Nuit et brouillard : contre la tenue d’un meeting du RN à Villeurbanne

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Villeurbanne Antifa

Le 7 décembre 1941 est une date qui a marqué l’histoire et les mémoires, avec l’entrée en guerre des États-Unis contre les puissances fascistes, mais aussi de la promulgations des directives dites « Nuit et brouillard » par le pouvoir nazi. C’est cette date qui a été choisie par le RN pour tenir un meeting aux Terrasses du Parc à Villeurbanne.

La date du 7 décembre s’est taillée une place de choix dans les livres d’histoire. Elle a même eu droit à une superproduction américaine, vous savez le Pearl Harbor de Michael Bay avec Ben Affleck. Il y a eu d’autres films sur l’attaque japonaise de 1941 : le « 7 décembre » de John Ford (1942), ou encore « Tora ! Tora ! Tora ! » de Richard Fleischer et Kenji Fukasaku (1970). Mais que retenir de cet événement ? Que peut-il nous dire aujourd’hui ? En quoi peut-il nous éclairer sur les enjeux actuels auxquels nous pourrions faire face ? Je pense qu’on trouvera toujours sur LCI un gradé pour en tirer un avertissement vis-à-vis du militarisme russe - une possible attaque surprise de drones russes consitue une bonne justification de l’explosion du budget alloué aux armées. Mais saviez-vous que, de l’autre côté de la planète, cette même date du 7 décembre 1941 a marqué un jalon dans l’histoire et la mémoire des sociétés européennes ? Je parie que les plus âgés n’auront pas de mal à se remémorer ces quelques mots : Nuit et brouillard.

C’est précisément un 7 décembre que le Rassemblement national, parti politique d’extrême droite populo-fasciste fondé en 1972 par des admirateurs du régime nazi, compte organiser un meeting politique à Villeurbanne. Quel drôle de choix ! Car il ne s’agit pas pour lui de briguer quoi que ce soit dans cette ville, mais plutôt de lancer sa campagne à l’échelle métropolitaine. Pourquoi ne pas le faire plutôt à l’ouest de la Saône, là où se font plus rares les survivant.e.s des ratonnades, rafles, tortures et meurtres perpétrés par leurs mentors et partisans ? Difficile de dire s’il s’agit d’une provocation ou bien du besoin d’aller profiter en meute de la nuit des lumières une fois leur petit Reichsparteitag local achevé. Une fois de plus, on sent que ce 7 décembre, le RN a choisi Villeurbanne pour appliquer sa marque de fabrique, à savoir une forme de flou dans le langage, au service de la dissimulation de sa véritable nature ; une tromperie qui devrait nous faire oublier le culot qui caractérise les fascistes du monde entier, à commencer par Hitler avant de penser à Trump.

Petit rappel historique. Le 7 décembre 1941, les nazis sont aux portes de Moscou et reculent face à la contre-offensive soviétique. C’est le début de l’enfer pour eux. Le même jour, le maréchal Keitel promulgue sur l’ordre d’Hitler un décret secret qui condamne les résistants et opposants des pays occupés à la déportation et à la disparition en Allemagne. Selon Johan Chapoutot, ces dispositions assez floues sont largement diffusées, commentées et amendées, dans les différentes institutions allemandes ; elles posent le cadre de la politique répressive nazie et se verra attribuer dans la mémoire populaire le terme de « Nuit et Brouillard », une métaphore de la violence nazie matérialisée par les camps de concentration et de la mort.

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Adolf Hitler et le maréchal Wilhelm Keitel, chef d’état-major du Haut commandement de la Wehrmacht. Berlin, 23 mars 1941

