, qu’il ne faut pas avoir peur. Que poser un autel le jour de la fête des morts n’est en aucun cas un délit.

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Le micro reprend vite la parole et décide de faire le meeting ici. Cinq personnes s’inscrivent pour parler. De toutes parts, on tente de justifier la décision d’arrêter ou de continuer la marche. Le même débat reprend et gagne en intensité. Ne pas risquer d’autres détenus et s’arrêter là. Ne pas s’avouer vaincus et faire ce qu’il y a à faire : poser l’autel et barrer la route le temps de la mise en place.
Les pierres resteront à ce carrefour, les barricades mobiles également, mais pas la marche qui arrivera finalement au lieu dit, cordon de femmes (et de journalistes) en tête.

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Le cordon se déploie vite en cercle pour couvrir tout le carrefour, et la préparation de l’autel commence.

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Une camionnette de flics est garée à chaque rue qui part du carrefour.
Une demi heure plus tard, l’autel est posée, des cris de joie s’élèvent et l’hymne de l’APPO est entonné.

Durant ce temps, la police n’a pas bougé, mais la tactique a fonctionné ! Un climat de peur, après un an partagé entre affrontements directs et intimidations quotidiennes, persiste à Oaxaca. Chaque décision est emprunte de ce sentiment. Entre ceux qui craignent trop, ceux qui ne craignent plus rien, et ceux qui ne savent pas, mais qui restent là, sur leurs gardes, avançant.

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E.S.

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