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Récit(s) d’une manifestation offensive et de sa répression à Lyon

3 compléments

Nous étions plus de 4000 ce samedi après-midi 29 novembre à Lyon. Les nombreux appels avaient donné le ton et si la mobilisation appelée par les habituels « partis et syndicats de gôche » ciblait uniquement le FN et son congrès, l’opposition du jour couvrait un champ quelque peu plus large : celui du racisme (d’état) et de la violence policière (lesquels s’exercent régulièrement de façon conjointe). Quel intérêt d’ailleurs de s’opposer uniquement à un FN bunkerisé à la tête d’Or protégé par la police, et que médias et politiques ont déjà rendu « acceptable » en reprenant et appliquant ses idées racistes et réactionnaires.
Voir aussi [Suivi en direct] du bordel un peu partout à Lyon pour la manif contre le FN et le racisme d’état

MaJ 20:46 Rendu du procès : Refus de comparution immédiate, procès fixer au 8 janvier pour les 2 personnes. En attendant contrôle judiciaire avec pointage une fois par semaine au commissariat de leur ville et interdiction de sortir de leur département.

Le déploiement policier du jour était sans commune mesure pour une manifestation « antifasciste » : plusieurs dizaines de camions de CRS, autant de gardes mobiles, la BAC, un canon lance à eau, et même un hélicoptère. Mais depuis plusieurs semaines et les mobilisations anti-répressions, nasses policières [1] et déploiement ostentatoire sont devenus la règle, peu s’en sont étonnés. L’histoire avait déjà été vendue au quidam par les médias et le préfet Carenco : un centre-ville impraticable et des hordes de « casseurs » à la violence prétendument « gratuite ».

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La pression policière s’est fait sentir avant même le début de la manifestation : les bus venant de Paris, d’Italie, de Grenoble ou de Berne ont été arrêtés sur le trajet, avec contrôle systématique des papiers et fouille. Certains n’ont pas pu se rendre au point de départ de la manifestation. Sur place des barrages de police sur toutes les rues débouchant à Jean Macé ont permis aux flics de fouiller une bonne partie des manifestants (on vous laisse deviner les critères arbitraires de ciblage) et d’arrêter au moins une personne. D’autres personnes ont été embarquées par la police après des fouilles et contrôles dans un bar.

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La manifestation finit tout de même par quitter la place Jean Macé pour remonter l’avenue Jean Jaurès vers 15h. Partis et associations ouvraient le cortège suivi des syndicats (surréaliste camion-scène de concert de la CFDT). La deuxième moitié de la manifestation s’agrégeait derrière une banderole : "OFFENSIVE CONTRE LE RACISME D’ÉTAT LE FN ET LES VIOLENCES POLICIÈRES" . Les habituels slogans contre le FN et le racisme d’état fusent, quelques pétards explosent le long du cortège, quelques coups de bombes de peinture sur les murs ou directement sur le sol finissent de poser l’ambiance. La présence policière se fait moins pesante aux abords du cortège, les flics sont regroupés devant et derrière la manifestation.

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À l’approche de Saxe Gambetta, l’ambiance commence à monter. Quelques banques sont taguées, leurs vitrines et distributeurs prennent des coups. Un flic en civil (DCRI ?) présent au bord du cortège est pris à partie et doit fuir. Les flics commencent alors à mettre la pression sur l’arrière du cortège, et beaucoup de gens remontent sur les côtés. La manifestation arrivée sur le cours Gambetta, les premières grenades lacrymo tombent. Quelques mouvements de foules font accélérer la manifestation. Jusqu’au pont de la Guillotière, les banques continuent de prendre des coups et le Mc Donald perd ses vitrines.

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À la fosse aux ours sur les quais, les CRS chargent le cortège et scindent la manifestation en deux. Une partie des personnes déjà engagée sur le pont fait demi-tour, et fait face à la police, pendant que la fin du cortège se retrouve prise dans une nasse, encerclée par les flics. Le reste de la manifestation continue de traverser le pont, puis de suivre les quais en direction des Terreaux. Ceux qui ont échappé à la nasse sont finalement obligés de suivre le reste du cortège sous la pression policière. Un canon lance à eau se met à asperger la foule au croisement de la rue de la Barre. Les CRS talonnent le cortège, projectiles divers contre lacrymo. Cette marche forcée continuera jusqu’à la passerelle du collège, à quelques centaines de mètres seulement de la place des Terreaux. Les flics y empêchent le cortège de poursuivre alors que les lacrymo tombent jusque dans les premiers rangs de la manifestation. Quelques groupes continuent dans les ruelles de la presqu’île, d’autres traversent le Rhône sur l’injonction des flics. Si plus rien ou presque ne se passe en centre-ville à partir de ce moment-là, le quadrillage policier se maintient tout le début de soirée, les quelques groupes de manifestants restés sur les quais se retrouvant rapidement face aux flics.