D’ailleurs, si on repasse de l’autre côté de l’Atlantique, la logique de conquête d’un espace vital, d’un génocide des populations locales et de l’exploitation de « races » inférieures y est toute sauf étrangère. Au début du XXe siècle, cette société qui baigne dans l’eugénisme, le racisme et l’antisémitisme a réussi à produire aussi bien des inspirateurs (Henry Ford) que des admirateurs (Charles Lindbergh) du nazisme. L’image d’Épinal du raciste américain, une cagoule blanche et pointue sur la tête, a tendance à nous faire croire que le Ku Klux Klan (KKK) aurait été une organisation secrète renvoyée dans les limbes par la répression de l’État fédéral à partir de 1871. Or, il convient de rappeler que ce costume est un pur produit culturel, la construction d’un second KKK. Reposant sur la valorisation d’un mode de vie conservateur, le suprémacisme blanc et la haine de tous les groupes de population qui le menacerait (Juifs, Catholiques, Afro-américains, immigrants et communistes…), le KKK relancé en 1915 n’était à l’origine qu’une simple organisation fraternelle de nostalgiques inspirés par le film « Naissance d’une nation ». Pas de quoi fouetter un chat, au moment où le monde se transforme à la sortie de la Grande guerre et que Marcus Garvey réunit plus de 20 000 membres de la Universal Negro Improvement Association (UNIA) à New York, le KKK ne compte pas plus de 4000 membres.

Mais au début des années 1920 les choses évoluent rapidement pour le KKK, qui profite de l’investissement de Edward Young Clarke et Mary Elizabeth Tyler, deux individus rompus à la toute nouvelle discipline du viol des foules : la technique publicitaire appelée alors par Edward L. Bernays « relations publiques » et mieux connue aujourd’hui sous le terme de « fabrique du consentement ». En quelque mois, le KKK met en place un réseau de recruteurs rémunérés et un système d’enrichissement reposant sur la vente des fameux costumes blancs et les frais d’initiation à la fraternité (une autre version de l’arnaque au kit de campagne). Durant toutes les années 1920, l’idée du retour à un âge d’or rural et WASP (White Anglo-Saxon Protestant) est désormais largement diffusée par la Southern Publicity Association. À ces idées traditionnelles de l’extrême-droite sont associées des revendications et idées telles que l’application des lois, un gouvernement honnête, de meilleures écoles publiques ainsi que la défense de la "famille traditionnelle". De plus, le Ku Klux Klan développe des groupes auxiliaires pour les femmes, les "Women of the Ku Klux Klan" (WKKK), et pour les jeunes, les "Junior KKK ». À son apogée, l’organisation compta environ 5 millions de membres, une force qui lui permit de disposer d’une influence sociale et politique majeure dans de nombreux États, au point de pousser en 1924 le Congrès à voter d’une loi raciste, le « immigration act ».

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Bolsonaro démasqué

L’extinction du second KKK est souvent attribuée à des querelles internes et aux pratiques criminelles de ses dirigeants. Rien de bien étonnant, mais il semble que c’est le même outil qui avait permis son expansion qui entraîne sa chute : la médiatisation. Ce sont bien les journalistes qui se sont chargés de médiatiser l’affaire D.C. Stephenson (« grand dragon de l’Indiana », violeur et meurtrier d’une jeune femme, Madge Oberholtzer) et d’autres impliquant la corruption et l’enrichissement personnel des dirigeants (par la vente de costumes notamment). À l’image de n’importe quel épisode de Scooby-Doo, l’extrême droite craint particulièrement le fait d’être démasquée. Cela fait, et la dépression post-1929 aidant, le KKK retombe à quelques milliers de membres durant les années 1930. On le retrouve cependant aux côtés d’une autre organisation qui apparaît à la faveur de l’arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne : le German American Bund.

Cette organisation pro-nazie fondée avec le soutien de l’Allemagne en 1933 sous le nom de « Friends of New Germany » a, durant cinq années, travaillé à faire la promotion du régime nazi aux États-Unis, notamment en combattant les campagnes de boycott portées par les Juifs américains. Outre la diffusion des idées nazies auprès des Américains d’origine allemande, le German American Bund avait pour objectif dès 1936 de promouvoir la non-intervention des États-Unis dans un possible conflit européen impliquant l’Allemagne. En ce sens, il s’alignait sur la ligne isolationniste et antisémite du Ku Klux Klan ; ou encore sur celle du « parti national » qui, en France, fustigeait un Front populaire « judéo-bolchévique » qui faisait courir le risque d’une guerre avec l’Allemagne. En 1939, le German American Bund rassemblait plus de 20 000 personnes au Madison Square Garden de New York, mais les protestations et les violences qui accompagnèrent ce meeting permirent d’achever la crédibilité de l’organisation auprès du public américain.

