On est pas là pour vendre du muguet ! Récit du 1er mai 2018 à Lyon

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En règle générale, le premier mai n’est pas la manif la plus dynamique de l’année. C’est plus l’occasion de prendre le pouls du mouvement social, de croiser les ami.e.s et de profiter du repas de quartier de Radio Canut. Mais les premiers mai qui s’inscrivent dans un mouvement social ont toujours une saveur particulière. Celui-ci a lieu après plusieurs semaines d’un mouvement multiple, dans les facs, chez les cheminots, contre la loi asile & immigration, etc. On se doutait bien que ce ne serait pas uniquement une grand’messe syndicale, et c’est tant mieux. Petit récit en photo.

Arrivé·es place Jean Macé, la foule, sans être ridicule, loin de là, n’est pas non plus énorme. Le dispositif policier est, quant à lui, celui des grands jours. En plus des fourgons sur l’avenue de Saxe, des groupes de CRS équipés sont présents aux abords de la manif. Mais rien de bien surprenant au final, tant on a fini par s’habituer à ne plus manifester qu’encerclé·es par les keufs. Leur seule utilité à ce stade est de protéger la vingtaine de militant.e.s de l’UPR, coincé au bout de la place, qui gesticulent sous des pancartes « Frexit » derrière un rang de flics. C’est l’attraction de début de manif. Le temps est maussade, on espérait une balade au soleil, tant pis.

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La banderole intersyndicale au départ de la manif sur l’avenue de Saxe

La manifestation finit par s’élancer le long de l’avenue de Saxe. Le cortège de la CGT est le plus visible, suivi par d’autres cortèges syndicaux. Un cortège libertaire (CNT-CGA-AL-Jeune garde-FA, etc.) fait le lien avec les cortèges politiques de la seconde partie de manifestation. La CGT annonce près de 10 000 personnes dans les cortèges, ce qui est loin d’être ridicule pour un premier mai. Les banderoles listent les luttes en cours : cheminots, postiers, lycéen.ne.s et étudiant.e.s, migrants, etc.

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La manif s’élance avenue de Saxe

Assez rapidement se forme un cortège de tête de plusieurs centaines de personnes qui ne fera que grossir au long de la manifestation. Un cortège de tête hétérogène, où se mêlent étudiant.e.s en lutte et salarié.e.s syndicalistes, k-way noir et vêtements colorés. C’est divers, c’est dense et dynamique, ça fait du bruit, ça gueule fort et ensemble. Les slogans fusent, rythmés par les pétards et les fumigènes. Quelques devantures de banque sont bombées sur le trajet.

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« Faisons dérailler le train-train quotidien »
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« Siamo tutti Antifascisti »
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Dense cortège de tête à l’approche de la place du Pont

Le cortège de tête est doublement encadré : par des membres du SO de la CGT en chasuble d’abord, par des flics surtout. Deux RGs marchent sur le côté à l’avant du cortège, tandis que derrière eux les trottoirs de part et d’autre sont occupés par deux lignes distendues de CRS. La CGT relâche la pression après avoir fait passer sa tête de cortège, avec banderole et drapeau, à l’avant de la manifestation. Les flics nous laissent respirer un peu à partir de la place du pont, courant à l’avant de la manif pour bloquer le cours de la liberté et les rues adjacentes.

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« Manu, arrête la poudre de perlimpinpin »

Arrivé·es au bout du pont de la Guillotière, à l’entrée de la rue de la Barre, on laisse filer le cortège de tête CGT avec drapeaux & cie. Au bout de quelques minutes, des dizaines de projectiles remplis d’encre noire jaillissent du cortège pour s’écraser sur la façade de l’Hôtel-Dieu tout neuf de Gérard Collomb, sous les applaudissements. Dans le même mouvement, la façade est également bombée d’un « Tombeau d’un hôpital, Berceau du Capital. Vandalisons l’opulence ».

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Il était tout propre pourtant, l’hotel dieu que GéGé a offert aux riches !

Un groupe de flics rapplique à toute vitesse : ils n’ont pas vu venir l’action. Ils se retrouvent coincés au pied de la façade, face au cortège. Comprenant un peu tard qu’ils sont en minorité, ils tirent une salve de lacrymo pour se dégager. Ils se replient rue Bellecordière où un autre contingent de CRS a pris position. La grande porte de l’ancien hôtel-Dieu qui donne sur la rue de la barre est aussitôt fermée par les vigiles qui craignent - a raison ? - un envahissement de l’édifice.