Le bilan répressif de la manifestation, outre les violences physiques d’une police sur les nerfs, s’élève à au moins 17 personnes interpellées selon les informations de la Caisse de Solidarité. Au moins une des personnes arrêtées avant le début de la manifestation a déjà été relâchée.

MàJ 30/11 1h30 : La police annonce 14 interpellations, dont au moins cinq pour « agressions physiques sur des policiers ».

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Un autre témoignage

J’étais au sein de la manifestation de samedi 29 novembre après midi. En arrivant, déjà un contrôle d’identité et fouille de sac pour un ami et moi, tandis que d’autres amies ne se sont pas fait contrôler. En effet, nous étions habillés avec des vestes de sport et sac à dos tandis qu’elles étaient habillées en « filles ».

Attente longue place Jean Macé, départ vers 15h. A l’arrière du cortège, alors que nous venions de quitter Jean Macé, une charge de policiers a fait paniquer la foule. C’était le long de l’avenue Jean Jaurès, ou des vitrines ont été brisées. Les différentes organisation de queue de cortège (CNT, AL, NPA...) se sont retrouvées mélangées, et au niveau du métro Saxe-Gambetta, des grenades lacrymogènes ont été lancées. Les manifestants se sont précipités en avant en direction de la place du Pont tandis que d’autres leur permettaient de s’éloigner des CRS (au moins un centaine) en formant un ligne à l’arrière du cortège. Au niveau de la place du Pont, les restes de la queue de cortège étaient plutôt compacts, et des colonnes de CRS avançaient à côté de nous en resserrant le passage (il y avait des barrières en travers des voies du tram). Le reste de la manifestation à ce moment était déjà au-delà du pont de la Guillotière. Aux environs de 15h30, notre groupe a été bloqué pendant quelques minutes place du Pont, un cordon de CRS nous empêchait d’aller sur le pont de la Guillotière. Nous étions 500 personnes, le reste de la manifestation était déjà sur le pont. Ensuite, nous avons réussi à passer en formant des lignes et en se tenant par les coudes. Une fois sur le pont, nous étions sur la droite puisque les policiers avançaient toujours en même temps que nous sur la gauche. Nous sommes restés un long moment (20 minutes ?) au bout du pont, bloqués par une trentaine de camions derrière, par le canon à eau en direction de Bellecour, et encadrés par des CRS. Vers 16h, nous avons fini par avancer parce que des personnes ont négocié un parcours en direction de Perrache. Nous avons tourné à droite, jusque devant l’Hôtel-Dieu, et nous sommes restés encore 30 minutes là. Des fascistes ont été aperçus, entraînant un mouvement de foule, les policiers ont bloqué la foule, protégeant les fascistes qui se trouvaient juste derrière eux. Vers 16h30 enfin nous avons tourné pour passer dans le tunnel qui redescend le long des quais en direction de Perrache, toujours encadrés par un dispositif policier impressionnant. Le cortège a continué d’avancer vers le sud, jusqu’à ce que nous arrivions au voies du tram T2/T1, à côté du pont Galieni. À 17h20 environ la sono a fait l’annonce comme quoi le moment était venu de se disperser, en direction de la gare de Perrache et de Jean Macé pour que les personnes venant d’autres villes puisse retrouver leurs transports. Nous n’avons pu sortir de la manifestation que au compte-gouttes, triés par les policiers.

Une manifestante.

Une vidéo de la mise en place de la nasse policière :

Lire aussi :

[Suivi en direct] du bordel un peu partout à Lyon pour la manif contre le FN et le racisme d’état
Manif offensive contre le FN et le racisme d’Etat
Appel CNT et AL
Appel à l’union
Appel de Grenoble
Appel vidéo
Manif offensive contre le FN, le racisme d’État et les violences policières
Appel du comité de mobilisation de Lyon II
Prendre parti contre le FN
Pourquoi la police ne fera pas un bon arbitre lors de la manif anti-FN du 29 novembre
Pourquoi Génération Palestine sera-t-elle présente à la manifestation contre le FN et le racisme d’Etat.
Départ depuis toute la france
Pourquoi nous sommes casqué-e-s ?
Radio Canut en direct live de la manif contre le FN et le racisme d’État

P.-S.

Vos témoignages/récits sur cette journée sont comme d’habitude les bienvenus sous cet article.

Notes

[1technique consistant à enfermer les groupes de manifestants sur une place

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