Néanmoins, il semble que le mal ait été fait : il fallut attendre le 7 décembre 1941 pour que le gouvernement américain s’engage dans la guerre contre les puissances fascistes de l’Axe (le génocide était déjà engagé sur le front de l’Est depuis le mois de juillet). Le German American Bund fut rapidement dissout et les États-Unis libérés de la propagande nazie. La guerre « pour la démocratie » (et non pour sauver les populations juives et tsiganes d’Europe) hors du continent américain a porté un coup très dur à ces organisations d’extrême-droite qui pouvaient facilement être associées à l’ennemi fasciste. En ce sens, la date du 7 décembre fait office de pivot dans l’histoire politique américaine et donc du monde : un coup d’arrêt à la propagande d’extrême-droite, et la promotion de valeurs qui ouvriront la voie à d’importants progrès politiques et sociaux aux États-Unis comme en France.

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propagande américaine durant la 2e guerre mondiale

En Europe, la date du 7 décembre 1941 a plutôt marqué les mémoires que l’histoire. Mais est-ce encore le cas ? Il semblerait qu’on assiste à un effritement de cette mémoire par manque de transmission ou encore la disparition des témoins de l’époque. Que représente ce « Nuit et brouillard » ? Les directives dites « NN » normalisaient la pratique consistant à retirer les personnes arrêtées de l’existence légale et à les soumettre à la disparition forcée (soit par la mort, soit par l’isolement total dans les camps). Durant la guerre, « Nacht und Nebel » fait donc référence aux NN, nom donné aux déportés européens condamnés aux camps de concentration et contraints de porter cet acronyme administratif NN qui consiste à marquer une personne non identifiée (abréviation de l’expression latine nullum nomen ou nomen nescio). À la fin de la guerre, cette condition d’anonymat des déporté.e.s marqué.e.s par le « NN » a été associée à l’expression « Nacht und Nebel », ou « Nuit et Brouillard », notamment sous la plume de nombreux rescapé.e.s (Arne Brun Lie, Odette Améry, Violette Maurice, Arnold Weiss-Rüthel, Jean Cayrol). Le terme s’ancre dans la mémoire collective avec le film d’Alain Resnais : « Nuit et brouillard » ou encore la chanson du même titre de Jean Ferrat (1963).

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Le film d’Alain Resnais (1955)

Dans ce film de 1955, il est donné à voir comment la machine administrative nazie (dont la désorganisation a été étudiée par Chapoutot) a opéré la déportation de tout ce qui lui déplaisait : Juifs, Tsiganes, homosexuels, communistes, opposants, résistants de toutes sortes et simples suspects et personnes qui se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Pourtant, les directives du 7 décembre 1941 ne devaient viser que les opposants politiques et il n’ont touchés officiellement pas plus de 7000 individus. Le film de Resnais ne s’embarrasse par de subtilité et rappelle plusieurs faits importants. Ces directives posent une pierre décisive à l’édifice criminel nazi, car, cherchant à briser toute résistance en Europe, elles ouvrent une ère de terreur et de répression qui cible non pas les seuls communistes mais l’ensemble des populations ; elles ont facilité la tâche des nazis pour mener à bien d’autres opérations de grande envergure, y compris les rafles. En effet, des sociétés civiles terrorisées et sans résistance organisée étaient moins susceptibles de protéger leurs citoyens juifs. De plus, en normalisant l’idée de la disparition de masse d’opposants et en utilisant une partie de l’infrastructure concentrationnaire qui serait ensuite impliquée dans la Shoah, le « Nacht and Nebel » du 7 décembre 1941 a ouvert une étape supplémentaire dans la déshumanisation et l’escalade de la violence nazie menant au génocide. Elle ne précède que de quelques semaines la conférence de Wansee durant laquelle les dignitaires nazis engagent la coordination et l’officialisation de la mise en œuvre de la « Solution finale de la question juive » (selon le vocabulaire nazi - on reviendra là-dessus).