Après un face à face avec les flics à l’entrée de la rue Bellecordière (« Cassez-vous, Cassez-vous ! »), on arrive place Bellecour. La place se remplit assez vite alors que le long cortège n’a pas fini de traverser le pont de la Guillotière. Les flics bloquent l’entrée de toutes les rues au nord de la place, en direction des terreaux. Place Bellecour on se demande comment on va faire pour aller au repas de quartier place Sathonay.

Le cortège libertaire fini par arriver et est rejoint par plusieurs centaines de personnes, dont une bonne partie du cortège de tête. C’est un cortège de plusieurs centaines de personnes, revendicatif, qui prend la rue Emile Zola que les flics ont déserté quelques minutes auparavant. On remonte par la place de Jacobins puis la rue Édouard Heriot, pour rejoindre Sathonay. Un gros contingent de flics remonte la presqu’île en même temps que le cortège dans les rues adjacentes, n’osant pas s’approcher. On les croisera uniquement au niveau des grands axes, et devant l’hôtel de Ville et la place des Terreaux où quelques pétards viendront exploser dans leurs pieds.

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Un cortège libertaire massif entre bellecour et Sathonay

On arrive en force place Sathonay pour le traditionnel repas de quartier de Radio Canut. On s’est senti fort, le punch de Canut est bon et même le soleil a fini par se montrer. On en oublierait presque la présence policière à l’entrée de la rue Louis Vitet. Les premières informations sur ce qui se passe dans d’autres villes commencent à nous parvenir, pendant que ça discute de la possibilité de repartir en manif ou en action sauvage dans l’après-midi. Sur les coups de 15h on apprend que les flics tournent dans les rues autour, et surtout qu’ils ont arrêté un camarade. Quelques appels au mégaphone ont lieu pour se motiver à bouger. Un petit cortège s’ébranle rue Louis Vitet, vite bloqué par les flics, puis rue Sergent Blandan accompagné d’une fanfare.

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Au son de la fanfare, rue Sergent Blandan

Alors que l’ambiance est bon enfant, les flics, agressifs, finissent par transformer la rue sergent Blandan en nasse. Ils tentent même d’embarquer une personne par la rue Louis Vitet, tentative empêchée par la réactivité des gens encore présents sur la place Sathonay et à la jonction des deux rues. On ne revient pas en détail sur cette action, que d’autres ont déjà raconté sur Rebellyon (lire : Petit compte rendu pendant le punch de quartier de radio Canut et le communiqué de Radio Canut)

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Les flics nassent la rue sergent Blandan et visent à hauteur d’homme les soutiens sur la place Sathonay
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La nasse vue depuis la rue Terme

L’après-midi finit sous les lacrymo place Sathonay, avec des charges de flics sur la place et rue Thermes. Deux arrestations sont confirmées en fin d’après-midi et au moins une personne a été blessée de notre coté pendant ces brefs affrontements. Pendant ce temps d’autres camarades en ont profité pour aller refaire une fois de plus la devanture du local des fachos « bastion social » sur les quais de Saône.

On avait bien dit qu’on était pas venu pour vendre du muguet...

Les 2 camarades arrêtés autour de la place Sathonay sont passés aujourd’hui (le 3 mai) en comparution immédiate.
L’un a été condamné à 3 mois de prison avec sursis et 500 euros d’amende pour 2 tags.
L’autre a été condamné à 140h de travaux d’intérêt général et 6 mois de prison avec sursis avec mise à l’épreuve (donc, possibilité de faire 6 mois de détention au cas où les travaux d’intérêt général ne sont pas réalisés), pour 2 tags également.

Rappel pour contacter la caisse de solidarité : 06.43.08.50.32
Et le 1er jeudi du mois à l’Atelier des Canulars, 91 rue Montesquieu.

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  • Le 4 mai 2018 à 14:13, par I

    « placée sous le signe de l’églantine rouge, autrefois fleur du ler mai ouvrier, chassée sous Vichy par le muguet, fleur de la Vierge Marie. »
    Livre
    Églantine rouge

    En effet, arrêtons avec le muguet et revenons à l’églantine rouge et redevenons des églantinards fiér·e·s.

    Sans bien sûr la vendre, il faudra la cultiver car elle est devenue très rare.

  • Le 4 mai 2018 à 13:16, par jacques

    Pour dire : j’étais devant tout au long de la manif, comme chaque fois. Et des changements importants sont intervenus :
    Le plus grand nombre qu’à l’habitude de la « tête » des joyeux anonymes accompagnés de beaucoup de sympathisants . je pense 1/5e de la manif.
    Le SO de la CGT a plusieurs fois protégé les manifestants de la police et j’ai entendu pas mal des militants de la CGT reprendre les slogans de la tête. c’est nouveau .

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