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Travail à la grande carrière au camp du Struthof. Croquis de R. Naess. ©

Le 7 décembre est donc une date qui marque la montée en puissance de la violence nazie à une échelle continentale. Cette violence s’appuie sur plusieurs piliers. Le dédain, voire l’aversion affichée des nazis vis-à-vis du droit et de ses principes est à la base de des directives du 7 décembre : la peine de mort sans procès, la déportation et la mise au secret. Cette détestation d’une institution judiciaire indépendante est un marqueur important de l’extrême droite contemporaine, à l’instar du Rassemblement national dont les conflits et les attaques vis-à-vis de la justice mériteraient un livre entier. Et ce n’est pas pour autant que l’institution judiciaire française dans sa pratique s’est toujours montrée agressive vis-à-vis de ceux-là même qui défendent sur assujettissement. Revenons en 1945, lorsqu’un certain Pierre Bousquet, délégué général de la Jeunesse Franciste (le parti franciste était une force d’appoint idéologique et armée essentielle dans la guerre que menaient l’occupant nazi et l’État Français contre la Résistance intérieure) engagé en 1943 dans la Waffen-SS, est condamné à mort pour intelligence avec l’ennemi alors qu’il est occupé à défendre Berlin face aux alliés. Démasqué et arrêté en 1946, il ne passera que deux ans et demi en prison, sans doute l’avantage d’avoir un juge pote avec son papa.

Ce même Pierre Bousquet va continuer son parcours de nazi dans différents groupuscules, puis en tant que membre de l’association d’entraide mutuelle des anciens membres des Waffen-SS ou que cadre de Jeune nation, une organisation fasciste fondée par d’autres rescapés de la Libération, les frères Sidos dont le père avait été une figure de la Milice vichyste. C’est avec un autre ancien milicien, François Brigneau, que Pierre Bousquet participe (il en dépose les statuts) à la fondation du Front national en 1972. Comme le Ku Klux Klan de 1915-1919, le Front national est le produit d’une bande de nostalgiques qui, bien qu’armés d’une idéologie en cours de renouvellement avec le Groupement de Recherche et d’Études pour la Civilisation Européenne, ne semblent pas en mesure de peser sur la politique ou la société française. D’ailleurs, autre point bien nébuleux : le FN continue de revendiquer la participation de Georges Bidault à sa fondation, ce qui est bien évidement faux. Mais revendiquer la participation d’une figure de la Résistance (président du CNR suite à l’arrestation et le meurtre de Jean Moulin en 1943, victime des directives du 7 décembre 1941) peut toujours faire bon effet pour un parti qui cherche à cacher sa vraie nature. Il faudra également attendre l’émergence de personnalités capables d’offrir au FN une stratégie et une incarnation médiatique : Jean-Pierre Stirbois et Jean-Marie Le Pen.

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Ainsi, à l’instar du KKK ou encore du NSDAP au début des années 1920, l’important est d’exister (d’où le « socialiste » dans son nom), au risque d’utiliser de gros artifices ou encore de faire de la provocation. Mais le danger demeure pour eux : celui de l’opposition organisée (Knights of the Flaming Circle aux États-Unis, organisations antifascistes en Europe), des médias et de la justice. D’où l’importance d’une stratégie de dissimulation et de flou, « nacht und nebel ». Cette stratégie de la dissimulation, cultivée et mise en scène par le le KKK, a été théorisée et développée par les nazis. Qu’il s’agisse de l’usage d’euphémismes dans son langage afin de masquer ses crimes, de messages de « redressement national » ou de « lutte contre l’ennemi intérieur », l’effort de propagande s’est avéré indispensable pour les nazis. Ainsi, le discours consistait à chaque fois à faire passer l’Allemagne pour une victime qui n’aspirerait qu’à la paix, d’où une intense activité diplomatique visant à l’apaisement, au même moment où le régime préparait la guerre. En somme, la dissimulation était au cœur de la tactique nazie, permettant de construire une adhésion interne tout en déjouant la vigilance internationale. Ce qui est hallucinant, c’est qu’aujourd’hui n’importe quel journaliste ou politicien sait cela. Et pourtant, ils semblent tomber dans le panneau avec une facilité déconcertante. Alors revenons à Villeurbanne et essayons de dissiper le brouillard qui entoure ce meeting du 7 décembre.

Au sein du Rassemblement national, la culture de l’opacité et de l’illégalité persiste, en témoigne le pedigree des trois têtes d’affiche du meeting. Le porte-parole du parti, Julien Odoul, a été reconnu coupable en première instance de recel de détournement de fonds publics pour un emploi fictif d’assistant parlementaire, écopant de huit mois de prison avec sursis et d’un an d’inéligibilité (décision en attente d’appel), tandis que la députée Edwige Diaz fait l’objet d’une enquête préliminaire pour des soupçons d’emplois fictifs et d’abus de frais kilométriques. Parallèlement, ces affaires judiciaires sont doublées d’une ambiguïté idéologique incarnée par la députée Tiffany Joncour, dont les liens passés avec des mouvances radicales sont avérés : elle a notamment participé à l’organisation de la "Fête du Pays Réel", un rassemblement notoire de l’extrême droite identitaire proche de l’Action Française. Cela dessine un tableau où les problèmes de probité et d’extrémisme continuent de miner la façade de "respectabilité" que le Rassemblement national tente d’afficher et qui l’aligne sur l’ensemble des mouvements fascistes passés et contemporains.

Faut-il rappeler que Villeurbanne est tout sauf une terre d’accueil, même de bivouac, pour l’extrême droite ? Place forte des mouvements révolutionnaires qui ont secoué Lyon aux XVIIIe et XIXe siècle, cette ville ouvrière a été nourrie jusqu’à aujourd’hui d’une forte immigration et accueille de longue date une importante communauté juive. Bref, tout ce que déteste et vise à éliminer l’extrême droite. Ce n’est pas pour rien que Villeurbanne a été un lieu majeur de la Résistance dans la région lyonnaise, en tant que foyer très actif de l’Union des Juifs pour la Résistance et l’Entraide (UJRE) et des Francs-Tireurs Partisans - Main d’Œuvre Immigrée (FTP-MOI), notamment le bataillon Carmagnole. Les directives nazies du 7 décembre 1941 qui visaient aussi bien ces groupes résistants que les Justes (un square en leur honneur a été inauguré le 8 décembre 2005 aux gratte-ciel) ne pouvaient s’avérer efficace que du fait du concours de l’extrême-droite française, des francistes, de la Milice et de l’institution policière qui, à n’en pas douter, saura protéger vigoureusement le rassemblement fasciste si celui-ci devait se tenir à Villeurbanne le 7 décembre 2025.< L’insurrection des 24, 25 et 26 août 1944 nous rappelle que, soutenue par des groupes de résistants déterminés, la population de Villeurbanne est en mesure de porter des coups très durs aux fascistes, quel que soit le soutien militaire dont ils disposent. Cette même population s’est distinguée par sa capacité à s’auto-organiser politiquement au sein des états généraux de 1945.

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Il est ainsi étonnant qu’un parti raciste, xénophobe, soutenu par le patronat et cachant son antisémitisme derrière un soutien inconditionnel à Israël puisse se croire autorisé à organiser un meeting à Villeurbanne. Regardons les choses en face : la France éternelle qui nous est vendue sur tous les médias de Bolloré et consorts ne relève même pas d’une simple fiction identitaire. Il s’agit d’un véritable écran de fumée propagandiste ; on retrouve ici l’idée du « Gros Mensonge » (Große Lüge) élaborée par Hitler et mise en œuvre par Goebbels. La mémoire populaire à retenue cette paraphrase : « Plus le mensonge est gros, plus les gens y croient ». Mise en œuvre sur Cnews, cette pratique intoxique la société et l’amène à croire au mythe d’une France éternelle « judéo-chrétienne », un terme fort utile pour faire oublier l’exclusion et l’oppression qu’ont subies les communautés juives tout au long de l’histoire française. Faut-il le rappeler ? L’antisémitisme en France est avant tout et largement le fait de l’extrême droite, quoi qu’elle proclame devant les journalistes imbéciles. Le soutien de l’extrême droite à Israël n’est que celui apporté à une reproduction du vieux schéma raciste, colonialiste et génocidaire qui a accompagné les chefs de guerre européens de Jérusalem à Sétif et Guelma, en passant par Malaga, Cholula, Wounded Knee, les déserts du Kalahari et de Syrie ou encore Auschwitz-Birkenau. Couplez à cela la politique d’accueil des Juifs français (une émigration « soft » que n’aurait pas refusée Hitler) par les gouvernements de Sharon et Netanyahou. Quel triste enfumage ! Quand on entend parler de « civilisation judéo-chrétienne », on se sent en plein brouillard. La « reconquête » si chère à tant de fascistes contemporains a élaboré ce poison qu’est le racisme, non pour chasser les musulmans d’Espagne mais pour persécuter les Juifs convertis au catholicisme. Car comme le Hamas qui a été financé et soutenu par le gouvernement israélien, les fascistes d’Europe attendent patiemment chaque occasion de se livrer à des violences antisémites, sans oublier le cas de Claude Hermant. Je suppose que l’État et ses chiens de garde nous sortiront leur refrain « qui aurait pu prédire ? ».

J’insiste sur le point de l’antisémitisme car, parmi toutes les victimes potentielles d’un RN, celles visées par l’antisémitisme de l’extrême droite française semblent être plus inquiétées par quelques saillies de Mélenchon. Alors que les victimes des pratiques racistes et de la xénophobie des différents agents au service de la préfecture du Rhône vivent déjà l’enfer de la « préférence nationale ». La promotion de l’indifférence vis-à-vis de Gaza et du Soudan, du drame qui se joue depuis des années dans la Méditerranée, seraient les symptômes d’une haine du seul (ancien) sujet colonial, une crainte d’un « grand remplacement » racial (les arabes et les noirs) et culturel (l’islam). Reprenons la fameuse phrase de Fanon dans Peau noire masques blancs « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous » et complétons là d’une seconde : « un antisémite est forcément négrophobe ». Le point, assez simple, est que, pour sa propre sécurité, la communauté juive ferait bien de se mobiliser contre la dynamique fascisante qui, à terme, lui tombera dessus avec la force de la haine séculaire que l’extrême droite lui voue. Qui est dupe de l’écran de fumée que constitue l’islamophobie, cette "critique de l’islam" qui ne vise qu’à disqualifier les adversaires politiques et dissimuler une profonde haine antisémite ? Dans le passé, le fascisme a su s’accommoder des Juifs. Il suffit de prendre le cas de l’Italie de Mussolini qui n’a engagé leur exclusion qu’en 1938 (Leggi Razziali) avant de les rafler, les assassiner et les livrer à la machine génocidaire nazie.

La mobilisation contre la venue des voyous et racistes du RN à Villeurbanne se doit d’être l’occasion de dépasser les antagonismes qui traversent notre ville et la société française. Il s’agit d’envoyer un signal fort aussi bien aux fascistes qu’à toutes celles et ceux qui banalisent depuis trop longtemps des discours qui mettent à mal le vivre ensemble et mettent directement en danger une large partie de la population. Ce signal est clair : face à la démission d’un État s’imaginant héritier de la Résistance et victime d’actes terroristes de l’extrême droite, mais aussi de trop nombreuses structures associatives, politiques et syndicales, il revient à la population de mener l’offensive contre le mouvement de fascisation à l’œuvre. À nous de les démasquer, de leur interdire la moindre opportunité de diffuser leur poison. Si les institutions de la république se révèlent incapable de nous prémunir de ce poison, alors c’est à tout un chacun d’agir, sans attendre la moindre élection. Cela commence par faire de la date du 7 décembre une occasion de montrer que la détermination de la population villeurbannaise est intacte lorsqu’il s’agit de combattre le fascisme, le racisme et la xénophobie.

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Le RN hors de nos villes, hors de nos vies

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